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Mirabeau

Mirabeau (Victor de Riquetti, marquis de), né en Provence, en 1715, d'une famille noble, d'origine florentine, mort en 1789, quitta en 1743 le service militaire, où il s'était distingué par sa bravoure, et devint le disciple et l'admirateur de Quesnay, chef des économistes physiocrates. Ses nombreux ouvrages ont été surnommées l'Apocalypse de l'économie politique. Son livre le plus connu est l'Ami des hommes. L'auteur de ce livre fut un tyran domestique, et fit mettre en prison sa femme et tous ses enfants.
Mirabeau (Honoré Gabriel de Riquetti, comte de), fils aîné du précédent, né au château du Bignon, près de Nemours, en 1749, eut la petite vérole à l'âge de trois ans, et demeura défiguré. Il fut élevé avec une excessive dureté par son père, apprit les langues anciennes et modernes, et entra en 1767, sous le nom de Pierre Buffière, que lui avait imposé son père, dans un régiment de cavalerie. Il fut enfermé à l'île de Ré pour des dettes de jeu et une intrigue, et passa de là en Corse, où il fut placé dans la légion de Lorraine. Il se maria en 1772, dissipa la fortune de sa femme, fut interdit, relégué à Manosque, puis enfermé au château d'If et ensuite au fort de Joux, près de Pontarlier, ville qui lui fut donnée plus tard pour prison. Il enleva en 1776 Sophie de Ruffey, marquise de Monnier, avec laquelle il s'enfuit en Suisse et de là en Hollande, où il vécut du produit de sa plume, sous le pseudonyme de Saint-Matthieu. L'extradition des fugitifs amena Mirabeau au donjon de Vincennes, où il passa 42 mois. Rendu à la liberté en 1780, il visita l'Angleterre et I'Allemagne, et continua de publier des ouvrages irréligieux et immoraux et des brochures politiques.
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Mirabeau.
Mirabeau (1749-1791).
(Gravure de Fiesinger).

Il se présenta en 1789 à la noblesse de son pays pour la députation aux états généraux, et fut repoussé; mais il fut élu avec enthousiasme par le tiers état, dont il se montra, à l'Assemblée constituante, l'orateur éloquent et passionné dans l'oeuvre de démolition de l'ordre social. Souillé de tous les vices, il s'inspira de l'esprit des Gracques, et fut l'organe populaire des  idées de son siècle, l'audacieux tribun juslement surnommé l'Hercule de la Révolution. Il inaugura le règne de l'anarchie, après la séance royale des états généraux du 23 juin 1789, en répondant au marquis de Dreux-Brézé, grand maître des cérémonies, qui réitérait à l'assemblée l'ordre de se séparer, que la force matérielle pourrait seule forcer l'assemblée à obéir. Mirabeau entra en négociation en 1790 avec le roi et la reine, et reçut le prix de la rançon de la monarchie qu'il promit de sauver. Mais, après avoir si fortement ébranlé le trône, le géant de la tribune révolutionnaire ne pouvait plus le défendre efficacement. Accusé de trahison, il ne maintint sa popularité, au milieu de l'égarement des esprits, qu'en se montrant hostile à l'Eglise et favorable à la constitution civile du clergé. 

Epuisé par les excès de toute sa vie et par les luttes oratoires, il mourut en 1791, en pronostiquant le sort préparé à la France par l'Assemblée constituante, qu'il avait présidée : 

« J'emporte dans mon coeur le deuil de la monarchie, dont les débris vont être la proie des factieux. » 
On lui fit des funérailles magnifiques, et son corps fut déposé au Panthéon; mais il en fut exhumé par la populace en 1793. Son éloquence pompeuse était entraînante; mais c'est improprement que la Harpe l'a appelé le Démosthène français. Son principal ouvrage, outre ses Discours, est le livre intitulé de la Monarchie prussienne, où il qualifie Frédéric du titre de Très Grand, et l'appelle l'homme le plus étonnant qui ait jamais porté un sceptre.
 


En librairie. - Jean-Paul Desprat, Mirabeau, Perrin, 2008.- Mirabeau unit en lui la Révolution, l'érotisme et la corruption; il incarne au plus haut point la lutte du tempérament et du génie, dans laquelle le tempérament finit toujours par venir à bout du génie, sauf chez lui où c'est le tempérament qui sans cesse vient soutenir un génie aux prises avec les événements fabuleux de la Révolution. Aîné d'une vieille famille provençale, détesté par son père - le fameux Ami des hommes, l'un des penseurs les plus originaux du XVIIIe siècle -, qui lui reproche sa tête énorme et son visage grêlé, il vit six des premières quarante années de sa courte vie en prison ou en exil; pour des dettes, pour des écrits, pour des femmes enlevées à leur mari. Traversant l'Europe sans un sou en poche, observant tour à tour le parlementarisme et la presse anglaise, le militarisme prussien, la tolérance hollandaise, Mirabeau apprend et réfléchit. Les deux dernières années de sa vie vont rendre Mirabeau insurpassable : elles se situent tout entières dans la Révolution dont il est, ainsi que le disait Goethe, l"'Hercule ". 
Trois époques : 

Du 5 mai au 7 novembre 1789, la Révolution juridique (la constitution, la liberté de la presse; l'abolition des privilèges; la volonté de devenir ministre pour avoir prise sur les événements ; une voie que la jalousie de ses collègues lui ferme définitivement en novembre).

Du 7 novembre 1789 au 15 avril 1790, une période de doute qui l'amène, sans s'y compromettre vraiment, dans les eaux troubles de la conspiration mais surtout à lancer les grands débats de la modernité qui n'aboutiront pas de son vivant : suppression de la traite et de l'esclavage, émancipation des juifs ( Mirabeau avait lui-même quelques gouttes de sang sépharade), liberté de conscience.

Du 15 avril à sa mort par épuisement, 2 avril 1791 : l'entente secrète et déçue avec Louis XVI et Marie-Antoinette pour promouvoir un pouvoir exécutif fort face à l'Assemblée dont il prévoit la dérive oligarchique et face à l'émeute populaire qui lui fait également anticiper la Terreur. La constitution telle qu'il souhaite l'adapter alors, avec la coexistence d'une représentation nationale et d'un exécutif fort, n'aboutira finalement qu'en 1958, avec Charles de Gaulle. (couv.). 

Mirabeau (A. Boniface Riquetti, vicomte de ), frère cadet du précédent, né en 1754, servit dans la guerre d'Amérique, siégea, comme député de la noblesse, aux états généraux, où il défendit constamment l'autorité royale en s'opposant aux innovations révolutionnaires. Il émigra en 1790, et mourut :à Fribourg-en-Brisgau en 1792. Il avait été surnommé Mirabeau Tonneau, à cause de son embonpoint et de son goût pour le vin.
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Dictionnaire biographique
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