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Mirabeau (Honoré
Gabriel de Riquetti, comte de), fils aîné du précédent,
né au château du Bignon, près
de Nemours, en 1749, eut la petite vérole à l'âge de
trois ans, et demeura défiguré. Il fut élevé
avec une excessive dureté par son père, apprit les langues
anciennes et modernes, et entra en 1767, sous le nom de Pierre Buffière,
que lui avait imposé son père, dans un régiment de
cavalerie. Il fut enfermé à l'île de Ré pour
des dettes de jeu et une intrigue, et passa
de là en Corse ,
où il fut placé dans la légion de Lorraine .
Il se maria en 1772, dissipa la fortune de sa femme, fut interdit, relégué
à Manosque, puis enfermé au château
d'If
et ensuite au fort de Joux ,
près de Pontarlier, ville qui lui fut donnée plus tard pour
prison. Il enleva en 1776 Sophie de Ruffey, marquise de Monnier, avec laquelle
il s'enfuit en Suisse
et de là en Hollande, où il vécut du produit de sa
plume, sous le pseudonyme de Saint-Matthieu. L'extradition des fugitifs
amena Mirabeau au donjon de Vincennes ,
où il passa 42 mois. Rendu à la liberté en 1780, il
visita l'Angleterre
et I'Allemagne ,
et continua de publier des ouvrages irréligieux et immoraux et des
brochures politiques.
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Mirabeau
(1749-1791).
(Gravure
de Fiesinger).
Il se présenta en 1789 à
la noblesse de son pays pour la députation aux états généraux,
et fut repoussé; mais il fut élu avec enthousiasme par le
tiers état, dont il se montra, à l'Assemblée constituante,
l'orateur éloquent et passionné dans l'oeuvre de démolition
de l'ordre social. Souillé de tous les vices, il s'inspira de l'esprit
des Gracques, et fut l'organe populaire des
idées de son siècle, l'audacieux tribun juslement surnommé
l'Hercule de la Révolution. Il inaugura le règne de
l'anarchie, après la séance royale des états généraux
du 23 juin 1789, en répondant au marquis de Dreux-Brézé,
grand maître des cérémonies, qui réitérait
à l'assemblée l'ordre de se séparer, que la force
matérielle pourrait seule forcer l'assemblée à obéir.
Mirabeau entra en négociation en 1790 avec le roi et la reine, et
reçut le prix de la rançon de la monarchie
qu'il promit de sauver. Mais, après avoir si fortement ébranlé
le trône, le géant de la tribune révolutionnaire ne
pouvait plus le défendre efficacement. Accusé de trahison,
il ne maintint sa popularité, au milieu de l'égarement des
esprits, qu'en se montrant hostile à l'Eglise
et favorable à la constitution civile du clergé.
Epuisé par les excès de toute
sa vie et par les luttes oratoires, il mourut en 1791, en pronostiquant
le sort préparé à la France
par l'Assemblée constituante, qu'il avait présidée
:
«
J'emporte dans mon coeur le deuil de la monarchie, dont les débris
vont être la proie des factieux. »
On lui fit des funérailles magnifiques,
et son corps fut déposé au Panthéon ;
mais il en fut exhumé par la populace en 1793. Son éloquence
pompeuse était entraînante; mais c'est improprement que la
Harpe l'a appelé le Démosthène
français. Son principal ouvrage, outre ses Discours,
est le livre intitulé de la Monarchie prussienne ,
où il qualifie Frédéric
du titre de Très Grand, et l'appelle l'homme le plus étonnant
qui ait jamais porté un sceptre.
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En
librairie. - Jean-Paul Desprat, Mirabeau,
Perrin, 2008.
Mirabeau
unit en lui la Révolution, l'érotisme
et la corruption; il incarne au plus haut point la lutte du tempérament
et du génie, dans laquelle le tempérament finit toujours
par venir à bout du génie, sauf chez lui où c'est
le tempérament qui sans cesse vient soutenir un génie aux
prises avec les événements fabuleux de la Révolution.
Aîné
d'une vieille famille provençale, détesté par son
père - le fameux Ami des hommes, l'un des penseurs les plus
originaux du XVIIIe siècle -, qui lui reproche sa tête énorme
et son visage grêlé, il vit six des premières quarante
années de sa courte vie en prison ou en exil; pour des dettes, pour
des écrits, pour des femmes enlevées à leur mari.
Traversant l'Europe sans un sou en poche,
observant tour à tour le parlementarisme et la presse anglaise,
le militarisme prussien, la tolérance hollandaise, Mirabeau apprend
et réfléchit. Les deux dernières années de
sa vie vont rendre Mirabeau insurpassable : elles se situent tout entières
dans la Révolution dont il est, ainsi que le disait Goethe,
l"'Hercule ".
Trois
époques :
Du
5 mai au 7 novembre 1789, la Révolution juridique (la constitution,
la liberté de la presse; l'abolition
des privilèges; la volonté de devenir ministre pour avoir
prise sur les événements ; une voie que la jalousie de ses
collègues lui ferme définitivement en novembre).
Du
7 novembre 1789 au 15 avril 1790, une période de doute qui l'amène,
sans s'y compromettre vraiment, dans les eaux troubles de la conspiration
mais surtout à lancer les grands débats de la modernité
qui n'aboutiront pas de son vivant : suppression de la traite et de l'esclavage,
émancipation des juifs ( Mirabeau
avait lui-même quelques gouttes de sang sépharade), liberté
de conscience.
Du
15 avril à sa mort par épuisement, 2 avril 1791 : l'entente
secrète et déçue avec Louis
XVI et Marie-Antoinette pour promouvoir
un pouvoir exécutif fort face à l'Assemblée dont il
prévoit la dérive oligarchique et face à l'émeute
populaire qui lui fait également anticiper la Terreur.
La constitution telle qu'il souhaite l'adapter alors, avec la coexistence
d'une représentation nationale et d'un exécutif fort, n'aboutira
finalement qu'en 1958, avec Charles de Gaulle. (couv.). |
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