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La littérature
latine, originale dans certains genres, tels que la satire,
l'épître, et peut-être
encore l'éloquence, a imité la Grèce
dans la poésie, la philosophie
et les sciences mais en élevant l'imitation
à la beauté des modèles. Dramatique et positive, elle
donne peu de place à l'imagination
et à la fantaisie, beaucoup à la raison sérieuse,
aux applications de la conduite et de la vie. Peu spiritualiste, elle s'attache
à l'action, à la politique, aux
affaires, à la morale pratique : les facultés
de l'esprit et les problèmes de la destinée
humaine n'y tiennent guère de place. Ce que la philosophie romaine
a dit de ces grands sujets n'est qu'un reflet de la Grèce; ce qu'en
disent les Pères de l'Eglise n'appartient
plus à la littérature classique; c'est un autre monde. Là
est la faiblesse des lettres latines, faiblesse plus sensible encore si
l'on se reporte aux puissants et admirables efforts des auteurs grecs sur
ces questions mystérieuses et infinies. Malgré des affinités
certaines d'origine, la culture latine n'avait pas cette richesse inépuisable
d'imagination qui, pendant les beaux siècles de la Grèce,
se répandit dans tous les genres de la poésie, inspirant
un nombre prodigieux de chefs-d'oeuvre lyriques ou dramatiques dont il
nous reste à peine la moindre partie.
Rome
avait d'autres appétences. Laborieuse et guerrière, elle
prit d'abord et gardera les habitudes impérieuses de l'autorité
militaire, de la gravité patricienne et sacerdotale, et les goûts
positifs d'épargne et d'avidité que donnent la vie des champs
et la pauvreté. Le mérite et l'originalité de la littérature
latine est d'avoir égalé la précision et la vigueur
de son langage à la solidité et à l'énergie
du peuple-roi, à ces qualités sévères, que
Cicéron
énumère avec orgueil dans la préface des Tusculanes,
"gravité, élévation des sentiments, probité,
bonne foi, toutes les vertus qui mettaient ses ancêtres au-dessus
de toute comparaison." (Tusc. I, 1). On sait en quels termes
magnifiques
Bossuet a résumé ce
qu'il appelle le fonds du Peuple romain, "le plus fier et le plus hardi
de tous les peuples du monde, mais tout ensemble le plus réglé
dans ses conseils, le plus constant dans ses maximes, le plus avisé,
le plus laborieux, et enfin le plus patient." (Histoire universelle,
III, 6).
Le mérite de la littérature
latine est d'exprimer, dignement ces caractères plus solides que
brillants. Non pas cependant qu'elle soit toujours solennelle, ni majestueuse
jusqu'à la monotonie; quelquefois déclamatoire, plus souvent
grossière et même triviale, non seulement dans les comiques,
mais parfois même chez les orateurs et les poètes dits sérieux,
elle se ressentira, jusque dans ses plus beaux jours, de la rudesse propre
à une nation de laboureurs et de soldats; on peut en croire le témoignage
d'Horace. Mais, dans la crudité même
du langage, elle conserve encore un certain air de grandeur, un sentiment
de la valeur et de la puissance personnelles : c'est toujours l'expression
de la pensée d'un peuple conquérant, légiste, organisateur,
qui a dominé le monde pendant des siècles :
Par
les lois, par les moeurs, et surtout par la guerre.
Selons les auteurs, on a divisé l'histoire
de la littérature latine de diverses manières. Les périodes
que l'on a définies sont pour moitié motivées par
le propos que l'on tient, et pour moitié forcément arbitraires.
Dans ce site, afin de faciliter la circulation entre les différentes
sections de l'encyclopédie, on a choisi
une division qui se calque sur le plan général que l'on a
suivi pour l'histoire de Rome .
La première période, qui est celle de la République,
ne compte aucun texte littéraire jusqu'à la publication des
poèmes de Livius Andronicus, vers 240
av. J.-C., . La seconde période, qui va du règne d'Auguste
jusqu'à la chute de Rome, c'est-à-dire pendant la durée
de l'Empire, peut elle-même être subdivisée en une époque
correspondant à l'âge d'or de la littérature
latine, et qui dure jusqu'à la mort de Marc-Aurèle
(180); puis par une époque caractérisée par un déclin
des lettres, et même par ce que l'on a appelé une anarchie
littéraire; le latin de Cicéron
cesse d'être un modèle vivant de la langue littéraire
et le langage du peuple domine. Cette période se termine avec le
commencement du Moyen âge ,
soit vers l'époque de Boèce et de
Cassiodore,
vers l'an 500. La littérature latine connaîtra cependant un
renouveau vers l'époque de Charlemagne
(VIIIe-IXe
siècle), qui durera pendant presque tout le reste du Moyen âge,
avant de s'effacer presque complètement à la Renaissance .
Des
origines à la fin de la République
Les documents les plus anciens que nous
connaissions sont des chants religieux et des pièces politiques.
Parmi ceux-là, les chants saliens sont probablement de la plus haute
antiquité. L'un d'eux, existant encore, est un chant
de danse des frères
Arvales ,
en l'honneur de Mars ,
et il revêt une forme très primitive du langage. Les Annales
Maximi, considérées par Quintilien
comme le début de la prose latine, les registres des familles, les
livres des oracles
et les calendriers albains et romains
sont aussi d'une grande antiquité. La loi des 12 Tables
date d'environ 450 av. J.-C.
De Livius Andronicus
au début du règne d'Auguste.
Livius Andronicus
fut le premier qui transplanta la littérature
grecque à Rome ,
par la représentation d'un drame et
la traduction de l'Odyssée .
Son successeur, Naevius, vers 235, eut plus de facilité et un rythme
plus mâle. Les événements de la seconde Guerre
punique donnèrent le goût des écrits historiques,
que les auteurs contemporains, Fabius Pictor et
Cincius Alimentus, essayèrent de satisfaire, en écrivant
principalement en grec. Le meilleur prosateur latin fut Caton
l'Ancien.
Du temps de Caton, apparut le père
de la poésie latine, Quintus
Ennius (mort en 169); il abandonna le mètre saturnien et introduisit
les rythmes grecs. Caecilius Statius (mort en 168) et Maccius Plautus (Plaute)
profitèrent de ses leçons; ils introduisirent dans leurs
imitations des comédies grecques le
langage, les pensées et les moeurs des plébéiens.
Le tragique Pacuvius fut aussi un successeur d'Ennius. En 166, on représenta
le premier drame de Térence; ses imitations
de Ménandre furent assez exactes, ses
dialogues témoignaient de beaucoup de goût et son langage
fut parfaitement mesuré et très spirituel. Lucilius
(vers 120) créa une nouvelle forme de poésie populaire, la
satire.
Le siècle de Cicéron
fut inférieur en productions littéraires. Le seul poète
véritable fut Lucrèce; ses compositions
se caractérisent par un matérialisme'
sceptique.
Catulle
est connu par ses exquises poésies Iyriques,
ses élégies et ses épigrammes.
Térence fut probablement le plus grand auteur de son époque.
Les fragments de
Cornelius Nepos (vers
54) sont écrits dans un style simple, sobre et coulant. Les Commentaires
de César sont parmi les plus magnifiques
textes de la littérature latine. Mais l'écrivain romain le
plus clairvoyant et le plus artistique fut Salluste
(vers 45). Le maître en éloquence et en composition philosophique
fut, sans contredit, Cicéron. Sur l'ancienne langue simple et sans
règle s'était ainsi formée la latinité classique.
La
littérature latine pendant l'Empire.
D'Auguste à
Marc-Aurèle.
Le siècle d'Auguste,
qui commence 30 ap. J.-C., 13 ans après la mort de Cicéron,
offre un grand contraste. Auguste, bien qu'il fût lui-même
un personnage peu versé en littérature,
fit tout ce qui dépendait de lui pour favoriser les progrès
littéraires. Les classes les plus riches devinrent à leur
tour les protectrices des hommes de lettres et elles constituèrent
le public auquel s'adressaient ordinairement les auteurs. La jurisprudence,
la grammaire et la rhétorique reçurent
aussi une vive impulsion. Mais la gloire du siècle d'Auguste, ce
fut la poésie. Les poètes étudiaient
avec assiduité l'art grec, et leurs poèmes sont empreints
d'hellénisme et d'imitations grecques. La puissance de forme, correcte
au point de vue de la grammaire et de la flexion rythmique, riche en images
est parfaite dans la mesure, mérite la plus grande admiration, car
l'élégance facile des écrits n'y laisse pas soupçonner
la grande difficulté du travail. Ce siècle produisit dans
une égale perfection tous les genres de poésie depuis l'epos
( = récit) jusqu'à l'épître
poétique et au poème didactique.
Les élégies raffinées
de Tibulle célèbrent ses amours
et ses exploits militaires en Gaule ;
Properce
abonde en images riches; la phraséologie classique de Virgile
reste un modèle du genre pendant cinq siècles. Ovide
excelle en narrations heureuses et Horace fut
sans égal pour la pureté du langage. Tandis que la poésie
était à son apogée, la prose historique était
à son déclin, bien que l'Histoire de Rome
de Tite Live ait été universellement
reconnue comme une production classique.
La période qui s'étend de
14 ap. J-C. jusqu'en 180, a porté longtemps le nom de latinité
de l'âge d'argent. Le despotisme brutal, commençant avec
Tibère,
pesa sur l'esprit romain jusqu'à la mort de Domitien.
La poésie souffrit le plus. Pendant
les 23 années du règne de Tibère, Phèdre,
l'auteur des Fables, est le seul poète.
La rhétorique tomba lentement aussi de la hauteur où elle
était parvenue. Germanicus composa
plusieurs ouvrages en vers. Velleius Paterculus
écrivit un abrégé de l'histoire romaine en bon style.
Valère-Maxime
fit une collection d'anecdotes. Cornelius Celsus (Celse)
fut un écrivain prolixe et un encyclopédiste. Pendant les
règnes de Caligula, de Claude
et de Néron, le principal auteur fut Senèque.
Ses écrits philosophiques charment par l'abondance des connaissances
et par l'élévation de la pensée. Ses tragédies
déploient une quantité exagérée de mots et
de figures de rhétorique. Quinte-Curce
écrivit une histoire développée d'Alexandre
le Grand. Columelle écrivit 12 livres
sur l'agriculture et Pomponius Mela une description
du monde. Valerius Probus est le grammairien le
plus éminent de son temps. Avec le style ampoulé qui caractérise
cette période, Perse écrivit six
satires.
Un écrivain fertile en prose et en vers fut Lucain,
l'auteur de la Pharsale ,
poème épique inachevé sur la guerre civile entre Pompée
et César. On croit que pendant le règne
de Néron commença le genre romantique attribué à
Pétrone;
bien qu'il ne reste plus de cet auteur que quelques fragments, ils sont
importants, parce qu'ils représentent spécialement les moeurs
et le langage du peuple de cette époque. Sous Vespasien
et Titus florissait Pline l'Ancien,
dont l'encyclopédie de sciences
naturelles est parvenue jusqu'à nous.
Parmi les poètes de cette époque
est Valerius Flaccus dont les 10 livres d'Argonautica
montrent une diction élégante, mais peu claire. Silius
Italicus (mort en 101) écrivit 17 livres de Punica, imitant
Homère
et Virgile. Le plus grand ouvrage de Papinius
Statius (Stace) fut la Thebais ,
en 12 livres, laquelle, de même que son Achilleis
(incomplet), sont écrits dans un langage lourd; il montra plus de
talent dans sa Silvae. Martial
laissa 15 livres d'épigrammes. Le
prosateur le plus éminent de son siècle est Quintilien,
qui écrivit sur l'art oratoire. Julius Frontinus (Frontin),
excellent ingénieur, fut l'auteur d'un ouvrage populaire sur la
tactique, et d'un ouvrage en deux livres De Aquis urbis Romae, écrit
dans un style concis et raffiné. Entre 96 et 117, sous Nerva
et Trajan, la littérature, bien qu'elle
fût grandement à son déclin, eut un grand nombre d'écrivains
dans toutes les branches. Le poète le plus éminent fut Juvénal,
dont les satires décrivent éloquemment
et d'une manière frappante les vices de la société
romaine.
L'écrivain en prose le plus remarquable
est Tacite; comme historien, il suivit les meilleures
sources, les passant au crible d'une critique sévère et indiquant
seulement ses propres vues, mais écrivant toujours d'un ton mélancolique
et rempli d'amertume. Pline le Jeune a écrit,
sur un grand nombre de sujets, des lettreségotistes,
mais d'un style coulant et gracieux. Sous Hadrien
(117-138), le littérateur le plus important fut Suétone.
Ses Viri Illustres et Vies des douze Césars sont inexacts
comme chronologie, bien que tirés de bonnes sources; le style est
rempli de fleurs de rhétorique, mais monotone. Florus
écrivit un abrégé de l'histoire romaine Jusqu'à
Auguste,
c'est un ouvrage de rhétorique inexact. Justin
l'historien vécut peut-être vers cette époque. Le principal
grammairien du siècle est Terentius. Scaurus
Caelius Aurelianus laissa deux ouvrages mal écrits sur l'art
médical. Parmi les écrivains en vers, nous trouvons Annianus,
Aelius Verus, etc.; l'époque d'Hadrien ne produisit pas de poète
bien remarquable. L'époque des Antonins
(138-180) termine cette période. L'excellent règne d'Antonin
le Pieux n'empêcha pas le déclin de la littérature
latine. Fronton, homme sans talent et sans goût,
fut la plus haute autorité du temps. Son érudition et son
affectation devinrent à la mode.
Les recherches historiques n'étaient
pas en grande faveur. Les plus fameux des nombreux ouvrages du juriste
Caïus,
les Res Cotidianae et les Institutiones, sont excessivement
gracieux, vifs et naturels; le dernier servit de base aux Instituta de
Justinien.
Les productions poétiques de cette époque sont insignifiantes,
excepté le Pervigilium Veneris et le poème épique
badin Vespa. La littérature du règne de Marc-Aurèle
(161-180) resta sous l'influence de Fronton et de ses élèves
Victorinus ( Gens
Aufidia), Silanus et Festus. Les 20 livres
des Noctes Atticae ,
par Aulu-Gelle, sont importants pour plusieurs
branches de littérature et pour la connaissance de cette époque.
Apulée,
philosophe platoninicien et rhéteur,
possédait de l'originalité, de la facilité et de la
vivacité. Le juriste Scaevola écrivit 40 livres de Digesta;
on les employa beaucoup dans les Pandectes.
De la mort de
Marc Aurèle à Romulus Augustule.
C'est la période de la dissolution
de la littérature nationale. Depuis le temps de l'avènement
de Commode jusqu'à la mort de Septime-Sévère
(180-211), la religion chrétienne
gagna du terrain, même parmi les classes instruites et elle fut défendue
par l'éloquent Minucius Felix et par Tertullien.
Le grand juriste Papinien se distingua par sa clarté, et les plus
importants de ses ouvrages, Quaestiones et Responsa, furent employés
dans les collections de Justinien. Parmi les
juristes de la première moitié du IIIe
siècle se trouve Ulpien. Trois grammairiens de cette époque
jouissent de quelque célébrité : Julius Romanus, Juba
et Censorinus; ils s'occupèrent de
rhétorique. Martial écrivit un ouvrage considérable
sur l'agriculture. Marius Maximus écrivit les biographies complètes
des empereurs postérieurs à
Nerva,
mais sans attention et sans exactitude. Les ouvrages de saint
Cyprien sont en partie d'un caractère apologétique. Parmi
les écrivains en vers furent Alfius Avitus et Marianus, l'auteur
de Lupercalia. Dans la seconde moitié du IIIe
siècle, parurent Nemesianus, un poète; Aquila Romanus, un
rhéteur, et Nonius Marcellus, auteur d'un lexique qui existe encore.
Avec Dioclétien
(284-305) parurent les orateurs panégyristes, qui consacrèrent
leur éloquence aux vertus surhumaines et aux actions des empereurs.
La Gaule
était alors le théâtre principal de cet art. Les Scriptores
Augustae Historiae ,
tels que Aelius Spartianus, Valcatius Gallicanus et Trebellius Pollio (Pollion),
manquent tous de talent et de capacité. Marius Plautius Sacerdos
écrivit un Ars Grammatica; Terentianus de Maurétanie
un manuel métrique, et Arnobius (Arnobe)
sept livres pour expliquer sa conversion au christianisme ;
il fut le professeur d'éloquence du célèbre Lactance,
qui surpassa tous les autres écrivains chrétiens par la pureté
et l'élégance de sa diction. Le déplacement de la
résidence impériale à Constantinople
imposa un nouveau caractère à la littérature du IVe
siècle. C'est l'époque de la plus grande splendeur dans la
littérature chrétienne. Les études grammaticales se
poursuivirent alors sans s'occuper des recherches historiques et savantes.
Firmicus
écrivit un système d'astrologie .
Donatus (Donat) vient vers le milieu du IVe
siècle, il est l'auteur de plusieurs livres importants sur la grammaire
et de commentaires sur Térence et sur
Virgile.
Palladius
écrivit 14 livres sur l'agriculture.
La littérature historique de l'époque
se compose de courts abrégés par Aurelius
Victor, par Eutropius (Eutrope) et par Sextus
Rufus. Le seul discours latin qui existe, de cette époque est celui
de Mamert Claudien, qui donne un portrait fidèle
du caractère de Julien comme prince. Hilarius
(Hilaire), évêque de Poitiers,
fut un écrivain fertile sur la théologie.
Avienus écrivit des poèmes, principalement didactiques
sur des sujets historiques et il montra toujours une grande pureté
de forme et de pensée. Les compositions du rhéteur Magnus
Ansonius ont peu de valeur comme poésie, mais ils sont intéressants
pour la représentation fidèle des personnes et des affaires
de son siècle. Les hymnes chrétiens de Damasus (mort en 384)
sont les premières qui soient parvenues jusqu'à nous. On
peut assigner aussi à cette époque la plus ancienne traduction
de la Bible
(Itala).
A partir du règne de Théodose
Ier, le
polythéisme s'éteignit graduellement. Symmaque et Ammianus
Marcellinus (Ammien Marcellin) furent en réalité
les derniers représentants du polythéisme en littérature.
Le dernier fit une suite de 34 livres à l'histoire de Tacite.
Sa diction est obscure et fatigante. Le nombre et l'importance des écrivains
chrétiens augmenta journellement. Au-dessus de tous fut saint
Ambroise, ses hymnes devinrent célèbres.
Saint Jérôme fut le plus savant écrivain chrétien;
il interpréta et traduisit les livres de la Bible .
Prudentius (Prudence) écrivit des poèmes
sur des sujets chrétiens, et peu de temps après lui, Sulpicius
Severus et Orosius (Orose) traitèrent l'histoire
au point de vue chrétien. Claudius Claudianus (Claudien
) fut l'auteur païen le plus important de la fin du IVe
et du commencement du Ve siècle.
Il imita la diction et la mesure des poètes de l'âge classique
avec un succès parfait.
Saint Augustin
(mort en 430) est l'intelligence la plus remarquable de son époque.
Au commencement du Ve siècle, vivait
aussi Pelagius (Pélage), fondateur
bien connu du pélagianisme, son jeune ami Caelestius, le traducteur
Anianus, et parmi d'autres écrivains chrétiens, Helvidius
et lnnocentius. Macrobius (Macrobe) écrivit
un commentaire du rêve de Scipion
par Cicéron et sept livres de Saturnalia.
A la même époque, peut-être, Arianus composa ses 42
fables.
Martianus
Capella écrivit une encyclopédie
des sept arts libéraux, production bien prétentieuse. Les
nations gouvernantes étaient alors des barbares, et les nations
conquises se soumettaient avec un sombre désespoir. Par degrés,
les productions littéraires s'éteignirent. Les sciences et
la littérature passèrent graduellement dans les mains du
clergé. On peut mentionner quelques autres noms : Rutilius Namatinus;
Sidonius Apollinaris (Sidoine Apollinaire), Domnulus
et Mamertus Claudianus dans la poésie;
Peregrinus, l'évêque romain Léon ler;
le prêtre gallois Salvianus Arnobius (le Jeune), Cerealis, Gelasius,
Gennadius et d'autres écrivains religieux; Victor Vitensis et l'Espagnol
Idacius, historiens.
La
littérature latine après la chute de Rome
En ces temps où le crime et le parjure
semblent naturels, quelques esprits persistent à tenter de maintenir
la culture et sont les auteurs d'ouvrages en latin, comme Grégoire
de Tours ou saint Hilaire de Poitiers.
C'est aussi dans les monastères
que se maintient le goût de la littérature
et des beaux-arts. Paulin, évêque
de Nole et élève d'Ausone; saint
Avi ; le prédicateur Césaire,
évêque d'Arles; le poète
Fortunatus,
sont, après Grégoire de Tours les héritiers
les plus remarquables de la culture latine.
Le latin,
dont la décadence fut stoppée à l'époque de
Charlemagne,
n'est pas seulement, au Moyen âge ,
la langue officielle de l'Église
et de l'État, celle de la liturgie comme celle des chartes et des
diplômes; il est aussi celle des lettrés, des penseurs, des
savants, en même temps qu'un instrument de communications internationales.
Langue bien vivante, il s'enrichit de mots nouveaux pour exprimer les idées
nouvelles ; il introduit dans la versification, à côté
du mètre et de la quantité, un rythme fondé sur l'accentuation
et sur la rime, qui jouera un si grand rôle dans beaucoup de langues
jeunes.
Combien
de trouvailles heureuses, a pu écrire Camille Jullian, qu'on a signalées
chez nos auteurs français, devraient être restituées
à leurs devanciers latins! "
A l'époque Carolingienne, sur le modèle
de Tours se formèrent les écoles
des cathédrales et des monastères,
dont voici les plus brillantes, avec les noms de leurs inspirateurs : Saint-Riquier
(Angilbert) , Corbie
(Adalard) , Saint-Wandrille (Gérold, Anségise),
Aniane (saint Benoît) , Orléans
et Fleury-sur-Loire
(Théodulfe), ; celles de Fulda ,
de Reims et de Troyes
se développeronnt surtout au milieu du IXe
siècle. Alcuin a donné à
ces écoles leurs programmes et leurs manuels; les sept arts libéraux.
Le chant sacré, qui préoccupe fort Charlemagne,
est surtout cultivé dans quelques centres, tel le conservatoire
de musique sacrée établi à Lyon
par l'archevêque Leidrade. Enfin, une académie palatine, présidée
par Alcuin, réunissait les beaux esprits du moment.
Aus siècle suivants, La France
tient la première place dans ce mouvement qui concerne toute l'Europe,
notamment grâce à l'école du Bec ,
en Normandie ,
(Lanfranc et Anselme),
à l'université de Paris (Alexandre
de Hales,Thomas d'Aquin, Bonaventure,
Pierre
Lombard) et grâce à Héloïse
et Abélard;. En Allemagne, on a Hildegarde.
Mais voici aussi saint Bernard,
Vincent
de Beauvais, Roger Bacon, Fulbert.
Voici les sermonnaires, et les vies de saints, et la Légende
dorée de
Jacques de Voragine.
Voici les chroniqueurs
Guillaume de Jumièges,
Dudon
de Saint-Quentin,
Adémar de Chabannes,
Orderic
Vital, Guillaume de Malmesbury, Otton
de Freisingen . Voici encore : Suger,
Rigord
(continué par Guillaume
le Breton),
Guillaume de Nangis, Jean
de Hauteville. Voici les lapidaires
et les bestiaires, les auteurs de mystères,
les chantres de la vie des animaux qui préparent le Roman de
Renart .
Voici les innombrables poètes, dont plus d'un servira de modèle
aux écrivains langue vulgaire. Voici les traductions d'ouvrages
grecs
et d'ouvrages arabes, ces dernières
dues surtout aux Espagnols, et les
productions si variées des monastères
allemands (Reichenau, Saint-Gall ,
etc.). Voici enfin la curieuse et satirique poésie des goliards,
la poésie du vagabondage.
A la fin du Moyen âge
le latin perd sa place prépondérante
comme langue de la littérature. La
littérature latine ne disparaît pas pour autant. Elle est
encore la langue des savants et des philosphes. Elle va même rencontrer
un regain d'intérêt à partir de la Renaissance .
Au XVe siècle brillent Pétrarque
et
Ange Politien; le XVIe,
plus fécond, présente, non sans orgueil, Sannazar,
Vida,
Bembo,
Bèze,
Du
Bellay,
Muret, Joseph
Scaliger,
Passerat, l'Hospital, Sainte-Marthe
(Sammarthanus) et l'Écossais George Buchanan.
Ceux-ci à leur tour ont, au XVIIe
siècle, leurs successeurs : en Hollande ,
Heinsius
et Gaspard Barlaeus; en Pologne ,
Sarbievius; en Ecosse ,
Arthur Johntons; en Angleterre ,
Owen, May et le grand Milton; en Italie ,
le P. Ceva, Segardi et Strozzi; en France ,
Claude
Quillet, Ménage, Rapin; Commire, Santeuil.
Le XVIIIe, qui laisse affaiblir sensiblement
l'étude de l'Antiquité ,
est encore représenté par Desbillons,
Vanière, Lebeau, Robin. Mais à partir du XIXe
il n'y a plus un seul nom vraiment digne d'être cité. (T.).
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En
bibliothèque - J.-N. Funck
ou Funccius, De Origine linguae latinae, Giessen et Francfort, 1720,
in-4°; De puerilia, de adolescentia, de virili oelate, de imminenti
senectute, de vegeta senectute, de inerti ac decrepita senectute, Marbourg,
1720-1744, in-4°, et Lemgo, 1750; Fabricius, Bibl. lat., Hamburg,
1721, édit. Ernesti, Leipzig, 1773; G. E. Muller, Introduction
historique et critique à la connaissance des écrivains latins,
Dresde, 1747-51 (en allem.); T.-C. Harles, Brevior notitia Litt. Rom.,
avec les Suppléments de Klugling, Leipzig 1799-1817, 3 vol.
in-8°; F. A. Wolf, Histoire de la Littérature romaine,
Halle, 1787 (en allem); Cours d'histoire de la littérature romaine,
publié par Gürtler, Leipzig, 1832 (en allem.); J. -T. Bergmann,
Comment.
de Litter. conditione apud Romanes inde a bello punico primo usque ad Vespasianum,
Leyde, 1818; F. Schoell, Histoire de la littérature romaine,
Paris, 1815, 4 vol. in-8°; Dunlop, Histoire de la littérature
romaine au siècle d'Auguste, Londres 1823-1828 (en anglais);
Cavriani, Delle scienze, lettere ed arti dei Romani dalla fondazione
di Roma fino ad Augusto, Mantoue, 1822, 2 vol. in-8°; Charpentier,
Études morales et historiques sur la littérature romaine
depuis son origine jusqu'à nos jours, Paris, 1829, in-8°;
Bernhardy, Esquisse de la littérature romaine, Halle, 1830
(en allem.); Baehr, Histoire de la littérature romaine, (en
allem.), 3e édit., Karlsruhe, 1841-45, 2 vol. in-8° : un abrégé
en a été fait en français et publié à
Louvain par Roulez; Krause, Histoire de la littérature romaine,
Berlin, 1835 (en allem.); D. Nisard, Études de moeurs et de critique
sur les poètes latins de la décadence, Paris, 1834, 2
vol. in-8°; 2e édition, Paris, 1849, 2 vol. in-8°; A. Pierron,
Histoire de la littérature romaine, Paris, 1852, in-12. |
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