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Emile ou
De
l'Education, ouvrage capital de J.-J. Rousseau,
moitié didactique ,
moitié roman, et qui occupe une place importante dans l'histoire
de l'éducation chez les modernes. Il comprend 5 livres, où
le sujet est ainsi réparti : liv. I, première enfance; II,
seconde enfance; III, adolescence; IV, première jeunesse; V, seconde
jeunesse et âge d'homme. II parut en 1761, en 4 vol. in-12. L'instruction
n'est que secondaire dans ce traité : le système de Rousseau
est de tout apprendre à son élève en ayant l'air de
ne lui rien enseigner, de le conduire à inventer en quelque sorte
lui-même ce qu'il étudie; c'est ce qu'on a appelé depuis
la méthode socratique. Mais avant de commencer une étude,
il en éveille le désir chez l'enfant, au moyen de l'expérience
personnelle. Par une très grave aberration, il laisse arriver Emile
jusqu'à la jeunesse sans lui avoir jamais appris à connaître
et à vénérer Dieu ,
par la raison que son intelligence n'est pas à la hauteur de la
notion abstraite de la divinité. Dès que l'enfant devient
adulte, Rousseau veut, en vue de tous les malheurs possibles, le mettre
à même de gagner sa vie, et, pour cela, lui fait apprendre
une profession manuelle, celle d'ouvrier menuisier. La tâche du précepteur
finit au moment où son élève se marie.
Il y a peu d'invention dans ce traité
où domine la pensée qu'il faut laisser agir la nature, et
qu'on la pervertit en voulant la perfectionner; néanmoins, en empruntant
à Montaigne et à
Locke des idées fondamentales, l'auteur les a approfondies et
mises en relief. Le vice de son couvre est de n'offrir, comme plan d'éducation,
qu'une utopie, impraticable même dans l'éducation d'un prince.
On remarqua beaucoup, lors de la publication du livre, les conseils qu'il
donne aux mères pour les engager à nourrir elles-mêmes
leurs enfants, et quelques préceptes sur l'éducation physique
de ces petites créatures. Par ces idées, il a en l'honneur
de ramener la société de son temps vers la vie de famille;
il a affranchi l'enfant des entraves qui géraient son développement
et protégé ses tendres années contre les mauvais traitements
de ses maîtres et les peines corporelles. Un morceau, connu sous
le nom de Profession de foi du vicaire savoyard, eut aussi un immense
retentissement: on crut y voir que le philosophe y niait la Révélation,
ou peut-être qu'il contestait la nécessité d'une Église
intermédiaire entre Dieu et les hommes. Ce morceau attira sur l'ouvrage
les censures de l'autorité ecclésiastique, et sur l'auteur
les rigueurs de la justice.
En résumé, le plan de l'Émile
est mauvais et faux; néanmoins, cette espèce de roman philosophique
devra toujours être lu et médité par quiconque s'occupe
d'éducation; car il renferme beaucoup d'observations et d'idées
originales, souvent justes, presque toujours fécondes, et l'on trouve,
dans le style, les qualités du grand écrivain. (C. Dezobry,
1877). |
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