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Béthune
(Quesnes ou mieux Conon de), trouvère
artésien, né vers le milieu du XIIe
siècle, mort avant 1224. Il était d'une famille déjà
illustre, qui possédait le territoire de la ville de Béthune
dans son patrimoine. La charge, fort importante alors, de voué de
la ville, était dévolue à l'aîné de la
maison
de Béthune ,
dont le renom continua à s'étendre. On sait que Sully,
dans ses Mémoires, se fait honneur de descendre de Conon
de Béthune.
Ce poète fut aussi un gentilhomme,
un chevalier; il se croisa deux fois et prit part, en 1204, à la
prise de Constantinople .
Entre temps, il résidait soit à la cour de Philippe-Auguste,
soit et plus souvent à celle du comte de Champagne
qui était alors le rendez-vous préféré des
ménestrels. Les poésies de Béthune sont adressées
aux Dames de la cour, et non aux moins élevées. La comtesse
Marie de Champagne reçut la première l'hommage de ses chants;
puis la reine
Alix, veuve de Louis
VII, voulut l'entendre, mais il eut peu de succès cette fois.
La reine, qui se piquait ellemême de poésie, trouva aux vers
du gentilhomme artésien un certain «-goût
de terroir-». Ce jugement irrita fort
Conon et développa en lui le goût de la satire, auquel il
donna maintes fois cours dans la suite. On connaît sa réplique
à la reine Alix, et surtout le couplet où il la blâme
de l'avoir repris comme s'il fût étranger à la politesse
du langage de la Cour :
Encoir
ne soit ma parole françoise,
Si
la peut on bien entendre en françois;
Ne
cil ne sont bien apris ne cortois
Qui
m'ont repris se j'ai dit mot d'Artois.
Car
je ne fus pas norriz à Pontoise.
Ce couplet est intéressant en ce qu'il
témoigne de la prépondérance acquise dès le
XIIe siècle au langage de «
France » sur les autres idiomes de langue d'oil, relégués
au rang de jargons provinciaux.
Nous ne suivrons pas le chevalier dans
ses deux voyages en Palestine ,
dont le premier ne se termina pas tout à fait à son honneur.
Conon, qui avait le plus contribué par maintes chansons, à
exciter l'enthousiasme des croisés, fut l'un des premiers à
suivre Philippe-Auguste dans son retour
précipité : aussi les sarcasmes ne lui furent-il pas épargnés,
et les plus vifs lui vinrent de la part de son maître en bien dire,
Hugue d'Oisy. C'est sans doute sous l'aiguillon
de ces traits satiriques que Conon, repris d'un beau zèle, se rembarqua
pour la Terre-Sainte (quatrième croisade )
où il se signala au premier rang. La date de sa mort est ignorée;
l'on sait seulement par un vers de Philippe Mousket qu'il n'existait plus
en 1224. Ses chansons ont été publiées bien des fois,
par de Laborde, P. Paris,
Wackernagel, Dinaux, Bartsch, etc. (Fr. Bonnardot.). |
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