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Encyclopédie
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La littérature française au XVIIe siècle I - La poésie, le théâtre |
| Deux motifs engagent
à commencer l'étude du XVIIe
siècle par le théâtre
et la poésie : dans cette période
heureuse, elle se maintient au moins à la hauteur de la prose, ce
qui n'est peut-être pas vrai, en France Le théâtre.
C'est alors, durant les dernières
années du XVIe siècle, qu'un
théâtre vraiment populaire se forma, ni grossier comme celui
des Confrères de la Passion, ni pédant comme celui de Jodelle,
mais capable de divertir des spectateurs de toutes les classes, rusticus
urbano confusus. Alexandre Hardy, poète
d'une troupe de comédiens, fut considéré
comme le patriarche, an XVIIe siècle,
du vieux théâtre français.
Entre un public peu exigeant, pourvu qu'il fût amusé, et des
acteurs demandant beaucoup de pièces en échange de fort peu
d'argent Hardy ne connut et ne chercha d'autre mérite que la fécondité.
Il emprunta de toutes mains, des Italiens,
des Espagnols, des Latins,
mêla tragédies et comédies,
pastorales
et histoires dramatiques, tragi-comédies
et journées. L'année de sa mort (1629) est une grande date
littéraire: elle vit finir le privilège des Confrères
de la Passion, commencer deux théâtre définitifs,
celui de l'Hôtel de Bourgogne Corneille est le père de la tragédie
française. Avant lui, Mairet, Tristan,
Rotrou
connaissaient les règles d'Aristote,
mais ils n'étaient parvenus qu'à polir et améliorer
la forme du drame. C'est Corneille qui lui
donna l'âme et la vie; la vie par les, chefs-d'oeuvre immortels,
l'âme par les pensées supérieures, dont la tragédie
française a toujours conservé, à travers tant de vicissitudes,
quelque divine étincelle. Cette beauté originelle de notre
poésie dramatique est la beauté morale. D'autres théâtres
expriment mieux la réalité et plus complètement la
nature : celui-ci porte dès le principe la marque de l'idéal,
noble empreinte qu'il a gardée de la main du grand Corneille. Sa
carrière se divise en plusieurs périodes, et sa puissance
d'invention s'est renouvelée elle-même plusieurs fois. La
première, la plus belle manière de Corneille, va du Cid Après avoir cherché dans ses sujets une certaine invraisemblance héroïque, sur laquelle il s'explique lui-même en plusieurs passages, il cherche maintenant une autre sorte d'invraisemblance, celle de l'imprévu et de la surprise dans les événements. Ici la passion ne lutte plus avec le devoir, mais avec des obstacles industrieusement multipliés. Plus d'héroïsme, si ce n'est dans le détail et par épisodes, mais des combats, des complications variées qui se nouent et se dénouent ingénieusement. Ce genre de tragédie se rapproche du roman, et lui emprunte ses moyens favoris, le mystère, les lettres, les testaments, les anneaux, le poison. C'est ce que Corneille appelle la tragédie implexe. II y a plus d'esprit et d'invention que de beauté morale; la terreur et la curiosité y ont pris la place de l'admiration. Rodogune en est le modèle, Héraclius en est l'abus. Nicomède est-il un drame tragique ou la plus haute des comédies? Ce qui est certain, c'est qu'il est en même temps une nouveauté et un retour vers le meilleur temps de Corneille; souvenir d'héroïsme, non plus romain cette fois, et s'exprimant dans le langage de l'ironie la plus éloquente. La note dominante de cette seconde époque est la nouveauté, l'imprévu, avec de magnifiques reprises de grandeur morale. La troisième, qui va d'Oedipe à Suréna, c'est Corneille qui vieillit; mais c'est la vieillesse toute composée de souvenirs, parmi lesquels éclatent les échos héroïques de Cinna et de Pompée, particulièrement dans Sertorius et Othon. Bien qu'Alexandre, la première
oeuvre de Racine qui ait de belles scènes,
et Othon, la dernière de Corneille
où l'on trouve encore des lueurs de son talent, soient de la même
année (1665) il y a entre les deux poètes un intervalle de
quinze ans à peu près, puisque le dernier chef-d'oeuvre de
Corneille, Nicomède, est de 1652, en pleine Fronde, et le
premier de Racine, Andromaque, est de 1667, en plein règne
et dans le vif éclat de Louis XIV. L'intervalle
fut rempli par un homme de talent, qui profite du changement de la mode
: c'est Quinault, poète sans génie,
mais qui sut plaire par une certaine étude spirituelle du cour et
par un style agréable. Ni la Thébaïde, où
l'on découvre seulement quelques beaux vers, ni Alexandre,
dont le succès étonna pourtant les admirateurs de Corneille,
ne sont des oeuvres caractéristiques. Andromaque fut pour
les connaisseurs, je ne dis pas pour le public, un événement
aussi considérable que le Cid Sans doute, La Bruyère a raison, et Racine, contrairement à Corneille, "a peint les hommes comme ils sont." Mais il ne faut pas oublier qu'il a trouvé le théâtre sensiblement déchu des grandeurs héroïques du Cid et de Polyeucte; et il n'est que juste de dire qu'il l'a relevé, et rappelé vers cette beauté morale qui est la marque souveraine de la tragédie française. Venu dans un temps moins chevaleresque et plus royal, parlant à des hommes moins libres et moins hardis, il n'a pas visé si haut que le grand Corneille, mais il s'est arrêté à des hauteurs assez grandes et dans une lumière assez pure encore pour que la passion humaine y soit transfigurée. Il a exprimé la passion mieux encore que Corneille, mais n'a pas tenté de la mettre sans cesse en opposition avec la grande loi du devoir : ce magnifique idéal avait paru épuisé même à Corneille. Il l'ennoblit d'une autre façon : il la purifie et la spiritualise en la faisant jaillir des sources intimes du coeur, sans la compromettre un instant aux souillures de la matière. II l'agrandit en lui donnant une condition, un caractère, un langage royal. II l'idéalise en la reculant dans le lointain des âges, ou en l'illuminant des splendeurs de l'histoire. L'idéal grec a d'abord sollicité
son génie nourri dans les écoles de Port-Royal Après ces deux romans d'amour, Racine
revient aux beautés sévères de l'histoire dans Mithridate,
aux beautés pures de l'idéal grec dans Iphigénie
et dans Phèdre. Si l'on s'arrête sur Mithridate,
on ne sait ce qu'il faut le plus admirer, de l'interprétation historique
qui fait revivre tout entier ce héros ennemi des Romains,
ou des luttes de la passion entre ce vieillard jaloux et sa jeune épouse
Monime, si touchante et si dramatique. Si vous reportez toute votre attention
sur Iphigénie et sur Phèdre, il semble que
là surtout Racine est tout entier. Soit que vous prêtiez l'oreille
aux indignations de l'épouse et de la mère dans Clytemnestre,
soit que votre âme s'attendrisse aux plaintes virginales d'Iphigénie,
soit que vous demeuriez fasciné par la flamme adultère de
Phèdre "malgré soi perfide, incestueuse, " jamais vous n'avez
entendu tant de cris spontanés des passions qui vivent dans nos
coeurs à nous modernes, mais ennoblis, mais épurés,
mais poétisés par le beau antique. Une marche ascendante
vers le beau et le parfait, telle est la carrière de Racine. Un
idéal religieux pouvait seul en marquer le terme; c'est Esther
et Athalie, qui sont, la seconde surtout, la perfection même.
Ici, la Bible Louis XIV demandait à Boileau quel était le plus grand poète de son siècle : "Sire, répondit le critique, c'est Molière. " La comédie française est la soeur cadette de la tragédie; mais c'est une cadette plus grande peut-être, et certainement plus vivace que son aînée. Quand elle se naturalisa chez nous, au
XVIe siècle, elle venait d'Italie Ce peu de mots sur la comédie explique
d'avance Molière; par là, il a
été, sans figure, le plus fidèle peintre de la société
de son temps, et le plus puissant contemplateur de l'humanité. II
atteignit pour la première fois cet idéal en 1659, par les
Précieuses.
Les premiers pas de Molière furent autant de prises de possession,
et les pièces de ces années-là autant de fils qui
rayonnaient en tous sens dans le vaste domaine conquis; une fois saisis,
il ne les abandonna plus, jusqu'au moment où la mort vint les briser
quand il les tenait le plus ferme et quand il semblait, hélas! s'y
attacher avec le plus de passion et s'y cramponner. De 1658 à 1661,
il donna l'Etourdi Les Précieuses Mais ces genres divers viennent aboutir
a une comédie plus haute et plus parfaite qui en est le couronnement,
et qui les renferme tous : c'est le Festin de Pierre Les successeurs de Molière se partagèrent la comédie comme les généraux d'Alexandre divisèrent entre eux son empire. Regnard prit la gaieté, don inestimable, puisqu'il fait la vie du théâtre : dans une ou deux occasions, dans les Ménechmes et dans le Légataire universel, il parut avoir hérité de l'anneau du conquérant; une verve de bon aloi dans le mouvement des scènes et la brillante facilité du style purent un instant consoler le théâtre de la perte du maître, auquel il rend un digne hommage dans le prologue des Ménechmes. Une seule fois, dans le Joueur, il atteignit à la haute comédie et à cette universalité d'application qui est la première des gloires de Molière. Dufresny prit la finesse, mais non sans tomber dans l'abus de l'esprit et dans l'épigramme qui est l'écueil de la comédie, comme les beaux vers sentencieux sont l'écueil de la tragédie. Dancourt se rejeta sur les peintures subalternes de la vie bourgeoise et des paysanneries. Tous trois, pour flatter le goût de leur temps, oublièrent que Molière avait fait grand honneur à l'esprit français, en parlant toujours le langage des honnêtes gens. Poésie.
Nous devons à celle-ci notre poésie
lyrique. Aussi l'ode française s'est-elle
toujours ressentie de cette origine; elle a les allures d'une reine, et
l'on voit à sa démarche qu'elle est née dans la pourpre.
Instruit par les échos de Ronsard, et
plus ami de la sobriété latine, Malherbe
ne s'est pas égaré sur les traces de Pindare;
mais il n'a pas atteint à la variété d'Horace,
ni à cet heureux mélange de tons. Tandis qu'Horace, non content
d'être le poète des grandes vicissitudes humaines, Iura
fugae mala, dura belli, comme Alcée,
tâche encore de retrouver sur sa lyre la plainte éolienne
de Sappho, Malherbe, âme vigoureuse, mais
sans tendresse, ne croit pas que les deux inspirations soient également
dignes du silence sacré, "utrumque sacro digna silentio."
II atteint au sublime dans quelques strophes religieuses; quelques-unes
de ses odes patriotiques, surtout la dernière à Louis
XIII, ont un superbe accent, un souffle soutenu , qui manque en général
à son inspiration courte et intermittente. Soixante ans il travailla
pour donner à la lyre française cette corde héroïque
qui la fait distinguer entre toutes. Strophe et cadre lyrique, il a presque
tout créé pour deux siècles au moins. La strophe,
pétrie par sa main ferme et patiente, lui doit sa beaté,
mais aussi quelque roideur. Le cadre, dont l'ode française jusqu'à
notre temps ne pouvait se passer, lui communiqua une grandeur qui devint
après lui factice; il est imité du, cadre ancien, mais agrandi
, pour mettre plus à l'aise la pensée moderne. Ne l'oublions
pas, Malherbe est pour nous plus qu'un poète lyrique : il a réparé
la langue poétique, et donné au vers français son
cachet définitif. Il a "réparé la langue" en séparant
les tons nobles et les tons vulgaires confondus par l'auteur de la Franciade On cite deux disciples fidèles de Malherbe. Ni quelques sonnets excellents de Maynard, ni quelques stances heureuses de Racan, ne peuvent faire de l'un ou de l'autre un bon poète lyrique. Ce dernier, d'une veine plus riche et plus pure, est le meilleur et le seul bucolique de ce siècle; il a au moins le sentiment de la nature. Quant à Segrais et à Mme Deshoulières, il serait assez juste de les définir un homme d'esprit et une femme d'esprit rimant agréablement des galanteries à un objet aimé, mais il n'y a pas dans leurs idylles un seul arbre pour y graver leur nom. Les vrais successeurs de Malherbe sont
Corneille
et Racine, et la perfection des vers lyriques
servit comme de couronnement à la tragédie. Si les stances
du Cid Ce que nous appelons l'école gauloise dans le XVIIe siècle s'honore à juste titre de Régnier, auquel il n'a manqué qu'un peu moins de nonchalance pour être tout à fait grand. Elle compte avec raison parmi ses adeptes l'immortel La Fontaine, sans pouvoir cependant le réclamer tout entier pour elle. Autour de ces deux noms, et au-dessous de Théophile Viaud, richement doué, mais ennemi de tout frein, comme de toute règle, elle groupe une infinité de rimeurs plus ou moins gaillards, de poètes burlesques tels que Scarron, dont la muse grimaçante n'est au fond pas plus gauloise qu'italienne ou espagnole, enfin de versificateurs épicuriens qui chantaient le verre eu main, tels que Chaulieu, dont la négligence aimable, mais poétique encore, confine à la prose rimée de La Fare et de Courtin. La verve de Regnier "s'égaye en la licence". Ce mot, qui est de lui , le juge tout entier; par goût, il se plaît dans la licence des moeurs, et, quelques-unes de ses satires, les meilleures peut-être se sentent "des lieux où fréquentait l'auteur." Celle de Macelte, énergique peinture, malgré ses crudités, d'une femme hypocrite et dépravée, d'un Tartufe en jupe, serait le chef-d'oeuvre de Regnier, si l'insouciance de l'auteur avait pris la peine de lui donner une fin digne d'elle. Mais si la pensée morale qui court à travers cette satire audacieuse en excuse les dérèglements, il faudrait des yeux bien pénétrants pour découvrir dans telle autre un but et un conseil quelconques, si ce n'est celui de faire le portrait du vice sans voile ni éguisement. Dans la littérature française, Regnier est le naïf patriarche, non pas de des réalistes, mais des Bohèmes littéraires. Par négligence et paresse, plutôt que par conseil et par système, il a aimé la licence dans la versification, et cependant, il faut l'avouer, il perdrait beaucoup si on lui ôtait cet air d'abandon. Ne croyons pas trop, quoiqu'il le dise que ses nonchalances soient "ses plus grands artifices"; elles étaient dans sa nature. C'est peut-être le hasard qui lui a dicté le sujet d'une de ses meilleures satires le Critique outré, dirigée contre Malherbe et contre ses disciples. Ne lui soyons pas plus reconnaissants qu'il ne convient, d'avoir été contre Malberbe le champion d'une liberté indiscrète, mais sachons-lui gré d'avoir écrit comme il écrivait, non pas comme écrivait Malherbe par là, "son vieux style a toujours des grâces nouvelles". Avec Boileau-Despréaux nous revenons à la tradition de Malherbe; car il n'est pas seulement de son école, Il a continué sa doctrine et renouvelé ses traditions. La poésie française et la langue, également compromises par les Précieuses comme par les poètes débraillés, par le burlesque, éprouvaient de nouveau le besoin d'être réparées, II fallait des mesures d'autorité, un coup d'État littéraire; Boileau, dévoué aux lettres par une vocation qui ressemblait à une foi, osa s'en charger ; c'est là son courage et son originalité. Ce coup d'État d'un poète, dont le génie se composait surtout de bon sens, fut commencé dans les Satires; il devint une loi et un gouvernement des lettres dans l'Art poétique, et c'est à peine s'il trouva quelque nouvelles victimes à frapper dans les Epîtres et dans le Lutrin. Mais le pouvoir sur les vers ne résiste pas plus au temps que le pouvoir sur les hommes : Boileau, vieilli, reparut sur la brèche, et combattit de nouveaux adversaires dans les Réflexions sur Longin. De là trois périodes dans sa carrière. Les neuf premières Satires établirent son influence: c'est la première période et la plus hardie. Il ne s'y montre pas grand moraliste : comme peintre des moeurs, Boileau travaille moins d'après nature que d'après l'antique; il interprète Horace, Perse et Juvénal; sur ce point, il cède lui-même la victoire à Regnier, quand il avoue que, "du consentement de tout le monde, celui-ci a le mieux connu avant Molière les moeurs et le caractère des hommes." (Réflexion Ve sur Longin). Le faux goût, le faux esprit, la pédanterie, un certain reste de Ronsard, voilà ce qu'il combattit, ce qu'il persécuta dans Saint-Amant, Quinault, de Pure, Cotin, Ménage, Chapelain, qui ont été appelés ses victimes. Voilà ce qui lui appartient en propre. II marchait alors appuyé sur MolièreRacine et La Fontaine. Ce quatuorvirat du bon sens imprima au grand siècle son caractère définitif. La seconde période est la plus belle
: c'est l'époque de l'Art poétique, des neuf premières
Épîtres
des quatre premiers chants du Lutrin Comme le Boileau
des Satires et du Palais de Justice avait fait place à
celui de Versailles et de la cour, ce dernier devint à son tour
le Boileau d'Auteuil et de la retraite, à qui son ami Racine
reprochait d'être mauvais courtisan. Le caractère de cette
troisième période, c'est encore l'autorité, mais avec
moins de crédit; ses oeuvres de cette époque sont des souvenirs
du passé, ou des combats fournis pour le maintenir. Il retrouve
sa verve dans la satire des femmes et dans les Réflexions sur
Longin, où il combat vigoureusement une opposition littéraire,
formée des débris du camp qu'il avait combattu et des ambitions
de la génération nouvelle qui ne supporte plus la discipline
établie; les partisans des Modernes n'en voulaient pas tant aux
Anciens qu'à l'autorité de ceux qui les défendaient
( Par où pourrait-on mieux terminer
l'histoire de la poésie au grand siècle
que par La Fontaine, qui, dans le genre modeste
des Fables |
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