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Les
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| Gargantua et
Pantagruel est un roman satirique en 5
livres composé par Rabelais. Le premier
(Pantagruel) parut en 1532, le deuxième (Gargantua) en 1534, le
troisième (Tiers livre) en 1546, le quatrième (Quart Livre)
en 1552, le Cinquième Livre en 1564. Gargantua, qui dans l'ordre
des éditions et de la chronologie du récit, vient en première
position, n'était pas une invention de l'auteur : les contes Il n'est pas d'ouvrage qui ait donné
lieu à plus d'interprétations et de commentaires que celui
de Rabelais. On y a vu un livre à clefs
et l'on s'est évertué, sans succès, à vouloir
assimiler Jean des Entommeures au cardinal Assurément, tous ces commentaires
ne sont pas ridicules. Le travail du Dr Le Double (Rabelais anatomisle
et physiologiste), notamment, a tiré au clair deux des chapitres
les plus obscurs du Pantagruel, ceux qui sont consacrés à
la description de l'anatomie de Quaresme prenant Les critiques modernes sont parvenus à
une conception infiniment plus simple. Considérant en son ensemble
l'oeuvre de Rabelais, ils n'y veulent plus voir
ni une histoire politique de son temps, bourrée d'allusions aristophanesques
( Quant au roman L'oeuvre de Rabelais se prête mal
à l'analyse : on en forcerait le sens si l'on voulait en tirer les
enseignements systématiques; même si, pour plus de clarté,
on en considérait isolément une partie; ou encore, si l'on
rangeait, suivant une certaine méthode, les opinions diverses qu'il
a exprimées. Le mieux est de suivre l'ouvrage, chapitre pas chapitre,
dans son désordre voulu, en mettant en lumière les scènes
essentielles.
Le jeune Pantagruel, vu par Gustave Doré. Gargantua
et Pantagruel (Livres I et II).
SilènesAprès cela il aborde son conte du bon roi géant Après dîner tous allèrent pèle-mêle à la Saulsaie et là, sur l'herbe drue, dansèrent au son des joyeux flageolets et douces cornemuses, tant baudement que c'était passe-temps céleste les voir ainsi soi rigoler.Et ses « propos des buveurs » ont été sans doute notés à la Cave peinte de Chinon La manière de vêtir Gargantua
lui donne occasion de disserter amplement sur la signification des couleurs
blanc et bleu. On ne sait trop s'il se moque ici des érudits ou
s'il cède à cette manie d'érudition dont il ne se
défit jamais entièrement. Mais aucun doute ne subsiste lorsqu'il
est question d'instruire le jeune géant. C'est là une critique
très fine de l'éducation des gentilshommes d'alors qui se
passait tout entière à manger, boire, dormir, jouer, paillarder,
se promener et surtout à dire des patenôtres. Rabelais,
sous le nom de Ponocrates, réforme ces errements vicieux. Son fameux
chapitre sur l'éducation, sur lequel on a tant disserté de
nos jours et qui fait qu'on lui a prêté les vues pédagogiques
les plus modernes, n'est autre que l'exposé, sous forme didactique Si priaient DieuAvec un tel idéal, Rabelais doit nécessairement railler les principes qui régissent l'éducation de ses contemporains et s'égayer aux dépens du sophiste en lettres latines qui apprend à Gargantua « à lire sa charte si bien qu'il la disait par coeur au rebours, à écrire gothiquement » et le bourre des notions entassées dans les livres de scolastique, au point de le rendre « fou, niais, tout rêveur et rassoté ». Après avoir donné ses idées sur l'éducation, Rabelais les donne sur la guerre. C'est un grand humaniste : aussi blâme-t-il vivement les vains motifs qui poussent les humains à s'entre-détruire. Rien de plus mordant et de plus vrai que la satire de ce conseil de guerre qui incite Picrochole à des rêves de conquête; rien de plus profond que la psychologie du conquérant, entraîné par des visions de victoires fantasmagoriques, résistant aux conseils les plus autorisés, et se mettant incontinent en campagne : « Sus, sus, - dit Picrochole - qu'on dépêche tout et qui m'aime me suive !»Rabelais n'aime pas davantage les moines que les hommes de guerre : ils sont - en des genres différents - aussi inutiles et malfaisants les uns que les autres. Ils marmonnent grand renfort de légendesEt ce, ajoute-t-il, « j'appelle moque-Dieu et non oraison ». Leur fainéantise produit tout naturellement leur luxure « seulement l'ombre du clocher d'une abbaye est féconde! » Par antithèse et par surcroît de raillerie, c'est un des leurs, frère Jean des Entommeures, qui les dénonce et qui les juge. Rabelais n'aime pas non plus les pèlerinages Allez-vous-en, pauvres gens, au nom de Dieu le créateur, lequel vous soit en guide perpétuelle. Et dorénavant ne soyez faciles à ces ocieux et inutiles voyages. Entretenez vos familles, travaillez chacun en sa vacation, instruez vos enfants et vivez comme vous enseigne le bon apôtre saint Paul.Aux antipodes de l'abbaye il élèvera l'abbaye de Thélème, c.-à-d. un lieu où l'être humain pourra s'épanouir, librement au physique et au moral, sans autre règle que celle-ci : -
"Fay ce que voudras" (illustration de Gustave Doré). On ne peut guère quitter ce premier livre, si alertement écrit, sans rappeler le fameux épisode du vol des cloches de Notre-Dame et cette peinture éternellement vraie des Parisiens : Toute la ville fut émue en sédition, comme vous savez que à ce ils sont tant faciles que les nations étranges s'ébahissent de la patience des rois de France, lesquels autrement par bonne justice ne les refrènent, vu les inconvénients qui en sortent de jour en jour.Et enfin la caricature si vivante de l'Université en la personne de maître Janotus de Bragmardo : tondu à la césarine, vêtu de son liripipion à l'antique et bien antidaté l'estomac de Condignac de four et eau bénite de cave, - touchant devant soi trois bedeaux à rouge museau et traînant après cinq ou six maîtres es-arts, bien crottés à profit de ménage.Le second livre (Pantagruel, paru en premier et signé Alcofribas Nasier, anagrame de François Rabelais) n'est, comme composition, que le calque du premier. Dans son prologue, Rabelais insiste sur sa véracité : Je ne suis né en telle planète et ne m'advint oncques de mentir ou assurer chose qui ne fut véritable.Gargantua perd sa femme, et il s'en console avec assez de philosophie, la femme étant alors considérée comme un être inférieur, bon seulement à procurer du plaisir et à perpétuer l'espèce. Ma femme est morte, et bien, par Dieu, je ne la ressusciterai pas par mes pleurs : elle est bien, elle est en paradis pour le moins, si mieux ne est : elle prie Dieu pour nous, elle est bien heureuse, elle ne se soucie plus de nos misères et calamités : autant nous en pend à l'oeil.Nous assistons maintenant à l'enfance de Pantagruel, comme jadis à celle de Gargantua, à son adolescence, à ses voyages, à son instruction, et Rabelais recommence à exposer ses idées sur l'éducation, sur la guerre, sur les moines, etc. Il donne, en passant, de curieux détails sur la vie qu'on menait jadis en certaines villes de province : Toulouse Il convient parler, selon le langage usité. Et comme disait Octavian Auguste, qu'il faut éviter les mots épaves en pareille diligence que les patrons de navire évitent les rochers de mer.Il recommande à Pantagruel « de employer sa jeunesse à bien profiter en études et en vertus », d'apprendre tout ce qu'on peut apprendre : les langues grecque, latine, hébraïque, chaldaïque, arabique, la cosmographie, la géométrie, l'arithmétique, la musique Ne mets ton coeur à vanité : car cette vie est transitoire. Sois serviable à tous tes prochains et les aime comme toi-même. Révère tes précepteurs, fuis les compagnies de gens auxquels tu ne veux pas ressembler, et les gâces que Dieu t'a données, icelles ne reçois en vain.Nous faisons connaissance avec Panurge, le type inoubliable, du mauvais sujet à qui l'on pardonne les plus scabreuses aventures, à cause de son esprit, d'une certaine candeur dans le cynisme, de l'indulgence spéciale que les personnes les plus vertueuses témoignent aux pires gredins. Panurge va désormais se mêler à toutes les scènes du roman et son intervention va communiquer au récit une allure plus vive et plus piquante, mais aussi y introduire une recrudescence d'obscénités. Comme jadis son père, Pantagruel part en guerre. Ses prouesses fournissent à Rabelais l'occasion de se livrer à une parodie de la chevalerie. Ô ma museLes belles descentes aux enfers En cette façon, ceux qui avaient été gros seigneurs en ce monde ici, gagnaient leur pauvre, méchante et paillarde vie là-bas. Au contraire les philosophes et ceux qui avaient été indigents en ce monde, de par de là étaient gros seigneurs en leur tour.Voilà une solution aisée de la question sociale!
Gargantua, dessiné par Gustave Doré. "Pendant ce temps, quatre de ses gens lui jetaient dans la bouche, l'un après l'autre et sans cesse, de la moutarde à pleines palerées; après quoi, il buvait un horrifique trait de vin blanc pour lui soulager les rognons". Le
Tiers Livre.
Ce sera un beau petit enfantelet. Je l'aime déjà tout plein, et jà en suis tout assoti. Ce sera mon petit bedault. Fâcherie du monde tant grande et véhémente n'entrera désormais à mon esprit, que je ne passe, seulement le voyant et le oyant jargonner en son jargonnois puéril.Tantôt il se désespère en considérant la fragilité qu'il attribue à la femme : Quand je dis femme, je dis un être tant fragile, tant variable, tant inconscient et imparfait que nature me semble s'être égarée de ce bon sens par lequel elle avait créé et formé, toutes choses. quand elle a bâti la femme!Et suivant qu'il examine l'une ou l'autre des faces du problème, il entend les cloches lui dire : « Marie-toi, marie-toi : marie, marie. Si tu te maries, maries, maries, très bien, très bien t'en trouveras, veras, marie, marie ».ou bien : « Marie point, marie point, point point, point, point. Si tu te maries, maries, maries point, point, point, point : tu t'en repentiras, tiras, tiras. Cocu seras ».Il est certes séduit par le portrait qu'on lui trace de l'honnête femme : Jamais votre femme ne sera ribaude, si la prenez issue de gens de bien, instruite en vertus et honnêteté, non ayant hanté et fréquenté compagnies que de bonnes moeurs, aimant et craignant Dieu, aimant complaire à Dieu par foi et observation de ses saints commandements, craignant l'offenser et perdre sa grâce par défaut de foi et transgression de sa divine loi : en laquelle est rigoureusement défendu adultère, et commandé adhérer uniquement à son mari, le chérir, le servir, uniquement l'aimer après Dieu.Mais le sceptique incorrigible s'écrie : C'est la femme forte de l'écriture! Il n'en existe plus de telles! et pour finir il se confie au bon juge Bridoie, « qui sentenciait les procès au sort des dés », lequel se contente de lui tenir le discours le plus amusant du monde, tout parsemé (comme faire se doit en bonne jurisprudence) de renvois minutieux aux auteurs et aux sources, afin de démontrer « comment naissent les procès et comment ils viennent à perfection ». Cette démonstration est la plus spirituelle critique des lenteurs et des formalités de la procédure : elle n'a rien perdu de sa valeur et de sa vérité. Enfin, rien n'étant décidé, on se résout à consulter l'oracle Le
Quart Livre.
Cette vague nous emportera, dieu servateur! Ô mes amis! un peu de vinaigre. Je tressue de grand ahan. Bou, bou bou, ou ou ou bou bou, bous bous. Je naye, je naye, je meurs, bonne gens, je naye.Et le danger passé, il fait le bon compagnon et gourmande ceux dont le sang-froid et l'activité l'ont sauvé. Vous aiderai-je encore là? vogue la galère, tout va bien. Frère Jean ne fait rien là. Il se appelle Jean fait néant et il me regarde ici suant et travaillant [...] vous aiderai-je encore là?La critique des gens de lois, des moines, du pape, n'a plus la bonhomie de jadis. On ne se contente plus de berner les chicanous, on les accueille à grands coups de bâton et de gantelets de fer. On redouble d'âpreté pour les « hypocrites, hydropiques, pâtenotriers, chattemittes, sauterons, cagots, ermites », pour les « belles et joyeuses hypocritesses, chattemitesses, ermitesses, femmes de grande religion » et « les petits hypocritillons, chatemittillons, ermitillons ». Enfin l'appréciation des « uranopètes décrétales » est d'une hardiesse qui ont pu mener Rabelais « jusqu'au bûcher inclusivement » s'il ne s'était trouvé d'accord avec le gouvernement sur cette question délicate. C'est, écrit-il « un gros livre doré, tout couvert de fines et précieuses pierres, balais, émeraudes, diamants, unions ». et il ajoute ce sous-entendu : Ici voyez les sages décrétales écrites de la main d'un angeQuant au pouvoir du pape, il est illimité. Cela lui est non seulement permis et licite, mais commandé par les sacres décrétalesEt ce pouvoir incontesté, si puissant que par sa vertu « est l'or subtilement tiré de France en Rome » sur quoi repose-t-il? Qui fait le Saint-Siège apostolique en Rome de tout temps et aujourd'hui tant redoutable en l'univers qu'il faut, ribon ribaine, que tous rois, empereurs, potentats et seigneurs pendent de lui, tiennent de lui, par lui soient couronnés, confirmés, autorisés, viennent là boucquer et se prosterner à la mirifique pantoufle de laquelle avez vu le portrait? Belles decrétables de Dieu.Après cela tous les autres épisodes du quatrième livre semblent bien pâles et bien insignifiants; toutefois, au point de vue des moeurs, on doit noter l'emploi, pour la correspondance. des pigeons voyageurs; dans la grande, bataille de Pantagruel contre les andouilles, on pourrait recueillir des détails curieux sur l'organisation et la tactique des armées au XVIe siècle, car les détails chez Rabelais sont toujours exacts; on a déjà dit tout le parti que Le Double a tiré de « l'anatomie » de Quaresme prenant Ici est le confin de la mer glaciale [...]. Lors gelèrent en l'air les paroles et cris des hommes et femmes, les chaplis des masses, les hurtis des harnois, des bardes, les hennissements des chevaux et tout autre effroi de combat. A cette heure, la rigueur de l'hiver passée, advenant la sérénité et tempérie du bon temps, elles fondent et sont ouïes.Le Cinquième Livre. Les signes de lassitude et d'affaiblissement déjà marqués dans le quart livre s'aggravent dans le cinquième. Il est tellement inférieur aux autres qu'on a fort discuté sur le point de savoir s'il est vraiment de Rabelais. Des passages où perce son génie ne permettent pas un tel doute. Mais on peut supposer que ce livre, publié assez longtemps après la mort de l'auteur, n'est composé que d'ébauches, de notes qu'il n'a pas eu le temps de revoir et qui ont été arrangées - assez mal - pour l'impression. Le récit se traîne, l'intérêt languit, la vivacité et la drôlerie s'effacent. La satire ne s'enveloppe plus d'allégorie; elle est directe et lourde et aussi plus âpre. Là nous trouvons l'île Sonnante, habitée par de vilains oiseaux : les mâles se nomment clergaux, monagaux, prestregaux, abbegaux,evesgaux, cardingaux et papegaut - qui est unique en son espèce.Les femelles sont les clergesses, monagesses, prestregesses, abbegesses, evesgesses, cardingesses, papegesses.Ces êtres inutiles ne labourent ni ne cultivent la terre. Toute leur occupation est « gaudir, gazouiller et chanter. » Le monde entier peine et sue pour les nourrir et tandis qu'ils regorgent de biens, au loin en France, en Touraine Autres de néant faisaient choses grandes et grandes choses faisaient à néant retourner; - autres coupaient le feu avec un couteau et puisaient l'eau avec un retz; - autres faisaient de vessies lanternes; - autres dedans un long parterre, soigneusement mesuraient les sauts des puces et cestui acte m'affirmaient être plus que nécessaire au gouvernement des royaumes, conduites des guerres, administrations des républiques.Ensuite, un s'embarque dans une série de chapitres plus nébuleux les uns que les autres. On visite le pays de Satin, ou Ouï-dire tient une école de témoignage « rendant leur témoignage de toutes choses à ceux, qui plus donneraient par journée » et on aborde au seuil du temple de la dive Bouteille. Ce n'est pas sans traverser des degrés symboliques, sans contempler des emblèmes Rabelais est
bien, comme on l'a dit, le flambeau de l'humanisme.
Son livre rayonne sur tout le XVIe siècle
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© Serge Jodra, 2004. - Reproduction interdite.