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Louis IX,
dit Saint Louis. - Roi de France
né le 25 avril 1214, à Poissy
(selon l'opinion actuelle de la plupart des historiens, mais on a aussi
affirmé qu'il était né dans l'Oise, à La Neuville-en-Hez),
et mort à Tunis le 25 août 1270 ( Moyen
âge ,
Capétiens ).
Il fut baptisé à Poissy et signa parfois du nom de Louis
de Poissy les lettres qu'il écrivait à ses familiers. Fils
de Louis VIII et de Blanche
de Castille ,
il avait été élevé sévèrement
par sa mère, qui prétendit un jour qu'elle aurait mieux aimé
le voir mourir que commettre un seul péché mortel, et il
montra dès l'enfance un caractère sérieux; l'instruction
qu'il reçut fut solide. Comme il était mineur à la
mort de Louis VIII (1226), la régence appartint à la reine
mère pendant environ dix ans. Blanche commença par faire
sacrer le jeune prince à Reims le 29 novembre, en présence
des comtes de Dreux ,
de Blois
et de Bar .
Appuyée sur le légat du saint-siège et sur le comte
Thibaut
IV de Champagne ,
qu'elle détacha du parti de ses adversaires, elle put résister
à la coalition formée par le comte de Bretagne ,
Pierre Mauclerc, qui soutenait un prétendant à la régence
et peut-être au trône, Philippe
Hurepel, bâtard de Philippe-Auguste,
et voulait l'indépendance des seigneurs. Les comtes de la Marche
et de Bretagne consentirent à un arrangement avec la reine à
Vendôme en mars 1227, à des conditions avantageuses à
la fois pour eux et pour le gouvernement royal.
A la fin de la même année,
elle déjoua le complot qui avait pour objet de s'emparer de la personne
du jeune roi et s'enfuit d'Orléans
à Montlhéry. Les gens de Paris
sortirent en armes pour protéger et ramener triomphalement dans
la capitale le roi et la régente. Une nouvelle ligue se forma dans
le but de briser l'épée de la régence en mettant la
main sur Thibaut; grâce aux chevaliers de celui-ci, la rébellion
de Hurepel fut écrasée dans le château
fort de Bellème. Mais, en juillet 1229, la Champagne
fut envahie par le comte de Boulogne ,
le duc de Bourgogne
et la majorité des barons du Nord et ravagée; Pierre Mauclerc
s'alliait ensuite au roi d'Angleterre qui débarquait (mars 1230).
Cependant la campagne n'avançant pas, les seigneurs préférèrent
traiter et finalement, par la médiation du pape, une trêve
de trois ans fut conclue le Saint-Aubin-du-Cormier (4 juillet 1231); trois
ans plus tard, Thibaut en venait à vendre à la couronne l'hommage
des comtés de Blois ,
de Sancerre et de Chartres
et de la vicomté de Châteaudun .
Le traité du 12 avril 1229, préparé par les conférences
de Meaux, mit fin d'autre part à la guerre des Albigeois, à
des conditions très avantageuses cette fois pour la couronne; le
roi acquérait les sénéchaussées de Beaucaire
et de Carcassonne ,
laissant au comte de Toulouse le reste de ses États, mais il était
stipulé que la fille du comte épouserait
Alphonse
de Poitiers, fils de Louis VIII. Blanche
eut également à vaincre la turbulence de l'Université
de Paris, dont les maîtres durent se disperser à la suite
de difficultés amenées par une rixe que les écoliers
avaient provoquée, et dut lutter contre l'indépendance orgueilleuse
des évêques. La régence ne se termina pas sans que
Pierre Mauclerc, qui avait repris les armes, fût définitivement
vaincu (1234); en 1236, Thibaut, enorgueilli par son nouveau titre de roi
de Navarre ,
, fut à son tour humilié; ayant voulu reconstituer à
son profit la ligue des barons, il fut contraint de venir implorer son
pardon à Vincennes .
Louis IX avait épousé sa
cousine Marguerite, fille du comte de Provence, à Sens, à
la fin de mai 1234. Vers cette date, en 1235 ou seulement, en 1236, aussitôt
qu'il put être réputé majeur, la régence dut
prendre fin; mais on ne peut dire que Blanche
de Castille remit à son fils l'autorité suprême
à un moment donné : la transition fut sans doute insensible.
Dès 1237, Louis IX reçoit en arbitre tout-puissant les ambassadeurs
de l'empire d'Orient ( L'empire byzantin )
et de l'empire d'Occident. A l'empereur Jean de Brienne
il acheta, par échange de cadeaux, la couronne d'épines de
Jésus ,
et, pour le secourir, il facilita la formation d'une armée de croisés
anglais et français qui partit en 1239 ; quelques années
après, l'empereur de Constantinople
lui céda d'autres reliques .
A Frédéric II, qui le priait de venir à une conférence
où aurait été traitée la question d'enfermer
dans de justes limites la compétence du pape, il répondit
qu'il n'y tiendrait qu'avec une escorte de deux mille chevaliers, craignant
que cette invitation ne fût un piège. S'étant interposé
sans succès entre Frédéric et Grégoire
IX, il décida de garder une neutralité absolue à
l'égard des deux adversaires, mais il dut la faire respecter par
les armes. Frédéric II et le comte Raymond VII de Toulouse
protégeaient les exilés albigeois qui, sous la conduite de
Raymond Trencavel, firent, en 1240, la conquête de la sénéchaussée
de Carcassonne ;
Jean de Beaumont, chambellan du roi, accourut et dirigea la répression
de telle manière que toute la petite noblesse de ces pays en fut
décimée. Le comte de Toulouse et le vicomte de Narbonne
eurent à prêter un nouveau serment de fidélité.
Cette même année, le pape offrit à Robert d'Artois
la couronne impériale; Louis refusa, au nom de son frère.
Mais, lorsque l'empereur eut fait jeter dans les cachots de Naples
les pères du concile
que le pape avait convoqué à Latran, Louis réclama
par une lettre fort belle. Frédéric, qui fit relâcher
les prisonniers un an après seulement, sollicita ensuite une fois
encore (1241) l'alliance du roi contre l'invasion tatare ( Les
hégémonies mongoles ).
En 1241, les révoltes seigneuriales
recommencèrent au Sud-Ouest, appuyées par le roi d'Angleterre.
Aussitôt après les fêtes magnifiques, au milieu desquelles
Alphonse
de Poitiers venait de recevoir à Saumur l'investiture de son
apanage, le comte de la Marche, qui n'avait pas osé refuser l'hommage
prêté à Poitiers
par tous les vassaux d'Alphonse, organisa un vaste soulèvement dans
lequel entrèrent Raymond de Toulouse
et tous les ennemis du roi de France, y compris les rois de Castille
et d'Aragon
que la guerre contre les Maures retint chez eux. Promptement Louis réunit
à Chinon
une armée nombreuse (avril 1242), qui, après avoir vaincu
la coalition en Poitou ,
se rencontra au pont de Taillebourg avec les troupes du roi d'Angleterre
Henri III, venu au secours du comte de la Marche ,
son beau-père. Henri faillit être pris en personne dans la
bataille célèbre qui s'y livra (21 juillet 1242) et, le lendemain,
fut vaincu de nouveau devant Saintes .
Le comte de la Marche signa la paix à Pons (commencement d'août),
pendant que le roi d'Angleterre s'enfermait dans Bordeaux ,
et joignit ses troupes à celles de Louis, pour marcher contre le
comte de Toulouse .
Le traité de Lorris, signé par celui-ci, marque la fin des
troubles féodaux sous ce règne (janvier 1243). Le 7 avril,
Louis accorda une trêve de cinq ans au roi d'Angleterre qui continuait
à guerroyer sans espoir.
En 1244, à Cluny ,
le roi de France promit de défendre l'Église et la papauté
contre leurs ennemis; mais il n'acquiesça pas à la demande
du nouveau pape Innocent IV, qui voulait venir
présider à Reims un concile général pour régler
ses démêlés avec Frédéric, et il n'accepta
pas la décision du concile de Lyon, où fut déposé
l'empereur, ne reconnaissant pas à la papauté le droit de
disposer des couronnes. Il approuva même la ligue formée,
en 1246, par des barons de France pour combattre les prétentions
ecclésiastiques. Choisi comme arbitre par les prétendants
à la succession éventuelle de la comtesse Marguerite de Flandre,
il partagea l'héritage en deux parts et disjoignit ce grand fief
en donnant au Hainaut qui dépendait de l'Empire sa dynastie particulière.
Dans les affaires de Provence où il s'agissait de la succession
du comte Raymond-Bérenger (1245), Louis intervint en faisant épouser
la quatrième fille du comte, désignée par lui comme
héritière, à son frère Charles
d'Anjou
(janvier 1246), après entente avec le pape et conformément
aux voeux des Provençaux. Pendant huit jours, il avait eu à
Cluny avec Innocent IV, en présence de sa mère, une série
de conférences secrètes (novembre 1245). En juin 1247, se
trouvant à Pontigny, il empêcha par sa protection un coup
de main dirigé contre le pape par l'empereur. En tout cela, il était
surtout préoccupé d'assurer la paix avant de partir pour
la conquête de la Terre sainte ( Les
Croisades ).
Dès 1244, il avait pris la croix,
pendant une maladie dangereuse qu'il fit à Pontoise, et sa résolution
qui consterna les siens et ses conseillers provoqua en Orient un enthousiasme
extraordinaire. Mais il semble que le roi eut quelque peine à grouper
autour de lui environ 40 000 hommes. La septième croisade
fut presque exclusivement son oeuvre, qu'il mit quatre ans à préparer.
Thibaut de Bar et lmbert de Beaujeu furent chargés d'acheter des
provisions en Sicile et en Italie et de les expédier dans l'île
de Chypre .
La flotte louée aux Génois dut se réunir dans le port
nouvellement créé d'Aigues-Mortes. D'autre part, il ne voulut
pas se mettre en route avant d'avoir fait justice aux réclamations
de tous ses sujets. Les baillis reçurent l'ordre en 1247 de provoquer
les plaintes publiques, et des commissions de moines furent nommées
pour les recueillir. Le pape promit de maintenir la trêve; les barons
jurèrent de garder fidélité au fils du roi, et la
reine mère devint, pour la seconde fois, régente. En 1248,
après avoir pris l'oriflamme à Saint-Denis ,
le vendredi 12 juin, jour de la Rédemption, saint Louis traversa
Paris
pieds nus, de Notre-Darne
à l'abbaye
de Saint-Antoine, et se dirigea sur Aigues-Mortes à petites journées
par la Bourgogne, par Lyon, où le pape bénit encore les croisés,
et par la vallée du Rhône, s'arrêtant pour régler,
au préjudice des droits royaux, les difficultés que la couronne
avait avec des églises ou des abbayes. Le 28 août, il prit
la mer; beaucoup de seigneurs s'embarquèrent à Marseille.
Vingt jours après, le roi arrivait à Limisso (Limassol )
à Chypre.
Malgré son avis, on commit la faute
d'hiverner dans l'île où les chevaliers se prirent plusieurs
fois de querelle, si bien que Louis IX eut à continuer là
comme en France son rôle de conciliateur. Installé à
Nicosie; il reçut les ambassadeurs du khan
des Mongols
qui se prétendait chrétien, et l'impératrice de Constantinople
qui demandait des secours contre les Grecs schismatiques. Le printemps
arrivé, le roi dut prendre à son service plusieurs chevaliers
qui n'avaient plus d'argent et voulaient retourner chez eux. Pour retenir
la flotte, il fallut la payer un prix exorbitant. Le 22 mai 1249, les croisés
partirent au nombre de près de 50 000 peut-être et arrivèrent
devant Damiette le 5 juin, non sans avoir essuyé une tempête.
Les Musulmans
abandonnèrent la ville où les croisés entrèrent
le 6 juin, et recommencèrent dans l'inaction leurs querelles. Le
20 novembre seulement, renforcés des troupes d'Alphonse
de Poitiers, ils s'avancèrent sur Mansourah et n'engagèrent
que tardivement la bataille décisive; elle fut très confuse;
l'avant-garde y fit des prouesses inutiles, le roi faillit être fait
prisonnier, Robert d'Artois
fut tué (8 février 1251)). Le 11, les chrétiens furent
attaqués à leur tour dans le camp dont ils s'étaient
emparés et eurent difficilement la victoire. Le scorbut, puis la
famine se déclarèrent et, à la fin de mars, les croisés
n'étaient plus que 6000; saint Louis, malade, ordonna la retraite;
arrivée à Minieh-Abou-abdallah, l'arrière-garde où
se trouvait le roi se rendit (6 avril); Louis et ses deux frères
furent ramenés à Mansourah, et les prisonniers qui n'étaient
pas riches, massacrés; le reste de l'armée fut capturé
ou détruit près de Damiette.
Pendant sa captivité, le roi de
France sut inspirer le respect à ses geôliers par sa noblesse,
et il venait d'être ramené près de Damiette (28 avril),
après être convenu pour sa rançon et celle des autres
croisés du paiement d'un million de besants d'or et de la reddition
de Damiette, quand le sultan fut assassiné. Saint Louis et ses compagnons
coururent alors de grands dangers et, Damiette une fois livrée,
furent ramenés vers Le Caire ;
enfin, la moitié de la rançon fut payée; on laissa
des otages et le roi et ses barons délivrés (8 mai) se rendirent
à Saint-Jean-d'Acre
où était déjà la reine Marguerite. Malgré
les lettres de sa mère, malgré le conseil de presque tous
ses barons, il voulut demeurer encore en Terre sainte pour travailler à
la délivrance de ceux qui étaient restés captifs,
mais il renvoya en France ses deux frères (août 1250). Il
profita des discordes survenues entre les Sarrasins pour obtenir cette
délivrance et améliorer la défense des possessions
franques de Palestine, à Acre, à Césarée, à
Jaffa, à Sidon; il reçut des envoyés du Vieux de
la Montagne ( Ismaëliens ),
puis une ambassade de l'empereur de Trébizonde, et un premier résultat
de l'alliance qu'il conclut avec les émirs d'Égypte contre
le sultan (avril 1252) fut la remise de ce qui lui restait à payer
de sa rançon. Sa petite armée s'étant trouvée
renforcée, il livra quelques combats et accomplit le pèlerinage
de Nazareth, pieds nus, mais ne se fit pas autoriser à visiter Jérusalem
qu'il n'avait pas su délivrer.
La mort de Blanche de Castille
le contraignit à retourner en France où venait d'éclater
la révolte mystique de paysans connue sous le nom de soulèvement
des Pastoureaux et où les hostilités avec l'Angleterre allaient
recommencer. Il partit d'Acre
le 25 avril 1254 et sa traversée avait été marquée
par plusieurs périls, notamment près de Chypre et près
de la Sicile, lorsqu'il débarqua le 17 juillet au port d'Hyères.
Son voyage à travers la France par Beaucaire, Clermont et Saint-Benoît-sur-Loire
fut triomphal.
Il put se consacrer dès lors à
la seconde partie de l'oeuvre qu'il s'était proposée; l'organisation
de ses États. De 1254 à 1269 s'étend la période
législative de son règne. Il signa en 1258 avec le roi d'Angleterre
à Paris
(28 mai) un traité, fort diversement apprécié, par
lequel il restituait le Limousin ,
le Quercy
et l'Agénois, en échange de l'abandon des droits des Anglais
sur la Normandie ,
et avec le roi d'Aragon
à Corbeil
(en mai également) un traité analogue par lequel il abandonnait
toute prétention de suzeraineté sur la marche de Barcelone ,
moyennant la renonciation faite par ce dernier roi à toute réclamation
touchant le comté de Foix
et le Languedoc ,
à l'exception de Narbonne .
Il intervint de nouveau avec succès en Flandre
et en Provence .
Il donna d'autres preuves éclatantes de son respect pour la légitimité
féodale en soutenant le comte de Savoie
contre ses vassaux révoltés, en refusant pour lui-même
le royaume des Deux-Siciles
que le pape offrait à l'un de ses frères, au détriment
des héritiers de Frédéric II, et en tranchant en faveur
du roi Henri III, quand il eut été choisi pour arbitre, le
différend existant entre ce prince et ses barons qui voulaient lui
imposer l'observance de la Grande Charte
et les innovations politiques du Parlement d'Oxford. Soucieux de faire
respecter les droits de la féodalité laïque, il ne souffrit
jamais ses excès et défendit les guerres privées,
les tournois et le duel judiciaire comme abus très graves que voulait
empêcher l'Église.
Vis-à-vis de la féodalité
ecclésiastique et de la papauté, sa fermeté fut aussi
grande, et la Pragmatique Sanction qu'on lui a longtemps attribuée
à tort renferme des dispositions gallicanes bien conformes à
la politique qu'il suivit. A l'égard des communes, Louis IX attribua
à la royauté une sorte de tutelle par une ordonnance rendue
vers 1256; les maires durent rendre compte chaque année de leur
gestion, ce qui assimila à peu près les communes aux villes
prévôtales. Des bourgeois furent admis dans le conseil du
roi. Saint Louis seul essaya d'améliorer par des réformes
la situation financière des communes. Par la grande ordonnance de
décembre 1254, relative à la conduite des agents du roi dans
les provinces, il se proposa d'assurer la moralité et la justice
dans l'exercice des fonctions publiques et, pour rendre plus certaine l'application
exacte de cette ordonnance, il institua ensuite des enquêteurs chargés
d'inspecter avec un pouvoir propre de décision. La charge du prévôt
de Paris ,
qui était devenue vénale, fut rachetée par lui vers
1258. Des parlements furent en outre régulièrement tenus
à partir de 1254 et un règlement capital dont le texte est
perdu fut sans doute publié pour la cour judiciaire. Par des ordonnances
encore Louis IX améliora le régime des amortissements. S'inspirant
des décisions du droit canonique, il édicta les mesures les
plus sévères contre les juifs ,
les usuriers et les blasphémateurs il brûla le livre du Talmud
et par une ordonnance de 1269 obligea les juifs à porter comme signes
distinctifs sur la poitrine et sur le dos une rouelle de drap jaune ( Les
persécutions des Juifs ).
En 1268, tous les usuriers furent expulsés du royaume. Des règlements
somptuaires furent pris aussi sous son règne. Le Livre des métiers
d'Étienne Boileau, prévôt de Paris, est le code industriel
da la ville de Paris formé de la réunion de tous les textes
qui étaient en vigueur. Quant au recueil trop célèbre
connu sous le nom d'Établissements de saint Louis, ce n'est
que l'ceuvre privée d'un compilateur. L'administration financière
de la royauté fut alors particulièrement remarquable; la
réforme monétaire a été dès l'origine
considérée certainement comme un des principaux actes politiques
de Louis IX; l'ordonnance de 1262 sur les monnaies fut depuis réédités
bien des fois.
Le roi n'oubliait cependant pas la Terre
sainte; les événements d'Orient le déterminèrent
à entreprendre une nouvelle croisade .
En mars 1267, dans un parlement solennel à Paris ,
il reprit la croix, à la consternation du pape qui ne croyait pas
au succès de l'expédition. Les préparatifs durèrent
trois ans. La régence fut confiée à Mathieu de Vendôme,
abbé de Saint-Denis, et à Simon de Nesle. Très vraisemblablement
par l'influence de Charles d'Anjou qui cherchait la satisfaction de ses
intérêts, la croisade fut dirigée contre le sultan
de Tunis. Louis quitta Paris le 16 mars 1270 et, arrivé à
Aigues-Mortes, ne put mettre à la voile que le 1er
juillet, la concentration des troupes s'étant faite lentement. Le
17 eut lieu le débarquement. Après quelques succès
secondaires, les croisés furent là encore décimés
par l'épidémie ( Les
pestes et les épidémies au Moyen âge ),
pendant que des secours arrivaient à l'ennemi de tous côtés.
Saint Louis fut atteint à son tour, comme le prince héritier
Philippe, ayant déjà vu mourir Tristan, son enfant préféré.
Il s'éteignit bientôt sur un lit de cendres, non sans avoir
remis à Philippe son testament politique qu'on a appelé les
Enseignements de saint Louis. Cette mort causa dans tout l'Occident le
plus grand émoi et les restes de Louis IX furent rapportés
pieusement, déjà comme des reliques ,
à travers la Sicile, l'Italie, la France, et déposés
enfin très solennellement à Saint-Denis. De nombreux miracles ,
raconta-t-on bientôt, s'opérèrent aussitôt par
son intercession. Sa sainteté ( Le
culte des saints )
ne fut cependant proclamée qu'en 1297 après vingt-sept ans
de procédures et quatre enquêtes. Philippe
le Bel fit don à la Sainte-Chapelle
de fragments du chef de son aïeul; d'autres églises passent
pour en posséder des reliques. Le peuple chrétien
ne vit pas seulement en lui un saint, mais le modèle du roi des
anciens temps, et, si la légende de saint Louis ne se fixa pas dans
un chef-d'oeuvre littéraire, elle n'en est pas moins restée
vivace à travers les siècles.
De haute taille et bien fait, il avait,
dit le moine italien Salimbene, une figure angélique. D'un caractère
franc, affable et gai, quoique modeste et réservé, il observait
dans les choses du monde une mesure exacte; sa piété seulement,
exagérée et confinant au plus borné des fanatismes ,
le poussa à des actes infâmes et cruels; il s'astreignait
à des pratiques monastiques très rigoureuses, se levant la
nuit
pour se rendre aux matines et à prime et assistant à tous
les autres offices; il pratiquait plus volontiers encore l'assiduité
aux sermons; il voulait que tout son entourage assistât à
ces exercices, et il se plaisait à sermonner lui-même; il
recevait fréquemment la discipline des mains de ses moines; pendant
sa vie cette dévotion délirante fut souvent jugée
avec sévérité, et une anecdote montre qu'il arriva
à des gens du peuple de s'en étonner. D'une humilité
extrême, il aurait même songé à abdiquer pour
entrer dans la milice des ordres mendiants. Il prodiguait ses soins aux
pauvres et aux malades et désirait qu'on suivit son exemple. L'établissement
charitable des Quinze-Vingts
reçut de lui son organisation. Sa douceur n'excluait du reste pas
l'énergie. Sa justice fut même parfois sévère.
On sait comme il aimait à juger lui-même, assis dans le bois
de Vincennes
ou dans son jardin à Paris .
D'un esprit droit, il aimait aussi à prendre l'avis des autres.
Ses principaux conseillers et familiers furent Jean de Soisi, Geoffroi
de Sargines, Joinville, Imbert de Beaujeu, Jean de Valéri, Jean
de Beaumont, Pierre le Hideux de Chambli, Gille Le Brun de Trasignies,
Guillaume
d'Auvergne ,
évêque de Paris, Robert de Sorbon.
Par crainte de la flatterie, il acceptait
jusqu'aux remontrances, et Joinville raconte
comment, faisant la leçon à son roi, il lui montra l'inconvénient
qui existait pour un juge à recevoir quelque chose de l'une des
parties. Il n'eut pas à proprement parler de favori ni même
de ministre. Sans le savoir, il réalisa le type du prud'homme, son
idéal, c'est-à-dire le type de l'humain aveuglément
pieux et fermement attaché à ses devoirs. S'il fut la principale
figure du temps, et si l'on a pu appeler son siècle le siècle
de saint Louis, son nom n'est pas lié étroitement au
mouvement de renaissance qui se produisit alors dans les arts et dans les
lettres ( La vie culturelle dans l'Europe
latine ).
Esprit décidément obscurantiste et bigot; il n'encouragea
vraiment que la théologie
et l'éloquence sacrée; encore sa foi
garda-t-elle le cachet d'une grande simplicité; il évita
toujours les subtilités, et, s'il intervint au profit des réguliers
dans les différends entre l'université
de Paris
et les ordres mendiants, ce fut par une rare exception. Il envoya en Tatarie
( Le monde turco-mongol )
le moine Rubruquis (1253), mais pour prêcher
l'Évangile
et nouer des relations avec les Mongols .
Au moins réunit-il de très beaux manuscrits et fit-il déposer
dans une dépendance de la Sainte-Chapelle
les archives de la couronne; il confirma la fondation de la Sorbonne
en 1257. Il paraît s'être intéressé à
l'architecture : de cette époque datent les nefs d'Amiens
et de Saint-Denis, le choeur de Beauvais ,
la Sainte-Chapelle, etc. Mais il ne put assurément deviner la gloire
que les arts plastiques jetteraient sur son siècle. Le saint roi
a été bien des fois représenté par l'art, depuis
le vitrail de la Sainte-Chapelle qui est sans doute du XIIIe
siècle même et le tympan de la porte Rouge de Notre-Dame de
Paris
jusqu'à la statue de Guillaume et au tableau de Olivier Merson qui
ornent la grande salle de la Cour de cassation.
Louis IX eut onze enfants : Louis, mort
en 1260; Philippe, qui lui succéda ( Philippe
III le Hardi); Jean, mort en 1248; Jean-Tristan, comte de Nevers ;
Pierre, comte d'Alençon ;
Robert, comte de Clermont, marié à Béatrix
de Bourbon; Isabelle, qui épousa Thibaut le Jeune, roi de Navarre ;
Blanche, morte en 1243 ; Blanche, femme de Ferdinand de La Corda, infant
de Castille ;
Marguerite, femme de Jean Ier, duc de Brabant;
Agnès, femme de Robert II, duc de Bourgogne. (M. Barroux). |
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