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Louis IX (Saint-Louis)

Louis IX, dit Saint Louis. - Roi de France né le 25 avril 1214, à Poissy  (selon l'opinion actuelle de la plupart des historiens, mais on a aussi affirmé qu'il était né dans l'Oise, à La Neuville-en-Hez), et mort à Tunis le 25 août 1270 (Moyen âge, Capétiens).  Il fut baptisé à Poissy et signa parfois du nom de Louis de Poissy les lettres qu'il écrivait à ses familiers. Fils de Louis VIII et de Blanche de Castille, il avait été élevé sévèrement par sa mère, qui prétendit un jour qu'elle aurait mieux aimé le voir mourir que commettre un seul péché mortel, et il montra dès l'enfance un caractère sérieux; l'instruction qu'il reçut fut solide. Comme il était mineur à la mort de Louis VIII (1226), la régence appartint à la reine mère pendant environ dix ans. Blanche commença par faire sacrer le jeune prince à Reims le 29 novembre, en présence des comtes de Dreux, de Blois et de Bar. Appuyée sur le légat du saint-siège et sur le comte Thibaut IV de Champagne, qu'elle détacha du parti de ses adversaires, elle put résister à la coalition formée par le comte de Bretagne, Pierre Mauclerc, qui soutenait un prétendant à la régence et peut-être au trône, Philippe Hurepel, bâtard de Philippe-Auguste, et voulait l'indépendance des seigneurs. Les comtes de la Marche et de Bretagne consentirent à un arrangement avec la reine à Vendôme en mars 1227, à des conditions avantageuses à la fois pour eux et pour le gouvernement royal.
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Louis IX.
Louis IX, parLe Greco (XVIe s.)

A la fin de la même année, elle déjoua le complot qui avait pour objet de s'emparer de la personne du jeune roi et s'enfuit d'Orléans à Montlhéry. Les gens de Paris sortirent en armes pour protéger et ramener triomphalement dans la capitale le roi et la régente. Une nouvelle ligue se forma dans le but de briser l'épée de la régence en mettant la main sur Thibaut; grâce aux chevaliers de celui-ci, la rébellion de Hurepel fut écrasée dans le château fort de Bellème. Mais, en juillet 1229, la Champagne fut envahie par le comte de Boulogne, le duc de Bourgogne et la majorité des barons du Nord et ravagée; Pierre Mauclerc s'alliait ensuite au roi d'Angleterre qui débarquait (mars 1230). Cependant la campagne n'avançant pas, les seigneurs préférèrent traiter et finalement, par la médiation du pape, une trêve de trois ans fut conclue le Saint-Aubin-du-Cormier (4 juillet 1231); trois ans plus tard, Thibaut en venait à vendre à la couronne l'hommage des comtés de Blois, de Sancerre et de Chartres et de la vicomté de Châteaudun. Le traité du 12 avril 1229, préparé par les conférences de Meaux, mit fin d'autre part à la guerre des Albigeois, à des conditions très avantageuses cette fois pour la couronne; le roi acquérait les sénéchaussées de Beaucaire et de Carcassonne, laissant au comte de Toulouse le reste de ses États, mais il était stipulé que la fille du comte épouserait Alphonse de Poitiers, fils de Louis VIII. Blanche eut également à vaincre la turbulence de l'Université de Paris, dont les maîtres durent se disperser à la suite de difficultés amenées par une rixe que les écoliers avaient provoquée, et dut lutter contre l'indépendance orgueilleuse des évêques. La régence ne se termina pas sans que Pierre Mauclerc, qui avait repris les armes, fût définitivement vaincu (1234); en 1236, Thibaut, enorgueilli par son nouveau titre de roi de Navarre, , fut à son tour humilié; ayant voulu reconstituer à son profit la ligue des barons, il fut contraint de venir implorer son pardon à Vincennes.

Louis IX avait épousé sa cousine Marguerite, fille du comte de Provence, à Sens, à la fin de mai 1234. Vers cette date, en 1235 ou seulement, en 1236, aussitôt qu'il put être réputé majeur, la régence dut prendre fin; mais on ne peut dire que Blanche de Castille remit à son fils l'autorité suprême à un moment donné : la transition fut sans doute insensible. Dès 1237, Louis IX reçoit en arbitre tout-puissant les ambassadeurs de l'empire d'Orient (L'empire byzantin) et de l'empire d'Occident. A l'empereur Jean de Brienne il acheta, par échange de cadeaux, la couronne d'épines de Jésus, et, pour le secourir, il facilita la formation d'une armée de croisés anglais et français qui partit en 1239 ; quelques années après, l'empereur de Constantinople lui céda d'autres reliques. A Frédéric II, qui le priait de venir à une conférence où aurait été traitée la question d'enfermer dans de justes limites la compétence du pape, il répondit qu'il n'y tiendrait qu'avec une escorte de deux mille chevaliers, craignant que cette invitation ne fût un piège. S'étant interposé sans succès entre Frédéric et Grégoire IX, il décida de garder une neutralité absolue à l'égard des deux adversaires, mais il dut la faire respecter par les armes. Frédéric II et le comte Raymond VII de Toulouse protégeaient les exilés albigeois qui, sous la conduite de Raymond Trencavel, firent, en 1240, la conquête de la sénéchaussée de Carcassonne; Jean de Beaumont, chambellan du roi, accourut et dirigea la répression de telle manière que toute la petite noblesse de ces pays en fut décimée. Le comte de Toulouse et le vicomte de Narbonne eurent à prêter un nouveau serment de fidélité. Cette même année, le pape offrit à Robert d'Artois la couronne impériale; Louis refusa, au nom de son frère. Mais, lorsque l'empereur eut fait jeter dans les cachots de Naples les pères du concile que le pape avait convoqué à Latran, Louis réclama par une lettre fort belle. Frédéric, qui fit relâcher les prisonniers un an après seulement, sollicita ensuite une fois encore (1241) l'alliance du roi contre l'invasion tatare (Les hégémonies mongoles).

En 1241, les révoltes seigneuriales recommencèrent au Sud-Ouest, appuyées par le roi d'Angleterre. Aussitôt après les fêtes magnifiques, au milieu desquelles Alphonse de Poitiers venait de recevoir à Saumur l'investiture de son apanage, le comte de la Marche, qui n'avait pas osé refuser l'hommage prêté à Poitiers par tous les vassaux d'Alphonse, organisa un vaste soulèvement dans lequel entrèrent Raymond de Toulouse et tous les ennemis du roi de France, y compris les rois de Castille et d'Aragon que la guerre contre les Maures retint chez eux. Promptement Louis réunit à Chinon une armée nombreuse (avril 1242), qui, après avoir vaincu la coalition en Poitou, se rencontra au pont de Taillebourg avec les troupes du roi d'Angleterre Henri III, venu au secours du comte de la Marche, son beau-père. Henri faillit être pris en personne dans la bataille célèbre qui s'y livra (21 juillet 1242) et, le lendemain, fut vaincu de nouveau devant Saintes. Le comte de la Marche signa la paix à Pons (commencement d'août), pendant que le roi d'Angleterre s'enfermait dans Bordeaux, et joignit ses troupes à celles de Louis, pour marcher contre le comte de Toulouse. Le traité de Lorris, signé par celui-ci, marque la fin des troubles féodaux sous ce règne (janvier 1243). Le 7 avril, Louis accorda une trêve de cinq ans au roi d'Angleterre qui continuait à guerroyer sans espoir.

En 1244, à Cluny, le roi de France promit de défendre l'Église et la papauté contre leurs ennemis; mais il n'acquiesça pas à la demande du nouveau pape Innocent IV, qui voulait venir présider à Reims un concile général pour régler ses démêlés avec Frédéric, et il n'accepta pas la décision du concile de Lyon, où fut déposé l'empereur, ne reconnaissant pas à la papauté le droit de disposer des couronnes. Il approuva même la ligue formée, en 1246, par des barons de France pour combattre les prétentions ecclésiastiques. Choisi comme arbitre par les prétendants à la succession éventuelle de la comtesse Marguerite de Flandre, il partagea l'héritage en deux parts et disjoignit ce grand fief en donnant au Hainaut qui dépendait de l'Empire sa dynastie particulière. Dans les affaires de Provence où il s'agissait de la succession du comte Raymond-Bérenger (1245), Louis intervint en faisant épouser la quatrième fille du comte, désignée par lui comme héritière, à son frère Charles d'Anjou (janvier 1246), après entente avec le pape et conformément aux voeux des Provençaux. Pendant huit jours, il avait eu à Cluny avec Innocent IV, en présence de sa mère, une série de conférences secrètes (novembre 1245). En juin 1247, se trouvant à Pontigny, il empêcha par sa protection un coup de main dirigé contre le pape par l'empereur. En tout cela, il était surtout préoccupé d'assurer la paix avant de partir pour la conquête de la Terre sainte (Les Croisades).

Dès 1244, il avait pris la croix, pendant une maladie dangereuse qu'il fit à Pontoise, et sa résolution qui consterna les siens et ses conseillers provoqua en Orient un enthousiasme extraordinaire. Mais il semble que le roi eut quelque peine à grouper autour de lui environ 40 000 hommes. La septième croisade fut presque exclusivement son oeuvre, qu'il mit quatre ans à préparer. Thibaut de Bar et lmbert de Beaujeu furent chargés d'acheter des provisions en Sicile et en Italie et de les expédier dans l'île de Chypre. La flotte louée aux Génois dut se réunir dans le port nouvellement créé d'Aigues-Mortes. D'autre part, il ne voulut pas se mettre en route avant d'avoir fait justice aux réclamations de tous ses sujets. Les baillis reçurent l'ordre en 1247 de provoquer les plaintes publiques, et des commissions de moines furent nommées pour les recueillir. Le pape promit de maintenir la trêve; les barons jurèrent de garder fidélité au fils du roi, et la reine mère devint, pour la seconde fois, régente. En 1248, après avoir pris l'oriflamme à Saint-Denis, le vendredi 12 juin, jour de la Rédemption, saint Louis traversa Paris pieds nus, de Notre-Darne à l'abbaye de Saint-Antoine, et se dirigea sur Aigues-Mortes à petites journées par la Bourgogne, par Lyon, où le pape bénit encore les croisés, et par la vallée du Rhône, s'arrêtant pour régler, au préjudice des droits royauxx, les difficultés que la couronne avait avec des églises ou des abbayes. Le 28 août, il prit la mer; beaucoup de seigneurs s'embarquèrent à Marseille. Vingt jours après, le roi arrivait à Limisso (Limassol) à Chypre. 

Malgré son avis, on commit la faute d'hiverner dans l'île où les chevaliers se prirent plusieurs fois de querelle, si bien que Louis IX eut à continuer là comme en France son rôle de conciliateur. Installé à Nicosie; il reçut les ambassadeurs du khan des Mongols qui se prétendait chrétien, et l'impératrice de Constantinople qui demandait des secours contre les Grecs schismatiques. Le printemps arrivé, le roi dut prendre à son service plusieurs chevaliers qui n'avaient plus d'argent et voulaient retourner chez eux. Pour retenir la flotte, il fallut la payer un prix exorbitant. Le 22 mai 1249, les croisés partirent au nombre de près de 50 000 peut-être et arrivèrent devant Damiette le 5 juin, non sans avoir essuyé une tempête. Les Musulmans abandonnèrent la ville où les croisés entrèrent le 6 juin, et recommencèrent dans l'inaction leurs querelles. Le 20 novembre seulement, renforcés des troupes d'Alphonse de Poitiers, ils s'avancèrent sur Mansourah et n'engagèrent que tardivement la bataille décisive; elle fut très confuse; l'avant-garde y fit des prouesses inutiles, le roi faillit être fait prisonnier, Robert d'Artois fut tué (8 février 1251)). Le 11, les chrétiens furent attaqués à leur tour dans le camp dont ils s'étaient emparés et eurent difficilement la victoire. Le scorbut, puis la famine se déclarèrent et, à la fin de mars, les croisés n'étaient plus que 6000; saint Louis, malade, ordonna la retraite; arrivée à Minieh-Abou-abdallah, l'arrière-garde où se trouvait le roi se rendit (6 avril); Louis et ses deux frères furent ramenés à Mansourah, et les prisonniers qui n'étaient pas riches, massacrés; le reste de l'armée fut capturé ou détruit près de Damiette. 

Pendant sa captivité, le roi de France sut inspirer le respect à ses geôliers par sa noblesse, et il venait d'être ramené près de Damiette (28 avril), après être convenu pour sa rançon et celle des autres croisés du paiement d'un million de besants d'or et de la reddition de Damiette, quand le sultan fut assassiné. Saint Louis et ses compagnons coururent alors de grands dangers et, Damiette une fois livrée, furent ramenés vers Le Caire; enfin, la moitié de la rançon fut payée; on laissa des otages et le roi et ses barons délivrés (8 mai) se rendirent à Saint-Jean-d'Acre où était déjà la reine Marguerite. Malgré les lettres de sa mère, malgré le conseil de presque tous ses barons, il voulut demeurer encore en Terre sainte pour travailler à la délivrance de ceux qui étaient restés captifs, mais il renvoya en France ses deux frères (août 1250). Il profita des discordes survenues entre les Sarrasins pour obtenir cette délivrance et améliorer la défense des possessions franques de Palestine, à Acre, à Césarée, à Jaffa, à Sidon; il reçut des envoyés du Vieux de la Montagne ( Ismaëliens), puis une ambassade de l'empereur de Trébizonde, et un premier résultat de l'alliance qu'il conclut avec les émirs d'Égypte contre le sultan (avril 1252) fut la remise de ce qui lui restait à payer de sa rançon. Sa petite armée s'étant trouvée renforcée, il livra quelques combats et accomplit le pèlerinage de Nazareth, pieds nus, mais ne se fit pas autoriser à visiter Jérusalem qu'il n'avait pas su délivrer.

La mort de Blanche de Castille le contraignit à retourner en France où venait d'éclater la révolte mystique de paysans connue sous le nom de soulèvement des Pastoureaux et où les hostilités avec l'Angleterre allaient recommencer. Il partit d'Acre le 25 avril 1254 et sa traversée avait été marquée par plusieurs périls, notamment près de Chypre et près de la Sicile, lorsqu'il débarqua le 17 juillet au port d'Hyères. Son voyage à travers la France par Beaucaire, Clermont et Saint-Benoît-sur-Loire fut triomphal.

Il put se consacrer dès lors à la seconde partie de l'oeuvre qu'il s'était proposée; l'organisation de ses États. De 1254 à 1269 s'étend la période législative de son règne. Il signa en 1258 avec le roi d'Angleterre à Paris (28 mai) un traité, fort diversement apprécié, par lequel il restituait le Limousin, le Quercy et l'Agénois, en échange de l'abandon des droits des Anglais sur la Normandie, et avec le roi d'Aragon à Corbeil (en mai également) un traité analogue par lequel il abandonnait toute prétention de suzeraineté sur la marche de Barcelone, moyennant la renonciation faite par ce dernier roi à toute réclamation touchant le comté de Foix et le Languedoc, à l'exception de Narbonne. Il intervint de nouveau avec succès en Flandre et en Provence. Il donna d'autres preuves éclatantes de son respect pour la légitimité féodale en soutenant le comte de Savoie contre ses vassaux révoltés, en refusant pour lui-même le royaume des Deux-Siciles que le pape offrait à l'un de ses frères, au détriment des héritiers de Frédéric II, et en tranchant en faveur du roi Henri III, quand il eut été choisi pour arbitre, le différend existant entre ce prince et ses barons qui voulaient lui imposer l'observance de la Grande Charte et les innovations politiques du Parlement d'Oxford. Soucieux de faire respecter les droits de la féodalité laïque, il ne souffrit jamais ses excès et défendit les guerres privées, les tournois et le duel judiciaire comme abus très graves que voulait empêcher l'Église.

Vis-à-vis de la féodalité ecclésiastique et de la papauté, sa fermeté fut aussi grande, et la pragmatique sanction qu'on lui a longtemps attribuée à tort renferme des dispositions gallicanes bien conformes à la politique qu'il suivit. A l'égard des communes, Louis IX attribua à la royauté une sorte de tutelle par une ordonnance rendue vers 1256; les maires durent rendre compte chaque année de leur gestion, ce qui assimila à peu près les communes aux villes prévôtales. Des bourgeois furent admis dans le conseil du roi. Saint Louis seul essaya d'améliorer par des réformes la situation financière des communes. Par la grande ordonnance de décembre 1254, relative à la conduite des agents du roi dans les provinces, il se proposa d'assurer la moralité et la justice dans l'exercice des fonctions publiques et, pour rendre plus certaine l'application exacte de cette ordonnance, il institua ensuite des enquêteurs chargés d'inspecter avec un pouvoir propre de décision. La charge du prévôt de Paris, qui était devenue vénale, fut rachetée par lui vers 1258. Des parlements furent en outre régulièrement tenus à partir de 1254 et un règlement capital dont le texte est perdu fut sans doute publié pour la cour judiciaire. Par des ordonnances encore Louis IX améliora le régime des amortissements. S'inspirant des décisions du droit canonique, il édicta les mesures les plus sévères contre les juifs, les usuriers et les blasphémateurs il brûla le livre du Talmud et par une ordonnance de 1269 obligea les juifs à porter comme signes distinctifs sur la poitrine et sur le dos une rouelle de drap jaune (Les persécutions des Juifs). En 1268, tous les usuriers furent expulsés du royaume. Des règlements somptuaires furent pris aussi sous son règne. Le Livre des métiers d'Étienne Boileau, prévôt de Paris, est le code industriel da la ville de Paris formé de la réunion de tous les textes qui étaient en vigueur. Quant au recueil trop célèbre connu sous le nom d'Établissements de saint Louis, ce n'est que l'ceuvre privée d'un compilateur. L'administration financière de la royauté fut alors particulièrement remarquable; la réforme monétaire a été dès l'origine considérée certainement comme un des principaux actes politiques de Louis IX; l'ordonnance de 1262 sur les monnaies fut depuis réédités bien des fois. 

Le roi n'oubliait cependant pas la Terre sainte; les événements d'Orient le déterminèrent à entreprendre une nouvelle croisade. En mars 1267, dans un parlement solennel à Paris, il reprit la croix, à la consternation du pape qui ne croyait pas au succès de l'expédition. Les préparatifs durèrent trois ans. La régence fut confiée à Mathieu de Vendôme, abbé de Saint-Denis, et à Simon de Nesle. Très vraisemblablement par l'influence de Charles d'Anjou qui cherchait la satisfaction de ses intérêts, la croisade fut dirigée contre le sultan de Tunis. Louis quitta Paris le 16 mars 1270 et, arrivé à Aigues-Mortes, ne put mettre à la voile que le 1er juillet, la concentration des troupes s'étant faite lentement. Le 17 eut lieu le débarquement. Après quelques succès secondaires, les croisés furent là encore décimés par l'épidémie (Les pestes et les épidémies au Moyen âge), pendant que des secours arrivaient à l'ennemi de tous côtés. Saint Louis fut atteint à son tour, comme le prince héritier Philippe, ayant déjà vu mourir Tristan, son enfant préféré. Il s'éteignit bientôt sur un lit de cendres, non sans avoir remis à Philippe son testament politique qu'on a appelé les Enseignements de saint Louis. Cette mort causa dans tout l'Occident le plus grand émoi et les restes de Louis IX furent rapportés pieusement, déjà comme des reliques, à travers la Sicile, l'Italie, la France, et déposés enfin très solennellement à Saint-Denis. De nombreux miracles, raconta-t-on bientôt, s'opérèrent aussitôt par son intercession. Sa sainteté (Le culte des saints) ne fut cependant proclamée qu'en 1297 après vingt-sept ans de procédures et quatre enquêtes. Philippe le Bel fit don à la Sainte-Chapelle de fragments du chef de son aïeul; d'autres églises passent pour en posséder des reliques. Le peuple chrétien ne vit pas seulement en lui un saint, mais le modèle du roi des anciens temps, et, si la légende de saint Louis ne se fixa pas dans un chef-d'oeuvre littéraire, elle n'en est pas moins restée vivace à travers les siècles.

De haute taille et bien fait, il avait, dit le moine italien Salimbene, une figure angélique. D'un caractère franc, affable et gai, quoique modeste et réservé, il observait dans les choses du monde une mesure exacte; sa piété seulement, exagérée et confinant au plus borné des fanatismes, le poussa à des actes infâmes et cruels; il s'astreignait à des pratiques monastiques très rigoureuses, se levant la nuit pour se rendre aux matines et à prime et assistant à tous les autres offices; il pratiquait plus volontiers encore l'assiduité aux sermons; il voulait que tout son entourage assistât à ces exercices, et il se plaisait à sermonner lui-même; il recevait fréquemment la discipline des mains de ses moines; pendant sa vie cette dévotion délirante fut souvent jugée avec sévérité, et une anecdote montre qu'il arriva à des gens du peuple de s'en étonner. D'une humilité extrême, il aurait même songé à abdiquer pour entrer dans la milice des ordres mendiants. Il prodiguait ses soins aux pauvres et aux malades et désirait qu'on suivit son exemple. L'établissement charitable des Quinze-Vingts reçut de lui son organisation. Sa douceur n'excluait du reste pas l'énergie. Sa justice fut même parfois sévère. On sait comme il aimait à juger lui-même, assis dans le bois de Vincennes ou dans son jardin à Paris. D'un esprit droit, il aimait aussi à prendre l'avis des autres. Ses principaux conseillers et familiers furent Jean de Soisi, Geoffroi de Sargines, Joinville, Imbert de Beaujeu, Jean de Valéri, Jean de Beaumont, Pierre le Hideux de Chambli, Gille Le Brun de Trasignies, Guillaume d'Auvergne, évêque de Paris, Robert de Sorbon

Par crainte de la flatterie, il acceptait jusqu'aux remontrances, et Joinville raconte comment, faisant la leçon à son roi, il lui montra l'inconvénient qui existait pour un juge à recevoir quelque chose de l'une des parties. Il n'eut pas à proprement parler de favori ni même de ministre. Sans le savoir, il réalisa le type du prud'homme, son idéal, c'est-à-dire le type de l'humain aveuglément pieux et fermement attaché à ses devoirs. S'il fut la principale figure du temps, et si l'on a pu appeler son siècle le siècle de saint Louis, son nom n'est pas lié étroitement au mouvement de renaissance qui se produisit alors dans les arts et dans les lettres (La vie culturelle dans l'Europe latine). Esprit décidément obscurantiste et bigot; il n'encouragea vraiment que la théologie et l'éloquence sacrée; encore sa foi garda-t-elle le cachet d'une grande simplicité; il évita toujours les subtilités, et, s'il intervint au profit des réguliers dans les différends entre l'université de Paris et les ordres mendiants, ce fut par une rare exception. Il envoya en Tatarie (Le monde turco-mongol) le moine Rubruquis (1253), mais pour prêcher l'Évangile et nouer des relations avec les Mongols. Au moins réunit-il de très beaux manuscrits et fit-il déposer dans une dépendance de la Sainte-Chapelle les archives de la couronne; il confirma la fondation de la Sorbonne en 1257. Il paraît s'être intéressé à l'architecture : de cette époque datent les nefs d'Amiens et de Saint-Denis, le choeur de Beauvais, la Sainte-Chapelle, etc. Mais il ne put assurément deviner la gloire que les arts plastiques jetteraient sur son siècle. Le saint roi a été bien des fois représenté par l'art, depuis le vitrail de la Sainte-Chapelle qui est sans doute du XIIIe siècle même et le tympan de la porte Rouge de Notre-Dame de Paris jusqu'à la statue de Guillaume et au tableau de Olivier Merson qui ornent la grande salle de la Cour de cassation.

Louis IX eut onze enfants : Louis, mort en 1260; Philippe, qui lui succéda (Philippe III le Hardi); Jean, mort en 1248; Jean-Tristan, comte de Nevers; Pierre, comte d'Alençon; Robert, comte de Clermont, marié à Béatrix de Bourbon; Isabelle, qui épousa Thibaut le Jeune, roi de Navarre; Blanche, morte en 1243 ; Blanche, femme de Ferdinand de La Corda, infant de Castille; Marguerite, femme de Jean Ier, duc de Brabant; Agnès, femme de Robert II, duc de Bourgogne. (M. Barroux).

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