|
|
|
|
Les
textes
|
|
| Poésie
pastorale, poésie qui peint
les moeurs pastorales. On lui a donné aussi le nom de Poésie
bucolique, parce que les personnages qu'elle a mis en scène,
au moins dans ses origines, étaient des bouviers (en grec boukolos),
des bergers, des chevriers. Elle retrace les douceurs de la vie champêtre,
telle surtout que se la représentent les habitants des grandes cités,
qui aiment à transporter au sein des paisibles campagnes, des prairies
émaillées, et sous l'ombre des bois touffus et frais, l'idéal
de la tranquillité incompatible avec le tourbillon du monde, le
tumulte des affaires et les embarras de la ville. Quelle que soit la forme
qu'on adopte, idylle, églogue
ou drame, ce qui sied avant tout aux compositions de cette espèce,
c'est la simplicité et la grâce. Les sentiments des personnages
doivent être naïfs, et leur langage aussi éloigné
du ton fastueux que de la trivialité, ce qui ne l'empêche
pas, si la nature du sentiment le permet, de s'élever jusqu'à
la noblesse.
II ne faut pas confondre la poésie
pastorale, genre distinct de Littérature, où l'on peint la
vie des champs sous sa forme la plus attrayante et dans son heureuse simplicité,
avec toute description de la nature, dont le sentiment peut, se, trouver,
à des degrés divers, dans les autres genres littéraires.
La Nature occupe trop de place dans l'histoire de l'homme, pour être,
à aucune époque, oubliée par les poètes. Ainsi,
l'Inde a son Gîta-Govinda Il n'est peut-être pas, en effet, de genre littéraire qui suive une loi plus constante: en parcourant l'histoire de ce genre, depuis Théocrite, qui en est généralement regardé comme l'inventeur, jusqu'à nos jours, on voit la poésie pastorale s'épanouir uniformément dans la Vieillesse des civilisations. Quand elle se montre, tout a été moissonné dans le champ de l'imagination. Les esprits conservent cependant de la vigueur; les besoins littéraires subsistent. Pour distraire ces civilisations ennuyées, apparaît la poésie pastorale. Afin de détourner l'homme de la contemplation de lui-même, elle lui offre le spectacle de la nature. A des âmes blasées par l'expérience, saturées d'analyse et de réflexion, elle présente avec industrie le tableau de mesures innocentes et primitives; elle rafraîchit, en quelque sorte, les imaginations fatiguées au parfum des bois et des champs. Lamotte, Fontenelle,
Marmontel,
Heyne, croient devoir rapporter la naissance du genre pastoral à
un âge d'or fabuleux, qui n'a jamais existé que dans leur
imagination. Si l'on veut parler d'une sorte de poésie simple et
grossière, qu'on appellerait la Pastorale naturelle, on peut admettre,
sur la foi d'antiques traditions, que les vallées heureuses de l'Arcadie Le succès fut le même, préparé
qu'il était par les mêmes causes. Il rendait, pour ainsi dire,
un échantillon de la nature à des hommes qui depuis longtemps
ne la regardaient plus. Bion et Moschus,
contemporains et successeurs de
Théocrite,
répondirent au même besoin, tout en s'éloignant un
peu de la simplicité de leur maître. Quand parurent à
Rome les Bucoliques Peu de genres ont eu plus de fortune que
la pastorale; sous prétexte que les bergers sont agréables,
disait Fontanelle, on en a quelquefois abusé. Lui-même aurait
pu commencer par s'appliquer cette observation. Nous ne rappellerons que
pour mémoire les églogues de Calpurnius
et de Némésien, et les idylles d'Ausone;
nous ne nommerons Pontanus, le Mantouan, Sannazar, Vida, que pour montrer
jusqu'où peut être porté l'abus de ce genre, dans ce
qu'on a appelé le second âge de la pastorale latine. Au XIVe
et au XVe siècle, la pastorale n'est
plus qu'un déguisement de fantaisie pour habiller toute espèce
d'idées, pour donner un air et un tour villageois à des traits
satiriques, littéraires, politiques, et même religieux. Fontenelle
a rappelé cette pièce où le Mantouan imagine de faire
soutenir à des bergers, qui sont aussi des moines augustins A l'époque où la pastorale
tomba dans les langues modernes, ce genre subit une nouvelle transformation
: dans Virgile, dans Théocrite
même, mais plus sobrement, des limités resserrées l'avaient
contraint à s'allier souvent à d'autres formes; à
l'élégie, dans l'Alexis, la Pharmaceutria,
Gallus;
à l'épopée et au genre
didactique, dans Silène et Pollion; presque partout, au drame.
Il devient maintenant le drame pur, et ensuite le roman, ce dont Longus
avait toutefois donné un exemple dans Daphnis et Chloé S'il était possible de concevoir
la Pastorale indépendamment de la versification, il semble que le
roman de Paul et Virginie Au XIXe
siècle, on a vu renaître, avec George Sand
et d'autres écrivains beaucoup moins célèbres, sinon
la poésie pastorale, au moins le goût des tableaux champêtres.
Ce ne sont que scènes bretonnes ou provençales, scènes
du Languedoc Les autres pays, comme la France, ont eu
des écrivains du genre pastoral. Sans parler des ouvrages déjà
cités plus haut, l'Italie peut mentionner la Favola di Orfeo
de
Politien,
drame pastoral joué dès 1484, l'églogue En Espagne, Boscan et Manuel de Villega naturalisèrent l'idylle; Montemayor publia une Diane, et Cervantes une Galatée. Au commencement du XIXe siècle, Melendez Valdez a laissé des églogues et des romances pastorales qui le placent au-dessus de ses devanciers. Le Portugal En général, l'Angleterre n'a point brillé dans le genre pastoral. Le Calendrier de Spencer contient des églogues pour tous les mois; Milton fit une pastorale, Lycidas; on a une Arcadie de Philippe Sidney, quelques morceaux bucoliques de Pope, de Collins, de Gregory, etc. En Allemagne, Salomon Gessner a voulu étendre les limites naturelles du genre, en lui donnant un intérêt plus moral; il a écrit en prose. On place après lui Voss et Kleist. Les Hollandais parlent avec éloge des idylles de Tollens. (A19). |
|
© Serge Jodra, 2004. - Reproduction interdite.