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Brantôme

Pierre de Bourdeilles,  abbé et seigneur de Brantôme, est un  chroniqueur et écrivain français, né à Bourdeilles dans le Périgord vers 1540, mort le 15 juillet 1614. Il était fils de François de Bourdeille et d'Anne de Vivonne de la Chataigneraie. Brantôme passa ses premières années à la cour de Marguerite de Valois, soeur de François Ier et reine de Navarre, dont sa mère était dame de corps et sa grand-mère maternelle dame d'honneur. A la mort de la reine, en 1549, il vint à Paris pour faire ses études et vers 1555, il se trouvait à Poitiers où il les acheva. Il fut pourvu très jeune de plusieurs bénéfices, dont le plus important fut l'abbaye de Brantôme, dans le Périgord, d'où lui vint le nom sous lequel il est surtout connu, mais Brantôme avait peu de goût pour l'état ecclésiastique et il se bornait à toucher les revenus de ses bénéfices. 
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Brantôme.
Pierre de Brantôme (ca. 1540-1614).

En 1557, il se rendit en Italie et servit sous les ordres du maréchal de Brissac. Il rentra en France en 1560. L'humeur belliqueuse de Brantôme l'entraîna en Espagne en 1564; il servit dans l'armée espagnole commandée par don Garcie de Tolède et assista à la prise du Peñon de Velez de Gomera, sur la côte d'Afrique. Il revint par Lisbonne où le roi don Sébastien lui conféra l'ordre du Christ, et par Madrid où il fut reçu avec bienveillance par Elisabeth de France, reine d'Espagne. Il assista à l'entrevue qui eut lieu à Bayonne, en 1565, entre cette reine et sa mère Catherine de Médicis. La même année, Soliman ayant fait des préparatifs pour attaquer les chevaliers de Malte, Brantôme partit avec de nombreux gentilshommes pour porter assistance au grand-maître La Valette, mais ce secours n'arriva qu'après la levée du siège. Pendant son séjour à Malte, Brantôme fut sur le point d'entrer dans l'ordre de Saint-Jean-de-Jérusalem, mais on l'en détourna.

Après avoir voyagé quelque temps en Italie, il revint en France. A ce moment, apprenant que Soliman se disposait à attaquer la Hongrie, il s'enrôla pour aller la défendre; mais ayant su à Venise que Soliman venait de mourir, il rentra dans son pays. Après la paix de Longjumeau (1568) qui fut de peu suivie de nouveaux troubles, Brantôme fut chargé du commandement d'une compagnie qu'il ne conserva que deux ans. Il était en outre gentilhomme de Charles IX et il le fut aussi de Henri III

Après la bataille de Jarnac (1569), il fut atteint d'une fièvre intermittente et se retira dans son abbaye où il resta jusqu'en 1571. C'est alors que Brantôme forma encore une fois le projet d'aller combattre les Turcs, mais Strozzi l'en dissuada, ce qui l'empêcha d'assister à la bataille de Lépante. Il suivit Strozzi comme volontaire au siège de La Rochelle et fut envoyé dans la ville comme parlementaire. A partir de cette époque, Brantôme vécut presque constamment à la cour, sous Charles IX et Henri III, mais une déconvenue qui lui arriva amena sa retraite et faillit même l'entraîner à offrir ses services à l'Espagne. Il vécut dès lors isolé. Une chute de cheval lui valut des infirmités précoces; il s'occupa alors à écrire et à corriger ses livres.

Les ouvrages laissés par Brantôme sont les suivants : les Vies des grands capitaines estrangers; les Vies des grands capitaines français et son complément : Discours sur les couronnels de l'infanterie de France; Discours sur les duels; Discours d'aucunes rodomontades et gentilles rencontres et parolles espaignolles (dédié à la reine Marguerite); Sermons et juremens espaignols; M. de la Noue, à sçavoir à qui l'on est plus tenu, ou à sa patrie, à son roy ou à son bienfacteur; Discours d'aucunes retraictes de guerre qu'ont faictes aucuns grands capitaines et comment elles valent bien autant quelquefois que les combats; Recueil des dames (contenant deux parties : c'est le titre donné par Brantôme dans le catalogue de ses écrits; les éditeurs anciens et modernes l'ont intitulé à tort Vies des dames illustres, Vies des dames galantes).

Vie des hommes illustres et grands capitaines étrangers. - Brantôme propose ici une sorte d'introduction aux Vies des hommes illustres et grands capitaines. Il ne fut publié, comme ses autres ouvrages, que longtemps après la mort de l'auteur. On y trouve des biographies de l'empereur Charles-Quint, du prince d'Orange, des deux Doria, du connétable de Bourbon, du roi Philippe II, de don Juan d'Autriche, de Trivulce et de Strozzi, agrémentées d'anecdotes amusantes. (NLI).

Vie des hommes illustres et des grands capitaines français. - Ces biographies, composées à partir de 1586 environ à 1614, n'ont été publiées qu'en 1665 et 1666, à Leyde, et d'une manière fort défectueuse. Dans son testament, Brantôme dit qu' « on y verra de belles choses, comme contes, histoires, discours et beaux mots qu'on ne dédaignera, si l'on y a mis une fois la vue ». Et, en effet, il a entassé dans ses notices les anecdotes piquantes, racontées avec cet esprit primesautier et cette verve gasconne qui caractérisent toute son oeuvre.

L'histoire politique n'a que peu à glaner dans cet ouvrage. Brantôme aime les aventuriers et il met les plus audacieux d'entre eux sur le même plan que les plus héroïques; en outre, sa vive imagination et son secret désir de rivaliser avec son «-bon maître Rabelais » ont aussi contribué à diminuer la valeur historique de ces livres « que j'ai, dit-il lui-même, faits et composés de mon esprit et inventions ». Il reste, avant tout, un merveilleux conteur. Les Vies (Bayard, Charles VIII, Louis XI, Louis XII, Philippe II d'Espagne, les Trivulce, Bonnivet, François Ier, Henri II, Lautrec, Anne de Montmorency, le baron des Adrets, Coligny, le prieur de Capoue, le baron de La Garde, Charles IX, La Noue, etc.) sont complétées par un long Discours sur les couronels (« colonels ») de l'infanterie de France. (NLI).
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La mort de Bayard

« En ceste mesme retraicte [La retraite de Ronmagnano. Bayard fut tué le 30 avril 1524] fut tué aussy ce gentil et brave M. de Bayard, a qui ce jour M. de Bonnivet qui avoit esté blessé en un bras d'une heureuse harquebusade [L'incapable Bonnnivet, favori de François Ier, avait essuyé revers sur revers en Italie; il fut tué à Pavie (1525)] et, pour ce se faisoit porter en litiere, luy donna toute la charge et le soin de l'armée, et de toute la retraicte et luy avoit recommandé l'honneur de France. M. de Bayard qui avoit eu quelque picque auparavant avec luy, respondit : « J'eusse fort voulu et qu'il eust ainsy pleu [= plu] a Dieu, que vous m'eussiez donné ceste charge honnorable en fortune plus favorable a nous autres qu'astheure [= qu'à cette heure] toutesfois ainsy que ce soit que l'advanture traicte avec moy [= de quelque façon que la fortune me traite] je feray en sorte que, tant que je vivray, rien ne tumbera entre les mains de l'ennemy que je ne le defende valeureusement. » Ainsy qu'il le promit, il le tint; mais les Espagnols et le marquis de Pescayre, usant de l'occasion, furent si opportuns a chasser les François, qu'ainsy que M. de Bayard les faisoit retirer tousjours peu a peu, voicy une grande mousquetade qui donna a [ = frappa] M. de Bayard, qui luy fracassa tous les rains. Aussitost se sentant frappé, il s'escria : « Ah! mon Dieu! je suis mort. » Si prit son espée par la poignée, et en baisa la croisée [= poignée en forma de croix], en signe de la croix de Nostre Seigneur; il dict tout haut : Miserere mei, Deus! puis comme failly des esprits, il cuida tumber de cheval; mais encore eust il le coeur de reprendre l'arçon de la selle, et demeura ainsy jusqu'a ce qu'un gentilhomme, son maistre d'hostel, survint qui luy aida a descendre et a l'appuyer contre un arbre.

Soudain voyla une rumeur parmy les deux armées que M. de Bayard estoit mort... Les nostres s'en effrayarent grandement; si bien que le desordre se mit parmi eux, et les Imperiaux [sous-entendu : se mirent (exprimé dans la proposition précédente)] a les chasser. Si n'y eust il gallant homme parmy eux qui ne le regrettant; et le venoit voir qui pouvoit, comme une belle relique, en passant et chassant tousjours; car il avoit ceste coustume de leur faire la guerre la plus honneste du monde, et la plus courtoise; et y en eust aucuns [ = quelques-uns] qui furent si courtois et bons qui le voulurent emporter en quelque logis la près; mais lui les pria qu'ils le laissassent dans le champ mesure qu'il avoit combattu, ainsi qu'il convenoit a un homme de guerre et comme il avoit tousjours desiré mourir armé... Sur ce arriva M. le marquis de Pescayre, qui lui dict : « Je voudrois de bon coeur, Monsieur de Bayard, avoir donné la moitié de mon vaillant [participe présent archaïque de valoir; employé substantivement au sens de fonds de bien], et que je vous tinsse mon Prisonnier bien sain et sauve [= sauf] affin que vous vous puissiez ressentir par courtoisies que recevriez de moy, combien j'estime vostre valeur et haute prouesse. Je me soubviens qu'estant bien jeune, le premier los [= louange] que vous donnarent ceux de ma nation fut qu'ils disoient : Muchos grisonnes y pocos Bayardos [ = Beaucoup de grisons (ânes) et peu de Bayards, c'est-à-dire de bons chevaux. Bayard est le nom du cheval des quatre fils Aymon]. Aussi despuis que j'ay eu cognoissance des armes, je n'ay point ouy parler d'un chevalier qui approchast de vous. Et puis qu'il n'y a remede a la mort, je prie Dieu qu'il retire vostre belle ame auprès de luy comme je croy qu'il le fera... »

M. du Bellay [ = Martin du Bellay, auteur de Mémoires] dict que M. de Bourbon [le célèbre connétable disgracié par François ler] le voyant en passant, luy dict-: « Monsieur de Bayard, vrayement j'ay grand pitié de vous. - Ah! Monsieur, pour Dieu! n'en ayez point de pitié, mais ayez la plustost de vous qui combattez contre vostre foy et vostre roy; et moy je meurs pour mon roy et pour ma foy. » Je croy que ce mot picqua un peu M. de Bourbon; mais et lui et tous estoient si aspres a donner la chasse, et suivre la victoire, que M. de Bourbon ne s'en soucia autrement, et aussi qu'il voyoit bien qu'il disoit vray...

Il fut tendu a M. de Bayard un beau pavillon pour se reposer et puis aiant demeuré en cest estat deux ou trois heures, il mourut; et les Espagnols enlevarent son corps avec tous les honneurs du monde, en l'eglise, et par l'espace de deux jours luy fut faict service très solennel : et puis le rendirent a ses serviteurs, qui l'emmenarent en Dauphiné, a Grenoble; et la, receu par la cour du parlement et une infinité de monde qui l'allarent recueillir et luy firent de beaux et grands services en la grand eglise de Nostre Dame; et puis fut porté enterrer a deux lieues de la, chez les Minimes. »
 

(Brantôme, extrait de la Vie des hommes illustres et des grands capitaines français).
Il faut y ajouter des opuscules et pièces diverses (traductions de Lucain, fragment de la vie de François de Bourdeille, père de Brantôme, etc.) et quelques poésies.

On trouve deux choses dans les écrits de Brantôme, des récits de batailles et des histoires de galanterie. C'était là toute la vie de la société des cours au XVIe siècle et Brantôme était bien le chroniqueur qu'il fallait pour peindre cette société. D'humeur capricieuse et aventureuse, rempli de bravoure, mais sans talent militaire, c'était un besoin pour lui de guerroyer. D'un caractère insouciant, confiant dans ses mérites, doué d'un esprit fin et assez cultivé pour l'époque, mais manquant de profondeur, il écrivait, comme il se battait, pour satisfaire sa fantaisie. Il écrivait pour se rappeler les faits et pour le plaisir de raconter. Son testament montre qu'il avait aussi une haute opinion de ses oeuvres.

Il est plein de franchise et de naïveté. Il peint le vice sans indignation, avec l'indulgence d'un courtisan et une fidélité qui va jusqu'au cynisme; c'est un témoin dont la conscience ne sait pas se révolter et, quand il a à montrer quelque vertueuse figure, il traduit par ses louanges plutôt les sentiments du public que sa propre admiration. Saint-Marc Girardin a pu dire qu'il semble n'avoir jamais su ce que c'est que le bien et le mal (Tableau de la littérature française au XVIe siècle). 

Brantôme n'est pas un grand historien, mais c'est un chroniqueur d'autant plus intéressant qu'il nous a laissé un tableau animé et piquant d'une société qu'il connaissait bien et au milieu de laquelle il vivait. L'importance de son oeuvre et les nombreux détails qu'elle contient en font l'une des sources les plus utiles à citer pour l'histoire du XVIe siècle. (Gustave Tegelsperger).

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