Les gens

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Montesquieu (Charles de Secondat, baron de la Brède et de), le plus célèbre écrivain politique français, né au château de la Brède, près de Bordeaux, le 18 janvier 1689, d'une famille distinguée de Guyenne, montra dès son enfance les plus heureuses dispositions pour l'étude, et toute la vivacité d'esprit nécessaire pour en recueillir les fruits. Destiné à la magistrature il s'appliqua de très bonne heure à étudier le recueil immense des différents codes, à saisir les motifs et à démêler les rapports compliqués de tant de lois obscures ou contradictoires. Pour faire diversion à une occupation aussi aride, il lisait, par forme de délassement, les livres d'histoire et de voyages, et méditait les productions des siècles classiques de la Grèce et de Rome. A 20 ans il composa un ouvrage dans lequel il cherchait à prouver que l'idolâtrie de la plupart des païens ne semblait pas mériter une damnation éternelle; mais il ne le fit point paraître. En 1714, il fut reçu conseiller, et deux ans après président à mortier au parlement de Bordeaux. Sa compagnie le chargea, en 1722, de présenter des remontrances à l'occasion d'un impôt sur les vins, dont son éloquence et son zèle obtinrent la suppression, mais qui reparut sous une autre forme.

A cette époque, il s'était déjà fait connaître par les Lettres persanes, publiées en 1711. Cet ouvrage, dont l'idée première est empruntée des Amusements sérieux et comiques de Dufresny, eut un grand succès. Au milieu de détails voluptueux et un peu libres, de sarcasmes irréligieux qui flattaient le goût du siècle pour les plaisirs et son penchant à l'incrédulité, on y trouva une satire tout à la fois énergique et gracieuse des vices et des ridicules de la nation; un tableau animé et vrai des moeurs françaises; des aperçus lumineux sur le commerce, le droit public, les lais criminelles, et sur les plus chers intérêts des nations; un grand amour de l'humanité, un zèle courageux pour le triomphe de la raison. L'auteur s'était couvert du voile de l'anonyme, mais on sut bientôt que c'était l'un des présidents d'une des principales cours souveraines du royaume; et cette opposition entre l'écrit et la profession grave de l'écrivain augmenta le succès des Lettres persanes. En 1725, Montesquieu fit paraître le Temple de Gnide, production ingénieuse, mais froide et sans intérêt, appelée spirituellement par Mme du Deffant, l'Apocalypse de la galanterie.

Il vendit sa charge en 1726, pour se livrer entièrement à la philosophie et aux lettres, et se présenta, quelque temps après, comme candidat pour la place vacante à l'Académie française par la mort de Sacy. Le cardinal de Fleury, alors premier ministre, écrivit à l'académie que le roi refusait son approbation à la nomination de l'auteur d'un ouvrage dans lequel se trouvaient des sarcasmes impies. Voltaire a écrit que Montesquieu porta lui-même les Lettres persanes au cardinal, "qui ne lisait guère et qui en lut une partie." Il ajoute : "Cet air de confiance, soutenu par l'empressement de quelques personnes en crédit, ramena le cardinal, et Montesquieu entra à l'académie" Il y a lieu de douter de la démarche de celui-ci, bien qu'elle n'ait point été contredite par les contemporains. On doit croire toutefois qu'il désavoua d'une manière quelconque celles des Lettres persanes qui fournissaient un prétexte pour l'écarter de l'Académie.

Après sa réception Montesquieu se mit à voyager dans la plupart des pays de l'Europe. Il alla d'abord à Vienne, passa en Hongrie, puis en Italie, visita Venise, Rome, Gênes, parcourut la Suisse, les pays arrosés par le Rhin, s'arrêta en Hollande; il y retrouva Chesterfield, qu'il avait connu à Venise et qui le conduisit en Angleterre, où il résida pendant deux ans, et fut reçu membre de la société royale de Londres. De retour en France, Montesquieu se retira dans son château de la Brède, et publia en 1734 ses Considérations sur les causes de la grandeur et de la décadence des Romains, suivies du Dialogue de Sylla et d'Eucrate. Douze ans après (1748), parut son grand ouvrage, l'Esprit des lois, auquel il travaillait depuis plus de vingt ans, qui mit le sceau à sa réputation, et qui seul a donné la mesure de son génie. Montesquieu fut considéré dès lors dans toute l'Europe comme le législateur des nations; mais loin d'être ébloui de l'éclat de sa gloire, il continua de vivre en sage, et de jouir de lui-même et de ses amis, partageant son temps entre le château de la Brède et Paris, c.-à-d. entre l'étude et le monde, s'occupant d'améliorations agricoles, toujours disposé, dit-on, à secourir les malheureux, à rendre justice aux talents et à les protéger au besoin.

Quoiqu'il tint par quelques-unes de ses opinions à la secte philosophique, de même que Buffon, Duclos et presque tous les bons esprits, il n'aimait pas le prosélytisme de l'impiété, ni les excès de l'esprit de cabale. Il consentit à travailler à l'Encyclopédie, et c'est pour ce grand ouvrage qu'il composa l'Essai sur le goût. Depuis la publication de l'Esprit des lois, les forces physiques de Montesquieu diminuèrent sensiblement, et il ne put, comme il en avait le dessein, donner plus d'étendue et de profondeur à quelques endroits de cet immortel ouvrage. Il mourut à Paris le 10 février 1755, d'une fièvre inflammatoire qui l'emporta au bout de 15 jours.



Éditions anciennes - Les ouvrages mentionnés dans cet article ont été réunis avec ses lettres et quelques opuscules sous le titre d'Oeuvres complètes, souvent réimprimé Les meilleures éditions sont celles d'Auger, Paris, 1516, 6 vol. in-8, précéd. d'une Vie de l'auteur; de Lequien, 1819, 8 vol. in-8, et de L. Parelle 1826, dans la collect. des classiques de Lefèvre. Cet illustre écriv. avait laissé un gr. nombre de manuscrits Parmi ceux qui n'ont pas vu le jour, on cite une Relation de ses voyages, très imparfaite; des Morceaux qui n'avaient pu entrer dans l'Esprit des lois, et qui forment des dissertations particulières; trois gros vol. in-4, renfermant des extraits de ses lectures, avec des réflexions à la suite; une introduction à l'histoire de Louis XI, histoire, dit-on, écrite en entier par Montesquieu, et dont son secrétaire brûla, par mégarde, la copie au net, tandis que lui-même jeta au feu le brouillon, croyant que cette copie existait encore. Mais cette anecdote, souvent réimprimée, est maintenant regardée comme apocryphe. En 1815 l'Académie française mit au concours l'Éloge de Montesquieu; le prix fut décerné à Villemain : ce morceau fait partie du premier volume de ses Mélanges littéraires.

En librairie - Montesquieu, Oeuvres complètes, Gallimard (La Pléiade), 2000, 2 vol.. Ou bien au Seuil, Oeuvres complètes, 1964.

Lettres persanes, Gallimard (Folio), 2003. - Grandeur et décadence des Romains, Flammarion, 1998. - Eloge de la sincérité, Mille et Une Nuits, 1997. - De l'esprit des lois, Gallimard (Folio), 1995, 2 vol.  - Essai sur le goût, Rivages, 1993. - Histoire véritable, Ombres, 1993. - Pensées /  Le Spicilège, Robert Laffont (Bouquins), 1991. 

Louis Althusser, Montesquieu, la politique et l'histoire, PUF, 2003. - Laurent Chiquet, Montesquieu, médecine et science, Glyphe et Biotem, 2003. - Catherine Volpilhac-Auger, Montesquieu, Presses de l'Université de Paris-Sorbonne, 2003. - Catherine Volpilhac-Auger et Michel Porret, Le temps de Montesquieu, Droz, 2002. - Jean Lacouture, La raison de l'autre (Montaigne, Montesquieu, Mauriac), Confluences, 2002. - Laurent Estève, Montesquieu, Rousseau, Diderot : du genre humain au bois d'ébène, Unesco, 2002. - Paul Dubouchet, De Montesquieu le moderne à Rousseau l'ancien, la démocratie et la république en question, L'Harmattan, 2001. - Jean Goldzink, Montesquieu et les passions, PUF, 2001. - Louis Desgraves, Montesquieu, l'oeuvre et la vie, L'esprit du temps, 2000. - Simone Goyard-Fabre, Montesquieu, la nature, les lois, la liberté, PUF, 2000. - Henri Drei et Laurent Loty, La vertu politique, Machiavel et Montesquieu, L'Harmattan, 1999. - Maurice Joly, Dialogue aux enfers entre Machiavel et Montesquieu, Allia, 1997. - Jean Starobinski, Montesquieu, Le seuil, 1994.

Pour les plus jeunes.-  Jean-Jacques Ceccarelli, Le Montesquieu, les lettres persanes, Mango, 2001.


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