Les gens

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Pétrarque (François), poète né le 20 juillet 1304 à Arezzo. Son père, attaché au parti gibelin, était ami de Dante. Ce fut au sein de l'agitation et des guerres intestines que s'écoulèrent ses premières années. II avait environ dix ans lorsqu'il fut emmené par son père dans le comtat d'Avignon, où Clément V venait de transférer la cour pontificale. Après avoir terminé ses premières études, il alla passer à l'université de Montpellier quatre années qui ne furent pas consacrées exclusivement à la jurisprudence; mais son père, courroucé de la préférence qu'il donnait à Cicéron et à Tite-Live sur les commentateurs du Digeste, livra aux flammes ses livres chéris, et l'envoya suivre à Bologne les leçons du canoniste Jean d'Andrea. Un poète illustre fréquentait cette université, Cino da Pistoia, et Pétrarque obtint bientôt ses conseils et son amitié. Orphelin à 20 ans, il reporte sa pensée vers ces sites agrestes où les premières inspirations poétiques l'ont fait tressaillir, et il vient se fixer à Avignon. Ce fut dans cette terre natale des troubadours, qu'il composa ses premiers vers. On a parlé de la violente passion qui l'enchaîna pour toujours à la belle Laure. Sans cesse poursuivi par son souvenir, il visita en courant le midi de la France, Paris, la Flandre, les Pays-Bas, la forêt des Ardennes, etc., remplissant de ses douces plaintes tous les lieux où il passa. Il était revenu s'ensevelir à Vaucluse après huit mois d'exil (1334), lorsqu'à la nouvelle d'une croisade, projetée par Jean XXII, et de la promesse vaguement exprimée par ce pontife de rétablir à Rome la chaire de St Pierre, il s'arrache un moment aux pensers d'amour pour chanter la gloire que va reconquérir la ville éternelle. Entré dans les ordres, il cherche encore dans divers voyages une distraction qui le fuit : Rome même, où l'accueillent les Colonne, ne peut le retenir, et il revient à Avignon. II trace dans sa retraite l'ébauche d'une épopée régulière, l'Africa. La 2e guerre Punique lui en fournit le sujet; Scipion en doit être le héros. Une année s'écoule à peine que Pétrarque est simultanément invité à venir recevoir la couronne poétique à Rome et à Paris. S'embarquant aussitôt pour Naples, où régnait Robert d'Anjou, il présente son épopée à ce prince, qui le proclame digne du triomphe et le revêt de sa robe, dont il veut que le poète soit paré au jour fixé pour la cérémonie (8 avril 1341). Conduit avec la plus grande pompe au Capitole, il fut couronné des mains du sénateur Orso, comte d'Anguillara; ensuite le cortège s'achemina vers l'église St Pierre, où Pétrarque déposa ses lauriers.

Dans le même temps il recevait du roi de Naples, avec le titre d'aumônier ordinaire, des lettres-patentes portant entre autres l'autorisation de porter dans tous les actes la couronne de laurier, de lierre ou de myrte, à son choix. De Rome il se rendit à Parme, près d'Azon de Corrège, qui lui fit accepter les fonctions d'archidiacre. Pétrarque y termina son poème de l'Afrique; ce fut aussi dans cette ville qu'il essuya les premières attaques de l'envie. Cependant Clément VI ceignait la tiare (1342). Choisi pour haranguer ce pontife, il en reçut l'accueil le plus distingué et quelques places honorifiques, mais ne put obtenir qu'il effectuât la translation tant promise du St-Siège à Rome. Le pape lui confia la mission de faire valoir ses droits à la régence de Naples durant la minorité de Jeanne, petite-fille du roi Robert; mais il la remplit également sans succès. Lorsqu'il revit enfin sa retraite de Vaucluse, il ne tarda pas à en être tiré par l'éclat soudain des succès de Rienzi. L'illusion du poète fut courte; elle disparut avec le tribun et le fantôme de liberté qu'avait évoqué celui-ci sous l'ombre de l'ancien Capitole. Mais une perte plus cuisante que celle des Colonne, dont il pleurait encore le massacre, vint mettre le comble aux chagrins de Pétrarque : la peste de 1348 (Les pestes au Moyen âge) enleva l'objet de sa passion toujours brûlante : Laure cessa de vivre le 6 avril de cette année, le même jour et à la même heure qu'il l'avait vue pour la première fois. Après avoir épanché quelque temps sa douleur dans cette solitude, témoin déjà de tant de larmes d'amour, il se rend aux sollicitations de Louis de Gonzague, et fixe sa demeure à Mantoue. Depuis l'an 1350, époque où il vint assister au jubilé ouvert à Rome, Pétrarque mit dans ses moeurs et dans ses habitudes un degré de sévérité dont l'empreinte se retrouve dans ses dernières poésies. Ce fut vers le même temps que le sénat de Florence lui députa Boccace, pour lui offrir, avec la restitution du patrimoine de ses pères ainsi que de ses droits de citoyen, la direction de l'université récemment fondée dans la première ville de Toscane.

Pétrarque préféra retourner dans sa retraite de Vaucluse. Il y fut troublé, sous Innocent VI, par les absurdes préventions que ses ennemis étaient parvenus à soulever contre lui dans l'esprit du pontife. Milan devint alors son séjour. Admis au conseil de Jean Visconti, lié avec le doge Andrea Dandolo, et surtout plein du désir de voir enfin la paix rétablie dans l'Italie, il consentit à se charger encore de diverses missions; mais aucune n'eut le succès qu'il se flattait d'obtenir. Il finit par concevoir un invincible dégoût pour l'agitation des cours, et ne fit plus que promener ses ennuis, moins sans doute pour se délasser que pour chercher des inspirations nouvelles. C'est dans l'une de ces excursions que, l'an 1362, il fit don à la république de Venise de sa bibliothèque, que jusque-là il avait emmenée à sa suite à grands frais. Une autre circonstance se rattache à son séjour à Venise : profitant de la présence du grammairien grec Léonce Piate de Thessalonique, il y reprit, quoique sexagénaire, l'étude de la langue de Platon, dont le moine Barlaam lui avait autrefois appris les éléments à Avignon. Incapable de repos et privé de toutes consolation, il cherchait à tromper, dans les ennuis d'une étude rebutante, les longs ennuis de sa vieillesse, lorsque l'avènement d'Urbain V lui rendit la faveur de la cour d'Avignon. Ce pontife accédait enfin aux vœux qu'il lui avait exprimés dans une lettre fort véhémente de faire cesser le veuvage de l'Église romaine. Pétrarque désireux à son tour de faire honneur à l'invitation flatteuse d'Urbain, se met en route, est surpris à Ferrare par une maladie à laquelle il n'échappe que par les soins empressés des seigneurs d'Este, est reporté à Padoue couché dans un bateau, et ne se rétablit, que pour apprendre bientôt la mort d'Urbain, qui, las des tumultueuses agitation de Rome, était retourné en France.

Il était dans la destinée de Pétrarque de survivre à tout ce qu'il avait chéri. L'âme brisée et livré néanmoins à des travaux sans relâche ainsi qu'aux plus rudes austérités, il succomba le 18 juillet 1374. On le trouva mort dans sa bibliothèque, la tête courbée sur un livre ouvert. Ainsi finit cet homme dont la vie si pleine a été si diversement agitée; dont le nom, lié à tous les noms illustres du 14e siècle, se trouve mêlé aussi à la plupart des événements notables de cette époque. Le monde littéraire doit à ses infatigables investigations la découverte et peut-être la conservation de divers morceaux de Quintillien, de Cicéron, etc.; et par la persévérance avec laquelle il poursuivit dans ses écrits l'alchimie, l'astrologie, la scolastique, il purifia les lettres du bizarre alliage dont les avait souillées l'ignorance. (A19).



En bibliothèque - Pétrarque a eu de nombreux commentateurs, et sa Vie a été écrite près de trente fois. Parmi les ouvrages qui le concernent, les plus estimés sont : le Petrarca redivivus, de Tomasini; les Mém. de l'abbé de Sade, 1767,5 vol. in-4; le grand ouvrage de Tiraboschi, et celui de Baldelli : del Petrarca e delle sue opere, 1797, in-4. L'édit. la plus complète de ses Oeuvres est celle de Bâle, 1581, in-fol., mais elle est loin de mériter ce titre. On conserve de lui beaucoup de Lettres et de manuscrits inédits dans les biblioth. d'Italie. Ce qu'on estime surtout parmi tant de compositions diverses sont ses poésies italiennes.

Les Rimes de Pétrarque se composent de Sonnets, Odes ou Canzoni, d'Églogues, Epîtres, Triomphes, etc. : elles ont été plus. fois réimpr. Depuis l'édition grand in-4 de Venise, 1470, on distingue surtout celle d'Alde, 1501,, in-8; de Lyon, 1574, in-16; de Padoue, 1722, in-8; de Venise, 1727, in-4, avec les Notes de Muratori; de Bodoni, 1799, in-fol., ou 2 vol. in-8; de Morelli, avec les remarques de Beccadelli, Vérone, 1799, 2 vol. in-8; de Buttura, dans la Bibliothèque poet. ital., 3 vol. in-24; enfin, de Biagioli, avec Commentaires, 1821, 2 vol. in-8 : c'est la plus estimée. Les autres ouvrages de Pétrarque sont, outre ses poésies latines, des Discours on Harangues, des Opuscules historiques, des Traités de philosophie, tels que : De remediis utriusque fortunae, Cologne, 1471, in-4. - De otio religiosorum, de vera sapientia, etc.- Enfin les Vitae de' pontifici ed imperatori romani, Florence, 1478, in-fol. Guinguené, dans son Hist. littéraire d'Italie, a donné une Notice très étendue sur Pétrarque.

En librairie - Pétrarque, Invectives, Jérôme Millon, 2003. - Sine Nomine, Jérôme Millon, 2003. - L'Afrique, Jérôme Millon, 2002. - Itinéraire de Gênes à Jérusalem, Jérôme Millon, 2002. - Le remède aux deux fortunes, Jérôme Millon, 2002. - L'ascension du mont Ventoux, Mille et Une Nuits, 2001. - Mon ignorance et celle de tant d'autres, Jérôme Millon, 2000. - Le repos religieux, Jérôme Millon, 2000. - La vie solitaire, Jérôme Millon, 2000. - Deux amis, Jérôme Millon, 1998. - Mon secret, Rivages, 1991. - Canzioniere, Gallimard (Poésie), 1983.

Charles Cingria, Pétrarque, L'Âge d'Homme, 2003. - Francisco Rico, Le rêve de l'humanisme, de Pétrarque à Erasme, Les Belles Lettres, 2002. - Claude Lafleur, Pétrarque et l'amitié, doctrine et pratique de l'amitié à partir de ses textes latins, Vrin, 2002. - Pierre Blanc, Dynamique d'une expansion culturelle, Pétrarque en Europe, XIXe - XXe s., Honoré Champion (Colloque), 2001. - Pierre Mesnard, L'essor de la philosophie politique au XVIe siècle, de Pétrarque à Descartes, Vrin, 1999. - Nicholas mann, Pétrarque, Actes Sud, 1999. - Jean-Luc Nardone, Pétrarque et le Pétrarquisme, PUF (QSJ), 1998.


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