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L'Iliade
est l'une des deux grandes épopées
grecques, parvenues jusqu'à nous sous le nom d'Homère.
Selon Hérodote, elle a dû être
composée 400 ans avant cet historien, c.-à-d. au IXe
ou au Xe siècle av. J.- C. (on place
aujourd'hui la vie d'Homère plutôt au VIIIe
siècle); les faits qu'elle raconte appartiennent au XIIe
ou au XIIIe, de sorte qu'entre ces faits
et le poème il s'est écoulé plusieurs siècles
: mais, comme, dans les temps antérieurs à l'histoire, la
civilisation ne se transforme que lentement, on peut regarder l'Iliade
comme une peinture des moeurs des temps héroïques en général,
et, à ce titre, c'est une oeuvre précieuse à consulter
quand on veut refaire l'histoire des âges primitifs de la Grèce .
Toutefois, dans l'intervalle de temps qui s'est écoulé entre
l'Iliade et l'Odyssée ,
les usages, les idées, les croyances ont subi des changements assez
considérables, pour que la plupart des savants aient cessé
d'attribuer ces deux épopées à un même poète,
et se soient rangés à l'opinion antique des chorizontes,
qui reconnaissaient deux Homères.
Quant à l'Iliade elle-même,
l'étude des oeuvres du même genre produites d'une manière
originale et sans modèles antérieurs par d'autres nations
soit en Occident, soit surtout dans l'Inde, a montré la façon
dont elle a dû être composée par son auteur. On sait
par Homère lui-même qu'au temps de la guerre de Troie ,
et aussi dans les siècles qui suivirent, les actions célèbres
des guerriers, les histoires divines, les traditions, étaient chantées
dans les réunions des hommes par des aèdes ou improvisateurs,
qui accompagnaient leurs récits du son continu et peu varié
d'un instrument; on a lieu de croire aussi que les Grecs
de ces temps anciens ne pratiquaient pas encore l'écriture : c'est
donc le rythme et la mesure qui soutenaient la mémoire des aèdes
et perpétuaient le souvenir de leurs chants, II se forma, dans la
Grèce asiatique et dans les îles, de véritables écoles
d'aèdes, dont l'unique occupation fut de répéter les
chants de leurs maîtres et d'y ajouter leurs propres récits.
Homère fut le plus célèbre d'entre eux. Les chantres
épiques des temps postérieurs se rattachèrent a lui,
complétèrent son oeuvre, y mêlèrent des récits
qui furent répétés comme des fragments du maître,
et formèrent ainsi la génération des rapsodes homérides;
il en existait encore au temps de Platon, et probablement
longtemps après lui. On ne peut guère douter que, lorsque
Solon
entreprit de réunir en un corps les oeuvres d'Homère, il
n'ait rassemblé à la fois des fragments écrits et
de simples chants récités. Le travail de Pisistrate,
beaucoup plus complet, fit regarder cet homme politique somme le véritable
restaurateur d'Homère; en effet, l'oeuvre des diascévastes
ou arrangeurs ne fut pas une simple compilation, mais l'unification de
morceaux dispersés et souvent incohérents, dont il leur fallut
rejeter un grand nombre. Les éditeurs qui vinrent après continuèrent
le travail de Pisistrate; l'édition de la Cassette ,
composée par Aristote pour Alexandre,
prépara le minutieux et savant examen des critiques d'Alexandrie .
C'est après ces remaniements successifs que fut enfin arrêtée
la forme sous laquelle l'Iliade et l'Odyssée sont
parvenues jusqu'à nous.
L'unité de l'Iliade est-elle
l'oeuvre de Solon et de Pisistrate,
ou bien a-t-elle été conçue par Homère lui-même?
Le grand événement historique raconté dans les poèmes
d'Homère suffit à donner à une épopée
son unité de composition; l'unité épique est en elle-même
une chose vague, et ne constitue qu'un cadre, dont la grandeur peut s'étendre
ou se rétrécir à volonté, et où viennent
se placer, sans fin et sans difficulté, des épisodes plus
ou moins dépendants du sujet principal et au milieu desquels ce
sujet se développe sans se perdre. Tel est le plan de l'Odyssée ;
tel est même celui de l'Iliade, et, en général
de tous les poèmes épiques, anciens et modernes. On doit
observer que l'Iliade n'a point pour sujet la guerre de Troie, mais
la colère d'Achille ,
c. -à-d. un accès de passion humaine, dont on suit la naissance,
le développement, les effets et la terminaison; c'est là
une unité toute morale, et dont la conception
ne peut appartenir qu'à un seul homme. On ne peut donc ôter
à Homère des fragments plus ou moins secondaires, intercalés
par des rapsodes.
Un nombre très grand de personnages
paraissent dans l'Iliade, hommes, femmes, déesses et dieux.
Leurs caractères furent certainement établis par la tradition
longtemps avant Homère; ils lui étaient
donnés tout tracés. Mais il restait à les mettre en
oeuvre et à les conserver semblables à eux-mêmes pendant
toute la durée d'un grand poème. Cette unité morale
et poétique des caractères dans l'Iliade prouve encore qu'un
seul homme est l'auteur du poème.
Voici en abrégé le contenu
de l'Iliade. Une querelle s'élève entre Achille
et Agamemnon
au sujet de la captive Chryséis .
Achille invoque Zeus ,
qui se range du côté du héros .
Agamemnon aveuglé livre, en l'absence d'Achille, le combat aux Troyens
: mais dès ce moment les Grecs, auparavant victorieux, sont repoussés
par degrés loin de Troie, et ramenés jusque dans leur camp.
Ils comprennent que la retraite d'Achille est la cause de leurs maux :
une députation lui est envoyée Achille est inexorable. Le
combat reprend; Hector
et les Troyens emportent le camp des Grecs, qui abandonnent la terre de
Troade et se renferment sur leurs vaisseaux. Après diverses péripéties
de la lutte, dont Achille est instruit par Patrocle ,
son ami, celui-ci obtient d'aller combattre : il est tué par Hector,
et sa mort amène le dénouement. Achille s'enflamme du feu
de la vengeance, oublie son ressentiment contre Agamemnon et les Grecs,
court au combat, met les Troyens en déroute, et tue Hector. Les
funérailles de Patrocle, la scène attendrissante où
le vieux roi Priam
vient redemander le corps de son fils et baiser la main qui l'a tué,
enfin les funérailles d'Hector et les lamentations des femmes, terminent
de la façon la plus grandiose cette épopée d'une composition
si simple et d'une si parfaite unité.
Des épisodes de toute longueur et
en nombre infini peuvent se loger dans ce cadre; il y en a beaucoup dans
l'Iliade : mais leur nombre et leurs proportions ont été
calculés, soit par le poète, soit par ceux qui, aux temps
de Solon et de Pisistrate,
ont édité le poème, de façon ne pas nuire à
l'ensemble et à l'intérêt. Cette conception de l'harmonie
et des proportions des parties et du tout n 'a rien qui doive nous surprendre,
car elle est un des caractères propres du génie grec à
toutes les époques de son histoire.
L'Iliade a joué un grand
rôle dans le développement de la littérature ancienne
et moderne. Comme elle renfermait les légendes d'un grand nombre
de dieux, de héros et de peuples, qui intéressaient le monde
grec, elle a été pour les siècles postérieurs
une sorte de trésor où presque tous les auteurs grecs ont
puisé. Non seulement elle a été répétée
par fragments dans toute la Grèce par les rapsodes, et cela pendant
plusieurs siècles, fournissant ainsi à la poésie populaire
comme aux hommes lettrés la matière de leurs clients, mais
elle a été un modèle d'après lequel d'autres
poètes épiques chantèrent à leur tour les héros
de cette guerre de Troie ,
dont Homère n'avait pris qu'un court épisode.
Les épiques modernes ont eu pour guide Virgile,
et, par Virgile, Homère. En dehors de l'épopée, l'Iliade
a fourni des matériaux à presque toute la poésie grecque
: les faits qu'elle raconte souvent en un court résumé, repris
par le drame ou chantés sur la lyre, ont reçu sous ces formes
nouvelles un plus grand développement. Les dieux ont été
acceptés par les poètes des siècles suivants, tels
que l'Iliade les avait dépeints; seulement leur caractère
et leurs actions ont reçu les lentes modifications qu'une civilisation
plus avancée devait leur faire subir. De la Grèce, ces dieux
ont passé dans la poésie latine; ils sont dans Virgile à
peu près ce qu'ils sont dans Homère; et enfin, d'Homère
et de Virgile, ils sont venus jusqu'à nous, ayant presque perdu
leur signification symbolique, mais ayant encore leur figure et leurs attributs.
Nous en dirons autant des héros et des scènes de l'Iliade
: n'ont-ils pas rempli la poésie ancienne et moderne? Enfin les
arts du dessin ont puisé sans relâche à cette source
inépuisable: non seulement les sculpteurs et les peintres grecs
cherchèrent là leurs inspirations, et en tirèrent
un grand nombre d'oeuvres admirables, mais les artistes modernes, nos écoles
de peinture et de sculpture, ne trouvent nulle part ailleurs de sujets
plus élevés ou plus pathétiques. On peut donc dire
que, de toutes les oeuvres de poésie, il n'en est aucune qui ait
une importance comparable à l'Iliade, dans l'histoire des
lettres et des arts de l'Occident. (Em. B.).
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En
bibliothèque - R. Wood,
On the original Genius of Homer, 769; Wolf, Prolegomena ad Homerum,
1795; Payne Knight, Nouveaux Prolegomena ad Homerum, 1814; Dugas-Montbel,
Histoire
des poésies homériques; J.-P. Alaux, P. Claudel,
L'Iliade
illustrée par la céramique grecque, 1950.
En
librairie - Homère, L'Iliade
et l'Odyssée, Actes Sud, (coffret 2 vol.), 2001. - L'Iliade
et l'Odyssée d'Homère (illustr. Mimmo Paladino), Diane
de Selliers, 2001. - Iliade, Pocket éditions, 1999 - Cinq
volumes dans la série grecque des Belles lettres (1968-83).
Editions
abrégées, choix de textes, etc. : Homère, L'Iliade,
Gallimard Jeunesse (sélection de six chants), 2002. - L'Iliade,
Nathan parascolaire, 1999; L'Iliade, J'ai Lu (Librio), 2003. - L'Iliade,
Casterman (livre d'images, jeunesse), 1996;
Marie-Christine
Chauveau, Marie Ciosi, Les dessous de l'Iliade, petit ménage
chez homère, Séguier, 2003. - David Bouvier, Le Sceptre
et la Lyre (éthique et mémoire dans l'Iliade),
Jérôme Millon, 2002. - Hubert Laize, Leçon littéraire
sur l'Iliade d'Homère, PUF (para-scolaire), 2000.
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