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| Affirmer que le Moyen âge
n'existe pas est devenu un lieu commun. A moins que ce ne soit qu'une entrée
en matière obligée, en forme de clin d'oeil, comme pour s'excuser
de devoir encore parler du... Moyen âge. De fait, cette période
est d'une invention assez récente, puisqu'elle ne date que des débuts
du XIXe siècle
(auparavant, ce que nous appelons le Moyen âge n'avait pas de nom
et était compris dans l'histoire moderne), et l'on peut faire bien
des reproches à son introduction. Mais n'est-ce pas le lot de toute
périodisation que de véhiculer sa part d'artifice? L'expression
de Moyen âge, semble-t-il d'ailleurs, a d'abord été
employée, avec ce que les philologues appelaient depuis la Renaissance
la moyenne latinité (qui ne se doit pas confondre avec le Moyen
âge, puisqu'elle correspond à la période comprise entre
Sulpice Sévère et la fin de l'Empire, fut mise à la
mode et propagée par les écrivains de l'époque romantique
et bientôt consacrée en France par les programmes d'enseignement
de la Restauration.
Quoi qu'il en soit, on désigne habituellement
par Moyen âge la période chronologique comprise entre la fin
de l'Antiquité et la Renaissance, époque où l'on fait
commencer les Temps modernes. Conventionnellement, et pour plus de commodité,
les historiens ont généralement adopté des dates plus
précises : comme terme initial, soit le partage de l'empire romain
en empire d'Occident et empire d'Orient en 395,
soit, plus communément, la fin de l'empire romain en 475;
comme terme final, la chute de l'empire d'Orient et la prise de Constantinople
par les Turcs Ottomans en 1453
( Au XIXe
siècle, certains historiens ont voulu faire remonter
le Moyen âge jusqu'à la naissance de Jésus
Miniature de l'Histoire du Graal C'est avec le démembrement de l'Empire, la ruine progressive du paganisme, les invasions, l'établissement des royaumes barbares, la propagation du christianisme qu'est véritablement né un ordre social nouveau, dont l'évolution, caractérisée par la formation des nations occidentales, le développement des institutions ecclésiastiques, l'établissement du régime féodal, a duré jusqu'au moment où l'esprit de réforme, le retour à une valorisation de l'Antiquité, les grandes inventions et découvertes, ont provoqué vers le XVe siècle, à travers toute l'Europe, le grand mouvement appelé Renaissance, qui marque le début des temps nouveaux. Ce millier d'années constitue ainsi pour l'Europe une période historique assez distincte à la fois de l'Antiquité et des Temps modernes, une époque de ce point de vue "intermédiaire", et à laquelle convient finalement assez bien le nom de Moyen âge qui lui a été attribué. Pendant cette époque, divisée en royaumes qui devinrent peu à peu des nations, la chrétienté s'organisa en une hiérarchie puissante qui engloba à la fois les personnes et les terres, l'ordre laïque et l'ordre ecclésiastique, et dans laquelle durent trouver place tous les organismes du corps social. Ce fut le régime féodal. Ce milieu donna naissance à des institutions, à des moeurs, à des idées, à une littérature et à un art très particuliers et d'un développement très original, dont l'ensemble constitue la civilisation médiévale. Mais on peut bien sûr déjà faire deux critiques à cette façon de voir. Il est patent, pour commencer que cette période n'a pas d'unité : sur ce millénaire qu'on attribue au Moyen âge, au mieux il n'y a pas un mais plusieurs moyen âges, distincts selon les époques et les lieux. Quels points communs existe-t-il par exemple entre l'obscur Xe siècle et le temps flamboyant des cathédrales? Et comment comparer la situation de l'Empire Byzantin, qui n'a jamais rompu le cordon ombilical avec l'Antiquité classique, et celle de de l'Europe du Nord, qui jaillit pour ainsi dire de la Préhistoire? Par ailleurs, on l'a déjà noté, cette période ne concerne et n'a de sens que pour l'Occident. L'Orient n'a pas connu à proprement parler de Moyen âge. Et si 1492 marque bien une rupture dans l'histoire de l'Amérique, les époques qui l'on précédées ne peuvent en rien être qualifiées de "médiévales". Cet Occident, il est vrai, ne peut se restreindre à la seule Europe chrétienne. Les événements de 1453 et de 1492, l'expriment assez clairement, l'histoire du monde arabo-musulman (puis turco-musulman) lui est inséparable. Par son histoire politique, mais aussi et surtout par sa littérature, par sa philosophie, par se religion, par ses sciences, la civilisation arabo-musulmane est une composante de la civilisation occidentale. Au Moyen âge, du moins entre les VIIIeet XIIe siècles, elle en aura même été la plus brillante. (A. G.). |
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