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Comines

Philippe de Comines (ou Commines) est un chroniqueur français, né en 1445 au château de Comines, d'une ancienne famille de Flandre, anoblie depuis peu, mort au château d'Argenton la 13 octobre 1509. En 1454, son père meurt et lui laisse de grands domaines mais grevés d'hypothèques. Après de bonnes études, Comines fut présenté à Charles le Téméraire, comte de Charolais (1464), et lors de la première ligue du bien public il accompagna ce prince à Montlhéry. Charles devint duc de Bourgogne, et Comines fut son chambellan. 
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Philippe de Commines et Louis XI.
Présentation des Mémoires
de Philippe de Commines à Louis XI.
(Manuscrit du XVIe siècle).

En 1468 eut lieu l'entrevue de Péronne. Louis XI dut son salut aux intrigues de Comines qu'il chercha à s'attacher. En 1472, celui-ci quitte Charles pour entrer au service de Louis XI. L'anecdote qui nous présente cette défection comme la suite d'une insolence que le roi aurait punie d'un soufflet n'est pas authentique. Il est plus probable qu'une sympathie de goûts avait rapproché Comines de Louis XI, et que ce dernier avait payé fort cher les services de celui dont il fit toute sa vie, jusqu'en 1487, son confident et son conseiller. 
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La peau de l'ours

[Louis XI avait proposé à l'empereur d'Allemagne Frédéric III de partager avec lui les terres du duc de Bourgogne, leur mortel ennemi. L'empereur répondit aux ambassadeurs du roi par cet apologue. - On fera la comparaison avec la fable de La Fontaine, l'Ours et les deux Compagnons.

« Auprès d'une aille d'Allemagne y avait un grand ours, qui faisait beaucoup de mal; trois compagnons de ladite ville, qui hantaient les tavernes, vinrent à un tavernier, à qui ils devaient, prier qu'il leur accrût encore un écot, et qu'avant deux jours le payeraient du tout; car ils prendraient cet ours, qui faisait tant de mal, et dont la peau valait beaucoup d'argent, sans les présents qui leur seraient faits et donnés des bonnes gens. Ledit hôte accomplit leur demande, et quand ils eurent dîné, ils allèrent au lieu où hantait cet ours, et en approchant de la caverne ils le trouvèrent plus près d'eux qu'ils ne pensaient. Ils eurent peur, et se mirent en fuite. L'un gagna un arbre, l'autre fuit vers la ville; le tiers, l'ours le prit et le foula fort sous lui, en lui approchant le museau fort près de l'oreille. Le pauvre homme était couché tout plat contre terre et faisait le mort. Or cette bête est de telle nature que ce qu'elle tient, soit homme ou bête, quand elle le voit qu'il ne se remue plus, elle le laisse là, cuidant qu'il soit mort. Et ainsi ledit ours laissa ce pauvre homme, sans lui avoir fait guère de mal, et se retira en sa caverne. Dès que le pauvre homme se vit, délivré, il se leva, tirant vers la ville; son compagnon qui était sur l'arbre, lequel avait vu ce mystère, descend, court et crie après l'autre, qui allait devant, qu'il attendit, lequel se retourna, et l'attendit. Quand ils furent joints, celui qui avait été dessus l'arbre, demanda à son compagnon, par serment, ce que l'ours lui avait dit en conseil, que si longtemps lui avait tenu le museau contre l'oreille. A quoi son compagnon lui répondit Il me disait que jamais je ne marchandasse de la peau de l'ours, jusqu'à ce que la bête fût morte. » (Comines, Livre III, ch. XII).

A la mort de Louis XI, il fut membre du conseil de régence et lors de la guerre folle, il prit parti pour les princes contre la dame de Beaujeu. Il fut arrêté en 1486 et emprisonné pendant vingt-huit mois à Amboise et à Paris. Il rentre bientôt en grâce mais peu après il est chassé de la cour « avec folles et rudes paroles » par le duc René de Lorraine. Comines crut trouver un appui à Moulins près du connétable de Bourbon. Ce dernier le chassa au bout d'un an. 

Il s'adresse alors à plusieurs princes, fait trafic de ses services, trahit les uns et les autres, fomente des troubles, la guerre civile, si bien que Charles VIII le fait arrêter et enfermer à Loches, dans une de ces cages que Louis XI appelait ses fillettes. Transféré de là dans une prison moins rude, il est traduit devant le parlement et malgré ses larmes et son repentir condamné à dix ans d'exil et à la confiscation du quart de ses biens. Il se retira dans ses terres très affecté de sa disgrâce : « Je suis venu à la grande mer et la tempête m'a noyé. » Toutefois il parle peu de ses ennuis dans ses mémoires. 

Comines reparut plus tard à la cour. Il fut un des négociateurs du traité de Senlis (1493), prit part à l'expédition d'Italie (1494) et fut envoyé comme ambassadeur à Venise. Il se sentait suspecté, haï par Charles VIII; son ambition était froissée; les Vénitiens le trompaient malgré ses ruses, il tomba encore en disgrâce et se retira en son château d'Argenton où il écrivit ses mémoires et mourut après treize ans de retraite.

Ce qui fait l'originalité des mémoires de Comines, c'est qu'il n'imite et ne cherche à imiter personne. Il dit ce qu'il a fait, ce qu'il a vu, ce qu'il a deviné. Il a observé les causes, prévu les conséquences, jugé les actes. Son oeuvre est le récit simple et net d'un homme d'affaires que rien n'émeut ou déconcerte. L'esprit de Machiavel semble être quelque peu le sien tant il croit au succès. On remarque les belles pages où il montre Louis XI à Plessis-les-Tours luttant avec angoisse contre la mort. 
Ces mémoires comprennent deux parties et huit livres. La première (six livres), de 1464 à 1483, va de son arrivée à la cour de Charles le Téméraire à la mort de Louis XI. Elle fut écrite de 1488 à 1493. La deuxième partie (deux livres) contient des notes sur les guerres de Charles VIII (de 1494 à 1498). Elle fut rédigée après 1497, ce qui explique les jugements portés sur le roi, et adressée à Angelo Catho, archevêque de Vienne, qui devait écrire en latin l'histoire de son temps.

Les mémoires de Comines ont été publiés dès 1524, sous ce titre : Cronique et hystoire faicte et composée par messire Philippe de Comines (Paris, in-fol.); cette édition plusieurs fois réimprimée ne comprend que les six premiers livres et s'arrête par conséquent à la mort de Louis XI. La suite parut en 1528 sous le litre : Croniques du roy Charles huytiesme (Paris, in-fol.). Parmi les nombreuses éditions postérieures, il suffira de mentionner celle de Denis Sauvage (1552, in-fol.), celle de Godefroy (1649), celle de Lenglet-Dufresnoy (1747, 4 vol. in-4), celle de Dupont (1840-1847, 3 vol. in-8) dans la Collection de la Société de l'Histoire de France et celle de
R. Chantelauze (1881). (G. Derennes).
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Philippe de Commines.
Philippe de Comines (1445-1509).
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