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La
mythologie grecque
Malgré sa
luxuriante abondance et sa complexité touffue, de toutes les
mythologies,
la mythologie grecque
est celle qui nous est la plus familière. Elle nous semble claire
et lumineuse. Chacun des êtres divins ou héroïques,
qui la peuplent, a sa personnalité, son caractère, ses attributs,
son histoire; chacun d'eux est, pour ainsi dire, le centre d'un vrai cycle
de mythes. Une clarté certainement bien
trompeuse, tant les mentalités des anciens Grecs étaient
éloignées des nôtres. Mais c'est qu'un caractère
de la mythologie grecque explique en partie tous les autres : elle est,
plus qu'aucune autre, essentiellement
polythéiste
et anthropomorphique. C'est aussi que cette mythologie a largement débordé
du creuset religieux dans lequel elle s'est formée, pour susciter
réappropriation sur réappropriation, au fur et à mesure
qu'elle se déployait dans tous les domaines des arts et des lettres.
En prenant parfois des tournures aussi peu grecques que possibles - il
suffit de penser à cette variation dublinoise sur les thèmes
de l'Odyssée
qu'est l'Ulysse de James Joyce, par exemple, pour comprendre ce
que cela signifie. ( Bibliographie
générale).
Les premiers philologues
comparatistes ont montré que par de nombreux aspects, la mythologie
grecque s'apparente aux mythologies dites indo-européennes (mythologies
indienne ,
perse ,
nordique,
etc.). Mais elle ne peut se réduire à cela. Un important
fonds proprement méditerranéen - disons autochtone ou préhellénique,
pour faire court - peut y être identifié. Les relations de
la Grèce
avec les peuples et les civilisations de l'Orient classique (Phéniciens,
Phrygiens, Égyptiens) ont
également contribué à enrichir la mythologie de beaucoup
d'éléments nouveaux. Dès l'aube de la période
historique, cependant, ces éléments hétérogènes
étaient déjà mêlés et fondus; Hésiode,
dans sa Théogonie ,
en particulier a coordonné les principales idées éparses
dans la Grèce, et établi un ordre chronologique dans la succession
des dieux.
A
la racine du polythéisme grec.
On sait aujourd'hui
qu'une religion est une manipulation symbolique d'un caractère beaucoup
plus complexe que ce qu'ont supposé ces premières approches.
Mais pour ce qui concerne, au moins l'origine des divinités grecques,
deux grandes classes ont pu être identifiées :
1°
Celles qui appartiennent à un vieux fonds méditerranéen,
que l'on identifie avec le plus d'évidence en Anatolie, mais qui
pourraient être reconnues jusqu'au mont Bego, dans les Alpes, et
qui sont essentiellement des divinités chtoniennes
(telluriques). Les cycles de la nature, ceux de la vie et de la survie
après la mort sont au centre des préoccupations qu'elles
traduisent.
L'archéologie
révèle en particulier sur les sites de probables sanctuaires
et dans les tombes de l'époque néolithique et de l'âge
du Bronze des idoles aujourd'hui qualifiées de Grandes
Mères ou de Terres-Mères, supposées être
en relation avec des cultes de la fécondité et de la fertilité.
Le rapprochement de ces objets avec ceux d'autres sites (notamment en Anatolie)
suggère que cette antique religion méditerranéenne
associait cette déesse à un taureau
ou à un bélier. Un thème
qui s'installera durablement dans la région.
En
Crète, le culte supposé de cette Grande déesse, évolue
au cours du second millénaire avant notre ère en faisant
intervenir quantité de nouveaux acteurs : animaux divers, plantes,
etc. Toute une foule de démons accompagnateurs des dieux, tels que
les Curètes ou les Dactyles,
prennent aussi leur essor à cette époque. ils auront une
nombreuse descendance dans la mythologie grecque (Chimères,
Gorgones,
Sirènes,
etc.). La Déesse Mère elle-même se dédouble,
sans doute en mère et fille, comme ce sera plus tard le cas pour
leurs héritières Déméter
et Perséphone.
2°
Celles qui ont été apportées par les Grecs, c'est-à-dire
par les envahisseurs indo-européens qui investissent la région
à partir du deuxième millénaire, et ont davantage
un caractère ouranien (céleste). Ces dieux-là sont
peu en rapport avec les cycles naturels et la permanence des choses. On
pourrait davantage les qualifier de dieux de l'action immédiate.
Cette
première religion proprement hellénique est identifiable
à Mycènes et sur les sites qui appartiennent à cette
époque. Les dieux prennent le pas sur les déesses. Zeus
fait son apparition, et avec lui un certain nombre de grandes divinités,
qui se placèrent plus tard à la tête du panthéon
hellénique, Héra, Arès,
Hestia,
Hermès,
Athéna...
Le culte de Zeus conserva longtemps son importance à Dodone
en Épire. Celui d'Hermès fut surtout en vigueur chez les
Arcadiens .
Mais,
surtout, une synthèse, accentuée après la conquête
de la Crète, va s'opérer entre cette tradition religieuse
et celle des populations autochtones, donnant naissance à cette
grande famille qu'est le panthéon grec. Soudain Zeus, dieu céleste,
se met à naître sur la terre de Crète, et tout
sera désormais à l'avenant. On pourrait même largement
déchiffrer le processus de catastérisation ou transformation
d'un personnage mythologique en astre ou constellation
( Les Catastérismes
d'Eratosthène), comme une manière
le mariage de la Terre et du Ciel,
de la durée et de l'instant.
En Crète et à Samothrace ,
où la religion demeura dans un rapport étroit avec celles
de l'Asie occidentale, de la Phénicie, de la Syrie. Ce seront des
points de passage pour de nouveaux éléments. Certaines divinités
viendront des colonies de Phénicie, de Syrie, de Phrygie, etc.,
et se mêleront peu à peu aux dieux des anciens habitants de
la Grèce .
On peut supposer que c'est aussi le trajet suivi, par exemple, par le mythe
du déluge de Deucalion,
dont les racines se perdent dans un lointain récit sumérien.
N'empêche, c'est au total une religion au caractère propre
qui s'est développée : des cultes et des rites locaux se
formèrent dès la période mycénienne en Thessalie ,
en Béotie ,
à Samos ,
à Rhodes ,
etc., et c'est là principalement qu'il faut chercher les origines
du riche panthéon grec. C'est là aussi qu'on trouve la source
des grands cycles héroïques, qui relèvent davantage
de la littérature que de la religion, et, au total, de ce qu'il
est convenu d'appeler la mythologie grecque.
Les Grecs concevaient leurs dieux comme
possédant la forme humaine et beaucoup d'attributs humains; mais
c'étaient véritablement des êtres divins, car ils ne
connaissaient pas la vieillesse et étaient immortels.
Les
types de mythes.
On y distingue trois catégories
de mythes: les mythes cosmogoniques, qui forment l'histoire mythologique
de la Grèce
jusqu'à la victoire définitive de Zeus; les mythes divins,
qui concernent les dieux et les déesses de la religion olympienne;
enfin les mythes héroïques.
Les mythes cosmogoniques - Les
mythes cosmogoniques de la Grèce
nous ont été surtout transmis par Hésiode,
l'auteur de la Théogonie ;
la portée philosophique de la plupart d'entre eux prouve qu'ils
avaient déjà perdu leur aspect populaire primitif, et qu'ils
avaient été coordonnés en une vaste synthèse
destinée à expliquer la genèse du monde physique et
les lois de la morale .
Avant toute chose
existaient, d'après une tradition, l'Océan
et Téthys; d'après une autre, le
Chaos
et Gaea, la Terre. Du Chaos et de la Terre naquirent
l'Erèbe et la Nuit;
de l'Erèbe et de la Nuit naquirent l'Ether
et le Jour. Puis Gaea engendra Ouranos = le
Ciel,
et Pontos = la Mer. Il est impossible de ne pas
reconnaître dans ces premières divinités de la Théogonie
des personnifications purement artificielles. La seconde génération
de dieux est déjà plus véritablement mythologique.
Gaea s'unit à Ouranos, et de cette union sortent, outre les Cyclopes,
plusieurs divinités parmi lesquelles Cronos.
Cronos s'oppose à son père Ouranos, le détrône
et se substitue à lui, comme maître du monde. Il épouse
Rhéa
et donne le jour à de nombreux enfants; puis il subit le même
sort qu'Ouranos. Son fils Zeus réussit à
l'enchaîner et s'empare à son tour de la toute-puissance.
Mais il doit la défendre contre de terribles ennemis, les Titans
d'abord, puis le monstre
Typhoeus. La lutte de
Zeus et de ses frères contre les Titans est un des épisodes
les plus frappants de la cosmogonie des Grecs, et d'aucuns ont voulu y
retrouver le souvenir des bouleversements volcaniques dont le sol de la
Grèce
et des îles qui l'entourent fut jadis le théâtre. Zeus
ne triomphe qu'au prix des plus grands efforts, et sa victoire, qui donne
au monde la paix et en assure l'harmonie, clôt dans la mythologie
grecque l'ère des mythes cosmogoniques. Désormais la société
divine est organisée.
Les mythes divins - Cette société
nous est révélée par les mythes, que nous avons appelés
divins, parce qu'ils concernent les dieux et les déesses et par
opposition aux légendes des héros. Elle est d'abord constituée
par les douze grands dieux de l'Olympe : Zeus,
le roi des dieux et des hommes, le dieu du ciel
lumineux, maître de la foudre ,
dont un geste irrité fait trembler le monde; Héra,
soeur et épouse de Zeus, qui protège les unions légitimes
et préside aux naissances; Apollon, le
dieu du soleil, des arts et de la poésie;
Poseidon,
le dieu de la mer; Arès, le dieu des combats;
Héphaïstos,
le dieu du feu et de l'industrie; Hermès,
le messager des dieux, patron des orateurs et des négociants; Athéna,
la déesse de la raison et de la sagesse; Aphrodite,
la déesse de la beauté et de la volupté; Hestia,
la déesse du foyer, protectrice des vertus familiales; Déméter,
la déesse des moissons; Artémis,
enfin, la vierge chasseresse, déesse de la Lune.
Ces douze divinités tenaient le
premier rang dans le monde mythologique imaginé par les Hellènes;
mais elles n'étaient pas les seules. Hadès
régnait dans le monde souterrain; Dionysos,
le dieu de la vigne, Asclépios, le
divin médecin, Amphitrite, la reine
des mers, bien d'autres encore étaient adorés par les Grecs.
Autour de ces dieux et de ces déesses
se pressait un nombreux cortège d'êtres divins; toute la nature
en était peuplée : Eole et les Vents,
Ganymède,
Hébé,
Iris,
traversaient l'atmosphère; sur terre,
Pan,
les Dryades, les
Naïades,
les Nymphes animaient les bois, les sources,
les étangs; les Satyres accompagnaient
Dionysos;
sur mer, les Néréides et les
Tritons
escortaient le char de Poseidon et celui d'Amphitrite.
Apollon
menait le choeur des neuf Muses. Du Tartare
sortaient parfois, pour châtier les criminels, les Erinyes,
tandis que les Moires présidaient aux
diverses étapes de la destinée humaine.
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Pour s'y
retrouver...
On
trouvera sur ce site un très grand nombre de notices consacrées
aux divinités grecques. Voici en résumé les principales
portes d'entrée de ce panthéon :
Les
grandes régions du monde
Le
ciel : Ouranos, Zeus,
Héra,
Hélios,
Sélénè,
Eos (L'Aurore),
Iris,
et Eole.
L'eau
: Poséidon, Amphitrite,
les Tritons, les Sirènes,
les Néréides, les Naïades,
Scylla
et Charybde.
La
Terre : Gaïa, et Rhéa.
Les
champs, les bois et les jardins
: Déméter,
Pan,
Chloris
et les Nymphes.
Le
monde des ténèbres : Hadès,
Perséphonè,
les Grées, les Gorgones,
Nyx
et Hypnos.
Le
temps et la destinée
Le
temps : les Heures et Cronos.
La
destinée, la justice et la récompense : Némésis,
Atè,
les Moires,Thémis,
les Erinyes, les Harpies,
Thanatos
et les génies.
La
vie des Humains
La
maison et de la vie domestique : Hestia.
Les
arts, les métiers et les sciences : Héphaïstos,
Athénè,
Apollon,
Artémis,
Hermès
et les Muses.
L'amour
et la volupté : Aphrodite, Eros,
les Charites, Hébé,
Ganymède,
Dionysos,
les Satyres et Silène.
La
guerre et la paix : Arès, Eris (la Discorde).
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Les cycles héroïques
- Le culte des héros acheva d'imprimer
à ce polythéisme une physionomie distincte. Les mythes ou
traditions mythiques, avec les héros et les demi-dieux qui y figurent
sont un élément important dans la mythologie des Grecs, comme
elle le sera pour les Romains. Les héros ou demi-dieux (Prométhée,
Deucalion,
Bellérophon,
Persée,
Thésée,
etc.) diffèrent tous des dieux en ce qu'ils sont mortels. Héraclès
est le seul qui devienne immortel.
Sous ce nom de héros on comprit
les individus nés d'un dieu et d'une mortelle, comme Heraclès,
ou d'un mortel et d'une déesse, comme Achille,
et tous les personnages des temps fabuleux, chefs de clans ou de migrations,
fondateurs de villes, protecteurs de cités et de familles, vainqueurs
de bêtes féroces, bienfaiteurs de leurs semblables.
Le nombre en est
considérable. Chaque cité grecque tenait à honneur
d'avoir pour ancêtre un héros, à défaut d'un
dieu ou d'une déesse. Chaque région a ainsi forgé
ses propres cycles légendaires, qui ont fini eux aussi par s'interpénétrer
dans certains cas. On mentionnera les héros mycéniens (Persée,
Atrée);
ceux de Lacédémone (Hélène);
de Pylos (Nestor), de Thèbes
(Œdipe); d'Athènes
(Thésée). A qui s'ajoutent des
grands rassemblement de héros d'origines diverses : la chasse de
Calydon,
le périple des
Argonautes, la guerre
de Troie ( l'
Iliade ,
d'Homère).
Développements
tardifs.
Du VIIe
et du VIe siècle avant l'ère
chrétienne, grâce au développement accru des relations
avec l'Asie, on assiste à l'importation de nouveaux dogmes étrangers,
qui ont encore transformé le visage polythéisme grec. Par
de nombreux aspects ces nouveautés peuvent être mises en relation
avec une véritable innovation : l'émergence de pensée
philosophique grecque. Mais alors que les premiers philosophes, entamaient
une désacralisation du monde, une dépersonnification des
principes agissants dans la nature, une réaction s'est faite jour
: les écoles pythagoricienne et platonicienne essayèrent
ainsi tour à tour de conserver ces nouveaux acquis philosophiques,
tout en assimilant entre eux les dieux honorés chez les différents
peuples, afin de réunir les éléments vraiment religieux
qui existaient dans ces cultes divers; le peuple grec attribua les noms
de ses divinités aux divinités étrangères qui
avaient avec elles quelque ressemblance, et mit sur le compte de ses propres
dieux les fables dont les dieux étrangers étaient l'objet.
Ce syncrétisme atteignit ses derniers développements à
l'époque de l'école d'Alexandrie ,
qui voulut opérer une fusion complète entre les religions
de l'Asie, de l'Égypte
et de la Grèce .
Alors aussi on prétendit donner aux mythes païens un sens et
une portée qu'ils n'avaient certainement pas. Et c'est bien dès
cette époque qu'on commença à faire de ces mythes
autant d'expressions figurées des phénomènes naturels,
des révolutions astronomiques, etc. Le polythéisme fut ainsi
totalement dénaturé, et celui qui le jugerait d'après
les derniers écrivains grecs s'en ferait l'idée la plus fausse.
Au temps des Alexandrins, le polythéisme n'avait plus de rapport
avec la religion d'Homère, d'Hésiode et de Pindare; les fables
anciennes n'étaient plus que des allégories; les rites seuls
étaient conservés, parce qu'ils constituaient généralement
pour le peuple toute la religion, et que les philosophes cherchaient à
s'appuyer sur la tradition pour dissimuler la nouveauté de leurs
idées; la religion n'était plus qu'un attachement routinier
et inintelligent à des cérémonies surannées
et vidées de leur sens. Tout comme d'ailleurs les mythes, si prompt,
eux, à en acquérir de nouveaux.
Ainsi les dieux et
les déesses ne seraient, d'après une opinion représentée
déjà dans l'Antiquité par Évhémère,
que des êtres humains déifiés après leur mort
à cause de leurs exploits ou de leurs vertus, et il ne faudrait
voir dans les mythes que des faits historiques altérés par
l'ignorance populaire et embellis par la fantaisie des poètes.
Une nouvelle vie commençait pour la mythologie. Et de nouveaux mythes
ont commencé à se construire sur les anciens. D'autres mythologues,
ont ainsi regardé les dieux de la Grèce
comme la personnification des éléments, des agents physiques,
et ont cru découvrir sous le voile de la Fable l'expression figurée
du rôle que les phénomènes naturels jouent dans l'univers...
Il y a sans doute
là encore une méprise, même si l'on peut bien accepter
que certains de ces personnages ont bien existé, et même que
certains événements peuvent bien avoir eu lieu aussi. Après
tout, Schliemann, guidé par Homère, a bien retrouvé
une ville qui pouvait avoir un rapport avec Troie. Mais quelle la nature
exacte de ce rapport? Les ruines d'Hissarlik déterrées par
Schlieman sont-elles celles de Troie?
On peut se faire
une idée des pièges auxquels s'expose toute tentative d'interprétation
trop littérale des mythes en comparant la situation à ce
que révèlent les chansons de geste ,
par exemple : elles aussi utilisaient un matériau historique (personnages,
peuples et lieux ont tous souvent existé), mais le transformaient
à leur façon. Les Vikings ,
les Basques, ou les Saxons devenaient par exemple des Sarrasins; Saragosse ,
dans la vallée de l'Ebre, se retrouvait au sommet d'une montagne;
on confondaient les rois et les siècles, etc. Et aucune grille de
lecture ne permettrait à travers elle de s'y retrouver véritablement
sans l'aide, à côté, d'une connaissance de l'histoire
avérée.
De même les
mythes grecs ne sont pas de l'histoire cryptée, ou même comme
on a pu le croire à propos de l'astronomie ( Dupuis
: L'origine des constellations), une forme de science cachée
derrière des codes bien établis, et dont il suffirait de
connaître la clé pour lire la pensée de leur auteur.
Les mythes ne recellent pas de l'information : ils véhiculent de
la signification. Et celle-ci ne peut se comprendre autrement que dans
la cadre global de la culture qui l'a produite.
Les
cultes dans la Grèce antique
Un Grec
pense des dieux ce qu'il lui plaît. Mais il ne doit rien négliger
des pratiques traditionnelles. Le culte est un contrat passé avec
la divinité; la prière a pour objet de l'amadouer. On prend
les dieux à témoin des serments, traités, imprécations,
malédictions; par politesse, on n'approche de leurs autels
qu'après s'être purifié
les mains par l'eau, et l'on se soumet aux cérémonies
expiatoires après un deuil, un meurtre involontaire ou une épidémie.
On n'entreprend rien
sans consulter les dieux; on ruse pour connaître leur avis, quelquefois
manifesté directement dans un songe; mais
d'ordinaire il faut recourir à la divination,
observer le vol des oiseaux, les phénomènes de l'air, les
entrailles des victimes, le jeu de la flamme ou de la fumée d'encens,
etc. Pour l'interprétation, on s'en rapporte à l'expérience
des sibylles, des devins, des nombreux oracles;
l'avenir se révèle dans l'ombre d'une grotte ou les exhalaisons
d'une crevasse, par des mots, des signes ou des rêves; parfois, les
prophéties semblent se contredire, mais la confiance en elles n'en
est pas atteinte.
Tout dieu agréa
d'abord pour domicile une caverne, une forêt,
un tertre, un autel
de pierre; enfin il eut sa maison, le temple. On gagnait ses faveurs par
des sacrifices assujettis à un rituel invariable, extrêmement
minutieux. La plus précieuse des offrandes est le sang humain, et
il y eut encore des sacrifices humains à l'époque classique;
pourtant on imagina, n'osant les répudier, d'ingénieuses
substitutions : un animal, paré comme
un être humain, fournissait la victime. L'esprit d'économie
était inventif; on consacrait un boeuf
en terre cuite, un concombre orné de bois sculptés
simulant des cornes.
D'ordinaire les dieux se contentaient des prémices
des champs.
Les
confréries.
Les cultes publics
ou familiaux avaient des formes arrêtées et un exclusivisme
gênant, sans parler de leur insignifiance doctrinale. De là
le succès des cultes étrangers et des mystères,
où chacun, admis indistinctement, avait la joie d'une vision de
l'au-delà. Les divinités d'Asie et d'Afrique ,
introduites par les navigateurs, d'abord repoussées par les États,
ont, dès le Ve siècle, d'innombrables
fidèles réunis en confréries (thiases, orgéons)
, où sont admis les femmes, les métèques et les esclaves.
Parmi ces confréries, il y avait des sociétés secrètes,
où l'on n'entrait qu'après initiation et sous défense
de rien révéler de ce qui s'y passait; nous ne savons donc
que très vaguement leur caractère : dans les confréries
originaires de Thrace ou de Phrygie se succédaient les scènes
de fanatisme, macérations, orgies,
extases; les préoccupations morales l'emportaient dans les groupes
orphiques, la vie ascétique dans les
loges pythagoriciennes de l'Italie
méridionale. Par endroits, ces mystères entrèrent
dans la religion officielle, sous la surveillance de l'État; ainsi
à Samothrace ,
Andanie ;
en Attique
(Éleusis ),
des images symboliques, métamorphoses
et moisson du grain de blé, figuraient l'immortalité de l'âme;
on connaissait un baptême rénovateur. Les mystères
eurent d'abord plutôt une bonne influence, mais l'entrée des
foules leur fut fatale, laissant libre carrière aux exploiteurs
de la crédulité.
Les
cultes privés.
Chaque famille a
ses dieux domestiques : les ancêtres, dont les images varient d'un
toit à l'autre; les dieux du foyer, partout identiques. La maison
grecque
est encombrée de niches et d'autels .
Dès l'entrée, voici l'image d'Hécate,
celle d'Hermès, gardien des gonds ; dans
la cour, l'autel de Zeus Herkeios, protecteur de
l'enclos; dans la grande salle du fond, le symbole d'Hestia;
dans la chambre conjugale sont les dieux du mariage et de la naissance;
Athéna
Ergané préside aux travaux des femmes; Zeus Ktésios
veille sur les greniers. Tous sont représentés par des statuettes
de bronze, de cire, d'argile peinte. Le père est chef absolu du
culte intérieur, rendu suivant les rites particuliers.
La
religion dans la Cité.
Formé par
le groupement des phratries, des tribus, etc., l'État en adopta
les cultes, en superposant celui d'un héros
fondateur, comme Thésée en Attique ;
ce panthéon croissait à chaque génération.
L'État impose
l'hommage aux dieux, obligation civique, mais ne s'occupe que de la forme
extérieure; c'est une pure manifestation qui n'engage pas la conscience.
Le culte est un service administratif comme un autre. Le sanctuaire, entretenu
par la cité, comprend d'ordinaire toute une enceinte avec édifices,
jardins, bois, pâturages, où vivent les animaux
sacrés. Le sacerdoce n'a rien de général; on est
prêtre de tel dieu, en tel temple, et d'habitude pour un an; pas
de caste séparée, pas de « clergé », dirions-nous.
A part quelques prêtrises réservées à de vieilles
familles, quelques autres acquises à prix d'argent, la plupart s'obtiennent
au sort ou à l'élection, entraînent docimasie et reddition
de comptes. Le prêtre, aidé de subalternes, fait la police
du sanctuaire, en gère les intérêts, accomplit les
cérémonies
prescrites; il vit de l'autel ,
a sa part des victimes et prémices,
n'assume aucun rôle moral.
Les dieux de la Grèce
ont été ses plus riches propriétaires ils possédaient
souvent un trésor considérable alimenté par des dons,
des revenus fixes de terres ou de maisons louées, des redevances,
le produit du travail de leurs esclaves, parfois une dîme sur les
récoltes, une part des butins de guerre et des amendes. Leurs temples
devinrent des banques de dépôts et de prêts hypothécaires;
il en est qui frappèrent monnaie.
Les fêtes officielles
étaient fréquentes, prolongées, luxueuses, ouvertes
à tous. L'Attique ,
en particulier, fut le pays des larges hécatombes et des belles
processions. La foule appréciait entre toutes les fêtes de
Dionysos,
d'une gaieté exubérante : il y avait des journées
entières de cortèges burlesques et déguisés,
de banquets, farces et mascarades, d'où le théâtre
allait sortir. Déméter était
adorée, tout au contraire, dans une note grave et recueillie. Mais
rien ne pouvait se comparer à la fête d'Athéna
Polias, panégyrie annuelle, qui prenait, chaque cinquième
année, un éclat extraordinaire (Grandes
Panathénées) : plusieurs jours se passaient en sacrifices,
concours et jeux, terminés par la procession que déroule
encore à nos yeux la frise
du Parthénon ;
on accompagnait jusqu'à l'Acropole
le péplos neuf offert à Athéna. La vie religieuse,
comme la vie courante, laisse voir, à côté des libres
épanchements de la nature, un souci d'art et de beauté.
(diverses sources).
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