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L'Olympe
- Les Grecs donnaient le nom d'Olympe à une montagne
célèbre de la Thessalie ,
sur laquelle ils plaçaient la demeure de Zeus
et de divers autres dieux. Dans la mythologie
homérique, Zeus habite le sommet le plus élevé de
la montagne dans un palais construit par l'art d'Héphaïstos,
qui a placé les demeures des dieux sur les diverses cimes de la
montagne. Néanmoins, dans
Homère
même, on voit déjà apparaître l'idée du
ciel
comme séjour des divinités, et bientôt la montagne
perdit ses glorieux habitants. Son nom devint un des noms du ciel lui-même,
et il n'y eut plus que les poètes qui, dans leurs vers, continuèrent
à faire résider les dieux sur le mont Thessalien. Les divinités
qui habitaient l'Olympe, que, pour cette raison, on appelait Olympiennes,
étaient au nombre de douze : Zeus, Arès,
Poséidon,
Hadès,
Héphaïstos, Apollon,
Héra,
Hestia,
Athéna,
Déméter,
Artémis
et Aphrodite. Zeus recevait encore le surnom
d'Olympien dans un sens particulier, c.-à-d. à cause du temple
célèbre qui lui était consacré à Olympie ,
dans l'Élide.
L'Olympe
: un monde à l'envers selon Homère?
Le 30 juillet 1726, un certain Boivin
a proposé devant l'Académie des inscriptions
et belles-lettres une lecture d'Homère dans laquelle, l'orientation
de la demeure des dieux est inversée par rapport à la Terre ,
comme sur l'image ci-dessous :
L'Olympe selon Boivin..
Il a cherché à justifier
son point de vue avec toutes sortes d'arguments. Appelant à son
aide la cosmographie, l'astronomie, la physique, tantôt il comparait
l'Olympe à une immense clef de voûte qui pend du ciel; tantôt
il supposait que, dans la pensée d'Homère, le ciel est un
corps sphérique, infiniment plus vaste que la Terre, et sur lequel
l'Olympe n'est rien de plus qu'une montagne analogue à toutes les
autres. L'ingénieux académicien a développé
ainsi longuement sa singulière hypothèse. L'extrait ci-dessous
en présente l'argument principal :
En lisant
attentivement Homère et en m'appliquant à le bien entendre,
il m'a paru que l'Olympe dont il parle en beaucoup d'endroits était,
selon lui, une montagne qui avait pour base le ciel, et dont le sommet
regardait la terre. Je me suis dit, d'abord à moi-même, que
cette idée était chimérique, puisqu'elle faisait du
ciel et de l'Olympe un vrai monde renversé : ensuite, ayant lu et
relu plusieurs fois, et comparé soigneusement tous les endroits
de l'Iliade
et de l'Odyssée
où il est fait mention de l'Olympe, je me suis confirmé dans
la pensée où j'étais que c'était là
le véritable sentiment d'Homère.
Dans le Ve
livre de l'Iliade, Pallas (Athéna) et Héra, sachant
qu'Arès fait un carnage horrible des Grecs dans les plaines du Scamandre,
entreprennent d'arrêter sa fougue et de le châtier. Pallas,
après s'être armée de toutes pièces dans le
palais de Zeus, monte sur le char de Héra et s'achemine avec elle
vers la Terre. Devant elles s'ouvrent les portes du ciel où les
Dieux habitent et dont la garde est confiée aux Heures;
elles entrent ensuite dans la route qui mène du ciel à la
Terre, et rencontrent sur le chemin Zeus assis sur le plus haut sommet
de l'Olympe. Le poète ne dit pas qu'elles se soient détournées
de leur route pour venir trouver ce dieu. Il dit seulement : "Elles
trouvent le fils de Cronos assis, à l'écart
des autres Dieux, sur le plus haut sommet de l'Olympe." Il faut donc
que le plus haut sommet de l'Olympe soit sur le chemin du ciel à
la Terre. Donc, il est plus près de la Terre que l'endroit dont
les déesses sont parties. Or, elles sont parties du ciel, et de
l'endroit même où les Dieux habitent. Donc, l'Olympe du côté
de sa base s'éloigne autant de la Terre qu'il s'en approcha par
son sommet. Donc l'Olympe par rapport à nous est une montagne renversée,
et telle que nous avons dit qu'Homère la supposait.
Dans le VIIIe
livre, vers le commencement, Zeus assemble les dieux, non pas dans son
palais, où il a coutume de les assembler, mais sur le plus haut
sommet de l'Olympe; il leur déclare sa volonté, et, après
avoir vanté sa puissance, il leur fait un défi : "Pour
vous convaincre tous, dit-il, de la vérité de ce que
je dis, essayez, suspendez du ciel une chaîne d'or, attachez-vous
à cette chaîne, tout ce que vous êtes ici de dieux et
de déesses; donnez-vous des peines infinies; jamais, quoi que vous
fassiez, vous ne pourrez entraîner du ciel en Terre Zeus, le dieu
suprême, qui dispose de tout souverainement : mais s'il me plaisait
aussi, après cela, de vous attirer de force vers moi, pour lors
je vous entraînerais tous, et avec vous j'enlèverais encore
la mer et la Terre." Zeus ajoute : "Je n'aurais ensuite qu'à
lier la chaîne au plus haut sommet de l'Olympe, et tout cela demeurerait
suspendu en l'air."
Beaucoup de gens
s'imaginent que l'Olympe où habitent les dieux est l'Olympe de Thessalie
: je leur demande comment il se pourrait faire que la mer et la Terre demeurassent
suspendues par une chaîne au plus haut sommet d'une montagne qui
tient à la Terre et qui n'en est qu'une très petite portion.
Je pourrais aussi leur demander l'explication d'un autre endroit d'Homère,
où il est dit qu'Otus et Ephialtès son frère, voulant
escalader le ciel, se mirent à entasser le mont Ossa sur l'Olympe
et le mont Pélion sur l'Ossa. Comment comprendre que l'Olympe où
habitent les dieux aurait pu, surchargé des deux autres montagnes,
servir de premier degré pour monter au ciel?
Il faut donc chercher
un autre Olympe que celui de Thessalie, sur lequel les dieux aient pu établir
leur domicile; et il faut que cette montagne soit de nature à pouvoir
soutenir le poids de la Terre et de la mer, s'il plaisait à Zeus
d'accrocher au plus haut sommet de l'Olympe la chaîne d'or à
laquelle tous les dieux se seraient suspendus pour l'entraîner? Mais
où serait située cette montagne? Seraient-ce les nues? Homère
dit en termes exprès, que l'Olympe est le siège éternellement
stable des dieux. Les nues sont dans une agitation perpétuelle.
Mais l'endroit où les dieux habitent est sans nuages : cette partie
du ciel n'est pas exposée aux vents ni à la neige. Ce n'est
donc point sur les nuages qu'il faut aller chercher la basé de l'Olympe,
cette base inébranlable où les dieux ont fixé leur
domicile. Il ne nous reste plus après cela, pour asseoir l'Olympe,
que le ciel même dans la région éthérée,
et c'est là aussi qu'Homère l'a assis, dans la situation
la plus convenable à l'exécution de ce que Zeus se vante
qu'il fera, quand il dit qu'il liera la chaîne au plus haut sommet
de l'Olympe, et que les dieux avec la mer et la Terre y demeureront suspendus
en l'air.
Mais, dira-t-on,
Homère supposait alors que les dieux marchaient sur l'Olympe les
pieds plus élevés que la tête et la tête renversée
du côté de la Terre. D'abord on peut répondre, pour
justifier Homère, qu'il ne s'agit pas ici de corps pesants qui tendent
au centre d'un globe massif tel qu'est celui de la Terre; il s'agit de
corps subtils et légers, plus légers et plus subtils que
la matière
éthérée. Tels sont en effet les corps des dieux, selon
Homère : leur sang n'est pas un sang grossier comme est le nôtre,
c'est une liqueur subtile; formée dans leurs veines par le nectar
et par l'ambroisie dont ils se nourrissent;
liqueur aussi différente du sang humain que l'ambroisie et le nectar
diffèrent des aliments terrestres dont se nourrissent les hommes.
Les corps des dieux,
légers par eux-mêmes, et que nul aliment grossier n'appesantit,
se meuvent en tout sens dans les plus hautes et les plus basses, régions
du ciel : ils font tout ce qu'ils veulent, et de la manière qu'ils
le veulent; ils marchent, ils volent, ils s'élancent, ils sentent,
ils se précipitent; ils se font traîner ou porter comme il
leur plaît sur la Terre, sur la mer, au milieu des airs; leurs chars,
pour être d'or ou d'argent, n'en sont pas moins légers, étant
fabriqués par Héphaïstos, qui, par de secrets ressorts,
sait rendre légers les métaux les plus pesants. Quant à
leurs chevaux, non seulement ils sont immortels comme eux, mais ils semblent
être plus légers que les dieux mêmes.
Autant
qu'un homme assis au rivage des mers
Voit
du haut d'un rocher d'espace dans les airs,
Autant
des immortels les coursiers intrépides
En
franchissent d'un saut.
Ainsi donc, les dieux
d'Homère montent et descendent avec une égale facilité,
ou plutôt ils ne montent ni ne descendent réellement, lorsqu'ils
paraissent se mouvoir de l'une ou de l'autre façon.
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