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Au Moyen âge ,
on désignait sous le nom de Sarrasins les peuples musulmans
des bords de la Méditerranée ,
composés principalement d'Arabes et de Berbères, et à
l'orgine pendant près de trois siècles d'incursions, qui,
avec celles des Vikings et des Magyars,
constituent ce qu'on appelle ordinairement invasions
du Moyen âge.
Lorsque les Arabes eurent conquis l'Espagne
sur les Wisigoths
(711), ils passèrent les Pyrénées
et envahirent la Septimanie ( Languedoc), qui appartenait aux vaincus.
Moussa s'empara de Narbonne ,
de Carcassonne ;
mais il n'osa pas pénétrer plus avant dans la Grande terre.
En 718, les Arabes envahirent le Languedoc ,
prirent Nîmes ,
et emmenèrent en Espagne
un nombre immense de captifs. Le Midi de la France
eût été conquis en entier par les musulmans,
sans la résistance qui leur fut opposée. Les Francs
possédaient seulement le nord et l'est des Gaules ;
l'Aquitaine
était libre; la Septimanie et la Provence ,
jadis aux rois goths, étaient abandonnées à elles-mêmes.
Mais les Arabes étaient divisés et usaient leurs forces dans
leurs luttes intestines. De leur côté, les chrétiens
des Asturies
et de la Cantabrie commençaient une lutte terrible contre les musulmans
( La Reconquista ),
et, occupant toute leur activité, sauvaient ainsi le midi de la
Gaule d'une conquête trop facile. Mais en 721,
Alsamah, habile politique, après avoir rétabli l'ordre en
Espagne, vint assiéger Narbonne, la prit et en tua les habitants;
puis des hordes d'Arabes vinrent, suivies de leurs femmes et de leurs enfants,
s'établir dans le Languedoc, avec l'intention d'occuper le pays.
Narbonne
devint dès lors la place d'armes des musulmans en France .
Son port assurait leurs communications avec la mer, et sa forte position
pouvait les rendre maîtres du pays. Alsamah se porta sur Toulouse ;
mais Eudes, duc d'Aquitaine ,
sauva sa capitale par une victoire où Alsamah fut tué. En
vain les habitants du Languedoc
essayèrent de reprendre Narbonne; une guerre à mort s'engagea,
et elle durait encore, sans avoir amené de résultat, lorsque
Ambissa, successeur d'AIsamah, franchit les Pyrénées en 724.
Carcassonne ,
Nîmes ,
tombèrent en son pouvoir, et
«
le
vent de l'islam, dit un auteur arabe, commença dès lors à
souffler de tous les côtés contre les chrétiens.
»
Toute la Septimanie, l'Albigeois ,
le Rouergue ,
le Gévaudan ,
le Velay, l'Auvergne
méridionale, furent dévastés, incendiés, dépeuplés;
puis de là les Sarrasins fondirent sur Lyon ,
qu'ils pillèrent en 732. Mâcon ,
Châlons ,
Beaune ,
Autun ,
la Franche-Comté ,
le Dauphiné ,
furent ravagés à leur tour, sans que Eudes,
accablé, ou Charles Martel, en guerre
avec la Germanie ,
opposassent la moindre résistance. Il fallait l'arrivée d'Abdérame
(Abd-er-Rahman) au gouvernement de l'Espagne ,
et son projet de conquérir la Gaule
tout entière, pour que la situation change.
Abdérame
avait rassemblé une armée (732);
il prit sa route à travers l'Aragon
et la Navarre ,
entra en France
par les vallées de Bigorre
et de Béarn ,
brûlant Oloron, Aire ,
Bazas ,
Bordeaux ,
Libourne ,
Poitiers .
Il s'avançait sur Tours ,
attiré par les richesses de l'abbaye
de Saint-Martin, lorsqu'il apprit l'arrivée de Charles
Martel, accouru pour s'opposer
«
à cette tempête qui renversait tout, à ce glaive pour
qui rien n'était sacré. »
C'est entre Tours et Poitiers que se livra
la bataille que l'historiographie officielle monta en épingle. Les
Francs remportèrent la victoire et firent de cette victoire, qui
n'avait rien de décisif - la poursuite des incursions sarrasines
dans le Midi de la france pendant encore des siècle suffit à
le prouver amplement -, un outil de propagande pour la monarchie
franque. Quoi qu'il en soit, Abdérame
avait été tué, et les Arabes s'étaient sauvés
vers le Sud. Charles, satisfait de les avoir empêchés de traverser
la Loire, rentra dans ses États, et joignit à son nom cette
terrible épithète de Marteau, parce que
«
comme li martiaus débrise et froisse le fer et l'acier, et tous
les autres métaux, aussi froissoit-il et brisoit-il par la bataille
tous ses ennemis et toutes autres nations. »
Mais en fuyant, les Sarrasins dévastèrent
la Marche ,
le Limousin ,
et revinrent à Narbonne .
Abdel-Malek, successeur d'Abdérame, résolut de reprendre
l'offensive :
«
Tel qui fut vaincu hier, disait-il aux Arabes consternés,
triomphe aujourd'hui. »
Il attaqua les chrétiens du nord de
l'Espagne ,
puis il rétablit la domination des Arabes dans la Septimanie et
la Provence ;
secondé par quelques comtes goths
avides de pouvoir, il prit Arles ,
Avignon ;
et, s'il n'eût éprouvé une défaite dans la Cantabrie,
les Sarrasins seraient redevenus aussi redoutables qu'avant leur désastre
de 732. Cependant ils prirent Valence ,
Vienne ,
Lyon ,
et attaquèrent la Bourgogne
et le Piémont .
Enfin, en 735, Charles
Martel, allié avec Luitprand, roi
des Lombards, envoya une armée
contre eux. Childebrand son frère,
qui la commandait, battit les Arabes, les chassa devant lui, et prit Avignon.
Luitprand et Charles Martel s'avancèrent chacun à la tête,
d'une armée. Charles marcha contre Narbonne ,
battit les Arabes sur les bords de la Berre; mais ne pouvant prendre Narbonne,
il résolut de détruire les fortifications de toutes les villes
de la Septimanie, afin de ne laisser aux Sarrasins d'autre place que Narbonne.
Ce fut alors qu'on brûla les arènes de Nîmes .
En 739,
Charles Martel revint encore en Languedoc ,
fit occuper Marseille ,
et les Sarrasins de Narbonne n'osèrent plus s'avancer au delà
du Rhône. De plus, les guerres civiles qui eurent lieu à cette
époque entre les Arabes d'Espagne
et d'Afrique, donnèrent aux chrétiens
d'Espagne et de la Septimanie de nouvelles forces; et lorsque, en 752,
Pepin
le Bref vint attaquer Narbonne, une armée assez faible la bloqua
et la força de se rendre, en 759.
Ainsi la France
était provisoirement délivrée de la présence
des Sarrasins. Ce ne fut qu'en 792
que le calife de Cordoue ,
Hescham, résolut de reprendre la Septimanie, et leva une armée
pour pénétrer en France. En 793,
Charlemagne
étant occupé à faire la guerre aux Avars,
les Sarrasins passèrent les Pyrénées et se dirigèrent
sur Narbonne ,
impatients de reconquérir un boulevard où ils s'étaient
maintenus si longtemps. Guillaume, comte de Toulouse ,
marcha à leur rencontre; mais les Francs
furent vaincus à Villedaigne, entre Narbonne et Carcassonne .
Cependant les Arabes ne purent s'emparer de Narbonne. Cette invasion détermina
Charlemagne à les attaquer; et, dans ces guerres dont nous ne parlerons
pas ici , les provinces entre l'Èbre et les Pyrénées
tombèrent au pouvoir des Francs. Charlemagne assura ainsi ses limites
au midi. Toutefois les pirates arabes d'Afrique ,
qui depuis longtemps infestaient la Méditerranée ,
commencèrent à ravager les côtes de l'empire de Charlemagne.
Déjà, entre 728 et 739,
ils avaient pillé le monastère
de Lérins ;
mais, à partir de cette époque, leurs invasions en France
devinrent plus redoutables. La Corse ,
la Sardaigne ,
les îles Baléares ,
furent dévastées, en 806,
808,
809,
813.
Charlemagne fit établir des forts au lieux de débarquement,
et des flottes pour repousser les ennemis. Tant qu'il vécut, ces
moyens et la terreur de son nom suffirent pour préserver les côtes
de ses États.
Après sa mort les Sarrasins recommencèrent
leurs courses. En 820, la Sardaigne
fut ravagée; vers 838, Marseille
fut livrée au pillage. La mort de Louis
le Débonnaire, et les guerres qui eurent lieu entre ses enfants,
laissèrent aux Sarrasins le champ libre; aussi les em bouchures
du Rhône, puis Marseille en 848,
furent-elles dévastées; une armée partit d'Espagne
s'avança en France ,
et ne se retira que comblée de présents par Charles
le Chauve. En 869, les pirates
sarrasins firent une nouvelle invasion dans la Camargue. En 889,
ils s'établirent sur les côtes de Provence ,
à Fraxi.et, dans le golfe de Saint-Tropez, et de ce point, leurs
ravages s'étendirent dans toute la vallée du Rhône,
et jusqu'aux frontières de l'Allemagne .
En 906,
les Sarrasins sortirent de ce repaire, et ravagèrent le Dauphiné
et la vallée de Suse .
En 908, des pirates africains saccagèrent
les environs d'Aigues-Mortes .
En 920, les Arabes
d'Espagne passèrent les Pyrénées, et poussèrent
jusqu'aux portes de Toulouse .
Pendant ce temps, les environs de Fraxinet se trouvaient entièrement
dévastés; Marseille ,
Aix ,
Sisteron, Gap ,
Embrun ,
furent successivement pillées; la Savoie ,
le Piémont
et la Suisse
n'étaient pas, malgré les Alpes, à l'abri des attaques
des Sarrasins.
En 940,
Fréjus
et Toulon
furent prises : toute la contrée fut dépeuplée. Le
mal devint tel, que Hugues, comte de Provence ,
fit alliance avec l'empereur grec pour prendre Fraxinet. En 942,
Hugues et les Grecs s'emparèrent,
en effet, de ce port si important; mais Hugues, apprenant que l'Italie ,
qu'il convoitait, allait passer à son rival Bérenger, fit
alliance avec les Arabes et leur rendit Fraxinet pour pouvoir disposer
de ses forces contre son adversaire. Depuis lors, la puissance des Sarrasins
alla toujours croissant. Il n'entre pas dans notre sujet de parler ici
de leurs invasions en Italie; contentons-nous de dire qu'ils vinrent cent
jusque sous les murs de Grenoble ,
dont ils se rendirent maîtres. Une victoire de Conrad, en 952,
fit chanceler leur puissance. En 960,
on leur enleva le mont Saint-Bernard, et les communications entre l'Italie,
l'Allemagne
et la France ,
furent rétablies. En 965, ils
furent chassés du diocèse de Grenoble, puis, postérieurement
à 972, de Sisteron et de Gap.
De toutes parts, les seigneurs féodaux,
secondés par le peuple et excités par le clergé, se
soulevaient contre les envahisseurs.
Enfin, vint le moment de la délivrance
Guillaume, comte de Provence ,
appela à lui tous les guerriers de la Provence ,
du bas Dauphiné
et du comté de Nice ,
et résolut de prendre Fraxinet. D'abord les Sarrasins furent vaincus
à Tourtour, près de Draguignan ;
puis, malgré leur résistance, obligés de fuir de Fraxinet.
C'est vers 975 que la France
fut enfin délivrée de ces terribles incursions. Ceux qui
ne furent pas tués, devinrent serfs et se fondirent peu à
peu dans la population. Il fallut bien que les Arabes se résignassent
à regarder la France comme étant à l'abri de leurs
atteintes. Ils s'en consolèrent en disant que
«
les Français, étant exclus d'avance du paradis, Dieu avait
voulu les dédommager en ce monde par le don de pays riches et fertiles,
où le figuier, le châtaignier et le pistachier étalent
leurs fruits savoureux. »
Il y eut bien encore depuis cette époque
des attaques partielles : en 1019 ,contre
Narbonne ,
en 1047, contre Lérins ,
etc.; mais ces attaques tiennent moins à l'histoire des invasions
sarrasines proprement dites qu'à celle de la piraterie des Barbaresques,
qui allait durer jusqu'au début du XIXe
siècle. (elle furent, pour la France, l'un des motifs
de la prise d'Alger
en 1830).
Les
Sarrasins dans l'imaginaire populaire en France
Le souvenir des Sarrasins a été
longtemps, et est encore présent dans les traditions populaires;
il a même absorbé le souvenir des Vikings
et des Magyars ( Les
invasions au Moyen âge ),
dans toutes les oeuvres de la littérature
du Moyen âge. Les invasions normandes et hongroises se perdent
généralement dans les traditions relatives aux Sarrasins,
et la raison en est facile à trouver. Les Sarrasins conquéraient
autant pour répandre leur foi ( Islam)
que pour piller; il s'agissait d'abord pour eux de soumettre le monde à
la loi de Mahomet; pendant trois cents ans,
la France
fut attaquée par eux; pendant trois siècles, il y eut une
suite de guerres acharnées, de ravages et de meurtres; puis, quand
la France eut chassé les Sarrasins de son sol, les croisades
commencèrent, et pendant deux siècles encore, l'attention
se porta sur ces expéditions si populaires. Lorsque la lutte fut
terminée avec les Sarrasins, elle se renouvela avec les Turcs,
et ces nouveaux ennemis semblèrent devoir les rendre éternelles.
Aussi, dans l'esprit des peuples, tout ennemi, tout barbare, tout pillard,
fut-il du Nord
ou de la Hongrie ,
était Sarrasin; et toute calamité était nécessairement
attribuée aux Sarrasins; les romans
de chevalerie ( Le
Cycle carolingien) sont pleins de ces exagérations, de ces mensonges,
et ils ont été si longtemps les seuls livres lus par les
grands, et la source unique des récits faits au peuple par les jongleurs,
que les erreurs dont ils étaient remplis devaient nécessairement
pénétrer dans l'esprit des masses. Charles-Martel,
Pepin
le Bref, Charlemagne,
Roland
et tous les héros des chansons de geste,
avaient, d'après ces livres, fait la guerre aux Sarrasins; tous
les peuples qu'ils avaient battus étaient sarrasins; les Frisons,
les Saxons, les Bavarois,
les Avars, etc., devinrent des Arabes dans
les traditions populaires.
«
Il fut admis en principe que tous les exploits des paladins et des braves
de l'âge héroïque de notre histoire avaient eu lieu contre
les Sarrasins. Il ne s'agit plus que de multiplier les occasions où
ces braves pourraient se signaler. Presque chaque ville du midi de la France
fut censée avoir eu son émir et son prince sarrasin, ne fût-ce
que pour ménager aux preux de la chrétienté le mérite
de les déposséder. On fit même intervenir les Sarrasins
dans les combats et les tournois des chrétiens, en un mot, dans
tous les lieux de la terre où il y avait quelque laurier à
cueillir. Il y a plus afin de relever la gloire des chevaliers chrétiens,
qui naturellement finissaient par l'emporter, on rehaussa le caractère
de quelques-uns des chevaliers sarrasins; on en fit des modèles
de noblesse et de générosité; enfin, on ne reconnut
de supérieur à leur courage, que le courage surhumain de
Renaud et de Roland (Reynaud, Invasions des Sarrasins). »
De façon plus générale,
au Moyen âge ,
sarrasin,
sarrasinois
s'employait pour païen,
romain; une tuile sarrasine
était une tuile romaine; un monument sarrasinois était un
tombeau antique. Castelsarrasin (Castel-Sarrazin)
tirerait son nom de fortifications romaines et non arabes. (ED). |
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