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La
Grande-Grèce.
Dans la péninsule,
les colons grecs abordèrent
dès le XIe
siècle; si l'on admet du moins
que Cumes
fut fondée en Campanie par des Ioniens d'Eubée
vers l'an
1050
av. J.-C.; elle forma, avec ses colonies de Naples
(Neapolis) et Dicaearchia (Pouzzoles), un groupe à part qui exerça
une influence considérable sur les Italiens, mais eut peu de rapports
avec les colonies grecques ultérieures. Celles-ci remontent à
la seconde moitié du VIIIe
siècle. Les Achéens ouvrirent
la voie, fondant Sybaris
vers 720
et Crotone
en 710
av. J.-C. Ces deux cités devinrent les plus puissantes de toutes.
En face de leur rivale Tarente, fondée par les Spartiates (708),
elles créèrent Métaponte (entre 700
et 680);
à l'Ouest de celle-ci les Ioniens fondèrent Siris (vers 680);
vers l'extrémité de la presqu'île s'éleva Lucres
Epizéphyrienne (710),
colonie des Locriens. Sur le détroit existait depuis un certain
temps Rhegium, colonie chalcidienne; plus tard, les Ioniens d'Asie fondèrent
sur le rivage tyrrhénien Velia ou Élée
(vers 540).
Les cités
que nous venons d'énumérer ayant rapidement grandi essaimèrent
à leur tour : Posidonie, Laüs, Scidrus sont des colonies de
Sybaris ;
Terina et Caulonia, de Crotone; Hipponium et Medina, de Locres; sur ce
rivage tyrrhénien d'autres villes oenotriennes furent hellénisées
: Pandosia, Petelia, Scylletium. Les cités grecques de l'Italie
méridionale eurent une fortune rapide et brillante, éclipsant
à ce point la Grèce
proprement dite qu'on leur appliqua le nom de Grande-Grèce .
Les colonies achéennes tinrent le premier rang. La richesse de Sybaris
devint proverbiale; elle commandait à vingt-cinq cités et
quatre peuplades italiennes. Celles-ci, apparentées aux Hellènes,
s'assimilaient aisément, ce qui permit la constitution d'États
agricoles très peuplés, où les indigènes et
les colons se mélangeaient, partageant le droit de cité.
Ce développement atteignit son apogée au VIe
siècle. Malheureusement il nous
est presque inconnu, les écrits historiques consacrés à
cette période étant perdus. C'est d'autant plus déplorable
qu'alors s'élaborèrent les premiers modèles de constitutions,
telles que celles de Zaleucus
à Locres, de Pythagore à Crotone,
etc.
La Grande-Grèce
fut aussi un des foyers primitifs des sciences
et de la philosophie ,
en particulier des mathématiques,
et ses philosophes eurent un rôle prépondérant (pythagoriciens,
Éléates,
Empédocle,
etc.). Cette splendeur fut ébranlée par des guerres civiles
implacables. Tout d'abord les trois grandes villes achéennes se
coalisèrent pour exterminer les Ioniens de Siris. Après la
destruction de cette opulente cité, les discordes suscitées
par les pythagoriciens provoquèrent une guerre entre Crotone, où
ils prévalaient, et Sybaris ;
celle-ci fut détruite (510)
et sa chute produisit une profonde sensation. Les guerres civiles continuèrent
si bien que la Grande-Grèce resta étrangère au grand
duel des guerres médiques; comme la Sicile, d'ailleurs, Rhegium
crût en force sous la tyrannie d'Anaxilaos
(496-476)
et grâce à son union avec Zancle ou Messine (renforcée
par les immigrants messéniens). Les Rhégiens et Locriens
avaient infligé une sanglante défaite aux Crotoniates. A
partir du Ve siècle commence le
déclin de la Grande-Grèce. La fondation des nouvelles colonies
de Pyxus (Buscentum) par les Rhégiens (473),
de Thurii (près des ruines de Sybaris) par les Athéniens
(443),
d'Héraclée (près des ruines de Siris) par les Tarentins
(432)
ne peut l'enrayer. La réaction des peuples de l'intérieur
fait reperdre aux Grecs
presque tout le territoire qu'ils s'étaient agrégé.
De ce moment il est certain que l'Italie serait aux Italiens.
La péninsule.
Dans la péninsule,
les Grecs avaient rencontré un grand nombre de peuples dont plusieurs
ne sont guère connus que par leur nom. On peut les répartir
en quelques groupes ethniques : Italiotes (comprenant les Osques, Sabelliens
et Ombriens), Illyriens ,
Étrusques. On classe parmi les Osques les peuples du rivage occidental
depuis le Tibre jusqu'à la Grande-Grèce; Opiques ou Osques
de la Campanie dont on étendait le nom à toute la zone centrale
de la péninsule au Nord de ce qu'on appelait Italie; Ausones de
la Campanie qu'il faut, probablement identifier avec les précédents;
Aurunces entre le mont Circé et la Campanie; Sidicins entre le Loris
et le Vulturne; au Sud de la Campanie, les Oenotriens avec lesquels les
Grecs furent en contact pourraient être rattachés au groupe
osque; de même, au Nord, les Latins; ceux-ci nous sont représentés
comme le produit de la fusion de Sicules et de montagnards (Casci ou Aborigènes);
Lavinium aurait été le centre des premiers, Albe
celui des seconds. On rattache encore à ce groupe les Herniques,
dans le bassin du Sacco (affluent du Liris [Garigliano ]).
La distinction entre les Osques et les Sabelliens d'Ombriens est assez
faible; la langue était la même; la principale différence,
c'est que les Osques habitaient la plaine et le littoral, les Sabelliens
la montagne; les Ombriens étaient au Nord des précédents.
Les
Sabelliens.
Les Sabelliens représentent
la fraction la plus belliqueuse des Italiotes : celle qui s'agrandit aux
dépens des autres dans la période précédant
la conquête romaine. On s'accorde à dire que le peuple primitif,
duquel dériveraient les autres, serait celui des Sabins. Ceux-ci
occupaient la région la plus haute de l'Apennin, la vallée
de l'Aterno entre le Gran Sasso et le Velino, et celle du Nar (Nera); leur
centre était, dans la haute plaine d'Amiternum
(Aquila), la ville de Testrina. La grande extension que prirent les tribus
issues des Sabins s'explique par la coutume du « printemps sacré
». Dans les calamités, pour s'assurer la protection des dieux,
on leur vouait tous les êtres à naître dans le printemps
suivant : le bétail était sacrifié; les hommes arrivés
à leur majorité s'expatriaient, comme un essaim d'abeilles .
Ces émigrants fondaient une nouvelle peuplade. Ainsi se seraient
constituées celles des Picentins sur le versant adriatique entre
l'Esino et le Toraino; des Vestins sur les pentes du Gran Sasso; des Marruccins
au Sud de la Pescara; des Palignes autour du mont Majella; des Marses dans
le bassin du lac Fucin. Ils formaient avec les Sabins le groupe sabellien
septentrional. Au Sud de celui-ci s'étaient épanchés
sur l'Apennin méridional d'autres peuples de même famille
: les vaillants Samnites, confédération de quatre tribus
: Caracéniens sur le haut Sangro (Sagrus); Pentriens entre les monts
Matese et Montauro; Caudiniens dans la région de Bénévent;
Hirpins aux sources du Calore .
A l'Est du Samniurn, les Frentans, le long de l'Adriatique, entre le Sangro
et Fortore; au Sud, les Lucaniens, par delà le Silarus (Sele), complètent
le groupe sabellien méridional. Sa grande période d'extension
fut le Ve
et le IVe
siècle, lorsque les Samnites conquirent
la Campanie, et les Lucaniens le pays entre le Silarus et le golfe de Tarente,
auquel leur nom est resté durant toute l'Antiquité.
On rattache à
la famille sabellienne les montagnards pillards établis dans les
montagnes qui dominent le Latium
: les Eques dans la vallée de l'Anio ;
les Volsques dans celle du Léris, les monts Lepini et la plaine
Pontine. Au Sud des Latins, le petit peuple des Rutules, absorbé
dès le VIe
siècle, occupait Ardée;
on ne sait de qui les rapprocher : des Latins, des Étrusques ou
d'autres?
Les
Ombriens.
Les Ombriens s'étendaient
au Nord des Osques et des Sabelliens. Les peuples que nous avons énumérés
jusqu'ici ne formèrent jamais de système politique compact;
au contraire, il semble bien que les Ombriens aient constitué une
nation homogène à laquelle appartint à une époque
reculée la domination de l'Italie centrale et même septentrionale.
Ils partageaient celle-ci avec les Ligures. Ils furent refoulés
par les Étrusques ou Rasenas; ceux-ci leur enlevèrent le
bassin du Pô, puis les plaines ondulées de la Toscane où
l'Ombrone conserve le nom des anciens maîtres du pays. Les Ombriens
ne se maintinrent que dans la montagne, dans le bassin du Tibre, région
qui conserve encore leur nom, autour de Sarsina, Camerinum, Iguvium, Nuceria,
Spoletium, Tuder, Narnia, etc. Ils avaient d'abord vécu dans des
villages ouverts, de sorte qu'à leur défaite par les Étrusques,
ils perdirent d'un coup 300 villes; mais ensuite ils fortifièrent
leurs bourgs montagneux. Ils entrèrent d'ailleurs dans l'orbite
des Étrusques, les suivant en Campanie et s'associant à leurs
luttes contre les Gaulois et contre Rome .
La pression qui les rejeta vers le Sud fut évidemment la cause du
mouvement général des populations sabelliennes; les Ombriens
allèrent jusqu'au mont Gargano; mais surtout ils durent fournir
de nombreux contingents aux peuples issus des Sabins; ces émigrations
contribuèrent à les affaiblir. Ils restèrent divisés
en tribus nombreuses;
Pline en compte 47 de son
temps. A l'époque historique, ils furent encore amoindris par l'invasion
gauloise qui leur enleva la bande côtière entre le Rubicon
et l'Ésino (Aesis).
Les
Étrusques.
Les Étrusques
sont incontestablement le peuple le plus important de l'Italie jusqu'à
l'époque romaine. Ils ne ressemblent à aucune des autres
populations européennes. L'hypothèse la plus plausible les
fait descendre des Alpes, où une partie de leurs descendants se
seraient retirés plus tard en Rhétie. Les Rasenas, comme
ils s'appelaient eux-mêmes, supplantèrent la nation ombrienne,
lui enlevèrent le bassin du Pô, refoulèrent les Ligures
dans les vallées des Apennins et des Alpes occidentales; ils franchirent
l'Apennin, s'établirent dans les bassins de l'Arno, de l'Ombrone,
à droite du Tibre, se superposant aux Ombriens et aussi aux Tyrrhéniens;
ceux-ci eurent sur leurs vainqueurs une grande influence, au point que
les voisins leur appliquèrent le même nom (grec Turseis,
ombrien
Turscum, latin Etrusci). L'Etrurie méridionale
surtout demeura toute tyrrhénienne et conserva des rapports frappants
avec la Grèce .
L'arrivée des Étrusques était placée par leurs
annales vers l'an 1200;
elle correspondait dans une certaine mesure à l'expansion thessalo-dorienne
en Grèce.
L'Étrurie
septentrionale forma une confédération de douze cités,
dont nous ne savons pas grand-chose. Felsina (Bologne), Mantoue ,
Melpum sur l'Adda, Adria qui donna son nom à la mer Adriatique,
furent les plus célèbres. Au nom des Étrusques se
rattachent les immenses travaux d'endiguement, de canalisation et de drainage
qui assainirent et mirent en valeur le bassin inférieur du Pô.
Dans l'Etrurie proprement dite, la Toscane actuelle, ils en accomplirent
d'aussi importants; le val de Chiana, la Maremme connurent alors une richesse
qu'elles n'ont jamais retrouvée. Constructeurs de villes, guerriers,
agriculteurs, commerçants, marins, les Étrusques se distinguaient
en tout des autres peuples de l'Italie. Leurs marins parcouraient les mers
Adriatique et Tyrrhénienne auxquelles on garde justement leur nom.
Ils y dominèrent pendant des siècles avant les Grecs et les
Carthaginois qui leur enlevèrent la prépondérance
dans la Méditerranée orientale. La confédération
des douze cités qui se partageaient l'Etrurie toscane formait probablement
une véritable nation; le lien fédéral se relâcha
plus tard et le morcellement prépara la ruine de ce peuple énigmatique.
Au temps de sa puissance,
il s'était étendu sur le Picenum, sur le Latium
où il colonisa Fidènes, Crustumeria, Tusculum; soumit les
Volsques et les Rutules, sur la Campanie, où, vers l'an 800
av. J.-C., s'organisa une troisième
fédération étrusque; les principales cités
étaient Volturnum (Capoue), Nola, Acerrae, Herculanum ,
Pompéi ;
on y ajoute Nuceria, Calatia, Teanum, Cales, Suessa ,
Aesernia, Atella ,
pour compléter la douzaine. En Campanie, les Étrusques se
trouvaient juxtaposés aux Grecs établis là depuis
le XIe
siècle. Les rapports militaires
et commerciaux furent continus et exercèrent sur l'Etrurie une action
d'autant plus grande que la population tyrrhénienne y offrait un
champ plus favorable et conservait un dialecte voisin du grec. Les cités
de Caese, Pyrgi étaient presque grecques; Tarquinies et Caese eurent
leur trésor à Delphes ,
comme Athènes. Vers le VIIIe
siècle avant l'ère chrétienne,
les Étrusques semblaient les maîtres de l'Italie; leur marine
dominait sur les deux rivages; le bassin du Pô, la Toscane, la Campanie
leur appartenaient.
Les Latins, les Ombriens
subissaient leur ascendant. On ne peut méconnaître l'énorme
influence exercée par les Étrusques sur les peuples voisins
et en particulier sur les Romains. Ils ont fourni à L'État
romain et à l'esprit romain plusieurs de leurs caractères
essentiels. Leur puissance fut brisée par les Gaulois et les Grecs.
Les Carthaginois avaient été de dangereux rivaux sur mer,
s'installant en Sardaigne et en Corse, fermant le détroit de Gadès
(de Gibraltar); mais ils laissaient aux Étrusques la mer Tyrrhénienne.
Les Grecs vinrent les y attaquer. Des corsaires cnidiens s'établirent
aux îles Lipari au milieu du VIe
siècle et vainquirent la flotte
étrusque. Les Rhodiens, les Phocéens lui infligèrent
des défaites analogues; bien qu'avec l'alliance carthaginoise elle
ait expulsé les premiers de Corse, Anaxilaos
de Rhegium ferma aux Étrusques le détroit entre la Sicile
et l'Italie. Les Syracusains
furent des ennemis encore plus redoutables. Vainqueurs des Carthaginois
à Himère, ils s'allièrent aux Ioniens de Cumes; auprès
de cette ville, les Étrusques essuyèrent un désastre
naval irréparable (474).
Ils perdirent la mer; au siècle suivant, Denys de Syracuse put promener
ses navires dans la mer Adriatique (387)
et piller Pyrgi sur la côte toscane (383).
Mais à cette époque la décadence des Étrusques
était consommée. Les coups mortels leur furent portés
par les Celtes.
L'Italie septentrionale.
Les
Celtes.
Au commencement
du VIe
siècle, les Celtes (Gaulois) passent
les Alpes. Leur grand chef aurait été un Biturige, Bellovèse;
on évalue leur nombre à 300 000. Ils défirent les
Étrusques sur les bords du Tésin et leur enlevèrent
la rive septentrionale du Pô; les Insubres s'y établirent
entre le Tésin et l'Adda. Puis vinrent les Cénomans qui s'établirent
entre l'Adda et l'Adige; les Boïes qui franchirent le fleuve et s'étendirent
de la Trebbia au Reno; les Lingons, du Reno à la mer. Les cités
étrusques succombèrent les unes après les autres;
un dernier flot amena les Sénons qui détruisirent Melpum
(396)
et prirent pied le long de l'Adriatique entre le Rubicon et Ancône .
Les Rasenas se retirèrent au Sud de l'Apennin, d'autres en Rhétie;
leur civilisation disparut de la plaine septentrionale, où seule
l'imprenable Mantoue en conserva quelque chose.
«
Comme conquérants, les Gaulois ne dépassèrent pas
les limites où s'était arrêtée l'invasion des
Sénons. Mais cette peuplade vigoureuse, ces hommes avides de bruit,
de butin, de combats, troublèrent longtemps la péninsule,
comme tout l'ancien monde, avant que les légions pussent les saisir
au milieu de leurs forêts et les fixer au sol. Ils habitaient des
bourgs sans murailles, dormaient sur l'herbe ou la paille, ne savaient
que combattre et un peu labourer. Vivant surtout de chair, ils n'estimaient
que les troupeaux et l'or, richesses mobiles qui ne gênent point
le guerrier et qu'il transporte partout avec lui. Sous leur domination,
la Cisalpine retourna à la barbarie d'où les Étrusques
l'avaient tirée : les forêts, les marécages s'étendirent;
les portes des Alpes surtout restèrent ouvertes, et il en descendit
continuellement de nouvelles bandes, qui réclamèrent leur
part du pays de la vigne. Leur haute taille, leurs cris sauvages, leurs
gestes emportés et menaçants, et cette ostentation de carnage
qui, les jours de, bataille, leur faisait dépouiller tout vêtement.
pour combattre nus, effrayèrent si fort les Italiens, qu'à
leur approche il n'était personne qui ne s'armât. »
(Duruy).
-
Ils fournirent des mercenaires
à quiconque les payait. Ils n'achevèrent même pas la
conquête de l'Italie septentrionale. A côté d'eux subsistèrent
à l'Ouest les Ligures, à l'Est les Vénètes.
Les
Ligures.
Les Ligures, dont
on ignore l'origine, qu'on a rapprochés des Ibères, mais
dont l'origine est controversée, occupaient les montagnes riveraines
de la Méditerranée, depuis le Rhône jusqu'au Pô
et à l'Arno; ils peuplaient aussi la Corse. Ils auraient refoulé
vers le Sud les Sicanes à une époque très ancienne.
Eux-mêmes se seraient vu enlever la région entre l'Arno et
la Macra par les Étrusques, mais plus tard la reprirent jusqu'aux
portes de Pise. Ils se divisaient en une foule de petites tribus parmi
lesquelles nous citerons de l'Est à l'Ouest en Italie, le long de
la mer, les Apuans, Ilvates, Ingaunes, Intéméliens; dans
l'intérieur, les Celelates, Statielles, Bagielles (sur le Tanaro),
plus au Nord les Taurins sur le Pô, dans la région où
leur nom est resté à Turin .
Dans les gorges inaccessibles de l'Apennin, les Ligures, émiettés
en autant de petits États qu'ils avaient de vallées, conservèrent
leurs moeurs rustiques et leur énergie indomptable.
«
Point de villes, si ce n'est Gênes, leur marché commun. Peu
de peuples eurent une telle réputation d'activité laborieuse,
de sobriété, de vaillance. » (D.).
Il fallut quarante ans
aux Romains pour en venir à bout, et ils n'y réussirent qu'en
transplantant au loin les plus réfractaires.
Les
Vénètes.
A l'Est de l'Adige,
les Vénètes occupaient depuis un temps immémorial
le pays où vivent encore leurs descendants. Ils paraissent avoir
refoulé dans la montagne les Euganéens, desquels nous ne
savons d'ailleurs absolument rien. Nous ne sommes guère mieux renseignés
sur les Vénètes qu'on a rapprochés tour à tour
de leurs homonymes gaulois, des Vendes slaves des bords de la Baltique,
des Hénètes de Paphlagonie .
Il paraît vraisemblable qu'ils se rapprochaient plutôt des
Illyriens .
Ils avaient apparemment une civilisation moins fruste que celle des Celtes
contre lesquels ils guerroyaient sans cesse; ils combattaient aussi au
Nord les Carnes, qui peuplaient les Alpes dites aujourd'hui Carniques,
et à l'Est les Istriens
et Liburnes, deux populations illyriennes. Alliés à Rome
contre leurs ennemis les Gaulois, ils acceptèrent son hégémonie
sans résistance et ne se rebellèrent jamais. Leur capitale
était, dit-on, Patavium (Padoue ),
la plus belle de leurs cinquante villes.
Les
autres peuples.
Le long du rivage
de l'Adriatique s'échelonnaient une série de peuples qu'on
rattache aux Illyriens
ou aux Grecs, et parfois aux deux ensemble. Outre les Praetutii du Picenum
méridional, il faut nommer les habitants de la belle plaine du Sud-Est,
Dauniens, Peucétiens, Sallentins, Messapiens ou Iapyges. Les derniers
étaient proches parents des Grecs.
La décadence
des colonies grecques.
L'histoire générale
de l'Italie s'éclaircit à partir du Ve
siècle. A ce moment se produit
une réaction des éléments italiotes contre les Étrusques
et les Grecs. Affaiblis par leurs luttes, par leurs divisions intestines,
par les attaques des Gaulois, les deux nations maritimes reculent. Les
Samnites conquièrent la Campanie; en 424,
ils s'emparent par trahison de Volturnum, qui reçoit le nom de Capoue;
en 420,
ils sont maîtres de Cumes. Les Étrusques de Campanie disparaissent;
les Grecs sont asservis et ne se maintiennent péniblement qu'à
Naples. Puis entrent en scène les Lucaniens, les pires ennemis de
la Grande-Grèce. Déjà les Iapyges avaient infligé
un désastre sanglant aux Tarentins. Les Lucaniens s'étendent
sur l'ancien domaine de Sybaris ,
entrent en conflit avec Thurii, après avoir pris Posidonia. Les
cités achéennes et ioniennes forment une ligue pour résister
(393).
Mais elles sont prises à revers par le tyran de Syracuse ,
Denys, qui vient de s'emparer des cités chalcidiennes de Sicile.
En 390,
les confédérés essuient un désastre sur le
Laüs; les Lucaniens vainqueurs s'emparèrent de l'extrémité
méridionale de la péninsule, réduisant les cités
grecques à leur banlieue. Denys, allié aux Lucaniens et à
Locres, défit à son tour les confédérés
sur l'Hélore (389)
et s'empara de Caulonia et d'Hipponium, puis de Rhegium (387).
Les Lucaniens devinrent si redoutables que Denys le Jeune dut renoncer
à la politique de son père et les combattre. Puis les indigènes
de la péninsule, exaspérés des pillages sans fin,
se soulevèrent, formant un nouveau peuple sous le nom de Bruttiens
(356);
mais ceux-ci se rendirent aussi redoutables aux Grecs que les Lucaniens;
Terina, Hipponium tombèrent entre leurs mains; Crotone, abaissée
par Denys l'Ancien, se défendit péniblement. Les cités
du golfe de Tarente résistèrent mieux, surtout Tarente qui
hérita de la fortune des colonies achéennes. Ses richesses
lui permirent de soudoyer des mercenaires : Archidamus, roi de Sparte,
vainquit d'abord les Messapiens et Lucaniens, mais finit par une défaite
à Mandiona (338);
Alexandre, roi d'Épire, eut plus de succès (332-326).
Il infligea une série de défaites aux Lucaniens et aux Bruttiens,
reprit Terina, Consentia, se querella avec les Tarentins, leur enleva Héraclée
et finit par être assassiné. En 303,
les Tarentins appelèrent de Sparte -
Cléonyme,
qui imposa la paix aux Lucaniens et s'empara de Métaponte. Le tyran
de Syracuse ,
Agathocle,
reprit le projet de Denys de constituer un empire italo-sicilien; il occupa
Crotone, Hipponium, s'allia aux Iapyges et aux Peucétiens, combattit
Tarente et disparut sans rien laisser de durable (289).
Bientôt après, les Romains parurent dans la Grande-Grèce,
et en dix ans la soumirent. Ils étaient déjà maîtres
du reste de la péninsule.
L'hégémonie
de Rome
La conquête
romaine.
Le retour offensif
des éléments indigènes inauguré par les Sabelliens
fut continué par les Romains. Ce n'est pas ici le lieu de retracer
l'histoire des origines de la cité du Tibre et de sa grandeur..
Nous nous contenterons de rappeler les faits essentiels. Le peuple romain
résulte d'un mélange de Latins et de Sabins, auxquels s'ajoutèrent
des Étrusques; sous une dynastie toscane fortement hellénisée,
elle acquit une puissance dont témoigne l'étendue de l'enceinte
de Servius Tullius.
La chute de cette dynastie (509),
suivie d'une guerre malheureuse contre le monarque de Clusium, réduit
Rome
à son territoire propre. Elle conserve une partie de son importance
économique, et son caractère composite, n'ayant et n'excitant
chez aucun des peuples voisins de haine xénophobe, les absorbant
aisément et propageant sa nationalité par le système
des colonies. Elle guerroie au Ve
siècle contre les Étrusques
de Veies et Fidènes, contre les Sabins, les Éques et les
Volsques, alliée aux Latins qu'elle protège. Après
avoir détruit Veies, elle subit le choc des Gaulois Sénons
(Senones). Ceux-ci, continuant de refouler les Étrusques, se heurtent
aux Romains; ils les écrasent et brident leur ville. Pendant plusieurs
années, les bandes gauloises dévastent la région du
Tibre. Quand elles se retirent, Rome qui s'est relevée et a réorganisé
son armée, profite de l'affaiblissement général de
ses voisins. Quand elle a consommé la fusion de ses patriciens et
plébéiens (366),
sa grandeur est assurée. Les nouvelles incursions gauloises (367-49)
sont repoussées; les Herniques et les Latins renouvellent leur alliance
avec Rome; les Volsques et les Éques sont presque exterminés;
l'Étrurie méridionale est subordonnée. L'État
romain étend en 343
de la forêt ciminienne au Liris sa domination ou son protectorat.
Rome
engage avec les Sabelliens une guerre acharnée qui décidera
de la suprématie en Italie. L'État romain leur arrache la
Campanie, écrase les Samnites; successivement tous les peuples de
l'Italie centrale sont impliqués dans la lutte : Étrusques
et Ombriens y jouent leur indépendance comme les Samnites. Mais
leurs divisions, le manque d'unité dans leurs opérations
assurent la victoire aux Romains. Lorsqu'il se forme enfin une coalition
générale à laquelle participent les Gaulois Sénons,
elle est vaincue dans la terrible bataille de Sentinum (295)
qui décide le sort de l'Italie. Rome entre alors en conflit direct
avec les Grecs et les Gaulois. La grande cité de l'Italie méridionale,
Tarente, lui tient tête. Les Sénons, après une brillante
victoire, sont exterminés. Les Boïens levés pour les
venger sont massacrés au lac Vadimon; pendant un demi-siècle
les Gaulois resteront en paix avec Rome. Elle dompte les Lucaniens et Bruttiens
et, malgré le talent de Pyrrhus, conquiert la Grande-Grèce
et Tarente (272).
La défaite des Picentins (268)
et des Sallentins (266)
consomma l'unité italienne. La frappe d'une monnaie d'argent atteste
l'entrée de l'Italie romaine dans le système économique
des grandes nations du monde antique (269).
Elle se crée une flotte, et, profitant de sa situation au centre
de la Méditerranée entre l'Occident barbare et l'Orient anarchique
et démoralisé, elle va étendre sa domination sur tout
le bassin de la Méditerranée. L'unification de l'Italie par
les Romains consommée en 266
devait durer plus de huit siècles, jusqu'à l'invasion lombarde.
Cependant, l'unité politique précéda l'unité
morale; les résistances des Italiens se manifestèrent encore
à plusieurs reprises durant deux siècles.
La lutte qui livra
aux Romains l'empire du monde antique fut engagée pour la possession
d'une annexe de l'Italie, la Sicile. La première guerre punique
la leur donna, et bientôt après ils y ajoutèrent la
Sardaigne et la Corse, dont la soumission ne fut achevée qu'un siècle
plus tard. Puis vint celle de la région continentale, du bassin
du Pô. Commencée, en 232,
interrompue par la seconde guerre punique, elle fut reprise; en 191,
la Cispadane est conquise; la Transpadane le fut ensuite. Les Vénètes
ne résistèrent pas. L'Istrie
fut subjuguée en 177.
Les Ligures, combattus depuis 236,
ne furent domptés qu'en 158.
A cette date, toute l'Italie continentale obéit aux Romains. Dans
la péninsule, Hannibal avait soulevé
les Sabelliens et les Grecs; les effroyables ravages de la seconde guerre
punique eurent une influence néfaste pour l'avenir de l'Italie.
La Grande-Grèce en sortit ruinée; le centre de la péninsule
fut dépeuplé. La concurrence du blé de Sicile, puis
d'Égypte ,
ruinant les laboureurs italiens, les pâturages à esclaves
s'agrandirent au détriment des champs. L'antagonisme croissant au
IIe
siècle entre les Italiens et les
Romains se traduisit par la guerre sociale, révolte des Italiens
qui tentèrent de se constituer en nation à côté
de Rome (90-89).
Ce fut encore une insurrection des Sabelliens; on la noya dans le sang;
après ces répressions et les massacres qui signalèrent
la victoire de Sulla sur les marianistes, le Samnium fut réellement
un désert. La dernière opposition collective de l'Italie
contre ses maîtres se manifesta contre les triumvirs, à l'occasion
des expropriations faites pour donner des terres aux vétérans.
Elle provoqua la révolte de l'an 41
(guerre de Pérouse) qu'Octave réprima
férocement. L'Etrurie et l'Ombrie furent dépeuplées.
Après cette longue série de guerres et de proscriptions,
l'immense majorité des anciens Italiens avaient péri. Les
esclaves importés du dehors, Celtes, Phrygiens, Syriens, Africains,
Ibères, Germains et leurs descendants affranchis formaient la majorité
de la population des villes et des campagnes.
-
La
conquête de l'Italie par les Romains.
L'Italie romaine.
L'Italie conserva
dans l'empire romain une place à part. Elle ne fut pas assimilée
aux provinces, aux pays conquis; elle avait participé avec Rome à
la conquête du monde connu et fut traitée en vassale plutôt
qu'en sujette. A la suite de la guerre sociale, tous les Italiens avaient
reçu le droit de cité romaine, ce qui les assimilait aux
Romains. Sans doute, une foule de cités furent, par les assignations
de terres aux vétérans, transformées en colonies;
mais les autres gardèrent à titre de municipes leurs institutions
locales. En fait, le régime des uns et des autres fut le même.
L'Italie, comparée aux provinces, gardait tous ses privilèges.
Soumise directement aux magistrats de Rome, elle relève de leurs
tribunaux (Sénat, empereur, consuls, préteurs, préfets
de la ville et du prétoire). Le service militaire n'est plus obligatoire
(en fait sinon en droit) depuis le règne d'Auguste
; les gardes prétoriennes et urbaines sont formées en grande
majorité d'Italiens. L'esprit militaire se perd; les milices municipales
ne sont même pas en état de réprimer le brigandage
qui compromet partout la sécurité personnelle, jusqu'aux
portes de Rome. L'immunité financière que le Sénat
avait laissée aux Italiens pour éviter leurs révoltes,
ne fut suspendue que du triumvirat de 43 à l'établissement
définitif de l'Empire, après la bataille d'Actium .
Le tribut, impôt, extraordinaire, ne fut pas exigé; l'or coronaire
ne fut voté que pour la forme et remis par le prince; l'impôt
du vingtième sur les affranchissements était le seul que
payât régulièrement l'Italie à la fin de la
République. Une taxe de 1% sur les ventes, une taxe du vingtième
sur les héritages et donations, l'impôt sur les célibataires
furent créés par Auguste. L'Italie resta dispensée
de l'impôt provincial, parce que celui-ci reposait sur la théorie
que le peuple romain était propriétaire des pays conquis,
n'en laissant aux provinciaux que l'usufruit, moyennant un tribut. Les
travaux publics, routes, postes, furent confiés à des délégués
de l'empereur.
La grande innovation
du nouveau régime fut la division de l'Italie en régions;
ce fut une première atteinte à l'unité. Auguste
institua onze régions :
La première
comprit les plus anciennes conquêtes de Rome, le Latium
ancien et nouveau (pays des Volsques, Herniques et Aurunces) et la Campanie
avec Salerne et les cités du haut Vulturne (AIlifae, Callifae, Telesia,
Venafrum) on l'appela Latium et Campanie, puis Campanie seulement. Elle
eut pour limite méridionale le Silarus (aujourd'hui Sele).
La deuxième,
appelée Apulie et Calabre ,
comprit les populations iapygiennes ou messapiques, plus une fraction des
Samnites, les Hirpins et Larmates (détachés des Frentans).
Elle eut pour limite occidentale le Bradanus.
La troisième
région comprit la Lucanie et le Bruttium au Sud du Silarus et à
l'Est du Bradanus.
La quatrième,
le Samnium (moins les cantons des Hirpins, des Larinates et du haut Vulturne)
et les Sabelliens septentrionaux, Marses, Marruccins, Vestins, Péligniens,
Sabins (avec Tibur et Fidènes).
La cinquième,
la plus petite, ne comprit que le Picenum, de l'Aternus à l'Aesis.
La sixième,
l'Ombrie proprement dite (Vilombrie) et l'Olombrie, ancien pays des Gaulois
Sénons entre l'Utens (aujourd'hui Montone) et l'Aesis; mais on en
retira Ariminum (Rimini).
La septième
correspondait à l'Etrurie ou Toscane (Tuscia), de la Magra au Tibre.
Le huitième
était l'ancien territoire des Boiens, remplacés par des colons
latins, auquel on adjoignit Ravenne et Arimmum; on l'appelait Gaule cispadane;
mais peu à peu le nom de sa grande route (via Aemilia), prévalut
et le nom usuel fut celui d'Émilie.
La neuvième,
qu'on appela Ligurie, s'étendait du Var à la Magra et de
la Méditerranée au Pô; seules Nice et Monaco
étaient grecques.
La dixième
qu'on appela Vénétie (et souvent Transpadane) comprit l'Istrie ,
entre le Formio et l'Arsa, les cités des Vénètes,
des Carnes et d'une partie des Cénomans.
La onzième
région comprit la plupart des cités gauloises du Nord du
Pô et d'autres à demi ligures comme Verceil et Ticinum (Pavie );
on l'appela Transpadane.
Cette division, à
peu près conforme au passé historique, eut une grande importance
et demeura la base des remaniements ultérieurs.
L'Italie impériale.
Le programme des
empereurs était d'unifier l'Empire et par conséquent d'assimiler
l'Italie aux provinces, mais il ne s'exécuta que lentement. Au Ier
siècle ap. J.-C.
la péninsule est toujours gouvernée par les magistrats de
Rome .
Au IIe
siècle, les Antonins
régularisent l'administration par la création des «
curateurs des cités », qui contrôlèrent
les budgets municipaux, et des « juges des régions »,
qui joignirent au pouvoir judiciaire la haute administration des régions
qu'on leur confiait. Au IIIe
siècle s'accomplit la transformation
de l'Italie en province. De nouveaux fonctionnaires, les correcteurs, y
exercent les fonctions de gouverneur, joignant aux pouvoirs administratifs,
financiers et judiciaires, l'autorité militaire. Après Dioclétien,
on renonce à la fiction qui distingue l'Italie du reste de l'Empire;
ses régions prennent le nom de provinces à partir du règne
de Maximien. L'Italie est divisée alors
en huit provinces :
La Transpadane
(dont on a détaché Bergame );
la Vénétie et Istrie ;
L'Émilie
et Ligurie réunissant les anciennes 8e et 9e régions ;
La Flaminie et Picenum
comprenant :
1°
l'ancien territoire gaulois sénon qu'on avait détaché
de l'Ombrie dès la fin du Ier siècle
sous le nom de Flaminie
(emprunté à la voie Flaminienne );
2°
le Picenum proprement dit (5e région);
3°
les Sabelliens du Nord, soit la moitié de la 4e région, annexée
au Picenum;
La Toscane et Ombrie;
La Campanie
et Samnium (auquel on rendit le district des Larinates);
La Lucanie
et Bruttium (accrue au Nord du pays des Picentins du Sud ou canton de Salerne
enlevé à la Campanie);
L'Apulie et Calabre
qui comprend toujours Bénévent
et les pays des Hirpins.
On ajouta à ces
huit provinces les îles (provinces de Sicile, de Sardaigne, de Corse ),
la Rhétie
et les Alpes Cottiennes pour former le diocèse d'Italie. La capitale
administrative fut Milan .
On laissait subsister le diocèse urbain, comprenant Rome
et sa banlieue; pour certaines prérogatives, la limite était
le centième mille à partir de Rome; pour d'autres affaires
l'enceinte de la ville. Les combinaisons administratives varièrent
: à partir de 320
on généralisa la division en Italie urbicaire (comprenant
la péninsule et les îles), administrée par le vicaire
de Rome, et Italie annonaire ou proprement dite comprenant la Gaule cisalpine.
Le mot d'Italie désigne soit le diocèse unique d'Italie,
soit l'un des deux (quand il y en avait deux) et de préférence
celui du Nord (auquel on réunit l'ancien diocèse de Pannonie ),
l'autre s'appelait diocèse de Rome; soit encore la préfecture
du prétoire, embrassant outre ces diocèses ceux d'Afrique
et d'Illyrie
occidentale.
L'Italie supporte,
au Bas-Empire, toutes les charges des autres provinces: service militaire,
impôts sont les mêmes. Quand la capitale fut transportée
à Constantinople ,
l'Italie ne différa plus des autres parties de l'Empire; elle fut,
comme la Gaule ou l'Espagne ,
un agrégat de provinces. La vie municipale et provinciale avait
été favorisée par les empereurs. Si elles déclinent,
c'est en dépit de leurs efforts. Les vieilles divisions nationales
tendent à reparaître dans les limites antiques. Durant le
courant du IVe
siècle le Samnium recouvre les
cités du haut Vulturne et Bénévent. On sépare
l'Émilie de la Ligurie; la Sabine reparaît à part sous
le nom de Valérie, emprunté à la voie qui la traverse;
la Flaminie est également constituée en province distincte.
Puis la séparation de l'Italie en deux diocèses se traduit
par le fractionnement de l'Etrurie en Tuscie annonaire (septentrionale)
et Tuscie urbicaire; d'autre part, on remanie encore l'ancienne Ombrie,
séparant d'une part la province de Flaminie et Picenum annonaire,
région côtière (aujourd'hui Marche), de celle de Flaminie
et Picenum urbicaire, région de l'Apennin. Dans l'Italie proprement
dite, c.-à-d. continentale, on réunit la Transpadane à
la Ligurie. Plus tard, entre 538
et 555,
on découpera cette Ligurie comprise entre les Alpes, l'Adda et la
mer; le nom de Ligurie restera à la région au Nord du Pô
(ancienne Transpadane) tandis qu'on appliquera celui d'Alpes Cottiennes
à l'ancienne Ligurie au Sud du Pô (Gênes, Robbio, Tortone,
Acqui). Sous des noms parfois nouveaux subsistent les divisions naturelles
et historiques. Lorsque le pouvoir central va s'affaisser et que l'intrusion
des Barbares dans les cadres de l'Empire l'aura disloqué, le fractionnement
de l'Italie se fera de lui-même. Toutefois, il faut tenir compte
des circonstances qui l'aggravèrent et détruisirent pour
quinze siècles l'unité réalisée par les Romains.
Durant les deux premiers
siècles du Bas-Empire, l'Italie est encore le centre d'un des gouvernements
qui se partagent l'Empire. Maximien, Constant
y résident, puis Valentinien,
Gratien,
Honorius
et ses faibles successeurs. Mais de plus en plus on délaisse Rome;
la résidence impériale est d'abord Milan; quand l'Italie
est devenue frontière, les empereurs s'abritent derrière
les canaux et la forte enceinte de Ravenne. La première invasion
fut celle d'Alaric (402);
puis vinrent les bandes de Radagaise (405);
après l'assassinat de Stilicon, le retour
d'Alaric et le pillage de Rome (410).
Son successeur Ataulf emmène hors d'Italie
les Wisigoths (412).
En 452
vient Attila; en 455,
Genséric
saccage Rome. Les derniers empereurs d'Occident sont les jouets de leurs
mercenaires barbares. L'un de ceux-ci, Odoacre,
envoie les insignes imperiaux à Constantinople
(476)
et essaye de fonder un royaume en Italie. Mais cette histoire appartient
déjà au Moyen âge .
(F.
Henneguy). |
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