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Samos. - Île littorale de la Turquie d'Asie, appartenant aujourd'hui à la Grèce. Elle surgit de la mer Egée, à 70 kilomètres au Sud-Sud-Ouest d'Izmir, en brise-lames méridional pour le golfe de Kusdasi, à 2-4 kilomètres seulement du continent d'Asie, qui s'avance à sa rencontre par la presqu'île effilée du mont Mycale. Longueur maxima, 44 kilomètres ; largeur, 6 à 19 km; pourtour, 146 km; aire, 468 km², toute en montagnes, jusqu'à 1440 m.; monts presque tous dénudés, sauf des bois de cyprès, de pins. Samos compte environ 40 000 habitants.

Samos jouit « en plein » du climat méditerranéen, qui est ici spécialement sec et bienfaisant ; les Anciens prétendaient que l'air y était si parfait et fortifiant que les Samiens n'avaient pas besoin de manger... Dans les vallons et sur les plages, cultures et jardins, fruits et tabac; sur les coteaux et le bas des monts, oliviers, caroubiers et vignes. Le pourtour de l'île forme un vaste vignoble ; elle produit un vin muscat très réputé. Fait curieux, Pline nous dit que de son temps le vin de Samos était inférieur à celui des contrées voisines.

Peuplée dès le Néolithique, l'île de Samos, hébergea ensuite, tour à tour, des Cariens, des Lélèges, et des Ioniens venus d'Epidaure. L'île appartint à la confédération ionienne et lui fournit ses plus habiles constructeurs de navires et ses hardis marins; Colaeus de Samos fut le premier Grec qui franchit les colonnes d'Hercule. Les poteries rouges de Samos furent réputées durant toute l'Antiquité. On vantait également les fruits, les roses de Samos et les bois de construction des pentes de la montagne. Le marbre, plus friable que celui de Paros, était pourtant apprécié. L'architecture et l'art plastiques furent très développés dès le VIIe siècle; plus tard, Rhoekos, Theodoros et leurs élèves perfectionnèrent la fonte du bronze, le travail des pierres précieuses, etc.

Le tyran Polycrate fut au VIe siècle chef du plus puissant Etat maritime de la mer Egée, allié d'Amasis, roi d'Egypte; indépendant des Perses, il repoussa une attaque des Spartiates et des Corinthiens. Il succomba à la trahison, et son frère Syloson amena une armée perse qui saccagea l'île. On la voit ensuite dans la fédération navale présidée par Athènes; elle s'insurge contre celle-ci et il fallut pour la réduire une grande expédition ou commandait Périclès. En 412, Samos est l'asile des démocrates chassés d'Athènes. Alcibiade en part pour chasser les oligarques (La rivalité d'Athènes et de Spartes). Samos demeure le quartier général de la flotte athénienne durant les années suivantes. Elle fut ensuite occupée par les divers maîtres de la mer Egée, les Ptolémées, les Séleucides, Mithridate, annexée en 84 av. J.- C. à la province romaine d'Asie. Auguste y hiverna après Actium. Elle redevint libre jusqu'à Vespasien et plus tard forma avec Rhodes, Cos, Chios, la province des Iles. Elle donna ensuite son nom à un thème byzantin comprenant Ephèse et Adramythium.

En 1550, les Turcs la pillent, et Selim la fait coloniser par le capitan pacha Ochiali (Le siècle de Soliman). Morosini la dévasta. Elle se distingua dans la guerre de l'Indépendance; le 17 août, la flotte et l'armée rassemblées à Mycale par Tahir-pacha pour envahir l'île furent dispersées par Canaris. L'île était gouvernée par le logothète Lycurgue. Elle fut cependant laissée à la Turquie par le protocole de Londres (1827); mais elle refusa de se soumettre et on finit le 11 décembre 1832 par lui concéder son autonomie, sous la garantie de la France, de la Russie, de l'Angleterre, moyennant un tribut de 67 500 F par an payé à la l'Empire ottoman. Elle eut alors pour capitale, Vathy et fut gouvernée par an prince grec non héréditaire, nommé par la Turquie, assisté d'une chambre de 26 députés élus par les Samiens. Le premier prince fut le Grec phanariote Etienne Vogoridès, qui résidait à Istanbul et faisait administrer Samos par un gouverneur. C'est seulement en 1913, à l'issue de la Guerre des Blakans, que Samos sera placée sous la souveraineté de la Grèce.

La ville antique de Samos était sur la côte Sud, près des villes modernes de Chora et Tigani; au Sud-Ouest, une voie sacrée la reliait au fameux temple d'Heraclès dont il ne reste qu'une colonne debout; ce temple, oeuvre inachevée de Rhaekos, fut brûlé par les Perses, rebâti, pillé par les pirates, par Verrès, par Marc-Antoine. Il subsiste de la ville de Samos l'enceinte Nord et une partie de l'enceinte Est avec ses tours et ses portes; elles sont de deux appareils, mycénien et régulier. La citadelle Astypalaea était à l'Est, au bord de la mer. On voit encore sous les flots les vestiges des jetées, et sous terre ceux d'un aqueduc attribué à Polycrate, d'un aqueduc romain, de maisons taillées dans le roc, de tombeaux; d'un théâtre et de thermes. (A.-M. B. / O. Reclus).


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