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Rhodes (grec
Rhodos)
est une île appartenant à la Grèce
(préfecture du Dodécanèse), située au Sud-Ouest
de l'Anatolie
(Turquie d'Asie), à 18 km du rivage de Carie ;
1460 km²; environ 120.000 habitants.
Elle a 83 km du Nord au Sud, 41 de l'Est à l'Ouest. Montagneuse
et rocheuse, elle est formée au Sud de calcaires crétacés
et éocènes plissés selon une direction Est-Nord-Est,
au centre, au Nord et à l'Est, de terrains pliocènes. Les
principaux massifs sont, au centre, l'Attavio (ancien Atabyrion) haut de
1200 m, au Nord, le Saint-Elie (850 m), au Sud-Ouest le Gramytis (800 m).
De nombreux ravins en descendent, bordés de lauriers-roses, d'agnus-castus
et de myrtes.
Les côtes sont peu découpées
au Nord, le cap Koumbournou abrite le port de Rhodes; à l'Est, est
le cap Lindos; au Sud, le cap Prasonisi; à l'Ouest, le cap Milianos.
Le climat est charmant, grâce à la douceur du ciel, à
la pureté de l'air, à l'égalité de température;
les montagnes du continent abritent Rhodes des vents du Nord-Est; l'été
est sec; les pluies tombent surtout en novembre, décembre, février
et mars,
On y trouve 58 villages. Le chef-lieu est
la ville de Rhodes, au Nord; 54 000 habitants. Le tiers du sol est cultivé,
un autre tiers boisé (pins pignons, cyprès, chênes
verts, arbousiers, lentisques, myrtes). Les arbres fruitiers abondent :
oliviers, figuiers, grenadiers, orangers, citronniers, vignes. On récolte
un peu de blé et d'orge.
La ville de Rhodes, bâtie en amphithéâtre,
a grand air; elle conserve une partie des fortifications du Moyen âge ,
sa rue des Chevaliers, avec des maisons décorées d'armoiries
et de croix, des églises transformées
en mosquées.
Histoire de Rhodes.
L'île de Rhodes, dont le nom signifie
île des grenadiers, fut aussi désignée dans l'Antiquité
sous ceux d'Ophiussa, Stadia, Telchinis, Asteria, Aethrea, Trinacria, Corymbia,
Poiessa, Atabyria, Macaria, Oloessa. Selon la légende, aux origines
de l'époque historique, elle aurait été peuplée
de Telchines ,
venus de Crète. Ce peuple mythique, allié à Poseidôn ,
aurait disparu après une inondation et aurait été
remplacé par les Héliades, créés par Hélios ,
et répandus sur les îles de la mer Egée. On parle aussi
d'immigrants égyptiens, phéniciens, thessaliens et cariens.
Aux temps homériques, l'île renfermait trois cités
: lalysos au Nord (auj. Palaeo Rhodo), la blanche Kameiros à l'Ouest,
et Lindos à l'Est. On les retrouve occupées par les Doriens,
lesquels auraient conquis l'île sous la direction de Tlépolème
l'Héraclide; ces trois cités formèrent alors, avec
celles de Cos ,
Cnide
et Halicarnasse ,
l'hexapole de la Doride .
Habiles navigateurs, les Rhodiens fondèrent
de nombreuses colonies
: Gagae et Corydalla en Lycie ,
Soli en Cilicie ,
Gela en Sicile ,
Sybaris, Siris, Salapia, Parthenope en Italie ,
Rhode (Rosas) en Espagne ,
sans oublier leurs comptoirs des îles Baléares .
Cependant ils n'eurent qu'un rôle secondaire jusqu'au moment où,
pour centraliser leurs forces, les trois cités fondèrent
la cité nouvelle de Rhodes (408) puissamment fortifiée. Elle
fut bâtie sur un plan régulier par Hippodamos, l'architecte
des murs du Pirée ;
sa forme était celle d'un amphithéâtre s'élevant
de la mer vers l'acropole sise au Sud-Ouest;
en haut, le théâtre; au bas,
deux excellents ports. Le parti démocratique était favorable
aux Athéniens, le parti aristocratique
aux Spartiates, comme dans le reste de la
Grèce ;
de 412 à 370, il y eut cinq révolutions. En fin de compte,
les Rhodiens prennent une part active à la révolte des insulaires
contre Athènes, dénommée guerre sociale (357-355);
les princes de Carie
les y encouragent; ce qui n'empêcha pas bientôt après
les aristocrates rhodiens de solliciter l'aide d'Athènes contre
la Carie. Le plus habile adversaire d'Alexandre
le Grand fut le Rhodien Memnon. La garnison macédonienne, imposée
à la ville, fut expulsée à la mort d'Alexandre. La
période suivante fut la plus glorieuse de l'histoire de Rhodes.
Alliés à l'Egypte ,
les Rhodiens soutinrent victorieusement contre Démétrius
Poliorcète un siège de plus d'une année (305-304)
qui leur valut l'admiration universelle. Non seulement leur flotte de commerce
et de guerre devint l'une des principales de la Méditerranée ,
mais ils trouvèrent dans les constructions navales et la fabrication
des armes et engins de guerre des industries lucratives. Ils étendirent
leur suzeraineté sur la côte voisine d'Asie Mineure ,
dénommée Pérée, et sur les îles de Kasos,
Karpathos, Telos, Chalcé.
Les Rhodiens furent, au IIIe
siècle av. J.-C., les marins les plus renommés du monde hellénique;
ils fondèrent une sorte de droit commercial et maritime dont ils
firent admettre les règles. Leur gouvernement paraît avoir
été assez habilement pondéré; deux prytanes
annuels exerçaient le pouvoir exécutif, assistés de
navarques ou amiraux; un Sénat (Boulh)
préparait les décisions soumises ensuite à l'approbation
de l'assemblée du peuple. La richesse et le luxe n'effaçaient
pas les vieilles qualités de patriotisme, de labeur et de sérieux.
Enfin Rhodes devint un des foyers intellectuels de la civilisation grecque.
Eschine quittant Athènes
y ouvrit une école dont la vogue fut considérable et persistante;
à l'époque romaine encore, on venait étudier la rhétorique
à Rhodes; Panaetius, Stratoclès,
Andronicus, Eudemus, Hiéronyme,
Pisandre, Simmias, Aristide
sont des Rhodiens; Posidonius, Apollonius
(dit de Rhodes) résidèrent longtemps à Rhodes.
Une partie de l'llustration de cette île
lui vint du Colosse de Rhodes, l'une des sept merveilles
du monde. Cette statue fut faite vers 300 ou
280 av. J.-C., par Charès de Lindos, disciple de Lysippe; Pline
l'attribue, au contraire, à Lachès, statuaire du même
pays qui aurait consacré 12 ans à cette oeuvre. Elle avait
79 coudées de hauteur (32 m); peu d'hommes pouvaient embrasser son
pouce, et la longueur de ses doigts surpassait la hauteur des statues ordinaires.
On avait affermi cette masse de métal, en I'emplissant de grosses
pierres. La dépense fut de 300 talents.
Le colosse de Rhodes fut renversé
par un tremblement de terre vers 224 av. J.-C., 56 ans après son
érection. Il fut reconstruit avec le concours des Ptolémées.
L'empereur Commode y fit mettre sa tête
à la place de celle d'Hélios .
En 655, les Arabes le mirent en morceaux, qu'ils vendirent, selon Cedrenus,
à un Juif d'Emèse (672 ap. J.-C.); il aurait fallu, paraît-il,
900 chameaux pour emporter la charge, ce qui, à 400 kilogramme par
chameau, donnerait un poids de 360 000 kg. L'écartement des jambes
du colosse ne pouvant, d'après sa hauteur, être de plus de
12 m, il n'a pu être placé, comme le dit la tradition, à
l'entrée du grand port, ou, d'ailleurs, le tremblement de terre
l'eut précipité dans les flots. Il était au fond du
port et en face de l'entrée, devant le bassin des galères,
au-dessus de deux tours qu'on voit encore aujourd'hui.
La prospérité de Rhodes fut
atteinte au IIe siècle avant l'ère
chrétienne; elle avait été due en partie à
l'alliance égyptienne et fut confirmée d'abord par l'alliance
romaine, également conclue contre les Séleucides
et les Macédoniens. En 189, les Romains,
vainqueurs d'Antiochus, donnèrent
aux Rhodiens la Carie .
Mais ceux-ci, s'inquiétant des progrès de Rome, voulurent,
pour balancer son influence et celle des rois de Pergame
qu'elle assistait, s'étendre avec les rois de Macédoine.
Après la chute de Persée, le Sénat romain leur reprit
la Carie, ne leur laissant que la Pérée, la presqu'île
sise en face de l'île. Dans la guerre contre Mithridate,
les insulaires demeurèrent fidèles à l'alliance romaine.
Ils prirent parti pour César contre Pompée,
et ce fut la cause de leur ruine. Cassius, meurtrier du dictateur, les
défit en bataille navale, prit la ville, mit à mort les chefs
du parti qui l'avait combattu et s'empara de toutes les propriétés
publiques, dévalisant même les temples (42). Rhodes ne se
releva jamais de ce désastre. Ses écoles gardèrent
cependant leur renom. Tibère au temps de
sa disgrâce, résida dans l'île. Celle-ci fut enfin privée
de son autonomie par Claude qui l'incorpora à
la province d'Asie
(44) libérée de nouveau, elle fut définitivement
annexée par Vespasien. Sous Constantin.
elle fut rattachée à la province dés Îles et
en fut le chef-lieu.
En 661, le calife Moawiyah
s'en empara, puis les Grecs la reconquirent;
les Génois s'y établirent, repoussèrent
Jean Cantacuzène (1249), mais furent
chassés par Théodore Protosebastos. Elle résistait
difficilement aux corsaires musulmans. En 1310, les chevaliers
de Saint-Jean de Jérusalem, expulsés de Palestine, s'installèrent
à Rhodes, sous la direction du grand maître Foulques
de Villaret. Ils y demeurèrent jusqu'en 1522 où, après
un siège mémorable de six mois, Soliman
s'en empara. Ils se retirèrent à Malte .
A l'époque ottomane Rhodes formait, avec quelques îles voisines,
un sandjak du vilayet turc de Djezaïri-bahri-Séfid (îles
de la mer Blanche). Le gouverneur du vilayet, qui était chrétien,
résidait à Rhodes, quelquefois aussi à Chios .
L'île est restée sous la domination turque
jusqu'en 1912, date à laquelle elle fut prise par l'Italie ,
qui la restitua à la Grèce
en 1948. (GE). |
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