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| Mère
des dieux, Déesse Mère. - Divinité
féminine de l'Asie Mineure, dont le culte prépondérant
en Phrygie constituait la religion principale de ce pays. Il se retrouve
également en Thrace
Si haut que nous
remontions - et il apparaît que l'on pourrait faire remonter les
cultes de la Déesse mère jusqu'aux tréfonds du Néolithique
et probablement du Paléolithique, s'il l'on interprète ainsi
ces statuettes féminines qui se répandent dans toute l'Europe
depuis le Gravettien (30 000 - 20 000 ans) -, la Mère des dieux
se présente comme la divinité suprême d'une religion
naturaliste, où elle était regardée comme le principe
de toute vie. C'est une conception commune à plusieurs des religions
de l'Asie occidentale. Elle n'est pas seulement la mère des dieux,
mais aussi des humains et des animaux, elle
les nourrit, les guérit de la maladie. On se la figure volontiers
au milieu des bêtes sauvages, enfant nourrie par elles ou bien escortée
de lions. La soumission du roi des animaux symbolise
la domination que la déesse exerce sur la nature entière;
elle est représentée souvent dans un char attelé de
lions. Sa domination est aussi complète sur le monde végétal;
le labourage, la viticulture lui sont attribués; comme celle de
Dionysos,
on taille l'image de Cybèle dans un cep
de vigne Les montagnes et les forêts sont le domaine préféré de Cybèle; là se multiplient ses sanctuaires; elle y erre avec ses Corybantes, serviteurs mystiques de son culte orgiaque analogue à celui de Dionysos. L'Ida, en particulier, est le théâtre de leurs courses, de leurs danses aux sons d'une affolante musique. C'est dans l'ombre des forêts que la déesse trouble l'esprit des humains ou bien les guérit. Elle exerce aussi la divination; dans son grand oracle de Pessinonte, le procédé favori est celui du rêve. Souvent la Mère
des dieux est considérée spécialement comme déesse
de la Terre. On lui érige des temples auprès
des fissures d'où s'échappent des gaz, par exemple à
Hiérapolis Elle fonde et protège les villes; les principales cités phrygiennes lui attribuent leur origine et pour l'affirmer se parent du nom de métropole; la théocratie de Pessinonte contribue à répandre cette idée; les premières monnaies auraient été frappées par les prêtres de la Mère des dieux. Déesse de
la fécondité, elle correspond à l'Aphrodite
et à la Déméter des Grecs Les représentations
figurées de la Mère des dieux sont nombreuses. Dans le monde
grec, la plus ancienne est la pierre noire de Pessinonte, bétyle
informe qui demeura le symbole le plus vénéré. Plus
tard, les statues se multiplient; tantôt la déesse est assise,
ayant un lion ou une panthère
de chaque côté de son trône ou sur ses genoux; tels
sont les bas-reliefs du mont Scpyle et de
Chios Des mythes
du culte de la grande déesse, les principaux sont ceux d'Agdistis
et d'Atys, dont la version officielle élaborée
à Pessinonte, nous a été transmise, par Arnobe
et Pausanias. Agdistis, issue de la terre mère
universelle, est androgyne, réunissant toutes les forces fécondantes
des deux sexes. Privé des organes virils, Agdistis n'est plus que
femme; de ses organes virils naît le grenadier; la fille du Sangarius
(fleuve national phrygien), la belle Nana (autre
incarnation de Cybèle), mangeant une grenade
est fécondée et donne le jour à Atys. Ainsi se fait
le passage de la vie animale à la vie végétale, dont
Atys symbolise les diverses phases. Atys étant né sans père,
sa mère demeure
vierge; c'est le point
de départ de ce type légendaire de la mère vierge,
concevant sans intervention du mâle. Agdistis s'éprend alors
du bel Atys, la Terre aime la végétation florale issue de
son sein. Atys résiste, se mutile et meurt, symbolisant la mort
apparente de la végétation durant l'hiver; en effet, la disparition
d'Atys n'est qu'apparente, il continue de vivre dans le pin, toujours verdoyant.
Ces mythes, d'un symbolisme assez transparent, mais d'une imagination compliquée,
se réfèrent à la religion d'un peuple essentiellement
agricole et pasteur. Ils furent plus ou moins amalgamés dans le
monde grec avec ceux de Dionysos et Déméter.
D'autre part, ils ont bien des traits communs avec ceux de la déesse
naturaliste des Sémites. A Babylone D'un autre côté,
on a identifié la mère des dieux avec la déesse guerrière
de Cappadoce Le centre de la religion
de la mère des dieux était la Phrygie, et plus particulièrement
Pessinonte, les rives du Gallus (qui traversait la ville) et du Sangarius;
puis les monts Agdos et Dindymon, le district des Bérécyntes,
dont elle reçut parfois le nom, d'une manière générale
toutes les villes de la Phrygie, Hiérapolis, Eumenia, Iconium, Synnada,
Cibyra, Cotiéon, Sala, etc. Dans les pays voisins, Cyzique La Lydie était
près la Phrygie le grand centre de ce culte et peut-être est-ce
là que s'élabora la légende d'Atys, par le concours
d'éléments ido-européens et sémitiques. Le
sanctuaire principal était Sardes, puis les monts Timôle et
Sipyle, les villes de Magnésie, de Smyrne (Izmir) La grande fête
annuelle de la Mère des dieux commémorait la douleur d'Atys
et la joie de sa résurrection; les Corybantes
parcouraient les bois en manifestations tumultueuses, afin d'éveiller
le dieu endormi, de tirer du sommeil de l'hiver le génie de la végétation.
Ils promenaient l'image de la déesse, qu'à la fin ils baignaient
dans la rivière Galles. Le plus souvent, c'étaient des prêtresses
qui célébraient le culte et prenaient la plus grande part
aux cérémonies de l'orgie hystérique, symbolisant
la puissance de la déesse s'emparant de l'esprit des hommes : courses
et danses éperdues au son d'une musique sauvage, étouffant
les cris de douleur qu'arrachaient les blessures que s'infligeaient les
adorateurs dans leurs extases. Une quantité de serviteurs des deux
sexes desservaient le culte normal de la Mère des dieux dans ses
cryptes L'extase des serviteurs
de la déesse était provoquée et entretenue non seulement
par la musique, la danse et la course, mais par certains artifices, tels
que le balancement de la tête d'avant en arrière. Les instruments
usuels étaient le couteau sacré et les instruments de musique,
le tympanon La déesse
grecque Rhea fut identifiée avec la Mère
des dieux à une époque relativement tardive. Homère
et Hésiode ne connaissent en Rhea que
l'épouse de Kronos, mère de Zeus
et des antres grands Olympiens. Dans les Hymmes homériques
on nomme côte à côte Rhea et une Mère des dieux.
Pindare
appelle Grande Mère une déesse mère de Pan,
des nymphes et divinités naturalistes. Les Scohaites dénomment
celle-ci Rhea. Euripide assimile Rhea à
la Mère des dieux. Les deux cultes ont persisté côte
à côte et sans relations en Arcadie A Rome
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© Serge Jodra, 2004. - Reproduction interdite.