| Dictionnaire | |
| Mythe (du
grec muthos, fable), nom qu'on applique en première approche
aux traditions concernant les dieux et les héros, et, par suite,
à tous les récits allégoriques et symboliques. Le
caractère distinctif d'un mythe, c'est souvent d'être un récit
d'événements dont une partie au moins est surnaturelle ou
irrationnelle. Mais surtout, il s'agit d'un récit porteur d'un sens
qui dépasse sa propre narration. Un mythe c'est une construction
faite de bric et de broc, mais qui au final procure une image stable du
monde.
Dans le mythe du Zeus
grec, par exemple, les éléments rationnels, ce sont les hautes
qualités du dieu, sa majesté, sa puissance, sa justice, la
protection qu'il accorde aux justes, la sévérité avec
laquelle il punit les méchants; les éléments irrationnels,
ce sont les aventures grotesques, les métamorphoses en cygne, en
fourmi, en pluie d'or, etc. Lorsque les hymnes védiques Donc, là où il n'y a point d'épisodes merveilleux ou surnaturels, là où tout est rationnel et clairement intelligible pour notre esprit, il n'y a point de mythe. Dans ses Prolegomena zü einer wissenschaftlichen
Mythologie, K.-O. Müller a encore attribué d'autres caractères
au mythe. D'après lui, le mythe transforme en un acte précis
et limité dans le temps un phénomène physique ou moral
qui, dans la réalité, est permanent. Ainsi, le mythe éleusinien
par excellence, c.-à-d. le mythe de l'enlèvement de Perséphone
par Hadès, de la douleur de Déméter,
du séjour de Perséphone auprès de son ravisseur, puis
de son retour à la lumière, n'est pas autre chose que la
traduction en un épisode unique et nettement déterminé
des faits d'ensemencement, de germination souterraine, d'éclosion
et de mort apparente dont chaque année la terre est le théâtre.
Dans la Théogonie En outre, le mythe met toujours en scène des personnages humains ou du moins des personnages analogues à des êtres humains. Les métamorphoses des êtres mythiques en animaux ou en plantes, les formes animales que certaines divinités revêtent dans plusieurs mythologies, n'infirment nullement ce caractère général des mythes; en effet, sous quelque forme que se présentent les personnages mythiques, les sentiments qu'ils éprouvent sont toujours humains. Peut-être même ces métamorphoses et ces formes animales ne sont-elles que la survivance de conceptions religieuses beaucoup plus anciennes, comme la zoolâtrie et le totémisme. Enfin, d'après K.-O. Müller, le mythe est toujours antéhistorique. L'événement qu'il raconte, quel qu'il soit, est toujours placé bien au delà des premiers faits historiquement connus. Ainsi, d'une manière générale, les mythes sont des récits d'événements, qui sont, en partie au moins, surnaturels ou irrationnels, qui toutefois sont limités dans, le temps, dont les acteurs sont des personnages humains ou analogues à des êtres humains, et qui ont toujours eu lieu, dans chaque pays, avant la période historique. Les mythes aujourd'hui connus sont innombrables et d'une infinie variété. On les répartit d'habitude en deux grandes classes : 1° les mythes proprement dits;Les mythes proprement dits sont les mythes qui se rattachent, directement aux religions, et dont la somme constitue, dans chaque pays, ce que l'on appelle la mythologie. Ces mythes sont cosmogoniques, divins ou héroïques; en effet, chaque religion a voulu expliquer la création du monde et de l'homme; et, d'autre part, dans beaucoup de religions, on distingue, pour ainsi dire, deux couches ou strates superposées d'êtres surnaturels, les dieux et les demi-dieux ou héros. Les mythes proprement dits sont étroitement liés à la religion dont ils forment une partie essentielle; lorsque cette religion meurt, ils disparaissent ou du moins perdent leur valeur religieuse, et ne survivent que comme matière philosophique, historique ou littéraire. Les contes et les légendes populaires ont une physionomie toute différente. Ils ne s'efforcent pas de résoudre le problème de l'origine des choses; ils ne mettent en scène ni dieux, ni déesses, ni héros; leurs visées sont moins hautes; leurs cadres et leurs personnages, plus modestes. Auprès des humains se meuvent et agissent des fées, des enchanteurs, de bons ou de mauvais génies, ces mille êtres bienfaisants ou terribles dont l'imagination des foules a peuplé et peuple toujours les campagnes, les forêts, les vallons obscurs, la mer, les îles, les récifs. Les contes et les légendes ne sont point, de leur nature, des récits religieux. Leur éclosion, leur floraison, leur popularité sont indépendantes de tout dogme et de tout culte. Ils ont leurs racines dans le plus lointain passé de l'humanité, mais de nos jours ils n'ont rien perdu de leur fraîcheur ni de leur vivacité; ce ne sont point des œuvres mortes, qui se transmettent, immuables et figées, de génération en génération; ce sont de petits organismes vivants, qui se transforment sans cesse, sans que pourtant leur noyau primitif subisse de changements essentiels. |
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© Serge Jodra, 2004. - Reproduction interdite.