L.
Ménard
1863 |
Lorsqu'on
remonte aux origines de la société grecque ,
on ne trouve pas de traces d'un sacerdoce; la prétendue théocratie
de l'époque pélasgique [ = pré-hellénique]
est
une pure chimère. Chaque père de famille invoquait et honorait
à sa manière les dieux protecteurs de son champ, de son foyer,
de sa maison, présentait les libations et les offrandes sur l'autel
domestique et accomplissait les sacrifices qui précédaient
et sanctifiaient chaque repas. Quand les familles réunies en tribu
voulaient offrir un sacrifice en commun, les chefs de la tribu l'offraient
en présence de tout le peuple qui prenait part au repas. Dans Homère,
on voit Agamemnon, Pélée,
Nestor,
Ulysse,
diriger ces cérémonies et immoler
eux-mêmes les victimes. C'est par respect pour cette tradition que
le nom de roi resta attaché à de certaines fonctions sacerdotales,
longtemps après qu'il eut disparu dans l'ordre politique. Ainsi
le second des Archontes d'Athènes ,
celui qui présidait aux cérémonies religieuses, s'appelait
le roi; tant qu'il restait en charge il gardait la direction du culte public.
D'autres fonctions
qui se rattachaient tout aussi directement à la religion, ne pouvaient
être ainsi remplies par le premier venu, parce qu'elles exigeaient
des aptitudes spéciales : l'exposition théologique des dogmes
populaires était réservée aux poètes, l'interprétation
des signes célestes aux devins. Le
principe républicain de la division des fonctions fut appliqué
par les Grecs
à la religion elle-même, et cela dès l'origine. Dans
l'Iliade ,
ce n'est pas Calchas (Kalchas) qui offre les
sacrifices, mais quand le peuple veut interroger les dieux, ce n'est pas
à Agamemnon qu'il s'adresse. Il pouvait
arriver qu'un roi fût prophète, comme Amphiaraos,
de même qu'un roi aurait pu être poète, mais ce n'était
qu'une exception.
Lorsqu'on eut commencé
à construire des temples, il y eut nécessairement des hommes
chargés de les garder, et d'entretenir en bon état les objets
consacrés au culte. On leur attribua aussi l'immolation des victimes,
et les magistrats qui succédèrent aux rois [plus
ou moins légendaires] de l'époque
héroïque, se bornèrent à présider aux
sacrifices publics. Ces sacrificateurs, qui étaient en même
temps les gardiens des choses saintes, portaient le nom d'iereis,
que nous traduisons par prêtres, mais qui serait beaucoup
mieux rendu par le mot de sacristains. Ce mot donnerait une idée
bien plus exacte de ce qu'était le sacerdoce chez les Grecs .
Cette observation peut sembler purement grammaticale; mais la plupart de
nos erreurs sur l'esprit de l'Antiquité
tiennent à des questions de dictionnaire; on remplace un mot grec
par un mot français qu'on croit équivalent et qui représente
souvent une idée toute différente; il en résulte qu'on
attribue aux anciens des institutions tout à fait opposées
à leurs moeurs. Ainsi les chefs héroïques,
basileis,
que nous appelons des rois, n'étaient que des capitaines
au dehors, des juges de paix à l'intérieur. De même
dans l'ordre religieux, les Grecs avaient des sacristains ou des marguilliers,
ils n'avaient pas de prêtres dans le sens que nous attachons à
ce mot, et si je continue à m'en servir pour me conformer à
l'usage, il faut se rappeler que c'est dans une acception beaucoup plus
restreinte que celle que nous lui donnons aujourd'hui.
Chez les modernes,
en effet, le prêtre enseigne la religion et dirige les consciences;
rien de pareil n'existait chez les Grecs .
L'enfant apprenait de sa nourrice ou de son aïeul les légendes
des dieux et des héros
du pays; à l'école il étudiait, dans les poèmes
d'Homère et d'Hésiode,
les traditions nationales et religieuses, Quant, a l'éducation morale,
il la recevait de ses parents d'abord, et ensuite de ses égaux.
Devenu homme, il avait sa conscience pour le guider dans les luttes de
la vie; s'il avait besoin de conseils il les demandait à son père
plutôt qu'à un prêtre, car le père de famille
était dans sa maison le chef de la religion et l'instituteur moral.
Les Grecs, qu'on accuse si souvent d'avoir sacrifié la famille à
la cité, n'ont jamais fait intervenir l'État dans le culte
privé; le prêtre ne pénétrait pas dans la famille,
il était uniquement chargé du service du temple, et assistait
les magistrats dans les cérémonies
du culte public.
L'existence d'un
culte public, dans les cités grecques n'implique pas, comme on pourrait
le croire, ce qu'on nomme aujourd'hui une religion de l'État. Ni
les magistrats, ni les prêtres ne pouvaient fixer un dogme
ou imposer une croyance. Personne n'aurait pu
comprendre l'idée d'une autorité politique ou religieuse
en dehors et au-dessus du peuple. La république étant une
société d'égaux, librement unis pour la défense
des droits communs, la loi était l'expression de la volonté
de tous, la religion représentait les croyances populaires, et comme
chaque commune avait son gouvernement, chaque commune avait sa mythologie,
ses légendes, ses fêtes locales, et consacrait ses légitimes
prétentions à l'indépendance politique par le culte
patriotique des dieux nationaux et des héros
protecteurs de la cité. Les aèdes
recueillaient ces traditions éparses, les colportaient de village
en village, les fondaient dans une synthèse harmonieuse. Les légendes
s'enrichissaient par des emprunts réciproques, et si la poésie
altérait la simplicité et la clarté des symboles primitifs,
c'était en multipliant à profusion ces trésors mythologiques,
où vinrent s'abreuver toutes les générations littéraires
et artistiques des siècles suivants. C'était donc aux poètes
qu'appartenait, comme je l'ai dit, l'enseignement théologique,
qui forme, partout ailleurs qu'en Grèce ,
le privilège le plus important du sacerdoce. Mais cet enseignement
n'était que l'écho respecté des anciennes traditions,
puisque les poètes n'étaient que les traducteurs des croyances
populaires. Ils ne relevaient que de l'inspiration directe des Muses
leur autorité n'était soumise à aucun contrôle,
mais personne n'était obligé de l'accepter, et comme l'inspiration
était toute personnelle, un poète n'était pas tenu
de se conformer aux opinions de ses devanciers.
Non seulement l'enseignement
théologique des poètes n'avait pas plus d'unité que
la nation elle-même, mais une foule de légendes qui n'avaient
pas même été recueillies par la poésie, vécurent
cependant sur leur sol natal jusqu'aux derniers temps du polythéisme.
Pausanias
en a rassemblé un grand nombre; d'autres nous sont connues par des
mythographes, par des inscriptions, par des monnaies. En rassemblant ces
documents épars, on pourrait dresser une carte mythologique de la
Grèce ,
et localiser notamment les cycles héroïques. On aurait par
exemple les mythes thessaliens
de Pélée et d'Achille,
des Centaures et des Lapithes,
le mythe étolien de
Méléagre,
les mythes argiens
de Danaos, de Phoroneus, d'Inachos,
de Perseus, le mythe corinthien de Bellérophon,
les mythes attiques
de Cécrops (Kékrops), d'Erechtheus,
de Thésée, les mythes crétois
d'Europe, de Minos,
de Dédale et une foule d'autres. Quoiqu'il
y eût moins de variété dans les mythes divins, cependant
chaque dieu, dans les principaux sièges de son culte, avait une
physionomie à part, une généalogie et des légendes
spéciales; sa place, dans la hiérarchie indécise de
l'Olympe, variait d'une commune à l'autre.
Chacun comprenait la vérité à sa manière et
la traduisait dans sa langue; ce n'était pas l'unisson, mais l'harmonie;
ce n'était pas l'unité, mais l'union. Il n'y avait pas d'hérésie,
parce qu'il n'y avait pas d'orthodoxie; on ne songeait pas plus à
condamner les légendes de l'Arcadie
ou de la Béotie
au nom de celles de la Thessalie
ou de la Crète ,
qu'à proscrire le dialecte dorien, au nom de l'ionien ou de l'attique;
cette diversité de croyance, conséquence de la liberté,
n'entraîna jamais chez les Grecs ni persécution ni guerre
religieuse. Non seulement on n'en trouve aucune trace dans l'histoire ni
dans la poésie, mais on ne peut pas même en admettre l'hypothèse,
parce que l'intolérance est contraire à l'essence même
du polythéisme, qui ne peut, à
moins de contredire sa propre nature et de se nier lui-même, repousser
ou exclure aucune idée religieuse. Il embrasse dans son sein toutes
les conceptions particulières, et les classe sans peine dans son
immense théogonie .
Tous les dieux ont leur place dons l'Olympe hospitalier de la Grèce
comme tous les êtres dans la grande république du monde.
La constitution fédéraliste
de la société grecque multipliait les religions locales,
mais les migrations tendaient sans cesse à les rapprocher et à
les confondre.
En s'établissant
sur de nouveaux territoires, les tribus y apportaient leurs dieux, mais
elles adoptaient en même temps les souvenirs et les traditions de
leur
nouvelle patrie,
elles rendaient un culte à ses fleuves,
à ses nymphes et même aux héros
protecteurs du peuple qu'elles remplaçaient. Ainsi quand les Achéens
furent en partie asservis, en partie expulsés de la Laconie
par les Doriens, les Dioscures restèrent
les dieux protecteurs de Sparte. Les temples et leurs ministres étaient
respectés dans toutes les guerres, et ce qui indigna le plus les
Grecs
dans l'invasion de Xerxès, ce fut la destruction
des monuments religieux. Les traités conclus entre les peuples étaient
placés sous la protection commune de leurs dieux nationaux; un grand
nombre de monuments et de monnaies consacrent l'alliance des villes par
celle des divinités protectrices qui sont représentées
se donnant la main. Chaque république envoyait des représentants
aux fêtes nationales de ses alliés et demandait pour eux comme
pour elle-même la protection de ses dieux. La participation aux mêmes
cérémonies
religieuses était le signe et la consécration de ces ligues
si fréquentes entre les peuples grecs, et dont la plus célèbre
était celle des Amphictyons, placée sous la protection des
divinités de Delphes
et des Thermopyles .
Ces ligues politiques empêchaient les cultes locaux de prendre un
caractère étroit et exclusif. Certains temples attiraient
les habitants de toutes les parties de la Grèce et devenaient ainsi
des centres religieux dont l'importance restait toujours indépendante
des chances diverses de la guerre et de la politique. Les oracles,
les jeux sacrés, les mystères
maintenaient entre les Grecs un lien religieux qui les rappelait au souvenir
de leur fraternité primitive et les rapprochait pour la défense
commune, en même temps que les religions locales conservaient dans
chaque ville le sentiment de l'indépendance. Ainsi la Grèce
échappa à la fois à la lutte stérile des sectes
religieuses et au despotisme étouffant des religions d'État.
Le polythéisme sanctionnait et le lien fédéral et
l'autonomie des communes; sa théologie multiple lui permettait de
balancer l'un par l'autre ces deux principes opposés et également
nécessaires, et de résoudre le grand problème devant
lequel ont échoué les peuples modernes, la conciliation de
l'unité et de la liberté.
Il y avait autant
de variété dans les fonctions religieuses que dans la religion
elle-même, et parmi ces fonctions, celle des aèdes
et celle des devins échappaient par
leur nature même à toute espèce d'autorité,
de règle et de hiérarchie. L'inspiration d'Apollon,
comme celle des Muses, était immédiate
et individuelle; ceux qui sentaient en eux le génie poétique
composaient des hymnes ,
ceux qui se croyaient le don de prophétie expliquaient les présages
à leurs risques et périls, et s'exposaient à perdre
la confiance si l'événement ne justifiait pas leurs prédictions.
Leur réputation, comme celle des médecins ,
était proportionnée à la sagacité dont ils
avaient fait preuve. On sait que, même chez les Hébreux,
où le sacerdoce était constitué, comme dans tout l'Orient,
sous forme de caste, les prophètes étaient indépendants
des prêtres, et n'appartenaient pas comme eux à la tribu de
Lévi. A Rome ,
la science traditionnelle des aruspices et
des augures était le privilège
des patriciens; mais, chez les Grecs ,
la divination était l'effet d'une
aptitude ou d'une inspiration particulière et l'influence qu'avait
pu acquérir un devin ne s'étendait pas à une classe,
pas plus que le succès d'un poète ou d'un médecin
ne profite à ses collègues.
Les poètes
et les devins sont toujours distingués des prêtres, dont les
fonctions consistaient dans le service des temples et dans l'accomplissement
des cérémonies du culte.
«
La science des devins, disaient les Stoïciens,
consiste dans l'observation des signes venant des dieux
ou des démons, et se rapportant à
la vie humaine [...]. Le prêtre doit connaître les règles
relatives aux sacrifices, aux prières, aux purifications
aux consécrations et choses semblables. »
Platon
dit de même :
«
Les devins passent pour expliquer aux hommes ce qui vient des dieux. La
fonction, attribuée aux prêtres est de savoir comment il convient
de présenter aux dieux nos offrandes et nos sacrifices, et de leur
demander par nos prières les biens dont ils disposent. »
Porphyre,
Varron
et Apulée définissent de la même
manière les fonctions sacerdotales. Les connaissances spéciales
que devaient posséder les prêtres étaient donc purement
liturgiques et nullement théologiques. C'est là un reproche
adressé par les auteurs chrétiens,
entre autres par Lactance et saint
Augustin, à la religion grecque. Mais c'est précisément
parce que la religion et la morale
étaient en Grèce
le patrimoine commun du peuple, qu'il n'y eut jamais de théocratie.
Les Grecs chargeaient les prêtres de présenter aux dieux les
prières et les offrandes, en conservant toujours intact le dépôt
des cérémonies instituées
par les ancêtres; ils ne les chargeaient pas d'enseigner ce qui est
l'objet d'une révélation directe et immédiate
des dieux à la conscience humaine. Il n'y avait rien qui ressemblât
à cette aristocratie de lumières qu'ont rêvée
les philosophes et que les Chinois
ont, dit-on, réalisée. L'instruction était fort simple
et se bornait à ce qui est nécessaire à un enfant
pour devenir un homme et un citoyen. Comme elle était la même
pour tous, personne ne pouvait avoir la prétention d'en savoir plus
que les autres. Quand la distinction des savants et des ignorants commença
à s'établir, la tradition religieuse et la tradition morale,
c'est-à-dire l'intelligence de la langue poétique des symboles
et le sentiment de la liberté et de l'égalité se conservèrent
bien mieux dans la masse du peuple que parmi les lettrés.
Les exégètes
des temples n'étaient donc pas, des interprètes de la symbolique
religieuse, car le peuple n'avait pas besoin qu'on lui expliquât
sa langue naturelle, c'étaient, comme le prouvent une foule de passages
de Pausanias, des maîtres des cérémonies
versés dans la connaissance des rites, et des ciceroni montrant
aux étrangers les curiosités des temples et leur racontant
les traditions locales. L'hiérophante
des mystères n'était pas un sage
révélant une doctrine philosophique; c'était, comme
son nom l'indique, celui qui montrait aux initiés les objets sacrés.
Au-dessous de l'hiérophante il y avait des mystagogues qui purifiaient
les mystes et le préparaient à l'initiation. Il paraît
que cette fonction d'initiateur était assez peu élevée
et ressemblait à une sorte de domesticité, si on en juge
par les paroles dédaigneuses que Démosthène
adresse à Eschine
pour les avoir exercées dans sa jeunesse. En général,
cependant, il était dans les moeurs des Athéniens
d'honorer toute fonction utile. C'étaient les cuisiniers qui dirigeaient
à Athènes les sacrifices publics, parce que l'habitude de
la préparation des viandes en faisait d'habiles sacrificateurs.
Athénée,
qui rapporte ce fait d'après Clidème (Klidème), cite
aussi une lettre d'Olympias, recommandant à son fils Alexandre
un cuisinier très instruit dans les rites sacrés et la pratique
des sacrifices. Le sacrifice n'était en effet qu'une cérémonie
religieuse qui précédait et sanctifiait les repas; dans Homère,
comme le remarque Athénée dans le même passage, les
crieurs, qui sont à la fois des ambassadeurs et des échansons,
et qui font la police des fêtes, amènent les victimes aux
rois, qui les immolent eux mêmes pour les repas publics, toujours
nommés les repas des dieux, parce que la nourriture, qui entretient
la vie, était regardée comme un bienfait divin.
Comme le culte de
chaque dieu avait des cérémonies
spéciales, et qui variaient quelquefois d'un pays à l'autre,
les formes du sacerdoce étaient aussi très multiples, Aucun
lien ne les unissait entre elles, et les prêtres ne formèrent
jamais une classe spéciale dans la nation. Ils avaient les mêmes
droits et les mêmes devoirs que les autres citoyens; ils prenaient
part aux expéditions militaires : ainsi, parmi les Spartiates ,
qui se distinguèrent à la bataille de Platée, Hérodote
cite plusieurs prêtres. Dans de petits pays qui devaient toute leur
importance à quelque temple vénéré, par exemple
à Délos
ou à Samothrace ,
les prêtres étaient naturellement les premiers personnages
de l'État; ailleurs leur condition était beaucoup plus humble.
Cependant c'étaient toujours des citoyens; les ierodouloi,
employés à la culture des champs dont le revenu servait à
l'entretien de quelques temples, étaient plutôt des serfs
sacrés que des prêtres serfs. Aristote,
dans sa République, veut même exclure du sacerdoce
les artisans et les laboureurs, parce qu'il regardait ces professions comme
serviles. Mais la vraie société grecque ,
avant les jours de sa décadence, valait mieux que les utopies aristocratiques
des philosophes. À l'exception des États doriens, où
une oligarchie militaire était nourrie
par une population de serfs, la domesticité n'était qu'un
accident, une conséquence de la guerre, et aucune fonction n'était
réputée servile. Le sacerdoce ne semblait pas incompatible
avec une autre occupation, et le sentiment d'égalité qui
formait le trait dominant du caractère grec tendait à rendre
les fonctions religieuses, comme les fonctions politiques, accessibles
à tous, et à les soumettre au principe républicain
de l'élection populaire. Dans l'Iliade ,
Théano, femme d'Anténor, est choisie
par les Troyens pour être prêtresse
d'Athéna; car il y avait des prêtresses
comme il y .avait des prêtres, par une conséquence naturelle
du principe de l'équivalence des sexes, consacré par le polythéisme,
qui admettait les déesses dans l'Olympe
à côté des dieux.
La chasteté
était une des conditions imposées aux prêtresses; la
femme de l'archonte-roi, qui offrait des sacrifices au nom de la ville
d'Athènes ,
devait être citoyenne et avoir une réputation intacte. Avant
d'entrer en fonction, elle jurait qu'elle avait toujours été
pure. On trouve même dans Pausanias,
d'assez nombreux exemples de prêtresses vouées au célibat,
au moins tant qu'elles remplissaient leur ministère. Il était
rare qu'on imposât le célibat aux prêtres, mais ce qu'on
exigeait toujours d'eux, c'étaient des moeurs sévères
et une bonne renommée; quelquefois même, il fallait y joindre
la beauté physique. En général, les fonctions sacerdotales
étaient temporaires, mais il y avait quelques sacerdoces perpétuels.
A Athènes, et probablement dans beaucoup d'autres villes, les prêtres
qui étaient rétribués devaient rendre des comptes
au peuple comme tous les autres magistrats. D'ailleurs, ils n'avaient
aucun privilège politique; aussi n'avaient-ils, ni partisans dévoués,
ni adversaires passionnés. L'importance du clergé dans les
sociétés moderne nous fait toujours supposer quelque chose
d'analogue chez les Grecs ;
cependant les peuples ne sont pas tous coulés dans le même
moule, et il y a autant de différence entre eux qu'entre les individus.
Nous avons fait du sacerdoce ancien une sorte de bouc émissaire;
soit qu'on défende la religion chrétienne,
soit qu'on l'attaque, on laisse rarement échapper une occasion d'accuser
les prêtres du polythéisme
d'ambition et d'intrigue, de fourberie et d'imposture. Mais ces accusations
n'étaient pas portées contre eux dans l'Antiquité
: ils s'occupaient de leurs cérémonies,
et personne ne parlait d'eux.
Quoique l'élection
fût généralement appliquée aux fonctions religieuses,
il y avait des cultes particuliers dont les ministres étaient toujours
choisis dans certaines familles; ces cultes étaient comme leur patrimoine,
et les Grecs
cherchaient toujours à concilier les droits de la famille et les
droits de l'État. Il arrive souvent qu'un père transmet à
ses enfants pour tout héritage les fruits de sa propre expérience,
et, par une éducation spéciale, les met en état de
le remplacer; de même qu'il y a dans nos campagnes des recettes médicales
transmises de père en fils, il y avait dans l'Antiquité
des familles d'aèdes, de devins,
de médecins ;
mais alors c'étaient autant de familles sacerdotales, car toute
science avait un caractère religieux; les poètes étaient
prêtres des Muses, les devins prêtres
d'Apollon, les médecins prêtres
d'Asclépios. Souvent même ils
se donnaient comme les descendants des divinités qu'ils servaient,
car les Grecs expriment volontiers l'idée d'un lien moral par l'image
d'une filiation directe : ainsi Homère
explique l'habileté des Égyptiens
dans la médecine en disant qu'ils sont de la descendance de Paiôn.
Les modernes eux-mêmes appellent quelquefois les poètes enfants
des Muses. Ces formes de langage étaient si générales
dans l'Antiquité, qu'on peut croire que les noms de Branchides,
d'Asklépiades, d'Homérides,
représentaient moins une descendance réelle que des écoles
de devins, de médecins et de poètes.
Les Grecs
respectaient toutes les traditions et acceptaient toutes les formes religieuses.
Quand une tribu s'établissait dans un pays, elle adoptait le culte
des anciens habitants et les laissait en possession du sacerdoce. Ainsi,
selon Éphore, les prophétesses de
Dodone
étaient prises dans la descendance des Pélasges. Les Selles,
interprètes du dieu de Dodone, d'après l'Iliade ,
étaient probablement une tribu pélasgique. Pindare
les nomme les Helles, et de ces deux formes, l'une se retrouve dans le
nom du fleuve Sellèéis, l'autre
dans le nom d'Hellopie, donné au pays de Dodone dans un fragment
des Grandes Éoïées .
Aristote
place l'Hellade primitive aux environs de Dodone et de l'Achélôos,
et il ajoute:
«
C'est là qu'habitaient les Selles, et ceux qu'on nommait alors Grecs
(Graikoi),
et qu'on nomme aujourd'hui Hellènes. »
Les Selles étaient
donc les familles indigènes de Dodone ,
qui conservaient, dans ses formes traditionnelles, le culte du dieu de
ce pays. Homère leur donne pour épithète
: aniptopodes
, ce qui signifierait, d'après les scholiastes, qu'ils ne lavaient
pas les pieds. Ce régime ascétique, peu en rapport avec les
idées grecques ,
semble à Strabon un indice de la barbarie
des Pélasges. Mais il me semble qu'il vaut mieux avec Eustathe faire
dériver aniptopodes
de aniptamai,
et admettre que les Selles exécutaient des danses sacrées,
comme d'autres prêtres de Zeus, les Courètes
et les Corybantes. Je traduirais donc ainsi
la prière d'Achille :
«
Prince Zeus, Dodonéen, Pélasgique,
qui habites au loin, qui règnes sur Dodone
aux violents orages, et autour de toi demeurent tes interprètes,
les Selles aux pieds bondissants, qui couchent sur la terre. »
Le nom de Courètes,
comme celui de Selles, désignait à la fois une ancienne population
de la Grèce
et un ancien collège de prêtres de Zeus.
Primitivement, il paraît avoir signifié les jeunes gens. A
l'époque pélasgique, quand les Grecs célébraient
Zeus, leur grand dieu national, les jeunes gens de la tribu, kouroi,
les Courètes, se livraient à des danses guerrières
en frappant leurs boucliers de leurs épées. Ces danses bruyantes
figuraient les tempêtes de l'air, la lutte des vents et des nuages,
la victoire de Zeus sur les Titans. Peu à
peu ces Courètes furent regardés comme les serviteurs et
les compagnons de Zeus, comme ceux qui avaient élevé son
enfance. Strabon fait dans sa géographie
une longue digression à propos des Courètes, qu'il rapproche
des Corybantes, des Cabires,
des Dactyles Idéens, des Telchines
de Rhodes ,
des Satyres, des Tityres et des Silènes.
Par les témoignages qu'il cite et qu'il oppose les uns aux autres,
on peut voir combien les Grecs eux-mêmes avaient de peine à
se débrouiller au milieu du labyrinthe de leurs antiquités
religieuses. Toutes ces corporations sacerdotales à moitié
mythologiques se rattachent aux Pélasges, c'est-à-dire aux
origines de la nation grecque et de sa religion. Dès cette époque,
les populations de la Grèce, des côtes de l'Asie Mineure et
des îles de l'Archipel, avaient une religion commune, au moins dans
ses traits généraux. Le fond de cette religion était
le culte du Ciel et de la Terre.
Les orages, le tonnerre, la naissance et la mort des productions terrestres,
fournissaient les éléments d'une foule de légendes
religieuses qui se développèrent peu à peu sous les
formes les plus variées. Les rapports qu'on observe entre les anciens
prêtres de Zeus, les compagnons mythiques de Dionysos,
les serviteurs de la Mère des Dieux, les
ouvriers d'Héphaistos, et même
les Titans, sont faciles à expliquer si
on remonte à cette religion du Ciel et de la Terre d'où sortiront
et le culte de l'éther créateur,
et celui du feu, et ceux de la production et de
la vie organisée. On ne doit donc pas s'étonner de trouver
si souvent les mêmes idées sous des formes mythologiques différentes,
par exemple, des dieux mutilés, des dieux qui meurent et qui ressuscitent.
De la représentation symbolique des aventures divines, c'est-à-dire
des phénomènes physiques, par les prêtres qui finissaient
par prendre dans les traditions un caractère divin, sortaient bientôt
des légendes nouvelles; ainsi le mythe de Dionysos tué par
les Titans est reproduit dans la fable du troisième Cabire mis à
mort par ses frères, dans celle d'Orphée
déchiré par les Ménades.
Les danses bruyantes, images des tempête célestes, les cérémonies
scéniques qui figuraient les alternatives de la vie et de la mort
dans la nature rattachent à une source commune les religions de
la Grèce
et celles de la Phrygie et de la Thrace, le culte de Zeus,
les orgies de Dionysos, les mystères
de Samothrace
et d'Éleusis .
Le canton d'Éleusis ,
selon le scholiaste d'Oedipe à Colone,
avait été habité d'abord par des autochtones, ensuite
par des Thraces. Le culte pélasgique de la terre, modifié
par les Eumolpides, devint une religion locale. Thucydide
fait allusion à une guerre qui aurait eu lieu aux temps héroïques
entre les Eleusiniens et les Athéniens ,
et Pausanias, qui recherche avec soin les vieux
souvenirs, rapporte ainsi cette tradition-:
«
Le tombeau d'Eumolpe m'a été montré
par les Eleusiniens et les Athéniens. Cet Eumolpe était,
dit-on, venu de Thrace; il avait pour père Poseidon,
pour mère la Neige, fille du vent Borée
et d'Oreithuia. Homère ne dit rien de l'origine
d'Eumolpe, mais il lui donne quelque part l'épithète d'illustre.
Dans une bataille que se livrèrent les Eleusiniens et les Athéniens,
Érechtheus,
roi d'Athènes, périt ainsi qu'Immarados fils d'Eumolpe, et
la paix fut conclue aux conditions suivantes : les Eleusiniens devaient
être soumis à Athènes, mais en conservant l'initiation
comme une propriété; le sacerdoce des deux Déesses
[Déméter et Perséphone]
fut conservé à Eumolpe et aux filles de Céleos,
que Pamphôs et Homère nomment Diogénie, Pamméropè
et Saisara. Le plus jeune des enfants d'Eumolpe, Kéryx,
survécut à son père. Mais les Kèrykes (crieurs,
hérauts) qui en descendent, disent qu'il était fils, non
pas d'Eumolpe, mais d'Aglauros, fille de Kékrops
(Cécrops), et d'Hermès. »
Telle était la
légende qui faisait du sacerdoce des déesses d'Eleusis
le patrimoine des familles indigènes de cette bourgade, les Eumolpides,
les Kérykes et les Lykomèdes, quoique Athènes
fût devenue la capitale de l'Attique ,
et que le culte particulier de chaque canton fît partie du culte
national des Athéniens. L'existence de familles sacerdotales s'explique
ainsi par la transformation des cultes privés en cultes publics,
résultat naturel de l'union des tribus en corps de nation. Le respect
des droits héréditaires avait été combiné
avec le principe démocratique de l'élection; les prêtres
d'Éleusis étaient choisis par les citoyens, les prêtresses
par les femmes d'Athènes, mais toujours dans les familles éleusiniennes.
Il n'y avait rien d'incompatible pour les Grecs
entre le respect des traditions et le sentiment républicain. La
république n'étant que l'application des principes de leur
religion, ils n'avaient pas eu besoin de révolutions pour y arriver.
Dans la période héroïque on trouve le germe de toutes
les institutions républicaines des siècles suivants. A Athènes,
les conservateurs étaient des démocrates, car on faisait
remonter la démocratie à Thésée,
c'est-à-dire à l'époque mythologique. Athènes
a été la république la plus démocratique qui
ait jamais existé, cependant les familles sacerdotales y étaient
plus nombreuses que dans aucune ville de la Grèce. Mais leur existence
ne mettait pas plus la liberté en péril qu'il n'y aurait
de danger pour nous a ce que le métier de bedeau ou de suisse d'église
fût héréditaire. Les droits politiques étaient
les mêmes pour tous; en dehors de ces droits qui constituaient la
société, le peuple voyait sans jalousie des distinctions
inoffensives. Il avait des familles anciennes et illustres qui briguaient
l'honneur de le servir, et jamais roi n'a eu de courtisans plus nobles
que n'étaient les Eupatrides. Il avait des citoyens riches pour
lui donner des fêtes, payer les impôts qu'il votait et remplir
les charges publiques, ou plutôt les supporter, car au lieu d'êtres
rétribuées elles étaient souvent fort lourdes, celle
de chorège, par exemple. Quant aux pauvres, ils votaient les impôts,
mais ne les payaient pas; ils nommaient des magistrats toujours responsables,
leur faisaient rendre des comptes, décidaient la paix et la guerre,
faisaient les lois, rendaient la justice, et contents de leur liberté
sans limites n'enviaient rien à personne.
A la vérité
cette toute puissance du peuple avait souvent à lutter contre des
trahisons et des résistances, et la gloire de la démocratie
d'Athènes
est de n'avoir jamais cédé devant les obstacles d'avoir toujours
conservé la modération dans la victoire, témoin l'amnistie
de Thrasybule. Mais si des factions aristocratiques
ont souvent conspiré avec l'appui des étrangers, on ne voit
nulle part de trace d'une faction sacerdotale. Les prêtres remplissaient
en paix leur ministère, et hors du temple ils étaient des
citoyens comme les autres. Jamais le peuple n'eut à se repentir
d'avoir laissé à quelques familles des fonctions qui n'entraînaient
aucun privilège politique, et qui n'étaient plus que des
souvenirs de ces vieilles royautés patriarcales absorbées
dans la démocratie.
Outre les divers
prêtres chargés de tout ce qui tenait au culte public, il
y avait des thiases ou collèges religieux, qui n'étaient
pas reconnus par l'État, mais qui jouissaient de la liberté
laissée à tous les cultes privés. Tels étaient
ces orphéotelestes, ou initiateurs orphiques, qui enseignaient des
formules de prières et des pratiques de pénitence et de purification
destinées à effacer les pêchés. Platon,
qui cependant a emprunté tant d'opinions à l'orphisme ,
parle avec assez de dédain de ces charlatans mystiques,
«
qui assiègent les portes des riches, leur persuadant qu'ils
ont reçu des dieux le moyen de remettre à chacun, au moyen
de sacrifices et d'enchantements, les crimes qu'il a pu commettre, lui
ou ses ancêtres [...]. Ils s'appuient sur une foule de livres composés
par Musée et par Orphée, enfants
de la Lune et des Muses,
à ce qu'ils disent, et ils persuadent non seulement des particuliers,
mais des villes, que des sacrifices et des fêtes peuvent expier et
effacer les crimes des vivants et même des morts. » (République).
De toutes ces congrégations,
la plus méprisée était celle, des prêtres phrygiens
de la Mère des Dieux. Ils parcouraient les
villes et les campagnes et vivaient d'aumônes. Selon JambIique,
il n'y avait que les femmes, et un petit nombre d'hommes d'un esprit faible,
qui assistaient à leurs cérémonies.
La pythagoricienne Phintys recommandait
cependant aux femmes de s'en abstenir, mais leur goût naturel pour
les pratiques de dévotion les attirait vers les cultes étrangers.
Platon,
toujours fort sévère pour elles, leur reproche leurs tendances
superstitieuses.
Mais ces tendances étaient une réaction naturelle contre
le scepticisme philosophique. En ébranlant
les traditions de la patrie on avait ouvert la voie à toutes les
importations orientales. Ce n'était pas sans raison que les Athéniens ,
effrayés de ce danger, avaient confondu dans la même défiance
le Démon de Socrate
et les religions des barbares. La philosophie,
si sévère pour les dieux d'Homère
et de Phidias, était pleine de bienveillance pour tout ce qui venait
d'Asie ou d'Égypte .
Les colporteurs de cultes nouveaux étaient accueillis avec la même
faveur par les esprits troublés auxquels ils promettaient la purification
de leurs crimes, et par les philosophes, charmés de trouver enfin
des dieux qui n'eussent pas forme humaine.
Si on voulait faire
l'histoire religieuse des peuples modernes, il faudrait tenir compte d'une
foule de croyances populaires qui, pendant tout le Moyen âge ,
ont tenu plus de place dans les légendes que la religion officielle.
De même, en Grèce ,
les poètes racontaient les histoires merveilleuses de Médée
et de Circé; il y avait aussi des espèces
d'enchanteurs appelés Goètes. Leur réputation était
assez mauvaise, mais on ne les brûlait pas; on les laissait vendre
des philtres, des formules d'incantation, évoquer les esprits, se
changer en loups et faire descendre la Lune
du ciel. Tout cela était en dehors du culte
public, et n'avait pas plus d'importance que n'en ont chez nous les tables
tournantes et les esprits frappeurs. Après la conquête d'Alexandre,
les Mages, les Égyptiens ,
les Chaldéens
répandirent en Grèce
de nouvelles formes de sorcellerie qui eurent
beaucoup de vogue. Au moyen de quelques paroles en langue barbare, les
marchands d'exorcismes et de sortilèges prétendaient forcer
les Puissances de la nature à leur apparaître, à leur
répondre et à leur obéir. Pythagore
et Platon, développant un passage d'Hésiode
sur les démons, en avaient tiré une démonologie assez
analogue au système mazdéen.
La magie, ou science des Mages, ne pouvait donc
manquer de trouver du crédit parmi les philosophes; les platoniciens
d'Alexandrie
étaient de véritables thaumaturges
[ Néo-Platonisme].
Porphyre
raconte que Plotin évoqua son propre démon
dans le temple d'Isis, à Rome, et que la
forme qui apparut fut celle d'un dieu; preuve de la haute dignité
morale de ce philosophe, qui avait un dieu pour ange
gardien. La connaissance de la hiérarchie des esprits était
une branche importante de la théurgie alexandrine. Eunapios rapporte
qu'un Égyptien ayant évoqué Apollon,
tous les assistants furent frappés de crainte; mais Jamblique, plus
habile à discerner les apparitions, leur dit :
«
Ne vous étonnez pas mes amis; ce n'est que le spectre d'un gladiateur.
»
Le même Jamblique,
se promenant avec ses disciples près des thermes de Gadara, évoqua
devant eux les deux démons de l'amour, Érôs
et Antérôs.
Enveloppée
par les empereurs chrétiens dans
la proscription du polythéisme, la
magie
fut seule exceptée des édits de tolérance de Jovien
et de Valentinien. Transportée en
Occident, elle ajouta aux anges et aux diables
de la mythologie chrétienne les fées,
les elfes, et tout ce qui restait des vieilles
traditions de la Gaule et de la Germanie. Elle devint le dernier asile
des religions condamnées, elle résista aux bûchers
du Moyen âge ,
et c'est à peine si elle a pu être déracinée
par le mouvement scientifique du XVIIIe
siècle .
Sans doute ce qui
en reste encore dans nos campagnes ne mérite pas un regret; le charlatanisme
y tient bien plus de place que les esprits élémentaires.
Cependant ces vieilles croyances ne sont pas
entièrement éteintes; après avoir protesté
contre l'unité inflexible du dogme, elles protestent contre l'hypothèse
de l'inertie de la matière. Sommes-nous
bien sûrs d'avoir raison contre le peuple, et cette vague intuition
des forces vivantes du monde n'est-elle pas
plus près de la Vérité, que
nos formules abstraites et nos systèmes
mécaniques? Ce qui est certain, c'est que le jour où ces
pauvres superstitions populaires auront
disparu, nous pourrons porter le deuil des dernières traditions
de nos pères. (Louis Ménard, Le polythéisme
hellénique, 1863). |
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