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Thémis
(Mythologie
grecque). - La plus ancienne des personnifications mythiques de la
justice
dans la religion des Grecs. Le nom qui la désigne n'est le plus
souvent chez Homère qu'un nom commun désignant
les règles établies à l'origine du monde, pour être
la garantie de l'ordre et de l'harmonie nécessaires à son
existence. Le passage de cette idée abstraite à une divinité
proprement dite s'opère à la faveur de Thémis, servante
ou compagne de Zeus, exécutrice de ses ordres,
soit dans l'Olympe, soit sur la terre; parmi
les dieux, Thémis prépare les festins
et introduit à l'assemblée; sa principale fonction est de
convoquer les conseils publics d'où sortent les idées qui
sont le fondement du droit. Hésiode fait
de Thémis une fille d'Ouranos et de Gaea;
elle devient du même coup l'épouse du dieu suprême,
menée vers lui par les Moirae ou Destinées;
et elle a pour enfants Astrée, les nymphes
de l’Éridan, ainsi que les Horae
(Saisons), personnifications de l'ordre dans
le monde physique; idéntifiée parfois avec Gaïa, elle
est une divinité à la fois nourricière et prophétique
( Divination,
Oracle).
Désormais elle siège aux côtés mêmes de
Zeus qu'elle assiste de ses conseils, avec une science supérieure
à celle des autres dieux. Ses décisions s'étendent
au monde entier, à la nature matérielle et au domaine des
idées morales : c'est ce qu'exprime sa parenté avec les Saisons
et les Destinées. La notion qu'elle incarne est celle d'une règle
divine qu'on ne saurait franchir sans s'exposer au châtiment. Cette
notion s'oppose à celle d'Hybris, l'empiètement insolent
sur le droit d'autrui ; et elle va de pair avec Némésis
et les Moïrae qui sont l'expression de ce
droit. De son ressort sont les obligations réciproques des divinités
entre elles, celles des humains envers les dieux, les parents, les époux,
les maîtres, les droits aussi des pauvres qui commandent la pitié
et ceux des morts qui imposent le respect. Un lexicographe l'a justement
définie :
«
La déesse qui prescrit aux humains ce qui est de droit divin et
qui est elle-même identique à ce droit ».
Elle avait un sanctuaire à Thèbes
où sa statue était placée à côté
de celle de Zeus Agoraïos et du groupe des Moires; à Egine,
elle figurait au temple de Zeus, protecteur de l'hospitalité : à
Corinthe ,
elle était vénérée de concert avec
Hélios
(le Soleil) dont on la disait la fille; ailleurs,
elle est associée à
Dicé à
qui on la donnait comme mère. A Trézène, son être
se multipliait, là il y avait une triade
de Thémites, comme ailleurs il y avait des triades de Moires,
de Charites, d'Hoarae.
Quand les artistes ou les rhéteurs voulaient la dépeindre,
ils évoquaient l'image d'une jeune fille à l'aspect vif et
redoutable, au regard perçant, avec un air sévère
et digne, sans aucun mélange de dureté ni de vulgarité.
C'est ainsi qu'elle figure sur un vase peint en face d'Égée
à qui elle rend des oracles du haut de
son trépied. Sur les monnaies, elle porte le casque et le bouclier,
ce qui la fait ressembler à Athéna;
d'autres fois avec la corne d'abondance, symbole
de son action bienfaisante, plus tard avec la balance qui exprime son action
équitable et réfléchie. Ce dernier emblème,
qui chez les Romains appartient surtout à Junon
Moneta, avec le bandeau sur les veux, est devenu sa caractéristique
chez les modernes. Chez les Grecs, ses attributions sont partagées
par Dicé; les personnifications humaines de Justitia, de
Fides
et d'Aequitas, soit chez les poètes, soit dans l'art, particulièrement
dans la numismatique, sont le plus souvent imitées des Grecs. (J.-A.
Hild). |
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