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Les Heures

Les Heures (Hores) étaient des divinités de la mythologie grecque et romaine, filles de Zeus et de Thémis, habitaient l'Olympe; ces jeunes vierges remplissaient les fonctions de ministres du Soleil et ouvraient les portes du ciel, et étaient chargées d'atteler les chevaux au char du Soleil.

Comme les Charites, les Heures ont dû être, avant de se voir absorbées et transformées  par la mythologie, des déesses chtoniennes de la végétation. Elles avaient des temples à Corinthe, à Athènes, à Olympie, etc. On célébrait en leur honneur des fêtes appelées Horées, dans lesquelles on demandait la prospérité des biens de la Terre.

On les représentait jeunes, belles, parfumées, formant des choeurs et des danses avec les Charites / Grâces, Hébé, Harmonie et Aphrodite / Vénus, tandis que les Muses / Camènes chantaient.

Les Heures au fil du temps.
Le sens que la langue française attribue exclusivement au mot heure, venu du grec' ôra en passant par le latin' hora, n'est qu'un sens dérivé. Avant de personnifier dans la mythologie antique les portions égales de temps entre lesquelles se divise le jour, les Ôrai ont personnifié les saisons de l'année, et, avant les saisons, une série de phénomènes naturels. Il faut donc remonter tout d'abord à ces phénomènes pour retrouver l'essence primitive, le caractère original des heures grecques.

Les Grecs ont, de très bonne heure, connu l'importance exceptionnelle, dans la nature physique, de l'élément chaud et de l'élément humide. Les Heures, telles qu'elles nous apparaissent dans l'Iliade, sont une des plus gracieuses personnifications de l'humidité fertilisante qui tombe du ciel. Servantes de Zeus en nombre indéterminé, elles sont spécialement chargées d'ouvrir et de fermer les portes de l'Olympe; pour les fermer, elles condensent devant elles les nuages; pour les ouvrir, elles les dissipent.

La figure des Heures s'est vite compliquée; déjà, dans l'Odyssée, elles prennent le caractère très net de saisons de l'année. Le changement s'explique sans peine, puisque ce qui frappe surtout, dans la succession des saisons, c'est l'alternance du beau temps avec le mauvais. Mais si la transformation s'est opérée de bonne heure, il a fallu assez longtemps pour que le nombre des saisons fut fixé et que chacune d'elles fût nettement déterminée. En principe, il n'y a que deux saisons, celle ou tout pousse, fleurit, fructifie sur la terre, et celle où la végétation est morte, l'été et l'hiver. Aussi les Heures grecques sont-elles d'abord de figure très peu précise. Les poètes se plaisent à les confondre. Elles sont les vierges brillantes au collier d'or, parées de fleurs, les vierges odorantes, les vierges aux pieds tendres, aux lèvres, aux joues, au sein de rose; les vierges joyeuses et bienfaisantes. Ce sont elles qui, du haut du ciel,
envoient la rosée, l'humidité, la pluie, et font germer les fleurs. De même, sur les monuments figurés, les Heures sont toujours vêtues et parées semblablement, de robes brodées de fleurs, longues et flottantes, qui laissent très souvent l'épaule et le sein nus; elles tiennent également des bouquets ou des guirlandes de fleurs, des couronnes, des pampres et des fruits.
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Les Heures (Hores).
Les Heures et le dieu Pan. Bas-relief votif d'époque grecque. Musée du Capitole, Rome.

Telles sont les Heures classiques, véritablement soeurs des Nymphes et des Charites, dont il est souvent difficile de les distinguer, et que l'on confondrait maintes fois avec elles, sur les peintures de vases, par exemple, si les peintres céramistes n'avaient soin d'inscrire leurs noms auprès d'elles.

Les Heures, compagnes mythologiques.
 Il est rare, d'ailleurs, que les Heures apparaissent seules dans les monuments littéraires et artistiques; elles sont volontiers réunies à quelqu'une des divinités supérieures dont l'essence et les attributions ont de l'analogie avec les leurs. En premier lieu, il faut citer Apollon, dieu du Soleil, qui concourt avec les pluies à la fécondité terrestre, et reçoit à Ténos le surnom d'Oromedôn; elles-mêmes, du nom d'Apollon Carneios, adoré dans le Péloponnèse, ont pris le surnom de Carnéiades.

Déméter est la terre elle-même qui reçoit les germes dans son sein, les fait éclore et nourrit tout ce qui vit à la surface. Les Heures l'aident dans ce rôle auguste. Aussi l'Hymne homérique leur donne-t-il le nom d'Horéphoros; elles reçoivent en plusieurs lieux un culte commun. Elles sont les compagnes habituelles des jeux de Coré à qui elles font cortège lorsqu'elle remonte du sein d'Hadès sur la terre, et cela est tout simple, puisque cette résurrection de la jeune fille symbolise la germination de la graine au printemps. Il est tout naturel aussi qu'elles se tiennent auprès de Triptolème lorsqu'il reçoit la mission de colporter la culture du blé de par le monde. On les voit fréquemment associées à Dionysos qui, lui aussi, a sa part dans les mystères de la croissance des plantes. Elles l'abritent sous des rameaux et des pampres; elles le couronnent de lierre à sa naissance. Elles font absolument partie de son thiase. A Dionysos est quelquefois substitué quelque personnage de sa suite, comme un Satyre et surtout Pan.

Si on les trouve fréquemment unies à Aphrodite, c'est que tout ce qui riait au printemps est jeune et beau. Les Heures l'aiment et la choient avec prédilection; elles l'ont accueillie à sa naissance lorsqu'elle sortait du sein des flots, et la parent, comme elles font aussi pour Pandore, de couronnes et de guirlandes de fleurs.

Les Heures dans la vie des Humains.
Les Heures, à côté de leur rôle physique, si l'on peut dire, remplissent encore un rôle moral. Songeant à l'alternance des saisons qui reviennent et se succèdent avec une régularité inéluctable, les Grecs faisaient des Heures les régulatrices de la vie humaine. Elles favorisent la naissance en secourant les femmes en travail; elles veillent sur les nouveau-nés, président aux mariages, au passage des adolescents parmi les éphèbes et, de plus, elles donnent de bonnes lois aux hommes. A ce titre, elles sont filles de Zeus et de Thémis, et leurs noms sont significatifs, Eunomia, Dicé, Iréné. Eunomia, c'est la loi qui fait naître et protège le bon ordre; Dicé, la justice, révèle à son père Zeus les actions injustes des hommes; Iréné, c'est la paix et l'union, source de tous les biens; elle est la mère de la richesse, et, de fait, suivant les mythographes, elle a mis au monde l'enfant Ploutos (la richesse).

Mais il y a plus; comme les Moires dont elles se rapprochent beaucoup et dont le nom même est signe de partage scrupuleusement juste, les Heures règlent la destinée humaine; elles garantissent aux mortels le cours régulier de leur existence, elles soutiennent leurs espérances fortifiantes, elles les protègent et veillent à ce que la justice leur soit rendue tôt ou tard. Dans ce rôle tout particulier, mais qui dérive pourtant de leur caractère initial, elles continuent à être bonnes et secourables; elles laissent à d'autres le souci du châtiment mérité. Enfin ces protectrices de la destinée humaine connaissent et prophétisent le véritable avenir. Ces conceptions sont anciennes; on les trouve indiquées déjà dans la Théogonie d'Hésiode.

Le nombre d'Heures.
Hésiode n'admettait que trois Heures, conformément à la division du jour  usitée de son temps (Eunomie, Dicé et Irène). Il en fait, sous ces noms allégoriques, des divinités bienfaisantes qui répandent la fécondité sur la Terre, et président à l'harmonie du monde. Plus tard, les mythographes augmentèrent le nombre de ces déesses. D'abord lorsque la division du jour s'est faite en cinq parties, puis quand on a voulu aussi faire présider les heures aux saisons, on en admit cinq : Dicé présidait au printemps, Irène à l'été, Eunomie à l'hiver, et l'on ajoutait Carpo et Thalatie, qui présidaient ensemble à l'automne.

Mais les Heures sont, avec leur nature ondoyante, leur figure toujours gracieuse, leur rôle toujours aimable, bien plus intéressantes que les Heures créées par la poésie et la mythologie gréco-romaines, pures personnifications des saisons de l'année, avec lesquelles il ne faut pas les confondre. Ces dernières, filles d'Hélios et de Séléné, sont au nombre de quatre. Ce n'est qu'à partir du IVe siècle av. J.-C. que les Grecs divisèrent scientifiquement l'année en quatre temps égaux. C'est alors que les saisons deviennent de simples figures allégoriques, avant chacune son rôle et ses attributs conventionnels. Au IIIe siècle, la séparation était absolument complète, et n'a fait, dès lors, que s'accentuer. 

Il restait pourtant un pas de plus à faire. Le jour étant partagé en douze portions égales, chacune d'elles ne tarda pas, dans l'art alexandrin, à prendre le nom d'Heure, et l'on compta de nouvelles Heures allégoriques analogues à celles des quatre saisons. 

Hygin porte le nombre des Heures à dix, et leur donne les noms qui suivent : Augé, l'aube; Anatolé, le lever du Soleil; Musia, l'heure de l'étude; Gymnasia, l'heure du gymnase; Nymphé, l'heure du bain; Mesembria, le milieu du jour; Spondé, l'heure des libations; Elèté, l'heure de la prière; Acté ou Cypris, l'heure du repas ou du plaisir; et Dysis, le coucher du Soleil. On voit que le nom et le nombre des Heures correspondaient aux principales occupations de la journée.

Les Romains compteront ensuite douze Heures. Les douze heures du jour deviennent les suivantes d'Eos; ce sont elles qu'Ovide dépeint « placées à intervalles égaux » sur le trône du Soleil, et qui attellent ses chevaux. Elles habitent avec lui, en compagnie des quatre Saisons, dans son palais océanien. (P. Paris).

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Dictionnaire Religions, mythes, symboles
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