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| Prométhée Le
mythe, ses lectures...
C'est encore le créateur des hommes
que le Protagoras de Platon et un apologue
attribué à Ésope nous montrent
dans Prométhée; Ménandre
et Lucien en font le créateur de la femme,
de Pandore, ouvrage d'Héphaïstos
selon Hésiode. Il appartenait surtout à Athènes, la
ville d'Athéna et des arts, d'honorer la mémoire de Prométhée:
il avait, selon Pausanias, un autel Il n'est pas de mythe qui ait donné lieu à plus d'interprétations : selon Diodore de Sicile, Prométhée est un roi ou un gouverneur égyptien qui, en lutte contre les inondations du Nil, alors appelé Aigle à cause de la violence de ses eaux, fut délivré du fléau par l'intervention d'Héraclès : Théophraste considère Prométhée comme un sage qui a fait part aux humains de la philosophie. La tragédie d'Eschyle a principalement exercé la sagacité des interprétateurs; ainsi, les quatre fils de Japet sont les quatre grands types moraux de l'humanité : Atlas, la force patiente, mais dépourvue d'initiative; Ménaetius, l'homme dont Prométhée et Épiméthée figurent la double nature : le premier, c'est l'intelligence, dans son principe le plus pur et le plus élevé, aux prises avec la matière et les obstacles extérieurs; le second, qui épouse Pandore, c'est aussi l'intelligence, mais dans un degré inférieur, et troublée par la passion, les faiblesses de l'âme et les misères de la vie. Ou bien, les aventures de Prométhée sont une image des luttes, des épreuves, des progrès de l'humanité; Prométhée enchaîné sur son rocher, c'est l'esprit se consumant dans les liens indestructibles qui retiennent son essor; le vautour qui déchire les flancs du Titan représente le travail de la pensée qui dévore sans cesse le cerveau du poète, de l'artiste, du philosophe, du savant, et lui fait acheter cher ses triomphes et ses jouissances; la victoire de Zeus sur Prométhée, c'est celle de la révélation religieuse sur les penchants matériels de l'homme, celle aussi des lois de la nature, de l'ordre éternel de l'univers, de la puissance infinie, sur la force libre et insoumise, mais finie, du génie humain. Les Chrétiens ont voulu encore y voir des analogies avec la révolte de Satan, la chute d'Adam, et la rédemption de Jésus. Pour ce dernier rapprochement, Lactance et Tertullien s'appuient sur cette ressemblance qui existe entre Jésus et Prométhée, que tous deux se sont dévoués pour le bonheur du genre humain. Depuis le XVIe siècle, divers commentateurs d'Eschyle et des fables antiques ont présenté Prométhée comme le précurseur et l'image de Jésus; ce sont Garbitius, Stanley, l'abbé Banier, etc. Joseph de Maistre (Soirées de St-Pétersbourg) a suivi la même voie et expliqué le mythe de Prométhée en faveur des croyances catholiques. Parmi les interprétations à
prétentions scientifiques (aujourd'hui dépassées),
il en est une qui fait d'Atlas portant le ciel, et de Prométhée
enchaîné sur le Caucase |
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et ses réécritures
Le mythe de Prométhée offrait, par son obscurité même, trop d'éléments d'inspiration, pour que les poètes modernes ne fussent pas tentés de l'interpréter à leur tour; Calderon a composé une comédie intitulée la Estatua de Prometeo : ce n'est pas le Prométhée impie et révolté qui est ici mis en scène, c'est le Prométhée bienfaiteur des hommes. Il a élevé un autel à Athéna, et fait une statue, qui n'est autre que Pandore. La déesse reconnaissante lui fournit le moyen de dérober un rayon du soleil pour animer sa création, Epiméthée s'éprend de la statue vivante, et la dispute à son frère, qui l'emportera de l'esprit ou de la matière? L'esprit triomphe à la fin, et Prométhée épouse Pandore, qui est l'image même de l'humanité. Tel est le sens élevé et chrétien de cette comédie allégorique, qui est très remarquable, malgré la bizarrerie de sa conception. Goethe avait projeté une grande composition mythologique sur lumière qu'inspire à Zeus la création de l'homme par Prométhée; il ne reste de cette ébauche qu'un prologue en trois petits actes (1773). Ce poème date presque de la même époque que les premières scènes du Faust, et c'est peut-être à cette coïncidence qu'il faut attribuer l'analogie qui existe entre Faust et le Prométhée de la tradition, en tant qu'ils représentent l'un et l'autre la science humaine. Le charme que les poésies de Goethe exerçaient sur Beethoven a pu lui inspirer l'idée de composer son ouverture de Prométhée. Un autre Allemand, Falk, poète satirique, a écrit sur Prométhée un drame (1803) où il a développé, non sans talent, les idées philosophiques de son temps et les siennes propres. Nul sujet ne pouvait être plus sympathique à lord Byron que celui de Prométhée; il avoue dans ses Mémoires l'influence que l'oeuvre d'Eschyle exerça sur lui, et reconnaît la ressemblance qui existe entre son Manfred et le héros du poète grec. Une Ode à Prométhée (1816), qu'on trouve dans ses Mélanges, prouve encore combien le symbole grec le préoccupait : il compare le supplice de Prométhée à celui d'une âme fière et blessée qui aime mieux souffrir dans le silence et l'isolement que d'exciter la pitié; il glorifie le Titan d'avoir diminué la misère humaine par ses enseignements, et appris à l'homme aux prises avec la destinée à ne puiser sa force que dans son esprit. On doit à Shelley, l'ami de Byron, un drame en quatre actes qui a pour sujet le supplice et la délivrance de Prométhée : c'est moins une oeuvre dramatique qu'un traité de métaphysique d'après les idées panthéistes et mystiques de l'auteur; les personnages sont des abstractions et n'ont aucune vie qui leur soit propre. En France, on ne peut citer au XVIIIe siècle que trois oeuvres qui soient tirées du mythe grec : une tragédie lyrique de Voltaire, connue sous le nom de Pandore, et qu'il appelle aussi Prométhée; un opéra de Lefranc de Pompignan, portant le même titre, et où Voltaire, comme représentant la philosophie du XVIIIe siècle, est mis en scène sous le nom de Prométhée, pour avoir enseigné les arts aux hommes et leur avoir appris à mépriser les dieux; les Hommes de Prométhée (1774), petit poème de Colardeau, dans le genre descriptif, et dont tout l'intérêt repose sur l'union du premier homme avec Pandore ma première femme, l'un et l'autre sortant des mains créatrices de Prométhée qui a ravi le feu céleste pour animer leur argile. Au XIXe
siècle, le côté sérieux et philosophique de
la fable antique a été mieux compris et a donné naissance
à des oeuvres d'une plus haute portée. La plus considérable
est le Prométhée de Edgar Quinet
(1838, in-8°), poème sous forme dramatique, divisé en
trois parties qui répondent, comme dans la trilogie d'Eschyle, aux
trois époques de la vie du Titan : la première nous montre
Prométhée apportant aux hommes le feu céleste, c.-à-d.
les arts, la civilisation, l'industrie; le supplice du Caucase Nous citerons encore un poème sur Prométhée qui fait partie d'un recueil de poésies intitulé les Victimes, par Lodin de Lalaire (Paris, 1838); un Prométhée délivré de L. de Senneville (Paris, 1864); un autre Prométhée délivré, drame en trois actes, par M. Édouard Grenier (Revue nationale, avril 1859). Ce dernier a adopté le dénouement chrétien de Quinet; son vers plus souple et plus coloré fait lire son oeuvre avec intérêt. (P.-S.).
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