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Héraclès.-
C'est une des personnalités fabuleuses les plus complexes et les
plus intéressantes de la mythologie
grecque, celle qui ayant défrayé le plus, en divers lieux,
l'imagination populaire, finit par résumer tout le mouvement des
esprits divinisant les forces de la nature physique pour les déterminer
peu à peu, les agrandir et les idéaliser en les ornant de
tous les traits que suggère l'observation-morale
et la spéculation-
philosophique.
Il n'y en a pas, même parmi les plus éminents, qui ait occupé
plus que lui la poésie et les arts plastiques : et quand le polythéisme
gréco-romain se répandit sur l'Occident, il n'y en a pas
qui se soit mieux prêté à une identification, toute
abusive qu'elle ait été, avec les divinités des peuples
celtiques
(Ogmios) ou germaniques (Thor).
Les Romains l'ont adopté parmi les personnages de leur propre littérature
mythologique sous le nom d'Hercule ( Religion
romaine). Les Grecs ont cru retrouver leur Héraclès
dans tous les pays qu'ils ont parcourus : ils l'ont vu sous les traits
du Bel ou Baal de Syrie, du Melkart de Tyr ( Religion
phénicienne), qu'ils associaient à la diffusion de leur
royauté commerciale par la navigation sur les mers méditerranéennes
jusqu'au détroit de Gadès, du Djom égyptien, du Rama
hindou. Ils le reconnaissait encore en Assyrie sous le nom de Sandes
ou de Sandon, chef d'une dynastie qui par Ninus règne pendant cinq
cents ans sur Sardes. Surtout, point de peuple grec qui n'ait trouvé
moyen de la mêler à l'histoire de ses origines : ainsi les
Argiens par Eurysthée, les Thébains
par Alcmène, les Athéniens par
Thésée,
les Étoliens par
Achéloüs,
les Lydiens par Omphale, etc. Il figurera plus
tard dans la légende primitive de Rome ( Religion
romaine) avec Evandre; il fournit enfin
aux Romains un moyen de rattacher leurs croyances à celles des barbares
de l'extrême Occident et du Nord, vaincus par eux.
Le point de départ
de sa geste mythologique est à chercher à Argos ,
dans l'idée très ancienne qui met aux prises Zeus
et
Héra, les divinités les plus éminentes
de l'Olympe. Héraclès est un fils
de Zeus, mais issu d'une femme mortelle, et pour cela odieux à l'épouse
légitime; celle-ci, dès avant sa naissance, s'acharne contre
lui et lui impose ensuite une série de combats et d'épreuves
dont il triomphe par son courage, avec l'assistance des dieux amis de Zeus,
c'est-à-dire d'Athéna et d'Hermès
( Alcmène,
Amphitryon,
Eurysthée).
Frustré d'abord de la royauté suprême par une ruse
d'Héra qui annule le serment solennel de Zeus, il a à lutter
dans son berceau contre les serpents envoyés
pour l'étouffer. Le pieux Rhadamanthe
lui enseigne la vertu et la sagesse, Linos l'instruit dans la musique.
Pour ses débats, Héraclès délivre les Thespiens
d'un lion qui dévorait leurs troupeaux,
puis il séduit les cinquante filles de leur roi, les rend mères
de tout autant de fils; enfin il délivre les Thébains d'un
tribut qu'ils payaient aux Minyens d'Orchomène. Amphitryon étant
mort dans cette guerre, c'est Créon qui
lui succéda à Thèbes, donnant ses deux filles, Megara
et Pyrrha, en mariage à Héraclès et à Iphiclès
son frère mortel, issu d'Alcmène par Amphitryon, comme Héraclès
l'était par Zeus.
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Héraclès
et la biche Cérynite (peinture de vase).
Dans le mythe d'Argos,
le héros accomplit au service d'Eurysthée
une série d'exploits connus sous le nom des Douze Travaux,
qui furent pour la poésie et pour les arts une matière inépuisable.
Pour les auteurs qui ont vu dans Héraclès un personnage allégorique,
et le confondaient avec le Soleil
: ses douze travaux représenteraient les douze mois
ou les douze signes du zodiaque. Mais ce nombre
paraît n'avoir été fixé que tardivement, par
le poète Pisandre : ils étaient représentés
ainsi au temple de Zeus à Olympie ;
mais en les récapitulant d'après les mythes locaux qui les
ont chantés, on constate que leur nombre était variable et
bien plus grand : ils dérivent tous de la conception d'un héros
solaire, traversant le monde en bienfaiteur de la nature et en civilisateur
des peuples. Les armes de prédilection sont l'arc et la massue;
Héraclès est, avec Eurytus, l'archer
fameux de la primitive Antiquité. Dans les représentations
plastiques des premiers temps de l'art, il manie à la fois
l'arc et la massue. La difficulté de concilier les deux armes élimine
peu à peu la première et les attributs caractéristiques
du héros restent définitivement la massue avec la peau du
lion; la tête de l'animal est d'abord ramenée en guise de
coiffure sur le front, donnant au dieu un aspect thériomorphique;
elle est ensuite drapée sur ses épaules ou sur le bras gauche
comme une sorte de bouclier.
Il nous suffira d'énumérer
les exploits célèbres d'Héraclès, en renvoyant
pour chacun d'eux à un article spécial; il étrangle
le lion de Némée
et abat les têtes de l'hydre de Lerne; il
capture le sanglier de l'Erymanthe
et lutte à cette occasion contre les Centaures;
il poursuit pendant une année et atteint la biche
aux cornes d'or, aux pieds
d'airain, symbole de la Lune ,
qui habitait les monts de l'Arcadie ;
il disperse ou tue les oiseaux de la vallée de Stymphale; il nettoie
les écuries d'Augias, roi des Epéens,
riche en troupeaux ; il rapporte à Mycènes sur ses épaules
le taureau de Crète, et les chevaux
anthropophages de Diomède, roi de Thrace;
il ravit la ceinture de l'amazone Hippolyte;
il délivre les boeufs de Géryon
et les amène en triomphe, des confins du lointain Occident ou réside
le Géant, à Argos pour les offrir
à Héra en sacrifice. C'est à
cet épisode que les poètes anciens ont rattaché toute
une série de combats et d'aventures qui mènent le héros
depuis Eryhia, pays fabuleux situé au delà du détroit
de Gadès, à travers l'Ibérie, la Gaule, la Germanie,
l'Italie et la Sicile, d'où il remonte ensuite pour regagner la
Grèce en longeant les côtes orientales de l'Adriatique. Un
épisode presque aussi important, par les développements auxquels
il a donné lieu, est celui de la conquête des pommes des Hespérides;
la lutte d'Héraclès contre Antée,
ses aventures avec les Pygmées et avec
Busiris
ne sont que les étapes du voyage qui le conduit au lointain Orient
où le Soleil
se lève, comme le combat avec Géryon
l'avait entraîné vers l'Occident où il se couche. Un
voyage qui est l'occasion de bien d'autres aventures : Héraclès,
raconte-t-on ainsi, sépara encore les montagnes de Calpé
et d'Abyla ,
qui auparavant étaient réunies et qui formèrent depuis
ce qu'on a nommé les Colonnes d'Hercule, il délia
Prométhée
enchaîné sur le Caucase, délivra d'un monstre
marin-Hésione,
fille de Laomédon, tua ce même
Laomédon et prit Troie pour punir ce roi
parjure de lui avoir refusé la récompense promise; il s'empara
de Pylos, d'Oechalie, etc. Depuis Alexandre
le Grand, cette expédition se complique d'un voyage aux Indes
au retour duquel Héraclès délivre Prométhée
enchaîné sur le Caucase; comme les courses de Dionysos,
celles d'Héraclès servent à idéaliser les conquêtes
du roi de Macédoine. Enfin le héros, qui a visite ainsi la
Terre
entière, descend également aux Enfers
après s'être fait initier à Eleusis ,
délivre Thésée qui y était
descendu avant lui en compagnie de Pirithoüs
et amène à la lumière le chien Cerbère
dompté.
Héraclès
combattant.
(Temple
d'Athéné à Egine).
Parmi les traditions
locales qui ont illustré Héraclès, il faut citer celle
qui en Thessalie
le mêle à l'histoire de la ville d'Oechalia, avec Eurytus
et Iphitus, celle des amours du héros avec Omphale,
reine de Lydie, qui fut pour la poésie et pour l'art la matière
de créations aussi gracieuses qu'originales; ses aventures avec
Lityerses, Sileus et les Cercopes où
l'élément comique est prédominant; ses expéditions
contre les Amazones; ses victoires sur les
Molionides à Elis, sur Périklyménos à Pylos,
sur Hippocoon et ses fils à Lacédémone, au profit
de Cepheus, roi de Tégée, l'épisode auquel se rattachent
les mythes d'Augé et de Télèphe;
enfin sur Achéloüs à qui
il enlève Déjanire, la fille
de Oeneus, roi des Étoliens. Auprès
du mont Oeta, dans la ville de Trachis, Héraclès est célèbre
comme l'ami du vieux roi Ceyx qui lui a offert une brillante hospitalité
et pour le compte duquel il défait les Dryopes. Dans cette même
contrée, il triomphe du géant Cycnus,
fils d'Arès, du roi Amyntor qui voulait lui fermer la route de Delphes ,
et enfin des Lapithes dont il fait passer la
puissance aux peuplades doriennes. C'est sur le mont Oeta que se dénoue
logiquement l'existence héroïque d'Héraclès et
que s'accomplit son apothéose ,
c.-à-d. sa transformation en dieu olympique, que rappelle dans le
ciel sa constellation
(Hercule ).
La rivalité d'Iole et de Déjanire
forme l'élément dramatique de ce mythe que Sophocle
a mis en scène dans les Trachiniennes. Dévoré
par la tunique que Déjanire a trempée dans le sang de Nessus,
Héraclès monte sur le bûcher qui doit mettre fin à
ses tortures; il est enlevé dans l'Olympe
et y reçoit, comme gage de sa réconciliation avec Héra
l'immortalité; Hébé, personnification
de l'éternelle jeunesse devient son épouse divine. Philoctète,
son ami, reçut son arc et ses flèches et recueillit ses cendres.
Une telle variété
d'aventures se ramène, dans le culte, à un petit nombre d'idées
générales, que l'art a précisées en les idéalisant.
Il y a d'abord le type d'Héraclès combattant et peinant,
depuis le berceau où il étrangle les serpents
envoyés pour l'étouffer, jusqu'au bûcher du mont Oeta
qui met fin à ses épreuves. Sous sa forme la plus expressive,
le dieu nous apparaît, non seulement armé,
mais animé d'un mouvement impétueux : ainsi nous le montre
un bronze où il tient l'arc de la main gauche et qui brandit la
massue de la droite; puis un nombre vases
peints où le dieu est en lutte avec Apollon pour la possession du
trépied sacré de Delphes .
Parmi les représentations variées, suggérées
aux artistes par les divers " travaux " du dieu, il faut citer l'Héraclès
combattant l'hydre, oeuvre de Polyclète
qu'on a cru retrouver dans un bronze de la Société des archéologues
de Poitiers.
La sculpture
du temps d'Alexandre le Grand a affectionné
le type d'Héraclès au repos; elle l'a représenté
tantôt assis, avec une expression mélancolique de lassitude,
ou avec celle du courage satisfait de lui-même; tantôt debout,
appuyé sur la massue, la peau du lion drapée
sur le bras gauche. Le premier cas était celui de la célèbre
statue de Lysippe, statue aux proportions colossales que Fabius
Cunctator apporta de Tarente à Rome; ce dernier type a reçu
une consécration presque populaire dans l'Hercule Farnèse
et, avec une variante de grâce élégante, dans la statue
de bronze dorée trouvée au théâtre de Pompée
à Rome. Dans ces diverses oeuvres, la tête du dieu est ou
barbue avec une expression de virilité forte et même sauvage,
ou imberbe avec un air de résolution tranquille ou de méditative
mélancolie : on peut citer comme le spécimen le plus curieux
de ce dernier genre une tête en marbre du British Museum qui semble
correspondre à l'idéal de Praxitèle. Par une épuration
graduelle des idées que la légende et l'art ont mises dans
la personnalité d'Héraclès, après avoir été
surtout le modèle et le protecteur des athlètes et des combattants
de tout ordre, il est devenu pour la foule le dieu qui détourne
le mal sous toutes ses formes et pour les philosophes l'image parfaite
de l'âme supérieure à toutes
les épreuves, victorieuse par la vertu des assauts du destin.
L'élément comique a place dans son histoire grâce à
sa prodigieuse voracité, qui se lie au souvenir de ses séjours
fameux chez Pholos, Cepheus, Ceyx, etc., et par sa sensualité, caractéristique
dans les épisodes d'Omphale, des filles
de Thespius. etc. On peut voir par l'Alceste
d'Euripide comment la comédie attique
et celle de Sicile ont exploité ce trait. (J. A. Hild).
Satuette
en ivoire
de
mammouth d'un homme-lion vieille de 30 000 ans découverte dans la
grotte de Hohlenstein-Stadel (Sud de l'Allemagne). Ce serait, selon certains
auteurs, un ancêtre d'Héraclès. D'autres y voient plutôt
une représentation féminine...
(Musée
d'Ulm). |
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