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Déluge
- Suivant la Genèse ,
Yahvé
submergea toute la Terre
en punition des crimes toujours croissants de ses habitants. Noé
y échappa seul avec sa famille, en se réfugiant dans l'Arche.
Une telle fin (partielle) du monde est un épisode courant dans les
cosmogonies où il intervient souvent - au même titre que d'autres
sortes de cataclysmes généralisés - pour établir
une séparation entre la temporalité du mythe et la temporalité
historique. Une première humanité souvent fantasmatiques
(les premiers hommes de la Bible ,
par exemple, vivaient des siècles, et ailleurs on les découvre
qui accomplissent des exploits extraordinaires) ou une première
génération d'êtres imparfaits est balayée de
la surface de la Terre, pour laisser la place à un peuplement plus
proche de celui auquel on est habitué. Les mythes de la Grèce
contiennent ainsi la référence à plusieurs déluges
partiels : les deux principaux arrivèrent sous Ogygès et
sous Deucalion : dans ce dernier cas, il inonda
la Thessalie
l'espace de trois mois, nous raconte-t-on. Le mythe de Deucalion, comme
le Déluge biblique, aussi un épisode identique qui dans les
mythes védiques et dans le Mahabharata ,
est l'occasion de la première incarnation de Vishnu,
semblent avoir la même origine : les mythes mésopotamiens
(babyloniens
et sumériens). Des déluges sont également mentionnés
en Islande, en Iran ,
en Mélanésie, en Amérique précolombienne, etc.
Cette omniprésence du mythe (s'ajoutant
à une lecture longtemps littérale de la Bible )
a laissé croire dans le passé, qu'un tel cataclysme global
avait effectivement eu lieu. Quelques esprits n'ont voulu voir dans le
Déluge qu'un miracle, tels Voltaire,
qui dans son Dictionnaire philosophique, refuse d'invoquer des phénomènes
naturels pour l'expliquer. Mais beaucoup de géologues, à
l'instar de tous ceux qui au XIXe siècle
s'imaginaient que "les mythes n'étaient que de l'histoire et
de la science écrites dans la langue des superstitions",
s'y laisseront prendre durablement, et croiront même découvrir
des indices matériels de l'événement. Témoin
cet article, rédigé en 1877 par Ad. Focillon pour le Dictionnaire
général des Sciences :
Déluge
(Géologie),
du latin diluere, laver, noyer. Les traditions religieuses des nations
qui ont peuplé l'Inde, l'Asie occidentale, l'Europe, l'Égypte,
et particulièrement le texte sacré de la
Genèse ,
témoignent de l'existence d'une immense inondation qui s'étendit
sur les terres habitées et n'épargna que quelques individus
de l'espèce humaine et des espèces animales. Cette catastrophe,
connue sous le nom de Déluge et fixée par la Bible
3300 ans ayant Jésus, a-t-elle laissé des traces reconnaissables
encore aujourd'hui? a-t-elle été unique ou a-t-elle été
précédée de catastrophes du même genre? L'homme
a-t-il vu une seule ou plusieurs de ces catastrophes? etc. Toutes ces questions
relatives au déluge rentrent dans le domaine de la géologie.
Posées depuis longtemps, elles ont reçu des solutions diverses
selon l'état des études géologiques. On a souvent
regardé comme traces du déluge biblique les nombreuses coquilles
et autres débris d'animaux aquatiques ( Fossiles)
que renferme le sol de nos continents, même
dans les montagnes. Ce fait, mieux étudié, nous a révélé
bien plus que l'existence du Déluge; il est devenu l'une des données
fondamentales de toutes nos idées actuelles sur la constitution
et le mode de formation de notre sol. Quant au déluge en lui-même,
on peut résumer ainsi qu'il suit les opinions qui résultent
de nos connaissances actuelles.
La
configuration des mers et des terres a changé plusieurs fois à
la surface du globe avant l'apparition de l'homme sur cette planète.
II y a donc bien des points de cette surface qui, émergés
et submergés tour à tour, mais à des intervalles de
bien des siècles, ont été envahis plus d'une fois
par les eaux. Ces changements du lit des océans ont sans doute pu
être parfois lents et progressifs, mais ils paraissent avoir dû
nécessairement être brusques et se rattacher à une
grande catastrophe chaque fois qu'ils ont été accompagnés
du soulèvement de quelque grande chaîne de montagnes; ainsi,
lorsque apparurent les Pyrénées à la fin de la période
où avaient été déposées les couches
crétacées supérieures; lorsque apparurent les Alpes
occidentales, à la fin de l'époque tertiaire miocène,
ou les Alpes principales, à la fin de l'époque tertiaire
pliocène, Il y a donc en sans doute de nombreux déluges avant
celui dont l'espèce humaine a été en grande partie
victime, et celui-ci n'a offert de trait particulier que de sévir
sur les hommes dont les autres déluges avaient précédé
l'apparition sur la terre. Parmi les catastrophes dont l'écorce
du globe atteste les ravages, la plus récente, survenue immédiatement
avant la période actuelle, fut signalée par le soulèvement
des montagnes du cap Ténare en Alorée, de l'Etna en Sicile,
du Stromboli dans les îles Lipari, de la Somma près de Naples,
probablement des volcans de l'Auvergne
et du Vivarais en France, peut-être même de la chaîne
volcanique de l'Asie centrale et d'une partie considérable de la
chaîne des Andes en Amérique.
Ainsi, au-dessus
des terrains tertiaires les plus récents, observe-t-on, dans un
grand nombre de pays, des alluvions formées sans contredit par une
submersion générale de nos terres actuelles et qui constituent
ce qu'on appelle les terrains de transport, dans lesquels on distingue
deux époques : le diluvium, appelé encore alluvions
anciennes, et les terrains post-diluviens ou alluvions modernes. On peut
observer ces dépôts diluviens sur les rives de la Seine et
dans le sol de Paris; on y reconnaîtra des cailloux roulés
provenant du calcaire siliceux, des grès parisiens, des silex, de
la craie, des calcaires jurassiques de la Bourgogne
et même des terrains massifs du Moirvan. Partout ils ont une composition
analogue et résultant de l'érosion des parties élevées
qui environnent les bassins où on les trouve. Un caractère
à peu près constant du diluvium consiste dans la présence
de ces énormes fragments de roches à angles vifs ou émoussés
nommés blocs erratiques. Il renferme encore une immense quantité
de débris d'animaux perdus ou analogues à ceux de l'époque
actuelle : Les mammifères y sont représentés par des
pachydermes aujourd'hui inconnus à nos climats : les éléphants ,
les rhinocéros ,
les hippopotames; puis par des ruminants : cerfs, daims, élans,
bœufs, etc. des carnassiers nombreux : tigres, hyènes, ours, etc.;
enfin de grands édentés, dont les restes abondent dans les
pampas de Buenos Aires ,
dans les cavernes du Brésil et que l'on a décrits sous les
noms de Megatherium, Megalonyx, Mylodon. La Sibérie offre plusieurs
de ces animaux, comme ceux de la dernière époque tertiaire,
conservés entiers, chairs et squelette, dans les glaces séculaires
de ces contrées.
Toutes
les observations des géologues les portent à penser que ce
dernier déluge est postérieur à la création
de l'homme, qu'il a dû en être témoin conformément
aux traditions dont la concordance a frappé tout le monde. La science
ne connaît encore aucune raison de penser qu'il ne se produira plus
de catastrophe de ce genre.
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