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L'Hindouisme, les religions et les mythologies de l'Inde - La mythologie des Hindous est particulièrement complexe. Une certaine confusion s'ajoute à cela, qui provient à la fois de la nature des documents et du caractère des dieux. Les documents que nous possédons sur cette mythologie datent d'époques très différentes : les plus anciens sont les hymnes connus sous le nom de Védas; viennent ensuite les commentaires appelés Brahmanas (Brahmanisme), qui sont de date plus récente; plus voisins de nous encore sont les manuels de dévotion, intitulés Sutras et Upanishads, et les recueils de légendes ou Puranas

Or les mythes hindous n'ont pas cessé de se modifier; le panthéon indien n'est pas demeuré immuable; depuis la composition du premier hymne védique jusqu'à la compilation des dernières Puranas, l'imagination mythologique n'a jamais été en repos. En second lieu, la langue de ces documents, et en particulier des hymnes védiques, est loin d'être connue avec certitude. Il n'est pas rare que des exégètes très savants donnent à une phrase, parfois même à un mot, des interprétations très diverses, sinon contradictoires. Enfin les dieux eux-mêmes et les mythes que les Védas nous font connaître ne sont pas fixés avec précision : suivant la pittoresque expression de Bréal, le métal où ils ont été coulés est encore en fusion.

Ces difficultés doivent nous imposer une grande réserve, et nous nous bornerons à mettre en lumière les points les plus saillants de la mythologie hindoue. Les mythes cosmogoniques y sont fort nombreux: tantôt le monde est représenté comme issu du corps d'un être arthropomorphique gigantesque, Purusha, offert en sacrifice et découpé par les dieux; tantôt la création de l'univers est attribuée, sous des formes diverses, à un démiurge nommé Prajapati, qui fait sortir successivement de lui-même tous les êtres; tantôt enfin les légendes hindoues rapportent que l'Univers au début ne se composait que d'eau, et que le monde terrestre y naquit soit d'une motte de glèbe qui s'y forma, soit d'un neuf doré qui apparut tout d'un coup, et d'où sortit le créateur Prajapati.
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Photo des bûchers de Bénarès.
Les bûchers de Bénarès.

Il n'est point possible de grouper les divinités de la mythologie hindoue en un tableau systématique; aucun document ne nous a transmis pour elles des généalogies analogues à celles que nous trouvons pour le panthéon grec dans Hésiode et dans Homère. Les principales de ces divinités sont : Dyaus, le ciel lumineux; Prithivi, la Terre; Aditi, la mère des Adityas, dieux très populaires, dont le nombre varie suivant les mythes, et dont le plus puissant est Varuna; Indra, le plus précis et le plus personnel de tous les dieux védiques, le maître du tonnerre et le vainqueur du serpent Vritra; Agni, le dieu du feu; Soma, dieu solaire; Ushas, la déesse de l'Aurore; les deux Açvins, qui semblent correspondre aux Dioscures de la mythologie grecque; les Maruts, dieux de la tempête, des vents et de la pluie, etc. Ce sont là des êtres d'une extrême complexité, dont la physionomie demeure pourtant très vague. L'imagination indienne les a constamment remaniés et transformes. Leurs aventures ressemblent à un chaos de mythes, où tout est confusion et contradiction. Bergaigne s'est pourtant efforcé de. ramener ces mythes à l'unité : 

« La mythologie des Aryas védiques, écrit-il dans l'introduction de son ouvrage sur la Religion védique, est étroitement liée à leur culte, et ces deux aspects de leur religion doivent être étudiés simultanément. Le sacrifice védique, par les rites mêmes qui le constituent, ou tout au moins par la plupart des formules ou ces rites sont décrits, nous apparaît d'abord comme une imitation de certains phénomènes célestes. Les phénomènes dont il s'agit peuvent se ramener à deux groupes: ceux qui accompagnent le lever du soleil et que j'appellerai phénomènes solaires; ceux qui accompagnent après une longue sécheresse la chute de la pluie, et que j'appellerai phénomènes météorologiques. Dans l'un et l'autre groupe, la mythologie védique distingue des éléments mâles et des éléments femelles : l'élément mâle est, dans les phénomènes solaires, le soleil lui-même; dans les phénomènes météorologiques, l'éclair. Les éléments femelles correspondants sont l'aurore et la nue  [...]. Ces divers éléments sont susceptibles de représentations diverses qui constituent l'anthropomorphisme et le zoomorphisme mythologiques [...].  Les figures d'animaux les plus fréquentes sont, pour les mâles, l'oiseau, le cheval ailé ou non, le taureau et le veau; pour les femelles, la cavale et surtout la vache. Entre les êtres des deux sexes s'établissent, soit sous leur forme humaine, soit sous leurs formes animales, des rapports mythiques représentant les relations supposées des éléments entre eux.»
Tel est donc, d'après cet auteur, le principe général de la mythologie hindoue. On peut s'inspirer de cette idée pour interpréter les très nombreux mythes de l'Inde. Ainsi le combat d'Indra contre le serpent Vritra ne sera qu'une image mythique destinée à exprimer que «l'éclair fend les nuages orageux et les oblige à laisser tomber la pluie et à laisser voir le soleil». (A19).


En librairie -   J. Varenne, Dictionnaire de l'hindouisme, Le Rocher (Beaux livres), 2002. - Louis Renou, L'hindouisme, PUF (QSJ), 2001. - Yse Tardan-Masquelier, L'hindouisme, des origines védiques aux courants contemporains, Bayard / Centurion, 1999. - Madeleine Biardeau, L'hindouisme, anthropologie d'une civilisation, Flammarion (Champs), 1997. - De la même, Autour de la déesse hindoue, EHESS, 1995. - De la même, Mâyâ, ou le rêve cosmique dans la mythologie hindoue, Fayard, 1987. - Jean-Christophe Demariaux, Pour comprendre l'hindouisme, Le Cerf, 1995. - Keith Dowman et Kevin Dubriski (photos), Lieux de pouvoir de Katmandou, sites sacrés hindous et bouddhistes de la vallée du Népal, Courrier du Livre, 1995. - Alain Daniélou, Les mythes et les dieux de l'Inde, Le Rocher, 1994. - Marie Lecomte-Tilouine, Les dieux du pouvoir, Les Magar et l'hindouisme au Népal central, CNRS, 1993. - Olivier Herrenschmidt, Les meilleurs dieux sont hindous, L'Âge d'homme, 1990.

André Padoux, Mantras et diagrammes rituels dans l'hindouisme, CNRS, 2002. - Sitara Eggeling, Mandalas hindous, Courrier du livre, 2001. - M. Rasiwala, Textes mystiques hindous, Le Signe, 2000. 

Max Weber, Hindouisme et Bouddhisme, Flammarion (Champs), 2003. - Ram Swarup, Foi et intolérance, un regard hindou sur le christianisme et l'islam, Le Labyrinthe, 2000. - Daryush Shayegan, Hindouisme et soufisme (une lecture  du "Confluent des Deux Océans"), Albin Michel, 2000. - Jackie Assayag, Au Confluent des deux rivières, EFEO, 1995.  - Amanda Coomaraswamy, Hindouisme et Bouddhisme, Gallimard (Folio), 1995. -  Gerry L'Tang, La grâce, le sacrifice et l'oracle. De l'Inde à la Martinique, les avatars de l'hindouisme, Presses universitaires du Septentrion, 1998. - Jean Benoist, Hindouismes créoles, Mascareignes, Antilles, Comité des travaux historiques et scientifiques, 1998. 


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