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Forêt et Bois. - Emblèmes de la vie primitive, supports de rêveries sur "l'homme sauvage" (c'est-à-dire, au sens propre, "l'homme des bois"), les forêts, par leur caractère lugubre et sombre, les arbres, par la majesté de leur port, la durée de leur existence, suscitaient aussi dans l'esprit de nos ancêtres un profond sentiment de sacralité. Aussi les voit-on jouer un rôle dans le culte de nombreuses sociétés anciennes ou plus récentes. Les végétaux arborescents sont souvent, sinon adorés comme des divinités (dendolâtrie), regardés du moins comme leur demeure.

Parfois, ce furent les arbres fruitiers dont la conservation importait si fort au bien-être de la société, qui furent regardés comme sacrés. Dans la Polynésie, le tabou protégeait l'arbre à pain et garantissait ainsi aux peuplades sauvages leur subsistance qu'elles tirent en grande partie de cet arbre. Mais s'en tenir à une vision utilitariste condamne à ne rien comprendre à la diversité des mythes et des rituels auxquels sont associés arbres et forêts. 

La Bible  en maints passages nous parle ainsi du culte que l'on célébrait chez les Hébreux dans les bocages et sous les arbres verts. L'arbre de vie et l'arbre de la science du bien et du mal, que la Genèse place dans le Paradis terrestre, semblent appartenir à des temps où l'on prêtait aux arbres une intelligence, une vertu prophétique. C'est ce que confirment certaines traditions rabbiniques. 
L'une d'elles dit par exemple que, lorsque le serpent s'approcha de l'arbre, celui-ci cria : « Impie, ne t'approche pas de moi! ». C'est au bocage de Mamré qu'Abraham éleva un autel à Yahveh. C'est là que ce dieu se révéla à lui. Au IVe  siècle de notre ère, on rendait encore dans ce bocage, sous les chênes qui l'ombrageaient, un culte aux génies, aux anges qui s'y étaient rendus visibles.

Avant l'établissement de l'Islam, les habitants de Nadjran, au Yémen, rendaient un culte à un énorme dattier, autour duquel ils célébraient, tous les ans, une fête solennelle et qu'ils chargeaient de vêtements et d'étoffes précieuses.

Le culte des arbres en Perse (Iran), sur lequel Chardin et sir William Ouseley nous ont donné de si curieux détails, semble se conserver dans ce pays depuis l'Antiquité la plus reculée. Ces arbres vénérés portent le nom de Dirakht i fazel (= les excellents arbres); on les couvre de clous, d'ex-voto, d'amulettes, de guenilles, et les derviches et les fakirs viennent se placer sous leur ombre. Ce sont généralement des platanes ou des cyprès. Quelques-uns de ces arbres sont d'une extrême vieillesse. Près de Nakchouan, à Ardubad, en Arménie, est un orme, rapporte Ouseley, qui a plus de mille ans d'existence et qui est l'objet du culte des habitants. Les Persans attribuent à leur vertu divine l'étonnante longévité de ces végétaux, sur lesquels la présence des hommes saints, qui viennent s'abriter sous leur feuillage, attire, disent-ils, les bénédictions du ciel. On brûle à leur pied de l'encens ou des cierges, pour obtenir la guérison des malades ou l'accomplissement de ses voeux. Ceux qui s'endorment à l'ombre de ces arbres, s'imaginent dans leurs songes goûter les félicités réservées aux aoulia ou bienheureux. 

On connaît le célèbre cyprès de Passa, l'ancienne Pasagarde, qui est resté longtemps l'objet d'un pèlerinage célèbre de la part des musulmans. Ces arbres reçoivent le nom de Pir, c'est-à-dire les anciens et on les regarde comme le séjour favori des âmes des élus. Une croyance analogue fait admettre que les forêts de Mazanderan, derniers vestiges de la végétation forestière de ces contrées, sont la résidence, le lieu de retraite des devs. Ce dernier trait achève de démontrer que cette croyance est un de ces restes du mazdéisme qui se sont conservés à travers l'Islam, comme tant d'autres idées zoroastriennes (Zoroastre). Le Zend-Avesta nous montre que les anciens Perses adoraient les saints ferouers ou esprits de l'eau et des arbres. Ces ferouers se plaçaient au-dessus des arbres et bénissaient leurs fruits. Ils étaient puissants et immortels. Les Persans appellent encore certains arbres mubarek, c'est-à-dire sacrés; tels sont l'olivier, le dattier, le nakhl, le kharma. Un Conifère porte chez eux le nom de Dib-dar, Div-dar, Div-daru, c'est-à-dire l'arbre des devs (div) ou démons (et où l'on reconnaît la même étymologie que celle de derevo, arbre en russe, ou celle de drus, chêne en grec duquel dérive le nom des Dryades, ou encore celles de l'anglais tree, ou des mots français dard, dague, daguet, tarière...). Les Arabes l'appellent schedjeret al djinn, (= l'arbre des djinns), et quelquefois schederet allah (= l'arbre de Dieu), expressions qui remontent toutes également à la dendrolâtrie mazdéenne. Ce fait rappelle ce que dit Cazwini de l'arbre qui se trouve au pied du mont Sabalan,  en Azerbaldjan, et où résident les djinns.

Dans l'Hindoustan, on retrouve des restes évidents de dendrolâtrie qui se sont greffés sur le brahmanisme et le bouddhisme, et cette dernière religion, en se répandant dans toute l'Asie orientale, les a propagés avec elle. Chaque village de l'Hindoustan a son ficus indica, qui en est comme le sanctuaire et l'asile. Ces arbres atteignent une vieillesse prodigieuse, circonstance qui a beaucoup contribué à inspirer pour eux de la vénération. C'est surtout sur les bords du Nerboudda qu'ils parviennent à une grande longévité. Il n'est pas rare, dit-on, d'en voir qui ont plus de 500 ans. Cet arbre merveilleux, qui paraît être le sukè inoikè, dont nous ont parlé les compagnons d'Alexandre, forme à lui seul une véritable forêt. Son étendue est telle qu'il en est qui ont pu abriter toute une armée. Ses rameaux en se repiquant dans la terre, donnent naissance à une foule de rejetons qui ne se séparent pas de le tige mère.

Le ficus indica présente deux espèces qui sont également entourées du culte et de la vénération des Hindous. Le ficus indica proprement dit, appelé par ce peuple vata ou njagrâdha et le ficus religiosa qui porte le nom de açvattha, d'asod ou de pippala. Celui-ci présente de nombreux et flexibles rameaux qui se repiquent en terre. Le Vata est le symbole de l'intelligence bôdhi, c'est le hom des anciens Persans, l'arbre de la science du bien et du mal de la Genèse. Il atteint dans l'île de Ceylan, où il est fort abondant, d'étonnantes dimensions, et est, de la part des Bouddhistes, l'objet d'une dévotion spéciale. Dans tous les pays de foi bouddhiste on rencontre des arbres de Bouddha, Pout ou Bodhi, qui répondent tous à la même idée symbolique. Le Vata est regardé comme de sexe femelle. On le plante près de l'Açvattha, qui est regardé au contraire comme du sexe mâle. Ces mariages d'arbres sont l'objet de cérémonies religieuses sur lesquels les voyageurs ont donné des détails intéressants.

Dans la Grèce, le culte des arbres, la consécration des bois et des bocages remontent à l'aurore de la société. Ils formaient en particulier le trait distinctif de la vieille religion de Dodone. Les chênes de Dodone consacrés à leur grand dieu, Zeu ou Iou, furent longtemps regardés comme doués de cette même vertu prophétique que l'on attribuait plus anciennement à tous les arbres des forêts sacrées. En effet les oracles les plus célèbres, ceux de Claros, de Thymbra, d'Olympie, de Charax en Carie, étaient placés au voisinage de bois sacrés.

Les Grecs donnaient le nom d'alsos, et les Latins de lucus à ces forêts sacrées. Les premiers réservaient le nom drumos, drumôn, à des forêts plantées surtout de chênes et d'ulè,, aux forêts profondes, aux forêts vierges. Les Latins appelaient nemus un parc, une pépinière, et désignaient l'ulè sous le nom de sylva, mot qui en est dérivé. Par synecdocque le mot ulè s'est appliqué dans la suite au bois, à la matière, sens qu'il prit, surtout à l'époque alexandrine. Tandis que par un rapprochement inverse d'idées le mot lucus, bois, est dérivé de lignum, bois (anglais lig, italien legno, espagnol leña).

Au fond de ces forêts, de ces bocages sacrés, on s'imaginait que des divinités qui veillaient à la conservation des arbres, avaient placé leur séjour. Pour les Grecs c'étaient les Dryades, les Hamadryades, les Napées et Artémis Agrotera leur reine, la déesse de la chasse et des lieux champêtres; enfin Pan et les Panisques. Les mêmes divinités reçurent chez les peuples italiques les noms de Sylvains, de Faunes. C'est aux premiers de ces dieux, dont les Anciens eux-mêmes ont reconnu l'origine la plus primitive, que les paysans latins adressaient des prières pour la conservation de leurs troupeaux  Palès, qu'invoquait le pâtre sicilien et auquel il faisait des libations de lait, résidait caché au fond des forêts. Ce culte champêtre se conserva longtemps en Italie, et sur la via ostiensis, un arbre consacré aux dieux attirait encore la vénération des habitants, quand saint Audacte vint y prêcher la foi chrétienne.

Lucain décrit une forêt sacrée près de Marseille. L'armée de César n'osait y toucher : le premier il y porta la hache; et les troupes, rassurées en voyant que les divinités des bois ne l'avaient pas foudroyé, secondèrent ses efforts. 

Le culte des forêts, des arbres et des bocages se rencontre également chez toutes les populations germaniques. « Lucos ac nemora consecrant », dit Tacite en parlant des Germains. « Deorumque nominibus appellant secretum illud, quod sola reverentia vident. ». Le même auteur a parlé de la forêt des Semnons et du castum nemus, consacré à Hertha. Les chênes de la forêt Hercynie, de même que ceux des forêts druidiques, recevaient, à cause du respect qu'inspiraient leurs troncs séculaires, les voeux, les offrandes et les sacrifices des peuplades qui les visitaient. En Germanie comme en Gaule, cette religion résista longtemps aux efforts de l'apostolat chrétien, et il fallut l'intervention de l'autorité laïque, les menaces de la loi pour l'extirper définitivement. Encore se conserva-t-elle dans les deux pays, sous une forme déguisée.

Les Francs, les Alamans, les Lombards, présentent le même fait religieux que les Germains, les Saxons et les Angles leurs descendants. Les anciens Prussiens et divers peuples slaves avaient aussi un chêne consacré. Ce chêne se retrouvait à Upsala, et était consacré à Thor, le dieu de la foudre, comme il était chez les Grecs l'arbre de Zeus.

Chez les Scandinaves ces forêts sacrées, consacrées la plupart à Odin, s'appelaient Lund (pl. Lunder). Enfin ces mêmes forêts, ces mêmes chênes se retrouvent jusque chez les populations d'origine finnoise qui occupent les confins orientaux de l'Europe. Les Tchérémisses sacrifient dans les forêts à leur dieu Youma, et plantent un chêne au centre du Keremeth, ou lieu sacré. Ce chêne est pour eux un vrai sanctuaire hypèthre. Les Tchouvaches  (région d'Orenbourg) avaient des usages analogues.

Non seulement les populations celtes, germaines et scandinaves consacraient les forêts à leurs dieux, elles admettaient encore l'existence de divinités forestières qui faisaient leur séjour dans ces profondeurs ténébreuses, et veillaient sur les arbres. Sans doute qu'elles avaient apporté ces croyances de l'Asie, où on les voit subsister encore dans la chaîne des Ghâtes orientales (notamment chez les Khond de l'Orissa). Les paysans allemands ont conservé le souvenir de ces dieux qu'ils désignent sous les noms de Wilden Leuten,Waldleuten, Holzleuten, Moosleuten, et qu'ils se représentent sous des formes pygméennes.

Ce sont ceux que les annalistes et chroniqueurs latins du Moyen âge désignent sous le nom de fauni, hommes sylvestres, syllvani, feminae sylvatriae, les identifiant par ces désignations avec les faunes et sylvains latins, qui offrent en effet avec eux une si frappante ressemblance. Dans la Scandinavie, ces Walgeist reçoivent le nom de Trold ou Troll. Les Elfes aiment aussi; suivant la croyance des peuples du Nord, à résider sous les arbres et dans les forêts.

L'imagination populaire prêtait deux formes différentes à ces esprits des bois. Quand elle se les représentait comme la personnification des forces qui animent la terre et président à la végétation, elle voyait en eux de petits êtres aux formes les plus variées, des êtres gracieux et folâtres qui menaient dans les clairières ou dans les futaies une vie joyeuse et amusante; tels étaient les Elfes, les Kobolds, les Trolls, les Nymphes, les Fées. Au contraire, si ces esprits s'offraient comme la personnification de cette vie sauvage, que les forêts réveillent toujours dans l'esprit, ainsi que nous l'avons remarqué plus haut, c'était sous la forme d'hommes velus, d'êtres farouches, noirs et hideux que le peuple se les représentait; tels étaient les Satyres, les Sylvains elles Waldleuten; vrais diables des bois, qui servirent de type aux sauvages du Moyen âge, à Volundr, ce forgeron des bois aux formes de sa tyre, à l'uom foresto de Pulci, à ces sauvages qui ont fini par ne plus avoir d'existence que sur les enseignes, comme celles que longtemps en Suisse, en Allemagne et en France, on a trouvé  pour beaucoup d'auberges qui portaient pour enseigne au Sauvage, sum Wilde man. Celles qui demeuraient fidèles aux traditions anciennes représentaient encore au XIXe siècle, le sauvage par une sorte de satyre aux cheveux longs et à la barbe touffue. On sait qu'on a cru longtemps à l'existence d'hommes sauvages habitant dans les bois (Bonnaterre, Notice historique sur le Sauvage de l'Aveyron, Paris, an VIII, p. 4).
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Une forêt enchantée.

Le souvenir de ces forêts sacrées, hantées par des dieux qui furent transformés en démons, après l'établissement du christianisme, de ces forêts où se. réunissaient les Druides, les Semnothées, les Eubages, les prêtres de Thor et de Jupiter réduits plus tard à la condition de magiciens et de sorciers, a fait naître l'idée de ces forêts enchantées, qui occupent une si grande place dans le merveilleux des épopées des temps de chevalerie, et qui ont fourni à l'immortel Torquato Tasso l'idée de cette forêt qu'il décrit dans ces magnifiques vers :

Sorge non lunge alle cristiane tende
Tra solitarie valli alta foresta
Foltissima di piante antiche, orrende
Che spargon d'ogni intorno, ombra funesta.
Qui nell' ora che' I sol più chiaro splende
E lure incerta; e scolorita e mesta.
... Quando parte il sol qui tosto adombra
Notte, nube, caligine ed orrore
Che rassembra infernal, che gli oechi ingombra
Di cecità. (Canto XIII.)
Forêt sur laquelle Ismeu étend ses enchantements et ou il évoque les mauvais esprits.
Cittadini d'Averno...
Prendete in guardia queste selva e queste
Piante che numerate a voi consegno.
Come il corpo è dell' alma albergo e veste, 
Cosi d'alcun di voida ciascum legno.
...
Veniano innumerabili, infiniti
Spiriti, parte che'n aria alberge e erra, 
Parte di quei che son dal fondo usciti, 
Caliginoso e tetro della terra.
Il semble que les idées de divination, de magie qui s'attachaient chez les Celtes aux arbres, objet de leur culte, aient donné naissance à cet alphabet magique, à ces runes merveilleuses qui représentaient les différentes lettres par leurs pousses, leurs scions. Ces signes recevaient chacun le nom d'un arbre, de l'arbre sur le bois, duquel on les inscrivait, on les gravait par incision, et puis on agitait ensuite ces fragments taillés, de manière à en tirer des augures. Plus tard cet assemblage de signes fournit à l'alphabet dit runique ses éléments, et cet alphabet en garda le nom d'Ogham craobh, c'est-à-dire l'arbre aux lettres.

Le culte que les Gaulois rendaient aux arbres des forêts et aux chênes en particulier, a été rapporté par les auteurs de l'Antiquité, et  forme un des traits caractéristiques du druidisme, dont le nom en est dit-on, dérivé. Lucain, dans sa Pharsale, a donné une magnifique. description d'une de ces forêts divines dont le fer respectait les rameaux et dans laquelle les Romains n'osaient qu'en tremblant porter la hache.

Sed fortes tremuere manus, motique verenda 
Majestate loci, si robora sacra ferirent
In sua credebant redituras tnernbra secures.
Nous avons conservé des inscriptions latines qui témoignent encore du culte rendu aux arbres chez les Gallo-Romains. Les apôtres du christianisme eurent grand peine à déraciner ces conceptions, et ils n'y parvinrent généralement qu'en consacrant au culte nouveau ces mêmes arbres qui étaient l'objet de la vénération populaires. On plaça sous le patronage de la Vierge ou des saints; ces enfants des forêts, longtemps adorée comme des images de la Divinité. On christianisa les fêtes païennes qui se rapportaient à ce culte.

Il existait en France, à une époque encore récente, plusieurs arbres qui avaient hérité de l'antique vénération qu'avaient longtemps inspirée leurs devanciers. Non loin d'Angers, Dulaure nous apprend qu'on voyait un chêne nommé Lapalud que les habitants entouraient d'une sorte de culte. Cet arbre, que l'on regardait comme aussi vieux que la ville, était tout couvert de clous  jusqu'à la hauteur de 40 pieds environ. Il était d'usage, depuis un temps immémorial, que chaque ouvrier charpentier, charron, menuisier, maçon, en passant près de ce chêne, y fichât un clou.


Le chêne d'Allouville.
(source : La France Pittoresque).

Plusieurs de ces arbres vénérés avaient été consacrés à la vierge ou aux saints, et décorés de petites statues ou d'images, de croix que plaçaient les pèlerins. Nous citerons le célèbre Chêne de la Vierge, qu'on voit à l'extrémité du Ban de Mailly, dans l'ancien duché de Bar, et dans le tronc duquel on a pratiqué une niche décoréee d'une madone. Le très vieux chêne d'Allouville (près d'Yvetot) aménagé en chapelle au XVIIe siècle offre un exemple encore plus spectaculaire que l'on pourrait rapprocher de cette démarche. De plus, la fête de la plantation des Mais, si générale en France, s' rattache elle aussi. 

En Irlande, certains ifs d'une antiquité extraordinaire qui décorent encore le porche des églises, remontent à ces consécrations des arbres sacrés des Celtes opérées par les premiers apôtres du christianisme. Les Celtes paraissent avoir désigné sous le nom de Nemet ces sanctuaires forestiers dans lesquels, A certaines époques, ils allaient cueillir le gui sacré. Ce mot entre en effet en composition dans plusieurs noms de sanctuaires et de temenos gaulois, et l'épithète de Nimidae, par laquelle étaient désignées les forêts où s'accomplissaient encore des rites païens au temps du concile de Leptines, paraît en être dérivée.

La forêt des Ardennes était personnifiée en une déesse nommée Arduinna et que les Romains assimilèrent à leur Diane. Les habitants du Hainaut et du pays Wallon sont restés très longtemps fidèles à ce culte, dont la nature prenait elle-même le soin de renouveler sans cesse les monuments autour d'eux. Au VIe siècle, Grégoire de Tours nous apprend que le culte de Diane se conservait encore à Trèves. Ce fut dans le siècle suivant que saint Hubert et saint Bérégise déracinèrent, les premiers, les croyances païennes de ce pays, croyances qui y étaient bien vivaces, comme on peut en juger par ce tableau qu'en trace Hariger, dans la vie de saint Rernacle.

Reperit ibi manifesta satis indicia, quod loca illa idolatriae quondam fuissent mancipata, lapides scilicet Dianae et aliis portentuosis nominibus effigiatos, fontes hominum quidem usibus aptos, sed geutilium er rore pollutos ac per hoc daemonum adhuc infestatione obnoxios.
Une déesse, du nom de Nemetona, paraît avoir été adorée comme la divinité tutélaire des forêts du Palatinat qui avaient valu à Nemetum son nom. On invoquait encore comme une divinité les cimes du mont Vosege ou Vosge, toutes ombragées de forêts. De l'autre côté du Rhin, les massifs qui couvrent les sommets de l'Abnoba étaient placés sous la garde d'un dieu Odin, et la forêt Noire dut à cette circonstance son nom d'Odenwald. 

Au milieu de ces forêts ténébreuses, des clairières servaient de lieu d'assemblée, d'endroit de réunion pour les druides et les eubages. Le Champ de  feu ou Hochfeld dans les Vosges semble avoir eu jadis cette destination. On y voit encore de nombreux monuments druidiques. Un temenos de ce genre se trouvait au milieu de la forêt des Carnutes, et c'est là que se tenait la réunion générale des druides gaulois. Ces emplacements répondent aux Valplatzen des anciens Scandinaves, lieux choisis spécialement pour les, assemblées religieuses et qu'entouraient des blocs de pierre grossièrement taillés.

Les Celtes aimaient à se faire enterrer dans ces sanctuaires ombragés par les hautes futaies des forêts; ils préféraient ces lieux saints pour y déposer leur dépouille mortelle. On a observé dans plusieurs forêts fort anciennes des tumulus et des tombelles gauloises. Dans la forêt de Carnoet (Finistère), on a  mis au jour une sépulture contenant une chaîne d'or, une chaîne d'argent, un casse-tête, un fer de lance, un poignard et divers autres objets de travail gaulois.

Dans la forêt de Duault (près de Guingamp), où les ducs de Bretagne avaient jadis leur haras, le monument supposé druidique appelé le Calvaire de la Motte paraît avoir été un tombeau de quelque haut personnage. Les habitants du pays croient que le dolmen qui le surmonte est la pierre sur laquelle saint Guénolé vint d'Angleterre en Bretagne.

Dans diverses localités des Vosges on a trouvé des cimetières gaulois au milieu des bois. Sur le plateau jadis couronné de forêts, que surmontent les ruines du châtelet de Bonneval, on a découvert, au lieu nommé Goutte des Tombes, un dolmen et de nombreux tumulus gaulois, dont on a retiré des médailles et des armes celtiques. Près de Martigny-lez-Lamarche, des tombelles ont été également découvertes dans deux bois.

La contrée qui s'étend entre Kirkby Moor, Heathwaith, Woodland, au nord du Lancashire, et qui était jadis couverte de forêts, présente les restes d'un vaste cimetière celte.

En Allemagne, c'est souvent dans la profondeur des forêts, à l'ombre des bocages, sous de hautes futaies que l'on découvre ces antiques tombeaux connus sous le nom de Hunengraeber et qui re montent, pour la plupart, au temps des anciens Germains. (d'après Alfred Maury).



En librairie - Erwan Dianteill, Lydia Cabrera, La forêt des dieux, Jean-Michel Place, 2003; Jean Markale, Guide spirituel de la forêt de Brocéliande, Le Rocher, réed. 2002. Jacques Brosse, L'aventure des forêts en occident, de la préhistoire à nos jours, Jean-Claude Lattès, 2000; J. Pouchepadass et J.-Ph. Puyravaud, L'homme et la forêt en Inde du Sud, modes de gestion et symbolisme de la forêt dans les ghâts occidentaux, Karthala, 2000; Dominique Rozan, Mythes et légendes de nos forêts, les créatures et les récits nés de la peur, des croyances et de l'histoire, Office national des Forêts, 1998; Collectif, Les forêts de l'Avesnois, mythes et légendes, 1998; Pierre Gallais, Joël Thomas, L'arbre et la forêt dans l'Enéide et l'Enéas, Honoré Champion, 1997; Robert Harrison, Forêts, essai sur l'imaginaire occidental, Flammarion, 1992, rééd. 2001; Bertrand Hell, Le sang Noir, Chasse et mythe du sauvage en Europe, Flammarion, 1994.

Marie des Bois, Forêt celtique, forêt sorcière, Le cercle Beltane (Contes), 2002; Maryse Julien, La légende de la forêt maudite, Bénévent, (Roman), 2003; Jack London, L'appel de la forêt, Hachette jeunesse, 2002.


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