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Les
gens
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| Sénèque,
Luc.
Annæus Seneca, né à Cordoue Nous avons un grand nombre d'écrits philosophiques de Sénèque : les traités des Bienfaits, de la Colère, de la Clémence, de la Tranquillité de l'âme, de la Brièveté de la vie, de la Constance du sage, de la Providence; les Consolations à Helvia (sa mère), à Harcia, à Polybe, les Questions naturelles (en 7 livres), et 124 Lettres morales, adressées à Lucilius. Partout il prêche la morale la plus austère, et enseigne surtout le mépris de la mort; presque tous ses écrits, les Lettres surtout, sont remarquables par la connaissance du cœur humain et contiennent d'excellents conseils pratiques; on y trouve en outre des paroles généreuses en faveur des esclaves et des idées de fraternité universelle qui ont fait supposer, mais sans fondement, qu'il avait correspondu avec S. Paul. Son style est brillant et élégant, mais souvent affecté, rempli d'antithèses et gâté par la recherche du trait; il vise trop à l'effet. Quintilien l'accuse d'avoir corrompu le goût de son siècle. Outre les traités philosophiques, on a encore sous le nom de Sénèque dix tragédies : Médée, Hippolyte, les Troyennes, Agamemnon, Oedipe, Thyeste, Hercule furieux, Hercule sur l'œta, la Thébaïde, Octavie). Les savants sont incertains sur le véritable auteur de ces tragédies : la plupart donnent à Sénèque la Médée, peut-être aussi Hippolyte, Agamemnon et les Troyennes, mais plusieurs pensent que les autres pièces sont de divers auteurs et ont été annexées par les copistes aux précédentes. Du reste, ces pièces, faites plutôt pour être lues que pour être représentées, n'ont aucune valeur dramatique; elles ne sont remarquables que par l'éclat et l'élégance du style; malheureusement l'auteur y tombe souvent dans l'affectation et l'enflure. |
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| Astronomie
Sénèque, dans ses Questions naturelles, émet quelques idées qui sont comme des inspirations d'un véritable génie. Ainsi, après avoir parlé de la multitude des astres qui décorent les nuits sereines, il s'écrie : "Eh quoi; il n'y en aurait que cinq (Mercure |
[1]
Sénèque : Naturales quaestiones, VII, 24.
[2] Sénèque : Nat. Quaest. VII, 17. |
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Sénèque adopte
avec chaleur cette opinion d'Apollonius de Mynde. Après avoir rejeté
le sentiment des philosophes qui regardaient les comètes comme "des
feux passagers", l'auteur des Questions naturelles ajoute :
"Si, nous objecte-t-on, les comètes étaient des espèces de planètes, elles ne sortiraient pas du zodiaque. Mais quel homme oserait assigner aux astres une route unique?… Les planètes mêmes décrivent des orbites différentes les unes des autres; pourquoi n'y aurait-il pas d'autres corps célestes; qui auraient chacun une route particulière à parcourir, quoique fort éloignée des routes que suivent les planètes?… Si l'on me demande pourquoi on n'a pas observé le cours des comètes, comme celui des cinq planètes, je répondrai qu'il y a beaucoup de choses dont nous savons qu'elles existent, sans en connaître la nature. Tout le monde reconnaît l'existence de cette force intérieure; - qu'on l'appelle âme ou autrement, - qui excite et dirige nos mouvements; mais personne ne nous dira ce qu'est cette force directrice, souveraine de notre corps; pas plus que personne ne nous instruira du lieu qu'elle occupe : l'un de vous dira que c'est un esprit ou souffle (spiritus), l'autre une harmonie (concentus); celui-ci, un air subtil; celui-là, une puissance immatérielle. Il y en a qui la placent dans le sang; d'autres, dans la chaleur. Notre esprit a si peu de lumière sur les ouvrages de la nature, qu'il en est encore à se chercher lui-même. Est-il donc surprenant que ces choses ne soient pas encore, pour nous, assujetties à des lois certaines; qu'on ne connaisse pas le commencement et la fin de la révolution de ces corps qui ne reparaissent qu'au bout d'un long intervalle? Il n'y a pas encore mille cinq cents ans que la Grèce s'est occupée d'astronomie. Il existe encore aujourd'hui beaucoup de nations qui ne connaissent le ciel que de vue, qui ne savent pas pourquoi la Lune s'éclipse : la raison de ce phénomène n'est d'ailleurs bien connue chez nous que d'hier. Il viendra un temps où, à force de patientes recherches, on tirera au clair ce qui nous est caché aujourd'hui. L'âge d'un homme ne suffit point pour de telles découvertes, lors même qu'il se consacrerait tout entier à l'étude du ciel. Que peut-on espérer quand on a reçu en partage une vie, déjà si courte, fort inégalement répartie entre des occupations frivoles et les études sérieuses! Ce ne sera donc qu'après une longue suite de générations que l'on parviendra à savoir ce que nous ignorons. Un temps viendra où nos descendants seront surpris que nous ayons ignoré des choses si patentes (veniet tempus, quo posteri tam aperia nos nescisse mirentur)." |
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| Ce beau passage, que nous avons cru devoir citer en entier, a été pour Montucla presque un objet de raillerie. "Sénèque saisit, l'opinion des retours périodiques des comètes avec une sorte d'enthousiasme, et, s'élançant pour ainsi dire dans l'avenir; il ose prédire qu'il viendra un temps où leurs cours sera connu et assujetti à des règles, comme celui des planètes. A en juger par ce trait, Sénèque eût eu un peu de peine à adopter les vérités les plus sublimes de l'astronomie moderne." - Montucla est mort en 1799, sans avoir connu l'existence des comètes périodiques. S'il avait vécu quelques années de plus, il aurait pu voir briller, pour employer son langage, parmi "les vérités les plus sublimes de l'astronomie moderne", précisément la découverte des comètes dont "le cours est assujetti à des règles, comme celui des planètes." Qu'on ne se moque donc jamais des jugements quels qu'ils soient, qui en appellent à l'avenir! | ||||
Sénèque avait
pour ainsi dire le flair des grandes choses. N'est-ce pas lui qui a prédit
la découverte du Nouveau Monde [3]?
C'est encore Sénèque qui posa résolument le grand problème du mouvement de la Terre[3] On connaît ces vers de la Médée, tragédie de Sénèque :
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[4] Sénèque : Nat. Quaest., VII, 2. |
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© Serge Jodra, 2004. - Reproduction interdite.