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Mamert Claudien

Mamertus ou Mamercus Claudianus ou Mamert Claudien est connu
dans l'histoire de la philosophie comme auteur d'un traité sur la Nature de l'âme, était le frère cadet de saint Mamert, archevêque de Vienne. Né au commencement du Ve siècle après J. C, probablement dans cette même ville de Vienne, mort en 473 ou 474. Il l se livra dès sa jeunesse à la vie religieuse, et parvint bientôt dans l'Eglise à d'éminentes fonctions. Mais le dévouement qu'il y apportait ne nuisit en rien à l'activité de la pensée. C'est un esprit élégant et curieux. Le saint ministère et les lettres se partagèrent toujours sa vie : c'est le témoignage de Sidoine Apollinaire, son contemporain et son ami. Il reste même sous le nom de Mamercus Claudianus quelques compositions d'un intérêt tout littéraire et tout profane, sans parler de pièces que sa réputation de poète chrétien lui a souvent fait attribuer, et qu'une critique plus clairvoyante restitue aujourd'hui à leurs véritables auteurs. Mais le principal ouvrage du savant gaulois est son traité de Statu ou de Substantia animae, monument de philosophie très remarquable, à part la barbarie du langage, qui est le cachet d'une décadence alors commune à tous les arts dans l'Occident.

Dans son livre De Statu animae,  Mamert s'attachait à réfuter l'opinion soutenue par Faustus, évêque de Riez en Gaule, et chef des semi-pélasgiens. Faustus considérait l'âme comme une substance étendue et corporelle, Mamert Claudien, s'inspirant de saint Augustin dont il était le disciple, et par lui des idées de Platon, de Plotin et de toute l'école d'Alexandrie, affirmait que l'âme est une substance réelle, mais incorporelle. Tandis que Dieu, selon la théorie de l'école, est supérieur à la fois à la quantité et à la qualité, et ne tombe dans aucune des catégories d'Aristote, pas même celle de substance, le corps est soumis à toutes les catégories, notamment à celle de quantité, c.-à-d., selon Mamert, l'existence dans l'espace : l'âme est soumise à quelques catégories, celles de substance et de qualité, mais non à toutes : elle échappe à la quantité. Elle est ainsi intermédiaire entre Dieu et le corps; et elle devait exister, car il fallait, selon une maxime admise par les philosophes de ce temps, que tous les degrés possibles de l'être fussent réalisés. 

Opposant la simplicité de l'âme à la divisibilité du corps, Mamert Claudien s'appliquait à montrer que si l'âme est bien réellement où elle est (car si elle était partout, elle serait Dieu; si elle n'était nulle part, elle ne serait rien), elle se distingue cependant du corps, en ce qu'elle est tout entière présente là où, elle est: ce n'est pas une partie de l'âme, mais l'âme tout entière, qui voit ou qui anime le doigt. Répondant à l'argument de son adversaire tiré de ce que Dieu a fait tontes closes avec mesure, poids et nombre, Mamert distinguait deux sortes de mesures, poids et nombre. Autre chose est la mesure mesurée, qui est dans les corps, autre chose la mesure incommensurable, la mesure en soi ou l'Idée de la mesure, et l'âme seule participe de la nature de l'Idée. 

On peut donc dire que l'âme a mesure, poids et nombre, mais non pas mesure mesurée, nombre compté, poids pesé; elle est la mesure qui mesure elle-même, le nombre qui compte lui-même, le poids qui pèse lui-même. La mesure, c'est la sagesse, la nombre, c'est la proportion des vertus, le poids, c'est la volonté ou l'amour. Et en distinguant ainsi avec saint Augustin trois puissances dans l'âme, Mamert Claudien avait soin d'indiquer que la raison en est la substance commune et unique. Il expliquait d'une manière analogue l'idée de la trinité divine.

L'ouvrage de Mamert fut, dès la renaissance des lettres, un des premiers que l'impression se hâta de reproduire (Venise, 1482) ; dans les deux siècles suivants, il a été plusieurs fois réimprimé, soit dans les Recueils des Pères de l'Église, soit séparément, et avec les opuscules attribués au même auteur. Mais, par un étrange retour, on ne voit pas que, depuis 1655 (éd. de Schott et Barth à Zwickau), il ait été réédité ailleurs que dans le tome LIII du Patrologiae cursus de l'abbé Migne. (1847).

Mamert pourrait encore être l'auteur de l'hymne Pange lingua gloriosi généralement attribué à Fortunat; enfin, suivant Fabricius, un poème Contra vanos poetas(E.-H. V. /V. Br. / E. E.).

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