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Passerat

Jean Passerat est un écrivain né à Troyes le 18 octobre 1534, mort à Paris le 14 septembre 1602. Il commença ses humanités dans sa ville natale et les acheva à Paris au collège de Reims. Il professa ensuite au collège du Plessis, puis au collège du Cardinal-Lemoine, il alla suivre pendant trois ans à Bourges le cours de droit romain de Cujas
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Portrait de Passerat.
Jean Passerat (1534-1602).

De retour à Paris, en 1569, il s'attacha à la personne du savant magistrat Henri de Mesmes, , maître des requêtes, et succéda, trois ans plus tard, à Ramus, tué lors de la Saint-Barthélemy, dans sa chaire d'éloquence et de poésie latine. Il y professa avec une grande distinction. Ses Commentaires sur Catulle, Tibulle et Properce, peuvent donner une idée de ce qu'était son enseignement, savant et solide. Jean Passerat dut interrompre ses leçons pendant les troubles de la Ligue; son cours ne devait être repris qu'après l'entrée de Henri IV à Paris (1594). Dans l'entracte, il avait collaboré à la Satire Ménippée; c'est son plus beau titre de gloire. 

On a de lui, en outre, divers ouvrages qui lui donnent une place dans l'histoire de la poésie, et qui attestent la souplesse et la largeur de son talent.  Son originalité consiste  dans le mélange d'une inspiration sans fard avec les formes érudites de la poésie. (A19).
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Sur la mort d'un moineau

Ce poème est un Souvenir de Catulle : In morte passeris Lesbiae : Lugete o Veneres cupidinesque, etc

« Demandez vous, Amis, d'où viennent taut de larmes 
Que me voyez rouler sur ces funebres carmes [ = vers (carmina)]?
Mon Passereau est mort, qui fut si bien appris 
Hélas, c'est faict de luy, une Chate l'a pris. 
Je ne le verray plus en sautelant me suivre
Or [ = maintenant], le jour me desplaist; or, je suis las de vivre. 
Plus donc je ne l'orray chanter son pilleri [onomatopée du chant du moineau]? 
Et n'ai-je pas raison d'en estre bien marri?
Il estoit passé maistre à croquer une mousche
Il n'estoit point gourmand, cholere ny farouche, 
Si on ne l'attaquoif pour sa queüe outrager 
Lors il pinçoit les doigts, ardent à se vanger. 
Adonc vous l'eussiez veu crouller [ = agiter vivement] la rouge creste 
Attachee au sommet de sa petite teste, 
Tel que l'on veit Hector, mur [ = rempart] de ses citoyens, 
Dedans les Grecques naufs [ = nefs, navires] lancer les feux Troyens. 
Toutesfois une Chate, espiant ceste proye, 
D'un sault, à gueule bée [ = geule ouverte. Cf bégueule], engloutit notre joye. 
Le pauvret pour certain [ = certainement] fut pris en trahison, 
Autrement de la Chate il eut eu sa raison [8].
Le pasteur Phrygien [ = le troyen Pâris] ainsi vainquit Achille, 
Et le vain Genevois [**] la vaillante Camille. 
Ainsi le grand cheval, que Pallas charpenta [***]
Contre le vieil Priam des soldats enfanta.

Toy [il s'adresse à la chatte] qui en as le coeur enflé de vaine gloire; 
Bien peu te durera l'honneur de ta victoire.
Si quelque sentiment reste apres le trespas
Aux espris des oiseaux qui trebuschent [ = qui tombent, descendent] là-bas,
L'ame de mon mignon se sentira vengee 
Sur le sang ennemy de la Chate enragee. 
Je ne rencontreray ny Chate ny Chaton 
Que je n'envoye apres miauler chez Pluton.

Vous qui volez par l'air entendant les nouvelles 
De ceste digne mort tournez icy vos aelles;
Venez, piteux [ = tristes] oiseaux, accompagner mes pleurs; 
Portons à son idole [ = image] une moisson de fleurs.
Qu'il reçoive de nous une agreable offrande 
De vin doux et de laict, d'encens et de viande : 
Puis engravons [ = gravons] ces mots sur son vuide tombeau

PASSANT, le petit corps d'un gentil Passereau 
Gist au ventre goulu d'une Chate inhumaine, 
Aux champs Elysiens son Ombre se proumeine [ = promène]. »
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(Élégies, liv. I, 11 ; Recueil des oeuvres poétiques de Jean Passerat; Paris, 1606, p. 63.).

Notes : * On dit encore avoir raison de quelqu'un. Cf. Corneille : Mourir sans tirer ma raison. (Cid, I, 7.). ** Le vain Genois (Genevois, ancienne forme de genois, de l'italien genovese). Traduction littérale des paroles que Camille adresse au fils d'Aunus : Vane Ligus " Ligurien trompeur " (Virgile, Enéide, XI, 715). Gênes est situé dans l'ancienne Ligurie. - Remarquons que Passerat confond ici le fils d'Aunus qui a voulu tromper Camille et a été victime de sa ruse avec l'Etrusque Arans qui la tua par surprise. - *** Le cheval de Troie, construit par l'ordre de Pallas

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Dictionnaire biographique
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