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La Gaule et les Gaules

Gaule, Gallia, nom que portait, au temps des Romains, toute l'étendue de pays habitée par les Gaulois ou Galls, Galli, une population celtique. La Gaule était divisée, relativement à Rome, en Gaule en deçà des Alpes, Citérieure ou Cisalpine, Gallia Cisalpina, et en Gaule au delà des Alpes, Ultérieure ou Transalpine, Gallia Transalpina.

La Gaule Cisalpine.
La Gaule Cisalpine, dont les habitants prirent les moeurs et les usages des Romains, et auxquels César fit obtenir le droit de bourgeoisie, fut aussi appelée Gallia togata, parce qu'on y portait la toge, habillement des Romains en temps de paix. Occupée partie par les Étrusques, et d'autres populations paléo-européennes, elle fut envahie, environ 600 ans av. J.-C., par des Gaulois, qui en demeurèrent possesseurs. Elle comprenait  :

1° la Gaule Cispadane, située en deçà du Pô, Padus, par rapport à Rome, habitée par les Boïens, les Lingons, etc., et dont les principales villes étaient Placencia, Bononia, Mutina et Ravenna;

2° la Gaule Transpadane, au delà du Pô, et au Nord de la Gaule Cispadane; habitée par les Cénomans, les Insubres, les Taurins, les Orobiens, etc., et dont les principales villes étaient Augusta praetoria, Augusta Taurinorum, Segusio, Mediolanum, et Brixia

3° la Ligurie, Liguria, qui tirait son nom des Ligures, peuples dont on ignore l'origine (mais que l'on suppose avoir eu une parenté avec les Celtes) et dont les principales villes étaient Genua, Dertona, et Albium Intemelium; 

4° la Vénétie, Venetia, qui tirait son nom des Vénètes, peuple de l'Illyrie, et dont les principales villes étaient Hadria et Patavium. 

Les Gaulois qui menacèrent Rome, et s'en emparèrent l'an 390 av. J.-C., partirent de la Gaule Cisalpine. Dans la deuxième guerre punique, les Gaulois Cisalpins s'unirent à Hannibal contre les Romains. Mais Rome, après avoir triomphé de Carthage, les plaça successivement sous son joug pendant le IIe siècle av. J. C., et Auguste mit la derrière main à la conquête de leur pays. Sous Constantin, la Gaule Cisalpine ne fut plus divisée qu'en deux parties :
1° la Gaule Cispadane, subdivisée en Flaminie, Emilie et Picenurn;

 2° la Gaule Transpadane, subdivisée en Ligurie, Vénétie et lstrie, et à laquelle fut ajoutée la Rhétie, séparée de la Germanie.

La Gaule Transalpine.
La gaule Transalpine, Gallia Transalpina, appelée aussi comata, c. à d. chevelue, à cause des longs cheveux que portaient les Gaulois, était bornée au Nord-Ouest par le détroit de Gaule et l'Océan britannique, au Nord-Est et à l'Est par la grande Germanie, la Rhétie, les Alpes et l'Italie, au Sud par la Méditerranée et les Pyrénées, et à l'Ouest par l'Océan. La partie méridionale de la Gaule Transalpine, qu'on nommait la Gaule ou la province Narbonaise, s'appelait aussi braccata, à cause des braies ou hauts-de-chausses que portaient ses habitants. Les Romains s'en étaient rendus maîtres longtemps avant César, et l'appelaient notre province, nostra Provincia (Province romaine sur la carte).
Carte de la Gaule.
Carte de la Gaule à l'arrivée de César (58 av. J.-C.).
Jules César, qui soumit le reste de la Gaule Transalpine à la puissance romaine, de l'an 58 à l'an 52 av. J.-C.

La conquête de la Gaule.
En arrivant dans la Gaule Transalpine, Jules César eut grand soin de ne se pas présenter aux Gaulois comme conquérant, mais comme libérateur. Les Helvètes menaçaient justement d'envahir ce pays; César accourut aussitôt, et les vainquit auprès de Bibrax (Autun). Les Suèves n'étaient pas moins menaçants, sous la conduite d'Arioviste; César les battit également. Ces deux succès eurent pour résultat de lui concilier plusieurs populationss gauloises et de frapper fortement l'imagination de toutes les autres.

Cependant on savait trop bien les habitudes de Rome pour admettre que ces grands services fussent en effet désintéressés, et le nord de la Gaule n'en courut pas moins aux armes pour prévenir l'esclavage. César, changeant alors de rôle, s'élança hardiment de ce côté, et réprima en peu de jours le soulèvement des Belges, pendant que le jeune Crassus et ses autres lieutenants soumettaient l'Armorique et les provinces d'entre Seine et Loire.

L'année suivante, 56, fut consacrée presque entièrement à la conquête de l'Armorique et de l'Aquitaine. Mais Jules César, qui commençait à mieux connaître la Gaule, comprit alors que le meilleur moyen de la dompter était de l'isoler complètement; car elle tirait de nombreux secours de la Germanie, et le druidisme avait la Bretagne pour centre principal. De là les deux expéditions de l'année (55), l'une au delà du Rhin, l'autre au delà de la Manche. La première réussit, et César pénétra le premier dans les forêts de la Germanie. Celle de Bretagne fut moins heureuse. Elle eut au moins pour effet d'exciter au plus haut degré l'admiration des Romains, et c'était un genre de succès que César préférait à ceux même qu'il obtenait sur l'ennemi.

La seconde expédition de César, contre les Bretons eut de meilleurs résultats , et lui valut à Rome vingt jours de supplications, que le sénat n'osa pas refuser. Mais à peine était-il revenu qu'il faillit succomber avec toute son armée. Comme la famine l'avait obligé à disséminer ses légions, il apprit que plusieurs étaient en danger de périr. Il ne lui fallut rien moins que toute son activité et tout son génie pour se soustraire à cet horrible désastre. Qu'avait donc fait Pompée pour se dire l'égal du général qui accomplissait chaque jour de telles merveilles?

La Gaule semblait alors soumise (53). César voulut s'en assurer, et il convoqua dans ce but une assemblée générale. Les Carnutes, les Sénouais , les Éburons et les Trévires, qui osèrent seuls n'y pas envoyer de députés, furent cruellement punis de leur audace; Ambiorix, un de leurs chefs, eut peine à trouver un asile dans les Ardennes, et César passa une fois encore le Rhin.

Et ce fut alors cependant que la grande oeuvre de César fut menacée de la manière la plus redoutable. Au lieu d'agir isolément et de se faire successivement accabler, presque tous les peuples de la Gaule résolurent, en effet, de se liguer et d'écraser leur vainqueur sous leurs efforts combinés. Druides et guerriers s'accordèrent cette fois. L'on se jura amitié sur les étendards nationaux, et l'insurrection prit même un chef : un jeune chef Arverne, qu'ils élurent tous leur Vercingétorix.

La ville de Genabum donna le signal du mouvement, par le massacre de tous les Romains établis dans ses murs, et aussitôt toute la Gaule courut aux armes. Le plan du Vercingétorix était d'envahir la Province par ses lieutenants et d'y retenir César, pendant qu'il détruirait lui-même toutes les légions dispersées dans le nord.

Soit que ses lieutenants n'eussent pas bien accompli leur mission, soit que lui-même n'eut pas agi assez vite, soit que rien ne put résister au génie de César, quelques jours suffirent pour ruiner toutes ces combinaisons. César était alors auprès de Lucques; il accourut aussitôt à travers les Alpes, délivra la Province, franchit les Cévennes, dévasta l'Arvernie, afin d'obliger le Vercingétorix à revenir sur ses pas, et dès qu'il vit qu'il y revenait en effet, il l'y laissa pour s'élancer au milieu de ses légions étonnées.

Dès qu'il les eut ralliées et ranimées il était sur de vaincre. Genabum succomba la première, en expiation de sa perfidie; Noviodunum eut bientôt le même sort, et toute la Gaule centrale allait devenir la proie du vainqueur, quand les Gaulois adoptèrent une résolution désespérée : c'était de détruire toutes leurs villes, de ravager toutes leurs campagnes et de ne plus vaincre César qu'en lui opposant un désert. 

Gaulois.
Les Gaulois dans l'imagerie du XIXe siècle.

Malheureusement ce beau dévouement ne fut pas général ; car Avaricum (Bourges) obtint grâce, et cette première exception en autorisa bien d'autres. César en profita sans retard, et s'empara d'Avaricum. Mais il échoua complètement devant Gergovie. Cependant Labienus, son meilleur lieutenant, avait peine à se maintenir contre. les Gaulois du nord, dirigés par le vieux Camulogène, et ces heureuses nouvelles, répandues avec une merveilleuse rapidité, achevaient d'exalter la Gaule. Les Éduens même se détachèrent de César, qui n'eut plus pour alliés que les Rémois, les Lingons et les Trévires.

Beaucoup alors conseillèrent à César de se replier sur la Province et d'abandonner la Gaule. Mais, outre qu'il ne se désespérait pas si vite, il savait bien que sa défaite en Gaule serait une proscription à Rome, et il ne répondit à ces lâches conseils qu'en marchant à la rencontre du Vercingétorix. Ils se trouvèrent en présence sur les bords de la Saône; et, après une lutte terrible, qui dura douze heures et où César faillit plusieurs fois périr, les Gaulois, vaincus, tournèrent tout à coup le dos, pour ne s'arrêter que sous les murs d'Alesia.

Cette ville fut la Numance des Gaulois. Cesar n'hésita pas à l'assiéger, quoiqu'il n'eût que quelques légions et que le Vercingétorix comptât encore plus de quatre-vingt mille soldats; car s'il réussissait, c'en était fait de la Gaule. Il suppléa à l'infériorité numérique par d'immenses travaux de circonvallation du côté de la ville trois grands fossés avec terrasse, créneaux et tours élevées; du côté de la campagne trois fossés également, dont le plus éloigné n'avait pas moins de vingt kilomètres. Entre tous ces fossés et en avant des chevaux de frise, des palissades, des fossés recouverts de claies et hérissés d'aiguillons. Moins de cinq semaines avaient suffi à tant d'efforts.

Et ce n'était pas sans raison que César se montrait si prudent; car la Gaule, qui savait comme lui que son sort dépendait d'Alesia, n'eut besoin que d'un mois pour lancer deux cent quarante-huit mille guerriers au secours de cette ville. Ils arrivèrent trop tard, et leur ardeur se brisa contre les inexpugnables retranchements de leur ennemi. Défaits ensuite dans une grande bataille, ils se dispersèrent en tous sens, et le Vercingétorix n'essaya pas de prolonger une lutte inutile. Il vint seul se livrer au proconsul, dans l'espérance de sauver tous ses compagnons. César le reçut silencieux, et le remit aux licteurs. Quant aux Gaulois, il en massacra un grand nombre.

La ruine d'Alesia était celle de la Gaule même, et cependant telle était l'énergie de ces barbares que César n'osa pas s'éloigner un  moment du théâtre de ses exploits. Les Bituriges, les Carnutes, les Bellovaques, les Armoricains, les Belges s'insurgèrent, en effet, durant l'hiver, et leur exemple entraîna aussitôt beaucoup d'autres tribus pour accabler leurs vainqueurs sous la simultanéité de ces guerres locales. César en triompha comme de leur coalition, et il n'y eut bientôt plus dans toute la Gaule qu'une seule ville qui osât lui fermer ses portes : Uxellodunum. La résistance de ses habitants fut admirable, mais inutile. Elle succomba au bout de quelques mois, et le proconsul s'y montra impitoyable, pour décourager toutes les résistances à venir (51 ).

La Gaule romaine.
César divisa la gaule en trois parties, la Gaule Belgique, la Gaule Aquitanique et la Gaule Celtique. La Celtique était séparée de l'Aquitaine par la Garonne (Garumna) et de la Belgique par la Seine (Sequana) et la Marne (Matrona);  elle commençait au Rhône (Rhodanus), et était contenue entre la Garonne, l'Océan et la frontière de la Belgique; elle s'étendait même jusqu'au Rhin (Rhenus), par le moyen des Séquanes et des Helvétiens. La Belgique commençait à la frontière de la Celtique, c.-a-d. à la Seine et à la Marne, et allait jusqu'à la partie inférieure du Rhin. L'Aquitaine était renfermée entre la Garonne, les Pyrénées et l'Océan. 

Cavallier gaulois.
Cavalier gaulois après l'invasion romaine.

César trouva tout le pays partagé en un grand nombre de peuples distincts et couvert de forêts et de marécages. Les principaux parmi ces peuples étaient, dans la Belgique, les Suessions, Suessiones, les Bellovaques, Bellavaci, et les Trévires Treveri; dans la Celtique, les Helvétiens, Helvetii, les Séquanes, Sequani, les Eduens, Aedui, les Arvernes, Arverni et les Sénonais, Senones, et dans l'Aquitaine, les Tarbelliens, Tarbelli, et les Ausciens, Ausci.

Les villes les plus importantes chez ces peuples, avant la conquête romaine, étaient Massilia (Marseille), Narbo (Narbonne), Gergovia, Bibracte, Aventicum, Alesia, Agendicum et Treveri (Trèves), plus tard le siège de la préfecture des Gaules.

Auguste divisa la Gaule en quatre parties, Narbonaise, Aquitaine, Lyonnaise et Belgique. Pline et Ptolémée ont suivi cette division, dont Strabon parle le premier. Lors de l'organisation de l'empire par Constantin, la Gaule forma un des trois diocèses de la préfecture des Gaules, divisé en 17 provinces :

Province   Chef-lieu  Correspondance actuelle
Narbonaise I Narbo Martius (Narbonne) France : Haute-Garonne, Ariège, Pyrénées-Orientales, Aude, Tarn-et-Garonne, Tarn, Hérault, Gard, Lozère, Ardèche.
Narbonaise II Aquae Sextiae (Aix) France : Bouches-du-Rhône, Var, Vaucluse, Alpes de Haute-Provence, Hautes-Alpes, Isère.
Aquitaine I Avaricum (Bourges) France : Cher, Indre, Creuse, Haute-Vienne, Corrèze,. Puy-de-Dôme. Allier, Lozère, Cantal, Aveyron, Lot, Tarn-et-Garonne.
Aquitaine II Burdigala (Bordeaux) France : Loire-Atlantique, Maine-et-Loire, Vendée, Deux-Sèvres, Vienne, Charente-Maritime; Charente, Gironde, Dordogne, Lot-et-Garonne, Gers.
Novempopulanie Ausci (Auch) France : Gironde, Landes, Gers, Haute-Garonne Hautes-Pyrénées, Pyrénées-Atlantiques, Ariège.
Viennoise  Vienne (Vienne) France : Bouches-du-Rhône, Vaucluse, Drôme, Isère, Ain, Haute-Savoie. - Suisse : canton de Genève.
Alpes Maritimes Ebrodunum (Embrun) France : Var, Alpes de Haute Provence, Hautes-Alpes et Alpes-Maritimes.
Alpes Pennines et Grecques  Darantasia (Moutiers en Tarantaise) France : Savoie. - Suisse : Canton du Valais.
Grande Séquanaise Vesontio (Besançon) France: Haute-Saône, Doubs, Jura, Saône-et-Loire et Ain.
Lyonnaise I Lugdunum (Lyon) France : Haute-Marne, Côte-d'Or, Nièvre, Allier, Saône-et-Loire, Rhône, Loire, Ain.
Lyonnaise II Rotomagus (Rouen) France : Yvelines, Val-d'Oise, Seine-Maritime, Eure, Calvados, Orne et Manche.
Lyonnaise III Caesarodunum (Tours) France : Finistère, Côtes-d'Armor, Île-et-Vilaine,
Morbihan, Loire-Atlatique, Mayenne, Sarthe, Maine-et-Loire, Indre-et-Loire.
Lyonnaise lV Senones (Sens) France: Ile-de-France, Eure
et-Loir, Loir-et-Cher, Loiret, Nièvre. Yonne, Aube. 
Belgique I Treveri (Trèves) Luxembourg. - Allemagne. - France : Meuse, Moselle, Meurthe, Vosges, Haute-Marne.
Belgique II Remi (Reims) Pays-Bas. - Belgique. - France : Nord, Pas-de-Calais, Somme, Oise, Aisne, Marne, Haute-Marne.
Germanie I (G. supérieure) Moguntiacum (Mayence) Allemagne : Rhénanie-Palatinat, Sarre. - France : Haut-Rhin, Bas-Rhin. 
Germanie Il (G. inférieure) Colonia Agrippa (Cologne) Pays-Bas. - Belgique. - Allemagne : Rhénanie-du-Nord-Westphalie.
Une dix-huitième province fut créée en Gaule, au Ve siècle de J. C., par le partage de la Viennoise en Viennoise lre et IIe. La Gaule resta sous la domination romaine jusqu'à l'invasion des Francs, des Burgondes et des Goths.
Carte de la Gaule avant Clovis.
Carte de la Gaule avant Clovis.
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