Les gens

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Bacon (Roger), moine, surnommé le Docteur admirable (né à Ilchester (Somerset) en 1224, mort à Oxford en 1294). Ce disciple de Pierre de Maricourt fut incontestablement l'esprit le plus éclairé de son siècle. Il entra en 1240 dans l'ordre des Franciscains, après avoir étudié à Oxford et à Paris; se fixa à Oxford, se livra avec ardeur à l'étude de toutes les sciences connues de son temps, surtout de la physique, et acquit bientôt une instruction fort supérieure à son siècle. Quelques-uns de ses confrères, jaloux de son mérite et irrités de ce qu'il avait censuré leurs moeurs dissolues, l'accusèrent de sorcellerie : quoiqu'il eût écrit lui-même contre la magie, il fut condamné et passa dans les cachots la plus grande partie de sa longue vie. A l'avènement du pape Clément IV, qui l'avait en grande estime, il recouvra la liberté (1265), mais après la mort de ce pape éclairé, il resta en butte à de nouvelles persécutions, et fut enfermé à Paris, pendant dix ans, dans le couvent des Franciscains. Il ne sortit de prison que peu d'années avant sa mort.

On lui doit d'ingénieuses observations sur l'optique et la réfraction de la lumière; une explication de l'arc-en-ciel, une description de la chambre noire. On lui attribue l'invention de la poudre à canon, celle des verres grossissants, de la pompe à air, et d'une substance combustible analogue au phosphore, et même (à tort, voir ci-dessous) du télescope; on trouve du moins dans ses écrits des passages où ces diverses inventions paraissent assez exactement décrites. Il proposa dès 1267 la réforme du calendrier. Son plus grand mérite est d'avoir renoncé à la méthode purement spéculative et d'avoir conseillé et pratiqué lui-même l'expérience. Cependant, il ne fut pas exempt des préjugés de son temps, et crut à l'alchimie et à l'astrologie.

L'optique de Roger Bacon

Dans son Opus majus (publié en 1744, par Jebb, in-fol. Londres), dont son traité de la Perspective et ses Specula ne sont que des morceaux détachés, on trouve des remarques fort curieuses sur la réfraction astronomique, sur la grandeur apparente des objets, sur les apparences du Soleil et de la Lune à l'horizon, etc.

On s'est appuyé sur un passage de l'Opus majus pour attribuer à Roger Bacon l'invention des lunettes d'approche. Mais en examinant plus attentivement ce passage, on voit qu'il n'y est aucunement question d'un instrument d'optique (un malentendu qui rappelle celui à propos du "tube astronomique" utilisé par Gerbert d'Aurillac). L'auteur parle seulement d'objets considérablement grossis par réfraction, quand on les regarde à travers un milieu transparent quelconque, tel que le verre, l'eau, etc. et qu'on donne à ce milieu une forme appropriée, comme celle d'un segment de sphère [1].

[1] Voici le texte de ce passage : "De visione majora sunt; nam de facili patet per canones supradictos quod maxima possunt apparere minima, et e contra et longe distantia videbuntur propinquissima, et e converso. Nam possumus sic figurare perspicua, et taliter ea ordinare respectu nostri visus et rerum, quod fragentur radii et flectentur quorsumcumque voluerimus et sub quocumque angulo voluerimus, et videbimus rem longe vel prope, et sic incredibili distantia legeremus litteras minutissimas et pulveres ex arena numeraremus, etc." (Opus majus, p. 357).
Mais c'est ce que savaient déjà, en partie, les Anciens. Il faut cependant reconnaître que des principes posés par Roger Bacon à la fabrication des verres lenticulaires il n'y avait qu'un pas. Si cet homme de génie n'a pas lui-même fabriqué de ces verres, - ce que nous ne pouvons ni nier, ni affirmer absolument -, il n'en est pas moins certain que l'invention des besicles (lunettes de presbytes et de myopes) coïncide avec le siècle de Roger Bacon. (Hoefer,1873).


Éditions anciennes - Roger Bacon a laissé des écrits sur presque toutes les parties de la science. Ses principaux ouvrages sont : l'Opus majus (publié par Samuel Jebb, Londres, 1733, in-fol.), qu'il adressa au pape Clément IV, et où il s'était proposé de rassembler toute sa doctrine il en fit deux refontes successives sous les noms d'Opus minus et Opus tertium (ces deux ouvrages n'ont été publiés qu'en 1860, à Londres, par J. S. Brewer); Epistola de secretis operibus naturae et artis et de nullitate magiae, Paris, 1542; De retardandis senectutis accidentibus, Oxford, 1590, et plusieurs traités d'alchimie, dont le principal est le Speculum alchemicum. Girard de Tournus a traduit en français, en 1557, l'Epistola de secretis sous ce titre : De l'admirable pouvoir de l'art et de la nature, et le Miroir de l'alchimie. On doit à E.M. Charles : R. Bacon, sa vie, ses ouvrages et ses doctrines, 1862.

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