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Abélard
(Pierre), Abælardus, né au bourg de Palais, près
de Nantes,
en 1079, d'une famille noble, reçut les leçons du célèbre
Guillaume
de Champeaux, et devint bientôt le rival de son maître.
Dès l'âge de 22 ans il ouvrit une école. Il enseigna
avec le plus grand succès la rhétorique et la philosophie
scolastique,
à Melun ,
à Corbeil
et enfin à Paris,
où il attira plus de 3000 auditeurs; il attaqua dans ses leçons
avec une grande force de logique la doctrine du réalisme
qu'enseignait Guillaume de Champeaux, ainsi que le nominalisme qu'avait
professé Roscelin, et y substitua un
système de conceptualisme qui gardait le milieu entre les deux doctrines
opposées. Il commença assez tard à étudier
la théologie ;
mais il obtint bientôt dans l'enseignement de cette science le même
succès que dans ses leçons sur la philosophie.
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Abélard.
Médaillon de la maison d'Héloïse et d'Abélard,
Quai
des Fleurs, à Paris. (© Photo
: Serge Jodra, 2009).
Le chanoine Fulbert
l'ayant choisi pour donner des leçons à sa nièce Héloïse,
il conçut pour son écolière une vive passion, l'enleva
et la conduisit en Bretagne
où elle lui donna un fils qu'ils nommèrent Astrolabius. Pour
réparer ses torts, il l'épousa secrètement; mais Fulbert,
peu satisfait de cette réparation, le fit surprendre dans son lit
au milieu de la nuit et le fit mutiler. Abélard alla cacher sa honte
dans l'abbaye de Saint-Denis
et y prit l'habit de religieux, pendant qu'Héloïse prenait
le voile au couvent d'Argenteuil .
Néanmoins, au bout de quelque temps il sortit de sa retraite à
la sollicitation de ses disciples et rouvrit une école. Il attira
de nouveau une foule d'auditeurs; mais la hardiesse avec laquelle il appliquait
la philosophie à la théologie alertèrent bientôt
les autorités ecclésiastiques : un traité de la Trinité
qu'il venait de composer fut dénoncé comme entaché
d'hérésie et condamné par le concile de Soissons en
1122. II se retira à Nogent-sur-Seine
et fit bâtir près de cette ville, sous le nom de Paraclet,
un oratoire où plus tard il établit Héloïse ainsi
que les religieuses qui étaient sous sa conduite.
Ayant été nommé peu
après abbé de Saint-Gildas de Ruys, près de Vannes,
il chercha à réformer les moines de son abbaye, mais il ne
réussit qu'à s'attirer de nouvelles difficultés. Accusé
une seconde fois d'hérésie, il fut condamné en 1140
par le concile de Sens : il eut à ce concile pour adversaire le
célèbre S. Bernard. Abélard voulait aller se justifier
à Rome;
mais, en passant par Cluny ,
il se lia étroitement avec l'abbé de ce monastère,
Pierre
le Vénérable, qui le détermina à prendre
l'habit de son ordre et le réconcilia avec le Saint-Siège
et avec Saint Bernard. Il consacra le
reste de sa vie à des exercices de piété, et mourut
en 1142.
Abélard avait cultivé tous
les genres de littérature et de science qui étaient en honneur
de son temps.
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Editions
anciennes - Des
nombreux écrits qu'il avait composés, plusieurs se sont perdus,
et ceux subsistent n'ont été publiés que fort tard.
Le conseiller Franç. d'Amboise a fait imprimer en 1616, sous le
titre de P. Abælardi et Heloïsæ Opera, en 1 vol.
in-4, l'Introductio ad Theologiam et plusieurs Lettres d'Héloïse
et d'Abélard. On trouvé sa Theologia christiana dans
le Thesaurus de Martenne, et un traité de morale
intitulé Scito te ipsum dans le Thesaurus de B. Pez.
Victor
Cousin a publié en 1836, dans les
Documents inédits
sur l'histoire de France, un vol. in-4 d'œuvres inédites d'Abélard
: on y trouve sa Dialectica et le Sic et Non, où est exposé
le pour et la contre sur les principaux points de théologie (ce
dernier ouvrage a été donné plus complètement
par Henke, à Leipzig, en 1851). Cousin a en outre publié
à ses propres frais, avec le concours de M. Ch. Jourdain, une édition
complète de ses autres œuvres éparses jusque-là (2
vol. in-4, 1849 et 1859).
On
a souvent imprimé séparément les Lettres d'Abélard
et d'Héloïse (en latin); la meilleure édition est
celle de Rawlinson, Londres, 1718. On en a plusieurs traductions françaises,
entre autres celle de Dom Gervaise, avec le texte latin, Paris, 1723, et.
celle de M. E. Oddoul, faite sur les manuscrits, 1837. Ces lettres ont
aussi été souvent imitées et paraphrasées :
on connaît la belle imitation de Pope, mise
en vers français par Colardeau. La Vie d'Abélard a
été écrite par Dom Gervaise, 1722. M. Ch. de Rémusat
a donné en 1845 : Abélard, sa vie et ses doctrines,
2 vol. in-8. Abélard a laissé lui-même d'intéressants
détails sur sa vie dans ses Lettres et dans son Historia
calamitatum. |
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