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Lorsque
Constantin transforma l'antique Byzance en une capitale à laquelle
il donna son nom, il ouvrit l'histoire de l'empire byzantin. Sans doute,
sous lui et sous quelques uns de ses successeurs, on vit encore un seul
empereur gouverner à la fois les provinces de l'Orient et de l'Occident,
mais l'unité de l'empire était définitivement rompue.
Constantinople
en effet, ni au point de vue matériel, ni au point de vue moral,
n'était une capitale artificielle. Par son admirable situation,
elle servait de point d'union entre l'Asie et l'Europe, entre la Grèce
d'Orient et la Grèce d'Occident, mais d'autre part elle forait un
centre à ce monde hellénique qui, sous la domination romaine,
avait toujours conservé sa physionomie propre, son esprit, et même
en partie ses institutions. Ainsi s'expliquent le rapide développement
de l'empire d'Orient et ses longues destinées : au lendemain de
la mort de Théodose
et du partage de ses États (395),
son existence officielle commence à peine qu'il est déjà
tout organisé et en pleines fonctions.
De
395 à 565
Dès cette
première période de l'empire byzantin, l'hellénisme
est son caractère original et en même temps sa force; les
empereurs auront beau s'intituler empereurs des Romains et s'efforcer de
maintenir, au moins partiellement, l'usage du latin, ils commandent à
des Grecs, et eux-mêmes le sont ou le deviennent. Tandis que les
provinces de l'Occident se transforment en États barbares, et que
Rome même, après des destinées agitées, devient
sujette d'un roi goth, l'empire d'Orient, grâce à une situation
géographique et à des circonstances heureuses, s'il n'échappe
pas entièrement aux invasions germaniques, comme celle d'Alaric
en Grèce, du moins ne subit pas encore l'établissement de
royaumes barbares sur son sol.
Si la destinée
des deux États diffère, celle des deux Églises, à
une époque où la religion a une si profonde influence sur
l'histoire générale, diffère aussi : celle d'Occident,
d'un esprit pratique, se préoccupe surtout d'exercer son action
sur la révolution politique et sociale qui s'accomplit autour d'elle;
celle d'Orient, spéculative et subtile disserte sur les dogmes,
se divise en controverses passionnées sur la nature du Christ
(hérésies de Nestorius, d'Eutychès, Christianisme ),
et multiplie les grands conciles
(conciles d'Ephèse
de 431,
de Chalcédoine
en 451);
mais elle laisse l'empereur, héritier du grand pontificat des empereurs
romains, prendre sur elle une autorité considérable. Tels
sont les faits qui dominent alors l'histoire byzantine, et il faut se garder
de laisser absorber son attention par les révolutions dynastiques
ou les intrigues qui agitent Constantinople .
La famille de Théodose
se continue jusqu'en 450
avec Arcadius (395-408),
prêt à subir toutes les influences qui s'exercent successivement
sur lui, et Théodose Il (408-450),
que gouverne sa soeur Pulchérie. C'est plutôt dans le vieux
Marcien (450-457),
que Pulchérie épouse pour donner un défenseur à
l'empire, qu'on retrouve l'âme de Théodose Ier,
et sa ferme attitude contribue à sauver l'Orient des fureurs d'Attila
( Les Huns).
Avec Pulchérie disparaît la maison théodosienne, et
alors se révèle un des maux les plus graves dont souffrira
souvent l'empire byzantin. Nulle loi précise ne règle la
transmission du pouvoir; dès lors, si l'ordre de succession ne peut
s'établir provisoirement dans une famille, ou si celle-ci vient
à s'éteindre, la dignité impériale est à
la merci des révolutions militaires ou des intrigues de cour.
En 457
un barbare arien, le patrice Aspar, fait élire
par le sénat Léon le Thrace, simple tribun militaire, jadis
son intendant; après les règnes de Léon (457-474),
et de son gendre Zénon (474-491),
la passion de l'impératrice Ariadne pour le silentiaire Anastase
fait un empereur (491-518)
d'un simple huissier de la cour. Contre ces empereurs sans autorité,
les séditions, les tentatives d'usurpation sont fréquentes
(Basiliscos sous Zénon, Vitalien sous Anastase); l'exemple même
de leur destinée surexcite les ambitions. D'autre part, l'autorité
que les empereurs se sont arrogée sur l'Église
devient pour eux une cause de dangers. Zénon, Anastase, sous prétexte
de rétablir la concorde entre les partisans et les adversaires du
concile de Chalcédoine
(Henoticon ou édit d'union en 482),
s'exposent eux-mêmes aux accusations d'hérésie et fournissent
ainsi de nouveaux prétextes aux troubles. Si néanmoins l'empire
subsiste, s'il résiste aux attaques des Vandales, des Bulgares,
des Perses, il est évident que sa vitalité ne dépend
pas absolument de la valeur personnelle des empereurs.
L'avènement
de la famille Justinienne.
Les destinées
de l'empire changent lorsqu'un pâtre slave, soldat de fortune, Justin,
parvient à l'empire (518-527)
et le transmet à son neveu Justinien
(527-565).
En dépit du renom qui s'attache à la mémoire de Justinien,
la politique qu'il suivit était funeste au nouvel empire. Au lieu
de lui conserver son caractère original en développant l'hellénisme,
Justinien rêva de reconstituer l'ancien empire romain. Bélisaire
reconquit l'Afrique sur les Vandales (534);
en Italie, une longue lutte fut entreprise contre les successeurs de Théodoric,
Théodat,
Vitigès, Totila, Teïas; au bout de vingt ans (536-556)
elle se termina par la ruine des Goths; mais ces victoires, dues à
l'habileté de Bélisaire et de Narsès, ne pouvaient
avoir de conséquences durables, car l'État n'était
pas en mesure de défendre et d'administrer énergiquement
mes nouvelles possessions. Tandis qu'il luttait ainsi pour reconquérir
l'Occident, Justinien sacrifiait la sécurité de l'Orient
: en Asie, on faisait aux Perses des concessions humiliantes; en Europe,
les provinces du Nord étaient presque chaque année ravagées
impunément par les barbares, et, en 559,
les Huns Coutrigours (c'est-à-dire
des Ouïgours, Les
Turks) arrivaient jusque sous les murs de Constantinople .
Dans son administration intérieure, Justinien travaillait aussi
à diminuer l'influence de l'hellénisme; les adhérents
de la culture antique étaient persécutés, l'enseignement
de la philosophie et du droit était
supprimé à Athènes ( l'École
d'Athènes), l'usage officiel de la langue latine, qui s'était
affaibli sous les règnes précédents, était
fortifié. Les travaux législatifs de Justinien, le Code,
le Digeste, les Institutes ,
répondent à cette même pensée de réorganisation
romaine. Enfin, dans l'Église même, l'empereur sacrifiait
au pape les prétentions à l'autonomie revendiquées
depuis le IVe
siècle par les patriarches de Constantinople.
L'oeuvre de Justinien ne lui survécut pas.
Les
Bleus et les Verts, en latin Veneti et Prasini. - A Byzance,
les compagnies de cochers qui se disputaient le prix dans le cirque ,
et qui se distinguaient par leurs couleurs, avaient partagé la ville
en deux factions : les Bleus et les Verts. Justinien
s'étant déclaré pour les Bleus, ces divisions prirent
bientôt un caractère politique. En 532, les Verts, profitant
du mécontentement du peuple, qu'avaient irrité les exactions
de Jean, préfet du prétoire, et du questeur Tribonius se
révoltèrent, proclamèrent empereur dans le cirque
le prince Hypatius, et assiégèrent Justinien dans son palais.
L'empereur eût péri sans le courage de Bélisaire
et de Mundus, gouverneur d'Illyrie ,
qui repoussèrent les rebelles. Plus de 30 000 personnes trouvèrent
la mort dans cette sédition; Hypatius fut pris et décapité,
et son corps jeté dans le Bosphore .
Cette
sédition est connue sous le nom da Nika ( = triomphe), du
cri de ralliement qu'avaient adopté les insurgés.
De
565 à 717
Sous le règne
du neveu de Justinien,
Justin
Il (565-578),
sous ceux de Tibère (578-582),
de Maurice (582-602),
les Maures d'Afrique s'insurgent, les Lombards s'emparent de l'Italie du
Nord et luttent pour conquérir la péninsule tout entière.
Les empereurs sont forcés de tourner leur attention d'un autre côté
et de concentrer leurs forces contre les Perses, qui menacent l'existence
même de l'empire en Asie, contre les Slaves qui la menacent en Europe.
Dans cette lutte pour la vie, le règne d'Héraclius
(610-641)
marque une période mémorable. Les Perses se sont emparés
de Jérusalem
même (614),
lorsque, après de longues années d'inaction, l'empereur entreprend
enfin (622)
cette série de brillantes campagnes qui le conduisent au delà
du Tigre et de l'Euphrate, jusqu'à la capitale même de Chosroès,
Dastagerd (628).
Mais bientôt commencent les conquêtes arabes et l'empire perd
rapidement quelques-unes de ses plus belles provinces, la Syrie, l'Égypte,
sans qu'Héraclius oppose à ces attaques soudaines et impétueuses
aucune résistance sérieuse.
L'hellénisme
disparaît ainsi de quelques-unes des contrées où il
avait été le plus florissant. Sous les misérables
successeurs d'Héraclius, dont la famille
se continue jusqu'en 711,
Héracléonas (641),
Constant (641-668),
Constantin Pogonat (668-685),
Justinien
Il (685-695
et 705-711);
Léonce (695-698),
Tibère (698-705),
la décadence s'accélère. Chypre, Rhodes ,
l'Afrique, échappent à l'empire; Constantinople
même est attaquée par les Arabes de Mohawiah (669-675),
mais, par son énergique résistance, obtient une paix avantageuse.
Par contre, les Bulgares ( Les
Turks) franchissent le Danube et fondent dans les provinces du Nord
un puissant royaume qui, pendant près de trois siècles, ne
cessera de s'accroître. Ces désastres et ces portes sont facilités
par une horrible anarchie qui atteignit son plus haut degré sous
le règne sanglant de Justinien Rhinotmête. Si cependant l'empire
résiste à de si rudes épreuves, c'est que d'autre
part il fait retour à ses véritables traditions méconnues
par Justinien. En dépit du caractère romain que celui-ci
a voulu officiellement lui imposer, l'élément grec triomphe.
Sous Justinien même, un de ses jurisconsultes attitrés a traduit
les Institutes
en grec, afin de les adapter à l'enseignement.
«
Depuis Maurice, toutes les lois, toutes les ordonnances, tous les actes
publics n'étaient plus rédigés qu'en grec. Les divisions
administratives changèrent leur nom en celui de thèmes; ce
dernier nom fut aussi donné au corps d'armée de chaque province[...].
Tous les termes militaires furent pris dans la langue du pays, les tribuns
furent nommés chiliarques, les comtes stratèges [...]. De
l'aveu de Constantin Porphyrogénète, les empereurs parlaient
grec et perdaient l'usage du latin. L'Église et la poésie
revêtirent un caractère de plus en plus national » (Paparrigopoulo).
La persistance de l'esprit
hellénique dans la Grèce du Moyen
âge et dans la Grèce moderne s'accuse sous bien des formes,
et c'est ainsi que, de nos jours encore, les croyances et la poésie
populaires sont toutes pénétrées de souvenirs de la
mythologie grecque
antique. Cependant, si l'hellénisme dans l'organisation de l'empire
gagnait en force, d'autre part il subissait des pertes cruelles. Il était
refoulé au Sud par la civilisation arabe, qui s'épanouissait
promptement en Égypte et en Syrie, au Nord par les Slaves et les
Bulgares.
L'invasion progressive
des tribus slaves dans la Grèce d'Europe est une question encore
obscure et controversée. S'appuyant sur un texte fameux de Constantin
Porphyrogénète et sur divers autres témoignages, quelques
historiens, Fallmerayer en tête, ont prétendu que, à
partir du VIe
siècle, les colonies slaves s'étaient
établies dans presque toutes les provinces : Épire, Thrace ,
Macédoine ,
Thessalie ,
Attique ,
et que le Péloponnèse
même avait été entièrement "slavisé".
S'il faut se défier des théories exagérées
qui concluent à la disparition presque complète des Grecs
dans ces pays, cependant la présence d'éléments slaves
s'y accuse de bonne heure. Dès le IVesiècle,
il avait fallu les combattre. A partir de cette époque la lutte
ne discontinue plus. Dès
659,
on trouve des tribus slaves aux environs de Salonique, un peu plus tard
en Thessalie. Elles s'étendent de côté et d'autre,
souvent se soulèvent, Constantin Pogonat (668-685),
Justinien Il (685-695)
doivent déjà réprimer les soulèvements des
Slaves de la Thrace et de la Macédoine. A partir du VIIIe
siècle,
du règne d'Irène, les insurrections
des Slaves du Péloponèse deviendront fréquentes. Plus
au Nord se développe le puissant empire bulgare; Constantinople
même a plus d'une fois été menacée par les Bulgares.
De
717 à 867
L'extinction de la
famille d'Héraclius devait fatalement
amener de nouvelles révolutions dynastiques. Cependant, au bout
de six ans, le pouvoir impérial échut à une famille
qui devait le conserver pendant près d'un siècle, l'exercer
avec énergie et souvent avec succès. Léon III, le
fondateur de la famille Isaurienne, de basse origine, s'éleva aux
plus hauts grades par son courage et son habileté. Devenu maître
du pouvoir (717),
il montra aussitôt qu'il en était digne en repoussant le siège
le plus long et le plus terrible que les Arabes eussent encore dirigé
contre Constantinople .
Mais Léon III est plus célèbre encore par la lutte
politique et religieuse qu'il entreprit, et qui, sous le nom de querelle
des Iconoclastes ,
se prolongea avec des fortunes diverses jusqu'en 842.
Cette appellation même, fort incomplète, a contribué
à faire mal connaître ces événements où
à la question du culte des images s'en mêlèrent d'autres
beaucoup plus importantes. Il s'agissait en réalité de vastes
réformes qui, dans la pensée de leurs auteurs, devaient avoir
pour conséquence de modifier profondément l'esprit de l'administration
et de la société byzantines. Depuis le IVe
siècle, l'Orient chrétien
avait toujours été divisé par des hérésies
qui avaient suscité au plus haut degré les passions populaires.
Les empereurs, qui presque tous se piquaient de théologie et entendaient
gouverner l'Église comme l'État, étaient intervenus
dans ces querelles : à l'Hénoticon de Zénon
avaient succédé la condamnation des Trois chapitres,
de Justinien (544);
l'Ecthèse, d'Héraclius(639);
le Typos, de Constant Il (648);
mais ces interventions même avaient été une cause nouvelle
de troubles et de séditions. Par une conséquente réciproque,
si l'État agitait l'Église, l'Église agitait l'État;
la population monastique ,
sans cesse croissante, exerçait sur le peuple une influence fanatique ,
se l'attachait par les formes extérieures du culte, telles que les
images, les reliques ,
et le déchaînait à son gré contre les évêques,
les patriarches, les fonctionnaires, les empereurs mêmes.
Diminuer l'influence
du clergé et surtout des moines, épurer le culte, fortifier
la société civile et l'action du pouvoir impérial,
telle fut l'oeuvre que les empereurs Iconoclastes Léon III (716-741),
Constantin V (741-775),
Léon IV (775-780),
Léon V (813-820),
Michel Il (820-829),
Théophile (829-842),
se proposèrent, et qu'on put croire destinée au succès.
Parmi ces empereurs, quelques-uns furent remarquablement actifs et intelligents,
bien qu'on ne connaisse plus leur histoire que par les écrits de
leurs adversaires; entraînés par l'ardeur de la lutte, exaspérés
par la résistance que leur opposaient les moines, ils se laissèrent
malheureusement aller à des excès et à des persécutions.
Les lois qu'ils ont promulguées et qu'on connaît aujourd'hui
partiellement (l'Ecloga de Léon et de Constantin, recueil
des lois antérieures mais modifiées sur des points importants,
publiée par Zachariae en 1852)
ont permis de juger plus équitablement leurs projets et leurs réformes
: amélioration de la situation des classes agricoles; suppression
du servage; amélioration des lois qui réglaient l'organisation
de la famille. Il est avéré en outre qu'ils recrutèrent
des partisans surtout dans la classe éclairée et même
dans le haut clergé, En 754,
dans un concile convoqué par Constantin V, trois cent quarante-huit
prélats votèrent la suppression des images. Dans bien des
régions, surtout en Asie, les réformes religieuses et politiques
ne semblent pas avoir suscité de rébellion ouverte; en Europe,
dans les Cyclades, une insurrection éclata, mais fut réprimée
(727).
A l'extérieur, les empereurs iconoclastes, et notamment Léon
III et Constantin V, luttèrent avec courage et succès contre
les Arabes et les Bulgares; mais leur politique eut pour conséquence
de détacher de l'Orient l'Église romaine et l'Italie. Depuis
le règne de Justinien, l'Italie byzantine avait été
notablement réduite par les progrès des Lombards, et l'exarque
de Ravenne, qui en était le vice-roi, n'avait plus qu'un pouvoir
précaire. De fait, l'Italie centrale et Rome obéissaient
au pape plutôt qu'à l'empereur; dans les conflits fréquents
qui avaient éclaté entre les empereurs et leurs fonctionnaires
d'une part, les papes de l'autre, Rome avait toujours été
fidèle à ceux-ci.
Quand les édits
contre les images arrivèrent en Italie, les populations songèrent
aussitôt à se rendre indépendantes, tandis que Grégoire
II, Grégoire III, et leurs successeurs,
défendaient de leur côté avec énergie le culte
des images. Bientôt la papauté, menacée par les Lombards
et ne pouvant plus compter sur Byzance, fit appel aux Francs. Pépin
et Charlemagne la transformèrent en
puissance territoriale, mais en la subordonnant à leur suprématie;
Ravenne échappa aux Grecs, l'Italie byzantine se restreignit à
quelques possessions dans l'Italie du Sud, qu'il fallut disputer aux princes
lombards établis dans ces régions, tandis que les Arabes
la diminuaient encore par la conquête de la Sicile. A ces pertes
matérielles se joignait un échec moral. Alors que l'ambitieuse
et cruelle Irène exerçait le pouvoir,
la papauté rêva d'augmenter son crédit en conférant
au roi franc, son protecteur, le titre impérial. Proclamé
empereur à Rome en l'an 800, Charlemagne songea, dit-on, à
établir l'unité de l'empire en se mariant avec Irène,
puis il négocia pour obtenir la reconnaissance de sa dignité
nouvelle et il y parvint en 814
avec Michel ler. Mais les souverains de
Byzance ne se résignèrent pas sans retour à cette
défaite et plus d'une fois encore contestèrent aux empereurs
francs et germaniques le titre de Basileus.
Malgré tous
ces troubles à I'intérieur, tous ces échecs à
l'extérieur, l'oeuvre des iconoclastes ne fut pas entièrement
vaine. On le vit même après que le concile de Constantinople
eut définitivement rétabli le culte des images (842).
La fin du IXe
siècle et le Xe
siècle sont signalés par
une véritable renaissance qui se manifeste sous toutes les formes.
De
867 à 1056
Basile
Ier
(867-886),
d'origine obscure, parvenu au pouvoir par son talent et par son audace,
fonda la maison macédonienne qui, soit par la succession en ligne
directe, soit par les mariages, les adoptions et les régences, se
prolongea jusqu'en 1057.
Sans doute, pendant cette longue période, l'empire byzantin n'a
pas échappé entièrement aux troubles et aux révolutions;
néanmoins, sous quelque point de vue qu'on l'étudie, il n'a
jamais été si prospère. Parmi les empereurs de cette
époque, presque tous ont commandé à la tête
des armées, plusieurs ont été d'excellents capitaines,
quelques-uns ont été des écrivains militaires et ont
composé des livres de tactique. Ils se montrent soucieux d'améliorer
les institutions militaires. Grâce à leurs efforts, sur presque
tous les points, l'empire byzantin regagne une partie du terrain perdu.
Sous Basile ler, les flottes grecques repoussent
les attaques des Sarrasins en Eubée, dans le Péloponnèse ,
les îles Ioniennes, et remportent également des succès
dans l'Italie méridionale. Après les revers qui signalèrent
le règne de Léon VI (886-912)
et une partie de celui de Constantin VII (912-959),
Nicéphore
Phocas, sous le règne de Romain Il (959-963),
enlève la Crète aux Sarrasins. Devenu empereur (963-969),
il leur reprend Tarse, l'île de Chypre, et, ans une autre expédition,
Antioche .
Jean Tzimiscès (969-975)
triomphe des Russes et leur impose la paix; en Asie, il pousse jusqu'à
l'Euphrate et jusqu'à Nisibis, située sur l'ancienne frontière
de l'empire. Basile Il (976-1025)
mérite le surnom de Bulgaroctone par une guerre acharnée
de trente-sept ans qui aboutit à la ruine du puissant empire bulgare
qui s'était établi au sein même de l'empire et qui,
avec Samuel, avait conquis la Macédoine moins Salonique; l'Épire,
moins Nicopolis; envahi la Thessalie ,
la Grèce propre, menacé le Péloponnèse. Si
les provinces byzantines continuaient à se peupler de colonies slaves,
du moins reconnaissaient-elles l'autorité impériale. Enfin,
pendant toute cette période, l'Italie du Sud fut reconquise et,
dans certaines régions, comme la Calabre ,
toute pénétrée de l'influence byzantine. Au delà
des provinces proprement dites de l'empire, s'étendait la zone des
États vassaux; en Italie, les Républiques commerçantes,
Gaète, Amalfi ,
Naples ,
Venise ,
surtout; au Nord-Est, les Serbes et les Croates; en Asie, l'Arménie.
Ces États vassaux formaient pour l'empire une première ligne
de défense et lui furent souvent utiles.
Ainsi, jusque vers
1025,
l'empire se reconstitue territorialement. Par suite, son influence politique
et religieuse s'étend. Les empereurs d'Allemagne, les rois de France
recherchent en mariage des princesses byzantines. Les Russes, longtemps
ennemis de l'empire, se laissent séduire par l'éclat de la
civilisation grecque. Olga, veuve d'Igor, qui s'était
attaqué à Constantinople ,
vient à la cour de Constantin Porphyrogénète (957)
et reçoit le baptême; Vladimir épouse une soeur de
Basile
II (988),
se convertit au christianisme et l'impose à ses sujets; avec la
religion grecque s'introduit la civilisation grecque et Kiev
devient comme une copie de Constantinople. Déjà les Serbes
avaient été rattachés à l'Église grecque.
En 863,
deux moines de Constantinople, Cyrille et Méthode,
avaient porté le christianisme en Moravie d'où il se répandit
en Bohême. On put croire que ces nouvelles églises slaves
relèveraient de Constantinople, mais la papauté voulut les
soumettre à son autorité.
Du reste, l'antagonisme
entre l'Église de Rome et celle de Constantinople
s'accentuait de plus en plus. En 857,
la disgrâce du patriarche de Constantinople, Ignace, l'élévation
du savant et ambitieux Photius
provoquèrent un violent conflit. Photius et les Grecs reprochaient
aux Latins l'introduction du Filioque dans le symbole, le célibat
des prêtres, et quelques autres usages. La paix, rétablie
non sans peine, fut définitivement rompue au XIe
siècle, lorsque le patriarche Michel
Cérulaire ferma les églises des Latins à Constantinople
et confisqua leurs couvents. Le 16 juillet 1054
les légats du pape Léon IX déposèrent sur l'autel
de Sainte-Sophie une sentence d'excommunication contre le patriarche. Les
conséquences de ce schisme devaient être graves pour l'empire
byzantin. Au lieu de s'unir contre le monde musulman désigné,
à l'époque, comme l'adversaire commun, l'Orient et l'Occident
chrétiens étaient désormais séparés.
Entre eux se développèrent des sentiments de malveillance
et de haine que de part et d'autre l'Église entretint et dont on
retrouve sans cesse l'expression dans les chroniqueurs grecs aussi bien
que dans les chroniqueurs latins. Il en résulta que plus tard les
croisades, loin de les rapprocher, ne firent qu'augmenter les dissentiments
et affaiblirent l'empire byzantin qu'elles auraient dû fortifier.
La "Renaissance
byzantine".
Pendant cette période
se développe une certaine renaissance littéraire. Au milieu
du IXe
siècle, le césar Bardas
réorganise l'école du palais de Magnaure, qui est comme l'Université
impériale de Constantinople ,
et y nomme professeurs les savants les plus renommés. En dehors
de Constantinople, des Occidentaux venaient étudier à Athènes.
Photius,
par l'étendue de ses connaissances et l'indépendance de son
esprit, montre quels pouvaient être les résultats de cette
éducation. Les historiens de cette période, Scylitzès,
Léon le Diacre, etc., font preuve de plus d'intelligence que leurs
devanciers ; la poésie, dans des épopées comme celle
de Digénis Akritas, célèbre les héros des guerres
contre les Turcs.
Sous Constantin Porphyrogénète,
la cour devient le centre du mouvement littéraire et scientifique.
L'empereur s'entoure d'historiens, de savants, de jurisconsultes, lui-même
donne l'exemple et compose de nombreux ouvrages : la Vie de Basile,
les Thèmes, les Cérémonies, l'Administration
de l'empire. Par ses ordres sont entreprises de grandes collections
historiques et politiques d'extraits des écrivains antérieurs.
Si cette littérature officielle manque d'originalité, du
moins atteste-t-elle une grande étendue de lectures et de connaissances.
L'empire byzantin n'est pas moins puissant par son industrie et par son
commerce. Constantinople
est alors le plus grand entrepôt du monde entier, le point de contact
entre l'Orient et l'Occident. Les navires de tous les pays affluent dans
son port; les produits byzantins, étoffes de luxe, ivoires, pièces
d'orfèvrerie sont partout recherchés, en Italie, en France,
en Allemagne. Mais d'autres villes, Salonique par exemple, offrent la même
animation et la même activité. Aussi l'empire byzantin dispose-t-il
de ressources financières extraordinaires; d'après certains
calculs, qui ne reposent malheureusement que sur des données partielles,
les revenus de l'empire se seraient élevés à une somme
qui équivaudrait à trois milliards de notre monnaie.
L'organisation
de l'État.
Ce vaste empire
est régi par une administration savante qui dérive de l'ancienne
administration romaine, mais transformée par des modifications successives.
Les dignitaires de l'administration centrale, groupés autour de
l'empereur, ont presque tous des fonctions de cour et des fonctions de
gouvernement. Le grand logothète ou logothète du drome dirige
l'administration financière et l'administration civile ; il a sous
ses ordres toute une légion de logothètes d'ordre inférieur,
chargés des divers services, trésor de l'État, trésor
privé, postes, etc. A ses fonctions de grand trésorier, il
joint celles de grand chancelier, il est chargé de la correspondance
officielle, des chrysobulles. Le protovestiaire est le grand maître
des cérémonies et l'administrateur du palais. Le grand primicier
est le chef des chambellans; le grand drongaire assure la police du palais.
Les contingents étrangers de la garde ou hétairies, Francs,
Vikings, Sarrasins, etc., sont commandés
par le grand hétériarque. L'armée dépend du
grand domestique, qui a pour lieutenant le pretostrator ou écuyer
impérial; le grand stratopédarque dirige le service de l'intendance;
le connétable commande les auxiliaires francs; le logothète
du stratiotique est le grand trésorier de l'armée. La flotte
est sous les ordres du grand drongaire (plus tard du grand-duc).
Au-dessous de ces
hauts dignitaires s'échelonne une multitude d'autres fonctionnaires;
tous, d'après un système analogue à celui qui se rencontre
à la fin de l'empire romain, sont répartis dans les cadres
d'une noblesse administrative; patrices, hypathi (consuls), archontes,
nobilissimes, spathaires et protospathaires, spatharocandidats, candidats,
etc. La vie officielle est assujettie à une minutieuse étiquette
dont on trouve les règles exposées dans le livre des Cérémonies
de l'empereur Constantin Porphyrogénète. Les écrits
de Liutprand, évêque de Crémone ,
qui fut envoyé deux fois comme ambassadeur à Constantinople ,
offrent un tableau curieux mais malveillant de la cour byzantine à
cette époque. Le territoire de l'empire, depuis le VIIe
siècle, semble-t-il, est divisé
en thèmes (17 thèmes d'Orient, 12 d'Occident correspondant
à deux grands bureaux de l'administration centrale).
Cette division a
un caractère essentiellement militaire, et le mot de thème
s'applique à la fois à la province et au corps de troupes
qui la garde. A la tête de chaque thème se trouve un fonctionnaire
qui porte ordinairement le nom de stratège et qui réunit
des attributions militaires, financières, civiles. Les thèmes
se subdivisent en turmae, gouvernés par des turmarques; les turmae
en vexilla ou bandoi Toutes ces appellations ont un caractère militaire.
Auprès du stratège on trouve le domestique du thème,
qui est son lieutenant; le chartulaire du thème, qui remplit les
fonctions d'intendant militaire; le protonotaire du thème, qui est
chargé de l'administration financière; le comte de la tente
qui surveille le service du quartier général. Puis vient
la foule des fonctionnaires inférieurs : militaires, comme les comtes,
les topotérètes, les drongaires, les clisurarques, les centarques;
civils, comme les comtes des aqueducs, les directeurs des manufactures
impériales, les curateurs des palais et des domaines de l'empereur.
Dans certains pays, situés sur les frontières, des ducs commandent
au lieu de stratèges. Cette administration solidement constituée
se heurte dans les provinces à la classe des grands propriétaires,
archontes, phylarques, puissants, qui oppriment les petits propriétaires,
les dépouillent de leurs terres, et arrivent ainsi à posséder
des cantons entiers, presque des provinces.
Les empereurs du
Xesiècle
luttent par leurs constitutions ou Novelles contre les progrès
et les exactions des puissants, en même temps que contre la multiplication
des monastères et l'extension indéfinie de leurs domaines.
En tout cas il n'y eut jamais en Orient une féodalité comme
en Occident ( L'Europe
latine au Moyen âge) capable de déposséder le pouvoir
central.
Contre les dangers
extérieurs le gouvernement byzantin se défend par ses institutions
militaires et diplomatiques. Les armées byzantines se composent,
il est vrai, en grande partie de mercenaires; il n'existe ni service obligatoire,
ni tirage au sort. Les empereurs établissent dans les provinces
des colonies militaires; les soldats reçoivent des terres qui se
transmettent par héritage mais dont les bénéficiaires
sont astreints à l'impôt du sang. Certains corps mercenaires
sont surtout célèbres, ainsi les Varangiens ou Varègues
qui formèrent la garde d'honneur des empereurs. Au Xe
siècle, un écrivain arabe,
lbn-Khordadbeh, évalue à 120 000 hommes les forces byzantines.
Ces troupes sont en général aguerries, expérimentées,
les bons généraux ne sont pas rares. L'art de fortifier les
places, de les attaquer, de les défendre est poussé fort
loin; les engins de guerre, les machines, le feu grégeois sont habilement
employés. Quant à la diplomatie byzantine, elle a été
longtemps la première de l'Europe par son astuce et sa finesse.
La diplomatie italienne est née et s'est formée à
cette école.
De
1056 à 1260
Les derniers temps
de la maison macédonienne avait été signalés
par
des troubles et
des désordres à l'intérieur, à l'extérieur
par des défaites. En 1057,
le pouvoir échut à un général heureux et habile,
lsaac Comnène. La famille à laquelle il appartenait était
connue, pourtant elle ne se maintint pas d'abord en possession du trône
: de 1057
à 1080,
six empereurs se succèdent au milieu de troubles continuels. Parmi
eux, Romain Diogène (1068-1074)
prend à coeur la défense de l'empire. Il lutte contre les
Seldjoukides,
dont la puissance a subitement grandi en Asie, et qui ont envahi la Mésopotamie,
la Syrie, la Cilicie .
Diogène échoue malgré son courage personnel. Enfin,
en 1080,
les Comnènes s'emparent de nouveau de l'empire, il devait rester
soit dans leur famille, soit dans la famille alliée des Anges jusqu'à
l'établissement de l'empire latin de Constantinople
(1204).
Les Croisades.
Cette période
est signalée par les croisades.
Ces grandes expéditions, qui n'ont abouti en Asie à aucun
résultat durable, ont eu pour conséquence d'affaiblir l'empire
byzantin et de préparer sa ruine. Si les Grecs ont accueilli avec
défiance les Latins, ceux-ci les ont toujours traités avec
mépris et avec haine. Tout, religion, langue, moeurs, divisait les
deux peuples, et, dès le XIIe
siècle, les princes de l'Occident
ont rêvé d'assujettir à leur domination l'empire grec.
Alexis Comnène (1080-1118)
vit le premier arriver les croisés. En dépit des historiens
occidentaux, qui le traitent de fourbe et de lâche, c'était
un empereur courageux et habile, mais sa situation était singulièrement
difficile. Loin de pouvoir tourner ses forces contre les Turcs, il devait
se défendre contre les Normands d'Italie qui, sous la conduite de
Robert Guiscard et avec l'assentiment du pape, envahissaient l'Épire,
la Thessalie
et remportaient de nombreuses victoires. Dans la suite, il est vrai, le
succès revenait à Alexis, et les Vikings, assiégés
dans Castoria, étaient obligés de capituler. D'après
une lettre qu'on lui a souvent attribuée, mais dont le caractère
apocryphe est reconnu, il aurait lui-même appelé les croisés
à son secours contre les Turcs,
mais sa conduite prouve au contraire qu'il accueillit la croisade avec
des appréhensions que les événements justifièrent.
Si, vers la fin de son règne, il remporta des victoires sur les
Turcs et contraignit le sultan Saïssa à traiter (1113),
ce fut avec ses seules forces, et l'honneur n'en revient qu'à lui.
Les mêmes faits
se reproduisent sous les deux longs règnes de Jean Comnène
(1118-1143)
et de Manuel Comnène (1143-1180).
Les croisés ravagent les provinces grecques qu'ils traversent, le
roi normand de Sicile, Roger Il, dévaste le Péloponnèse ,
pille Thèbes ,
Corinthe ;
les Vénitiens, brouillés avec l'empire, ravagent Rhodes,
Chios ,
Samos ,
Mytilène ,
Andros .
Déjà, dès la
seconde
croisade, l'évêque de Langres conseillait à Louis
VII de s'emparer de Constantinople .
En un mot, les Latins sont pour l'empire une cause de dangers, alors qu'il
devrait concentrer toutes ses forces contre ses ennemis naturels, et l'on
s'explique que les empereurs grecs, pour s'en débarrasser, aient
eu parfois le tort de recourir à la fourberie et à la trahison.
Pourtant ni Jean, ni Manuel ne se découragent, ils luttent, souvent
avec succès, contre les Turcs, les Petchenègues ( Les
Turks), les Serbes, les Croates, les Hongrois.
A la fin du XIIe
siècle, les haines entre les Latins
et les Grecs s'exaspèrent de plus en plus. Manuel Comnène
avait parfois entretenu des relations amicales avec les Occidentaux, il
en avait pris à son service, il avait accordé de nouveaux
privilèges aux Vénitiens. Après sa mort, l'avènement
d'Andronic Comnène (1182-1185),
qui usurpe le pouvoir, est signalé par de véritables vêpres
siciliennes: la population de Constantinople
massacre les Latins, prêtres, soldats, marchands, sans épargner
ni les femmes, ni les enfants, ni les vieillards, ni les malades. D'autre
part l'ordre intérieur, assuré par les premiers Comnènes,
est troublé ; les séditions, les insurrections recommencent
: Isaac Comnène s'empare de Chypre
et s'y rend indépendant, Alexis Comnène, révolté
contre Andronic, fait appel à Guillaume Il, de Sicile, qui s'empare
de Salonique (1185).
Après la chute d'Andronic (la même année), et avec
l'avènement de la famille des Anges, commence une épouvantable
anarchie; les généraux s'insurgent et se proclament empereurs,
comme Branas; la Bulgarie se rend indépendante; armées, flotte,
administration, tout est en décadence. Cette déplorable situation
explique la facilité avec laquelle s'établit l'empire latin
de Constantinople.
Cependant telle était
la vitalité de l'empire grec que ces terribles crises ne le ruinèrent
pas encore. Tandis que l'empire latin était, dès ses premiers
jours, livré aux discordes, incapable de se défendre et de
se gouverner, Michel-Ange Comnène fondait le despotat d'Épire
ou d'Hellade, avec Arta pour capitale. Son frère, Théodore
Comnène, se maintenait indépendant, battait les Latins (1217),
s'emparait de Salonique (1223)
et s'y faisait couronner empereur. Théodore Lascaris, proclamé
empereur à Constantinople
pendant le siège, s'emparait de la Bithynie ,
de la Lydie, des côtes de I Archipel, d'une partie de la Phrygie,
et constituait l'empire de Nicée .
Alexis Comnène fondait l'empire de Trébizonde qui devait
se maintenir comme État autonome jusqu'en 1461.
De tous ces États celui de Nicée fut le plus important. Théodore
Lascaris l'organise habilement (1206-1222).
Son gendre, Jean Ducas Vatatzès (1222-1255),
réunit l'empire de Salonique à celui de Nicée, enlève
aux Latins les places qu'ils possédaient en Asie, puis les attaque
en Europe, envahit la Thrace, prend Andrinople
(1225),
essaie même de s'emparer de Constantinople (1235).
Ses États bien administrés lui fournissent les ressources
dont il a besoin pour ces luttes incessantes.
Après le règne
assez court de Théodore Il Lascaris (1255-1259),
la famille des Paléologues s'empare du pouvoir (1260)
avec Michel VIII. Dès l'année suivante, par un coup de main
imprévu, le général Strategopoulos entrait à
Constantinople
(26 juillet 1261).
L'empire était restauré; il devait vivre près de deux
siècles encore sous le gouvernement des Paléologues, mais
jamais il ne retrouva la force et la prospérité dont il avait
joui au IXe
siècle et au Xe
siècle.
De
1261 à 1453
Si les croisadesavaient
pris fin, l'Orient grec subissait toujours les conséquences de cette
terrible secousse, et il n'opposait plus qu'une résistance affaiblie
aux causes de décadence et de ruine qui s'exerçaient sur
lui avec une énergie toujours croissante. Plusieurs provinces avaient
été détachées de l'empire en Asie, les Vénitiens
gardaient uns partie des îles, les Villehardouin
la Morée, les de La Roche l'Attique et la région voisine;
les pirates infestaient la Méditerranée orientale, Au XIVe
siècle, les grandes compagnies
catalano-aragonaises (Les Almogavares) promenèrent leurs
ravages à travers les provinces grecques d'Europe. D'elles-mêmes
des parties de l'empire s'en détachent en 1423,
Salonique, assiégée par Mourad
( D'Osman
à Bayézid II), assure son salut en se donnant à
Venise .
A mesure qu'on avance, les possessions italiennes s'étendent, les
Vénitiens sont les véritables maîtres de la Morée,
des Cyclades, les Acciauoli de Florence
ont succédé aux de La Roche à Athènes, Dans
les îles de la mer Égée, à Lesbos ,
Lemnos, Thasos, Imbros, Samothrace ,
etc., dominent des familles génoises. Les ressources de l'empire
étaient donc fortement diminuées.
Chargés de
gouverner dans ces circonstances critiques, les Paléologues furent
en général des princes médiocres. Se sentant incapables
de lutter avec leurs propres forces contre les progrès des Turcs,
ils essayèrent de rallier l'Occident à leur cause. Puisque
les querelles religieuses semblaient avoir été le principal
motif des divisions et des haines, ne pouvait-on pas espérer que
l'union des deux Églises y mettrait un terme à Michel Paléologue
se rapprocha de l'Église romaine; en 1274,
il envoya des députés au Concile de Lyon, un acte d'union
fut signé, mais Michel Paléologue se heurta en Orient à
une résistance opiniâtre; il se trouve bientôt détesté
par ses sujets et repoussé par la cour de Rome, qui l'accusait de
mauvaise foi. Dans la suite, ces tentatives d'union se répètent,
mais toujours avec le même insuccès. Jean Paléologue
se rend en Italie, abjure solennellement à Rome en présente
d'Urbain V (1369),
mais n'obtient rien que des promesses en retour de ses concessions. Au
cours de cet humiliant voyage, il est même arrêté pour
dettes à Venise .
Manuel Paléologue (1391-1423)
multiplie les appels aux princes latins et leur fait entrevoir les dangers
qui menaceront l'Europe si Constantinople
est prise.
Le roi de Hongrie
adresse les mêmes adjurations, une croisade se forme, mais se termine
par la défaite de Nicopolis (1396).
Le voyage qu'entreprend Manuel et qui le conduit jusqu'en France et en
Angleterre (1399-1403)
n'aboutit à aucun résultat sérieux. Jean Paléologue
(1423-1448)
essaie encore la conciliation religieuse. En 1437,
accompagné d'un grand nombre d'évêques et d'abbés,
il vient prendre part au Concile de Ferrare ,
qui se transporta ensuite à Florence .
Cette fois encore l'acte d'union est conclu, mais subit le même échec
en Orient; parmi les prélats grecs qui l'ont signé à
Florence, plusieurs de retour en Orient sont les premiers à le condamner.
Donc, malgré
tous leurs efforts, les empereurs grecs ne trouvent pas de secours à
l'étranger. A l'intérieur leur attention est souvent absorbée
par des querelles théologiques misérables, mais qui agitent
et troublent l'empire. Pendant la dernière partie du règne
de Michel VIII et sous celui de son fils Andronic Il (1282-1328),
les luttes des Joséphites et des Arsénites sont I'affaire
capitale. Plus tard, des moines du mont Athos
s'imaginent voir sortir de leur nombril la lumière non créée
du mont Thabor, telle est la cause de l'ardente querelle des Palamites
et des Barlaamites vers 1340.
Le clergé et les. moines dirigent l'empereur, sacrifiant à
leurs préjugés tous les intérêts de l'empire.
Le gouvernement est d'ailleurs hors d'état de maintenir l'ordre;
à Constantinople
même les colonies italiennes, avec leurs quartiers particuliers,
leurs tribunaux, leurs consuls ou bailes, sont de véritables petits
États indépendants; les Vénitiens et les Génois,
qu'anime une implacable rivalité, ensanglantent les rues, et l'intervention
de l'empereur contre les Vénitiens a pour résultat d'aviver
contre les Grecs l'animosité d'une république
dont l'alliance lui aurait été si nécessaire (1296).
Au siècle
suivant, sous le règne de Cantacuzène,
les Génois de Galata engagent avec les Grecs une véritable
guerre qui dure de 1348
à 1352;
l'empereur est vaincu et obligé de signer un traité qui reconnaît
les prétentions des Gênois. Comptant sur la marine génoise,
les Paléologues négligent celle de Byzance. Andronic Paléologue
croit assurer la défense de l'empire en appelant à Constantinople
8000 aventuriers catalans et aragonais - le corps franc de Almogavares
- qui ont pris part aux guerres de Sicile; il nomme leur chef, Roger de
Flor, grand-duc, lui fait épouser une de ses nièces. Catalans
et Génois engagent dans les rues de Constantinople une véritable
bataille. Envoyés en Asie contre les Turcs, puis en Europe contre
les Bulgares, les Catalans se font détester par leurs cruautés
et leurs exactions. Leur chef est assassiné par ordre de Michel
Paléologue, mais ils résistent, se fortifient dans Gallipoli,
ravagent l'empire, battent les armées qu'on envoie contre eux, s'allient
même avec les Turcs.
Malgré les
dissensions qui les divisent et qui parfois leur font prendre les armes
les uns contre les autres, les Catalans pillent la Macédoine, la
Thessalie ,
la Béotie ,
l'Attique
où ils s'établissent jusque vers la fin du XIVe
siècle. A toutes ces causes de
faiblesse se joignent parfois encore des luttes intestines dans la famille
impériale. Andronic le Vieux et son petit-fils Andronic le Jeune
engagent même une guerre civile qui aboutit au triomphe de ce dernier.
Puis, après la mort d'Andronic (1341),
c'est son ami et son collaborateur, le grand domestique Cantacuzène
(1347-1355),
qui s'empare du pouvoir aux dépens des Paléologues. Pour
triompher il s'allie aux ennemis de l'empire, aux Turcs et aux Serbes,
et son règne est rempli par des luttes avec l'héritier légitime,
Jean Paléologue. Celui-ci, devenu maître du trône (1355),
n'a point d'adversaire plus acharné que son fils Andronic qui, pendant
deux ans, usurpa même l'empire. Vénitiens, Gênois, Turcs
exploitent à l'envi ces discordes. Manuel (1391-1423)
a pour compétiteur son neveu Jean, qui est l'allié de Bayézid,
et il est obligé de le reconnaître pour collègue.
Ainsi, à quelque
point de vue qu'on envisage l'empire byzantin pendant cette période,
il apparaît affaibli, incapable de soutenir avec succès la
lutte contre la puissance sans cesse grandissante des Turcs. Lors de la
prise de Constantinople
en 1261,
un des ministres de Michel VIII avait, paraît-il, déploré
cette victoire; c'est qu'en effet les empereurs grecs, en abandonnant Nicée
pour Constantinople, se trouvaient plus éloignés de ces riches
provinces d'Asie, d'où ils avaient tiré leurs forces, et
qu'il fallait défendre contre les attaques incessantes des Turcs.
Après les dissensions et les luttes qui avaient amené la
disparition des califes de Bagdad
(1258)
et la décadence des sultans d'Iconium, commençait la prodigieuse
fortune des Turcs ottomans; établis
à l'Est du mont Olympe, dans la vallée du Sangarius, ils
s'étendent anssitôt au détriment des Grecs. En 1326,
Orkhan s'empare de Brousse ,
qui devient le siège de son empire, Nicée est assiégée;
Cantacuzène,
qui veut la délivrer, est battu à Pélècanon,
et l'ancienne capitale des Paléologues devient une ville turque
(1330).
Bientôt les
Ottomans envahissent l'Europe et ravagent la Thrace. Les empereurs commettent
eux-mêmes la faute de les appeler contre les Serbes qui, sous le
gouvernement de Douschan, viennent de fonder un menaçant empire,
et Cantacuzène marie une de ses filles
au sultan Orkhan (1346).
Mourad Ier, s'empare d'Andrinople
et il en fait sa capitale, Philippopoli lui appartient. Jean Paléologue
en arrive à loi payer tribut, il le laisse s'emparer sans résistance
de Salonique, que les Turcs ne conservèrent pas, il est vrai, et
le suit en vassal dans ses expéditions en Asie. La grande victoire
de Kossovo (1389),
par laquelle Mourad anéantit l'empire Serbe, achève de consolider
la puissance des Ottomans en Europe. L'empire byzantin ne se composait
plus désormais que de débris de provinces isolés les
uns des autres.
«
Le centre de l'empire de Byzance était réduit à un
petit triangle compris entre la mer de Marmara et la mer Noire, Le peu
de territoire que les empereurs conservaient encore en Macédoine,
autour de Thessalonique, et le despotat de Misithra (Sparte), apanage d'une
branche cadette de la maison de Paléologue, étaient séparés
du centre par de vastes enclaves appartenant aux Turcs, aux Slaves, aux
Francs; ajoutons quelques îles au Nord de l'Archipel et nous aurons
énuméré tout ce qui restait de l'Empire. Entre des
possessions ainsi éparpillées, les liens administratifs se
relâchaient nécessairement; plus d'union, plus de cohésion
: le vieil empire n'inspirait plus de respect à personne, ni à
ses amis, ni à ses ennemis » (Heyd).
La prise de Constantinople.
Déjà
les républiques commerçantes de l'Italie, préoccupées
surtout des intérêts de leur trafic, acceptaient de traiter
avec les Ottomans. Le premier traité conservé entre Gênes
et les Ottomans est de 1387,
mais d'autres ont certainement précédé. Lorsque l'Occident,
cédant aux supplications de Manuel Paléologue et de Sigismond
de Hongrie, tente une dernière croisade, c'est pour aboutir au désastre
de Nicopolis (1396).
Bayézid Ier vainqueur assiège
même Constantinople
(1397),
mais en vain. L'arrivée des Mongols,
la victoire de Tamerlan
sur Bayézid à Ankara (1402),
ménagent quelque répit à l'empire grec, qui profile
des discordes des successeurs de Bayézid, mais avec Mourad
Il Ia marche envahissante des Turcs reprend. Constantinople assiégée
échappe tente fois encore (1423),
mais Salonique est définitivement conquise (1430).
Sur les bords du Danube le roi de Hongrie, les princes de Serbie
et de Valachie ,
et surtout Jean Hunyade, voïvode de Transylvanie ,
et Scanderbeg opposent aux progrès des Turcs une résistance
héroïque mais pour aboutir aux défaites de Varna (1444),
et de Kossovo (1488).
Lors de l'avènement de Constantin Dragasès (1450)
et de Mehemet II (1451),
s'ouvre le dernier acte de la lutte. Dès les premiers jours d'avril
1453
une immense armée turque investit Constantinople : du moins l'empire
grec finit-il glorieusement et le dernier des Successeurs de Constantin
meurt en héros (29 mai 1453)
( L'empire
ottoman : d'Osman à Bayézid II). Avec la prise de Constantinople,
se termine l'histoire de l'empire byzantin, dont les derniers débris
tombèrent rapidement au pouvoir des Turcs le despotat de Morée
en 1460,
l'empire grec de Trébizonde en 1461.(G.
Bayet / Bt.). |
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