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Jean de Hauteville,
poète latin du XIIe siècle.
On ne sait rien de sa vie, si ce n'est que, Normand, il a résidé
en Angleterre. Son nom même est incertain; on l'écrit Hauteville,
Anville, Hanteville, Hauville, etc. Il a dédié son ouvrage
à Gautier de Coutances ,
au moment où ce prélat venait d'être transféré
de l'évêché de Lincoln
à l'archevêché de Rouen
(1184).
Cet ouvrage est intitulé Archithrenius,
archi threnios, c. -à-d. princeps lamentationum. Le héros
du poème porte ce singulier nom parce qu'il se lamente perpétuellement
sur les misères et sur les vices de la société. Archithrenius
est un jeune homme qui fait d'abord une confession
générale de ses fautes, gémit sur l'indignité
de la nature humaine et déclare qu'il va se mettre à la recherche
de la Nature pour lui demander conseil. Il commence son voyage, et visite
d'abord le palais de Vénus
(l. I), puis le pays de la Gourmandise (l. II). Après avoir pris
congé des Ventricoles, il arrive à Paris
où il espère ne trouver que des sujets de joie; mais son
attente est trompée, et le I. III est tout entier consacré
à la description des misères de la vie d'écolier dans
l'Université de Paris. Au commencement du I. IV, Archithrenius,
toujours désolé, est sur la montagne de l'Ambition, séjour
des rois; il y rencontre le luxe, l'avidité, la corruption, la bassesse.
Mais il aperçoit tout à coup un monstre horrible, dont la
tête s'élève jusqu'aux cieux : c'est la Cupidité;
il disserte sur ce vice, particulièrement sur l'avarice des prélats
(I. V). Au VIe livre, le pleureur est transporté
subitement dans l'île de Thulé, séjour des anciens
philosophes, qui passent leur temps à déclamer contre les
vices; il entame avec eux une conversation pessimiste qui dure jusqu'au
IXe livre. Il ne se consolerait pas s'il
n'avait, enfin, une vision : la vision d'une jeune déesse
charmante, la Nature, qui lui apparaît au milieu d'une plaine fleurie,
entourée d'un nombreux cortège. Il tombe à ses pieds.
Elle lui débite, pour commencer, plus de cinq cents vers sur la
philosophie
naturelle; ayant ensuite écouté sa requête, elle prend
pitié de lui et lui fait épouser une jolie femme, qui s'appelle
la Modération. Archithrenius cesse de pleurer, et il écoute
avec componction les conseils que la Nature lui prodigue au sujet de ses
devoirs conjugaux.
Tel est le meilleur des grand poèmes
moraux du XIIe siècle; car Jean
de Hauteville écrivait mieux, que Bernard de Morlas et Henri de
Settimello. Archithrenius eut un grand succès. On le commentait
encore au XVe siècle. Au XVIe,
il fut imprimé par les soins de Jodocus Badins Ascensius (Paris,
1517, pet. in-4, très rare). Le dernière édition est
celle de M. Th. Wright, au t. I de son recueil intitulé Latin
Satirieal Poets of the tivel fth century (Londres, '1872, in-8 [Relis
Series]). Cf. Histoire littéraire de la France, XIV, pp.
569-79. (L.). |
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