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Théodore de Bèze

Théodore de Bèze est un des principaux chefs des Réformés, né à Vézelay  le 14 juin 1519, mort à Genève le 13 octobre 1605. Bèze appartenait à une famille noble de Bourgogne; son père était juge de sa ville natale, et son oncle, Nicolas de Bèze, qui se chargea de son éducation, avait une charge de conseiller au Parlement de Paris. Confié aux soins de Melchior Wolmar, il subit l'influence de cet éminent professeur qui développa les qualités qui firent de son élève un lettré et un savant. « Il n'est pas une seule des bonnes estudes dont je n'aie appris les éléments avec toi » lui écrivait plus tard Bèze.
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Théodore de Bèze.
Théodore de Bèze (1519-1605).

Il lui devait en effet cette connaissance approfondie du grec qui le plaça au premier rang des hellénistes de son temps aussi bien que cette belle latinité qui se remarque dans ses ouvrages. Lorsque Bèze, après le départ de Wolmar pour l'Allemagne, se rendit à Orléans dans le but d'y achever ses études, rien ne faisait présager la place importante qui lui était réservée dans l'histoire des luttes religieuses du XVIe siècle. C'est de cette époque, en effet, que date la composition de ces poésies légères qu'inspirèrent Ovide et Catulle, dont le succès fut si grand mais que devaient lui reprocher plus tard ses ennemis avec une injustice si passionnée. A bien des années de là, il écrivait :

« Je confesse que de mon naturel j'ay tousjours pris plaisir à la poesie. Mais bien ay-je regret d'avoir employé ce peu de grace que Dieu m'a donné en cest endroit, en choses desquelles la seule sou venance me fait maintenant rougir. »
Cette sévérité pour les Poemata varia d'Orléans s'explique par ce fait que Bèze avait quitté la France pour se réfugier à Genève (Suisse), et que c'était de la ville de Calvin qu'il datait ces lignes. Wolmar, gagné à la cause de la Réforme, avait laissé dans le coeur de son élève des croyances religieuses qui, disparues en apparence pendant les années d'une jeunesse dissipée, ne tardèrent pas à se réveiller. Entre les exigences de sa conscience et une vie facile, Bèze n'hésita pas, « rompant toutes chaînes et faisant mes petits paquets, je quittai tout à la fois ma patrie, mes parents, mes amis pour suivre Christ », écrivait-il à son vieux maître qui avait fait jaillir « de la vraie source pour l'en abreuver la connaissance du vrai Dieu ». 

Ce fut à la suite d'une grave maladie que cette résolution héroïque fut prise et ce fut à Genève que Bèze se réfugia à la fin de l'année 1548. Dès le premier jour, Calvin comprit ce que la Réforme pouvait attendre des services d'un homme qui, aux qualités brillantes de l'esprit, unissait une intelligence peu commune des affaires et une grande fermeté de caractère. Cédant aux instances du réformateur, il accepta la chaire de littérature grecque à l'Académie de Lausanne, au retour d'un voyage à Tubingen, où il rencontra son ancien maître qui le fortifa encore dans ses décisions. Subissant l'ascendant de Calvin, mais partageant ses erreurs, il se lança dans les tristes polémiques auxquelles s'attachent les noms de Servet et de Castallion. 

Les réformateurs n'eurent pas le courage d'envisager toutes les conséquences du mouvement religieux dont ils étaient les initiateurs et, par la plus étrange des contradictions, après avoir tant souffert de l'intolérance ils la préconisèrent à leur tour. C'est l'apologie de cette mauvaise cause qui apparaît dans le De haereticis a civili magistratu puniendis (Genève, 1554), soutenue avec talent, mais qui reste une erreur dans la vie de Bèze.

Il était mieux inspiré alors qu'il donnait aux Eglises protes tantes ses beaux travaux sur le texte du Nouveau Testament qui marquèrent les commencements de la critique biblique. Révision des leçons des anciens manuscrits, discussion approfondie des difficultés, comparaison avec les versions orientales, il n'épargna rien pour fixer le texte religieux. 

Si les missions difficile; dont il fut chargé auprès des cantons évangéliques et des princes protestants de l'Allemagnes lors de la persécution des Vaudois (1557) et au moment des affaires de la rue Saint-Jacques à Paris (1558) la firent remarquer de tous, les débats du colloque de Poissy le placèrent au premier rang. Ce fut à la demande du roi de Navarre que Bèze quitta Genève pour prendre part à ces réunions, qui, dans la pensée de ceux qui les provoquaient, pouvaient peut-être modérer l'ardeur des luttes religieuses et politiques qui divisaient déjà si profondément le pays.

Il représenta, avec ses collègues, les Eglises protestantes de France qui, l'année précédente (mai 1559), avaient affirmé leur vitalité, en se réunissant en Synode national à Paris. Bèze défendit leurs croyances et leurs droits avec autant de fermeté que d'éloquence dès la première séance de ce célèbre colloque (9 septembre 1560). Mais une telle discussion ne pouvait aboutir, car malgré les nombreuses conquêtes de la Réforme, le clergé ne voyait dans ses adhérents, que des rebelles qu'il s'agissait moins de convaincre que de soumettre. De là les prétentions hautaines du cardinal de Lorraine et les injures du général des jésuites Lainez qui eurent pour résultat la fin hâtive du colloque. Bèze sortit grandi de ces luttes, et tout le parts protestant regarda vers lui lorsque le massacre de Vassy (1er mars 1552) vint donner le signal de la guerre civile.

Ce fut en vainque Bèze demanda justice à la reine de cet attentat dont les suites devaient être si funestes. Menacés dans leur existence, les réformés prirent les armes et Condé devint leur chef. 

« Sire, avait dit le réformateur à Antoine de Bourbon déjà prêt à trahir la cause protestante, c'est vraiment à l'église de Dieu d'endurer les coups et joli pas d'en donner, mais aussi vous plaira-t-il vous souvenir que c'est une enclume qui a usé beaucoup de marteaux. » 
C'est ainsi que, malgré son horreur des guerres civiles, il fut entraîné « à une si juste et totalement nécessaire défensive contre tels et si horribles violateurs de tout droit divin et humain ».

Devenu le meilleur conseiller de Condé, il le suivit au cours de cette rude campagne, ne cessant de relever le moral des réformés, faisant appel à leur courage et plaidant avec ardeur leur cause auprès des Eglises étrangères. Si nécessaire parut sa présence, que Condé, Coligny et la reine de Navarre demandèrent avec instance au Conseil de Genève d'autoriser Bèze à prolonger son séjour en France, et lorsqu'il quitta, après la conclusion de la paix, l'armée protestante, ils surent exprimer hautement leur reconnaissance pour les grands services qu'il avait rendus aux Eglises du royaume (7 mai 1563).

Un an plus tard (24 mai 1564), Calvin mourait laissant à Bèze la lourde charge de continuer son oeuvre. Il avait compris dès la première heure qu'il trouverait en lui son successeur et se l'était attaché par les marques d'une absolue confiance. S'il n'avait pas la puissance d'esprit et le génie du grand réformateur, Bèze du moins possédait ces qualités d'ordre et de sérieux qui font l'administrateur. 

Pendant les longues années de sa vie, il survécut quarante ans à Calvin, il administra l'église de Genève avec prudence et fermeté. Président de la Vénérable compagnie des pasteurs, il concentra entre ses mains la correspondance religieuse qui aboutissait à Genève comme à la capitale du calvinisme. Par sa bienveillance comme par son autorité indiscutée il maintenait l'union entre les pasteurs et continuait l'oeuvre du réformateur dans son enseignement théologique à l'Académie de Genève, dont il avait été le premier recteur (1559). Mais sa pensée allait toujours chercher « le paouvre et désolé royaume de France », déchiré par les guerres religieuses.

A plusieurs reprises il quitta Genève pour assister aux Synodes nationaux où se débattaient les intérêts de la Réforme française. 

« Comme il avait extrêmement à coeur le bien des Eglises de ce royaume, écrit son biographe A. de Faye, il les consoloit, les exhortoit, les fortifiait et les assistoit de ses conseils ne pouvant pas leur donner de plus grands secours. »
 Sans cesse sur la brèche il luttait avec âpreté, comme Calvin, contre les adversaires de ses croyances, aussi son oeuvre polémique est-elle considérable. Tantôt ardue, érudite contre les théologiens, tantôt plaisante, bouffonne même contre des adversaires comme le président Lizet, sa controverse, aujourd'hui oubliée, eut un grand éclat. A un âge avancé on le vit encore prendre part aux discussions de la conférence de Montbéliard entre les réformés et les luthériens (21 mars 1586) et deux ans plus tard il assistait au colloque de Berne. Bèze comprenait mieux alors les dangers de ces luttes intestines où s'épuisaient les forces de la Réforme, et à Montbéliard comme à Berne il fit entendre des paroles de conciliation.

Il avait dévoué aux Eglises réformées de France sa vie et ce n'est pas un des moindres services qu'il leur a rendus que de publier leur histoire. L'Histoire ecclésiastique des Eglises réformées au royaume de France, qui parut à Anvers en 1580 est un recueil de documents d'une rare valeur, plutôt qu'une histoire raisonnée des origines de la Réforme en France. Mais rien ne devait rendre son nom plus populaire dans les Eglises de langue française que cette traduction des Psaumes qui associa pour toujours son nom à celui de Marot

Au lieu de « pétrarquiser un sonnet il trouva plus séant de chanter un cantique à Dieu » et donna à la Réforme ce psautier dont les éditions ne devaient pas se compter et qui devait être l'aliment de la piété huguenote pendant des siècles.

Bèze put encore être témoin de la glorieuse journée de l'Escalade qui sauva Genève des entreprises catholiques, puis il s'éteignit sans souffrances après avoir dit peu avant-

« Les serviteurs de Dieu doyvent mourir tout debout pour vivre et estre à leur tour assis es lieux célestes. » 
(Frank Puaux).
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