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Emmanuel (ou Imannuel)
Kant
est
un philosophe né le 22 avril 1724 à Koenigsberg (auj. Kaliningrad),
et mort dans cette même ville le 12 février 1804. Il
était fils d'un sellier d'origine écossaise. Ses parents,
ardents piétistes, le mirent, à
neuf ans, au collège Frédéric, dirigé par leur
protecteur Franz-Albert Schultz, professeur à la faculté
de théologie de Koenigsberg, disciple à la fois de Spener,
fondateur du piétisme, et de Wolf, l'illustre leibnizien. On destinait
l'enfant à la carrière de pasteur. De 1740 à 1745,
à l'université de Koenigsberg, Kant étudie, à
côté de la théologie, la physique, et surtout les mathématiques
et la philosophie newtonienne. Il resta longtemps obscur et pauvre. En
1746, il publie : Pensées sur la véritable estimation
des forces vives. Il se fait précepteur, de 1746 à 1755.
En 1755, il achève son Histoire universelle de la nature et théorie
du ciel, où il est traité du système et de l'origine
mécanique de l'univers d'après les principes de Newton. Cet
ouvrage de jeunesse contient des idées cosmogoniques que l'on retrouvera
plus tard développées indépendamment par Laplace.
La
formation de l'Univers selon Kant.- Tous les matériaux qui composent
les astres du système solaire
étaient, à l'origine, décomposés en leurs éléments
primitifs, et remplissaient entièrement l'espace où ils circulent
à présent. L'état actuel résulte de l'attraction
universelle et d'une force répulsive agissant sur les parties ténues.
La matière s'est réunie vers un centre et y a formé
un sphéroïde nébuleux tournant qui deviendra le Soleil .
Des parties se détachent de ce sphéroïde, se condensent
et forment les planètes
qui tournent autour du Soleil dans des plans peu inclinés sur son
équateur. Kant, comparant les densités du Soleil et des planètes
données par de Buffon, démontre
l'identité de la constitution de ces astres. Les comètes
se sont créées dans les parties les plus extérieures
du sphéroïde nébuleux, sont formées d'une matière
très ténue d'où résulte la queue, et tournent
autour du Soleil dans des plans très inclinés sur son équateur.
En assimilant à l'origine la planète Saturne
aux comètes, Kant montre que la chaleur solaire a formé autour
de cet astre une atmosphère d'une nature analogue aux queues; cette
atmosphère, par suite du refroidissement, est devenue un anneau
composé de zones concentriques et séparées, à
cause de la rotation de la planète. Remarquons que Kant parle de
zones séparées avant que l'existence de la division de Cassini
fût connue. Kant explique ainsi l'origine de la chaleur solaire.
Le Soleil, étant une sphère enflammée, contient de
l'air. Dans son atmosphère s'élèvent des nuages de
fumée provenant des matériaux détruits par la flamme;
ces matériaux, en s'élevant, se refroidissent, retombent
sur la flamme en pluies de poix et de soufre et lui donnent un nouvel aliment.
En même temps, Kant soutint une thèse
de promotion sur le feu et une thèse d'habilitation : Nouvelle exposition
des premiers principes de la connaissance métaphysique. Il est nommé
privat-docent.
Après avoir été pendant 15 ans simple répétiteur,
il obtint en 1770 chaire de logique et de métaphysique à
l'Université de Koenigsberg.
C'est alors qu'il écrivit, en 1770,
comme thèse professorale, son premier ouvrage de philosophie critique
: De la forme et des principes du monde sensible et du monde intelligible.
Les trente années qui suivent sont consacrées à l'élaboration
de la philosophie critique. En 1781, paraît la Critique de la
raison pure; en 1783, un opuscule destiné à faire comprendre
le sens exact de la critique Prolégomènes à toute
métaphysique future visant à se présenter comme science.
Les Premiers principes métaphysiques de la science et de la nature
sont de 1786, année où il devient recteur de l'université
de Koenigsberg, un an avant d'être reçu à l'Académie
de Berlin.
-
Emmanuel
Kant (1724-1804).
Kant avait commencé à exposer
sa doctrine morale, en 1785, dans le Fondement de la métaphysique
des moeurs et, en 1788, il approfondit ses idées dans la Critique
de la raison pratique. La Critique de la faculté de juger (1790)
traite du beau et du sublime, et de la finalité. En 1793, la Religion
dans les limites de la pure raison légitime la religion par la morale.
La théorie du droit et de la moralité est exposée
dans les Principes métaphysiques de la théorie du droit
et
les Principes métaphysiques de la théorie de la vertu,
dont l'ensemble constitue la Métaphysique des moeurs (1797).
Il ne quittera sa chaire qu'en 1797 et travaillera jusqu'à sa mort,
en 1804, à un ouvrage resté inachevé, sur le Passage
des principes métaphysiques de la science de la nature à
la physique (1882).
C'était un homme de très
petite taille, haut de 5 pieds à peine, les os et les muscles peu
développés, la poitrine plate et presque concave, l'articulation
de l'épaule et du bras droit légèrement déboîtée;
le front haut, avec de beaux yeux bleus. Sa tête fut moulée
par Rnorr; ses restes ont été exhumés en 1880 (V.
Besselhagen, Die Grabstoette Kants, Koenigsberg, 1880).
Kant n'a vécu que pour la philosophie.
Il ne remplit aucune fonction politique, il ne se maria pas. Mais il ne
croyait pas pouvoir être philosophe sans être en même
temps homme. Il voulait être en contact avec les réalités
avant de chercher à les comprendre et à les régler.
Et dans ses plus hautes aspirations il se gardait de franchir les limites
de notre monde. Son objet est d'y vivre par principes. II se fait lui-même
ses principes, mais il les fait absolus, et il y obéit. Le fonds
où se concilient pour lui la loi et l'indépendance, c'est
la raison. Il veut juger et se conduire par elle. En politique, il professe
le libéralisme, mais il ne saurait séparer la liberté
de l'ordre, et respecte en conscience le pouvoir établi. En religion,
il est rationaliste, mais il maintient l'esprit du christianisme et apprécie
les services des religions positives. En philosophie, il attaque le dogmatisme,
mais il repousse le scepticisme. En morale, il écarte toute loi
extérieure, mais pour se soumettre à un commandement interne
plus sévère que ce qu'il rejette. Hardiesse en matière
de spéculation, respect dans l'ordre des faits et de la pratique
: telle est la marque de son esprit.
Kant fut un penseur plus qu'un écrivain.
Quelques-uns de ses premiers ouvrages comme les Observations sur le beau
et le sublime ou encore la méthodologie de la Critique de la
raison pure ,
d'une manière générale les par ties où il exprime
ses convictions morales, ont de l'aisance, de l'agrément ou de la
vigueur. Mais dans l'analyse métaphysique son style est compliqué,
laborieux, redondant, et souvent d'autant plus obscur que l'auteur s'est
plus travaillé pour être clair. L'oeuvre de Kant est une pensée
qui cherche sa forme. Plus achevée, eût-elle autant excité
les intelligences?
Voici la liste chronologique des principaux
ouvrages de Kant, lesquels sont, pour la plupart, écrits en allemand
:
-
| Pensées
sur la véritable estimation des forces vives, et examen des démonstrations
de Leibniz et autres mécaniciens relatives à cette question(1747).
Kant y concilie les doctrines de Descartes et de Leibniz sur la mesure
de la force d'un corps en mouvement.
La
Terre a-t-elle subi quelques modifications dans son mouvement de rotation
depuis son origine? (article de revue, 1754). Kant établit,
en s'appuyant sur les principes de Newton,
que la vitesse a dû diminuer.
La
Terre vieillit-elle? Recherche faite au point de vue physique (article,
1754).
Histoire
universelle de la nature et théorie du ciel, où il est traité
du système et de l'origine mécanique de l'Univers d'après
les principes de Newton (1755), célèbre ouvrage qui
parut anonyme, avec une dédicace à Frédéric
II, et qui prélude à l'Exposition du système du monde,
publiée par Laplace en 1796.
Résumé
des méditations sur le feu, 1755 (en latin). La chaleur,
comme la lumière, est un mouvement vibratoire de l'éther.
Nouvelle
explication des premiers principes de la connaissance métaphysique
(1755), thèse en latin pour obtenir le droit d'être privat-docent.
Il y est traité des principes de contradiction et de raison déterminante.
Trois
dissertations Sur les Tremblements de terre survenus en 1755 à
Quito et à Lisbonne.
Monadologie
physique (1756), thèse latine; Kant la soutint en vue d'une
présentation pour un professorat extraordinaire, présentation
qui n'eut pas lieu. La monade leibnizienne y est transformée en
atome physique.
Sur
la Théorie des vents (1756), explication exacte des vents
périodiques.
Conception
nouvelle du mouvement et du repos (1758).
Quelques
Considérations sur l'optimisme (1759). Kant y professe que
tout est bon, rapporté à l'ensemble des choses. Dans la fin
de sa vie il renia cet ouvrage leibnizien.
La
Fausse Subtilité des quatre figures syllogistiques (1762).
Seule la première figure est pure et primitive.
Tentative
d'introduire dans la philosophie le concept des quantités négatives
(1763). L'opposition réelle, dans laquelle les deux termes sont
en eux-mêmes également positifs, est irréductible à
l'opposition logique, où l'un des deux termes est le contradictoire
de l'autre.
L'Unique
fondement possible d'une démonstration de l'existence de Dieu
(1763). Le possible, considéré, non dans sa forme, mais dans
sa matière ou ses data, suppose l'existence et, finalement, l'existence
d'un être nécessaire.
Etude
sur l'évidence des principes de la théologie naturelle et
de la morale (1764), ouvrage composé en vue d'un concours
qu'avait ouvert l'Académie de Berlin. Kant n'obtint que l'accessit
: le prix fut donné à Mendelssohn. Kant oppose, comme Mendelssohn
d'ailleurs, la philosophie aux mathématiques, et conclut que la
méthode de celles-ci ne convient pas à celle-là.
Observations
sur le sentiment du beau et du sublime (1764), oeuvre de critique
et de moraliste.
Programme
des cours pour le semestre d'hiver 1765-1766. L'éducation
des facultés de l'esprit doit précéder l'acquisition
de la science. Dans cet opuscule se manifestent des préoccupations
critiques.
Les
Rêves d'un visionnaire éclaircis par les rêves de la
métaphysique (1766, anonyme). Cet ouvrage fut composé
à propos des visions de Swedenborg. Kant y veut être léger
et sceptique, à la manière de Voltaire. La seule différence
entre l'illuminisme et la métaphysique, c'est que le premier est
le rêve du sentiment, tandis que la seconde est le rêve de
la raison : ceci ne vaut guère plus que cela. Ne prétendons
pas à connaître l'inconnaissable.
Du
Fondement de la différence des régions dans l'espace (1768).
C'est la réfutation de la théorie leibnizienne de l'espace.
Il est nécessaire, selon Kant, d'admettre un espace absolu universel.
De
la Forme des principes du monde sensible et du monde intelligible
(1770), dissertation en latin écrite par Kant pour acquérir
le droit d'être nommé professeur ordinaire de logique et de
métaphysique. Kant rompt avec le dogmatisme en ce qui concerne la
connaissance sensible, non encore en ce qui concerne la connaissance intelligible.
Lettres
à Marcus Herz, de 1770 à 1784. Kant cherche une situation
intermédiaire entre l'idéalisme et le réalisme.
Des
Différentes Races humaines. Les races sont des variétés
devenues stables. Une véritable histoire des êtres naturels
ramènerait sans doute beaucoup de prétendues espèces
à de simples races issues d'une espèce commune.
Critique
de la raison pure
(1781). Une connaissance théorique suppose à la fois intuition
et liaison nécessaire. La première condition n'étant
réalisable pour nous qu'à propos des choses sensibles, celles-ci
sont les seules que nous puissions connaître théoriquement,
Seconde édition de la Critique (1787). C'est une question très
controversée de savoir si les changements que présente cette
seconde édition portent sur le fond ou seulement sur la forme. |
Rosenkranz,
Schopenhauer, Kuno Fischer tiennent pour une modification profonde, tendant
à rétablir la chose en soi, qu'avait abolie, selon eux, la
première édition. Selon la témoignage de Kant, la
seconde édition fait simplement ressortir le côté réaliste
de la doctrine, méconnu par certains lecteurs. L'affirmation de
Kant se soutient très bien. La première édition n'abolissait
pas la chose en soi, mais la connaissance théorique de la chose
en soi, ce qui est très différent.
Prolégomènes
à toute métaphysique future visant à se présenter
comme science (1783). Ce court ouvrage donne une exposition analytique
de la doctrine, et dissipe les méprises qui s'étaient produites
au sujet de la première édition de la Critique.
Conception
d'une histoire universelle au point de vue cosmopolitique (article
de revue, 1784).
Réponse
à la question : Qu'est ce que les lumières? (article
de revue, 1784), Les lumières, dit Kant, c'est l'émancipation
de l'intelligence.
Compte
rendu de l'ouvrage de Herder intitulé : Idées concernant
la philosophie de l'histoire de l'humanité (article de revue,
1785). Haut y repousse la doctrine de l'unité essentielle de la
nature et de la liberté.
Etablissement
de la métaphysique des moeurs (1785 ; 4° éd.,
1797). Kant y détermine et y assure le principe fondamental de la
moralité.
Principes
métaphysiques de la science de la nature (1786; 3e éd.,
1800). C'est l'établissement des axiomes de la physique pure.
Conjectures
sur le commencement de l'histoire de l'humanité (1786).
De
la Médecine corporelle en tant qu'elle ressortit à la philosophie,
discours en latin (1786 ou 1788).
De
l'Emploi des principes théologiques en philosophie (article,
1788).
Critique
de la raison pratique
(1788; 6° éd. 1827). C'est la détermination de la nature
de la loi morale et du genre d'adhésion qui convient aux principes
pratiques.
Critique
de la faculté de juger
(1790; 3° éd., 1799). Kant y traite du fondement et de la valeur
des notions du beau et de la finalité.
Sur
l'Illuminisme et les remèdes à y opposer (1790),
dissertation écrite à propos de Cagliostro.
Sur
l'échec de toutes les tentatives des philosophes en matière
de théodicée (1791).
La
Religion dans les limites de la pure raison (1793; 2° éd.,
1794). C'est la déduction ou légitimation de la religion.
Cela seul y est fondé, qui se rapporte à la morale, Il faut
tendre à rendre la religion purement rationnelle.
Sur
le Lieu commun; cela est bon en théorie, mais ne vaut rien dans
la pratique (article de revue, 1793). Kant y rejette cet aphorisme,
non seulement en ce qui concerne la moralité, mais encore en ce
qui concerne le droit politique et le droit des gens.
De
l'Influence de la lune sur le temps (article, 1794).
De
la Paix éternelle, Essai philosophique (1795). Kant place
dans la paix éternelle le but du développement historique
de l'humanité, et cela, non en vertu du sentiment, mais en vertu
de l'idée de justice.
Principes
métaphysiques de la théorie du droit (1797; 2°
éd., 1798). C'est la théorie du droit ou de le légalité,
telle qu'elle se déduit de la critique de la raison pratique, Principes
métaphysiques de la théorie de la vertu (1797; 2° éd.,
1805). C'est la théorie de la moralité, telle également
qu'elle suit de la critique. Ces deux écrits ensemble portent le
titre de Métaphysique des moeurs.
La
Dispute des facultés (ouvrage auquel est joint un article
de 1797 : Sur la Puissance qu'a l'esprit de se rendre mettre de ses sentiments
maladifs par sa seule volonté (1798). C'est le conflit de la faculté
de philosophie, représentant la vérité rationnelle,
avec les trois autres, théologie, droit et médecine, qui
représentent les disciplines positives.
Anthropologie
traitée au point de vue pragmatique (1798; 2° éd.,
1800). L'anthropologie pragmatique est l'art de tirer parti des humains
en vue de ses propres fins.
Logique,
ouvrage de Kant publié par Jäsche (1800).
Géographie
physique, ouvrage de Kant publié par Rink (1802-1803).
Sur
la Pédagogie, ouvrage publié par Rink (1803). Ce
sont des observations tirées d'un cours fait plusieurs fois par
Kant sur ce sujet.
Passage
des principes métaphysiques de la science de la nature à
la physique, ouvrage resté inachevé, écrit
entre 1783 et 1803, publié d'abord par Reicke de 1882 à 1884,
dans les Altpreussische Monatschriften, puis, plus complètement,
par Albrecht Krause (1888). C'est le progrès de la déduction
allant de la métaphysique de la nature matérielle à
la physique expérimentale considérée comme science,
c.-à-d. comme système.
Réflexions
de Kant sur la philosophie critique, publiées par Benno
Erdmann (1882-1884).
Lettres.
Elles ne sont guère qu'au nombre de 100, dont 19 adressées
à Marcus Herz. |
La philosophie de Kant est l'un des faits
les plus considérables de l'histoire de l'esprit humain. Au début,
Kant est disciple de l'école leibnizo-wolfienne. L'étude
de Newton l'amène à considérer la science comme un
fait, dont il ne s'agit pas de prouver l'existence, mais de faire comprendre
la possibilité. Par la lecture de Rousseau, il est conduit à
voir dans la moralité un autre fait : pour qu'il y ait une science
nécessaire et universelle et, par conséquent, prévoyant
les phénomènes, il faut qu'une connaissance a priori des
objets de l'expérience soit possible. Fonder cette possibilité,
tel est l'objet de l'Idéalisme critique. Kant n'admet pas l'intuition
intellectuelle des dogmatiques. Puisque l'esprit ne peut pénétrer
la nature de ses objets, il faut, si l'on veut sauvegarder l'accord de
l'esprit et des choses, condition de la science, admettre que ce sont les
choses qui, en tant que connaissables, acceptent les lois de l'esprit.
Sinon, on aboutit au scepticisme de Hume, et c'est par réaction
contre le scepticisme que Kant, « réveillé de son sommeil
dogmatique», élabore le système critique. Les choses
sont donc connues comme phénomènes, en tant qu'elles rentrent
dans les intuitions de la sensibilité (espace et temps) et les catégories
de l'entendement, et qu'elles subissent les lois régulatrices de
la raison. En tant qu'elles sont indépendantes de l'esprit qui les
pense, en tant que noumènes, elles sont inconnaissables. A la métaphysique
se substitue la critique. Quant à la morale de Kant, elle est dogmatique,
mais n'est nullement on contradiction, pour cela, avec la théorie
de la connaissance. Au contraire, la critique de la raison pure prépare
la critique de la raison pratique. Le noumène, inconnaissable par
la sensibilité et l'entendement, est connu au point de vue pratique
par la raison, en tant que soumis à la loi du devoir. La morale
de Kant est donc une morale rationnelle, fondée sur l'idée
du devoir.
Se proposant de soumettre à la critique
toutes les connaissances humaines (d'où sa doctrine a pris le nom
de criticisme), il distingue dans nos connaissances
deux parts, l'une qui appartient aux objets de la pensée et qui
nous est donnée par l'expérience : c'est ce qu'il nomme la
matière,
l'objectif; l'autre qui appartient au sujet pensant et que l'esprit tire
de son propre fond pour l'ajouter aux données de l'expérience
: c'est la forme, le subjectif. La raison applique la forme à la
matière comme le cachet donne son empreinte à la cire, puis
elle croit voir comme existant dans les choses ce qui n'est réellement
qu'en elle-même. Kant fait le dénombrement de ces formes qui
sont inhérentes à la raison humaine, et qu'il nomme indifféremment
idées a priori, idées pures, catégories; à
leur tête il place les idées de temps, d'espace, de substance,
de cause, d'unité, d'existence, etc. Se demandant ensuite qu'elle
est la valeur de nos connaissances et si nous pouvons légitimement
passer du sujet à l'objet, il déclare que nous ne pouvons
connaître directement que ce qui nous est donné par l'expérience,
que tout le reste est simplement un objet de foi ou de croyance, et qu'ainsi
nos idées d'âme, d'univers, de Dieu, n'ont aucune certitude
objective. Cependant, par une heureuse contradiction, il accorde en morale
à la raison humaine une autorité qu'il lui refuse en métaphysique;
là il croit à la liberté, à la loi
impérative du devoir, à la nécessité d'une
harmonie entre le bonheur et la vertu, et il se trouve ainsi conduit à
rétablir comme indubitables les vérités qui sont impliquées
dans celles-là, l'existence de Dieu et l'immortalité de l'âme.
En morale, ce philosophe enseigne une doctrine rigide, fondée sur
l'idée du bien absolu, et qui rappelle le stoïcisme.
Kant a laissé un grand nombre d'ouvrages qui se rapportent, les
uns à la philosophie, les autres à différentes sciences.
Selon le célèbre historien
de la philosophie moderne, Kuno Fischer, la doctrine kantienne ne représente
rien moins qu'une révolution analogue à celle qu'accomplit
Socrate, quand il rappela l'humain de l'étude du monde à
l'étude de soi : elle donne en effet pour tâche à l'esprit
humain, non plus de trouver les principes de l'être et de se former
une conception de l'univers, mais de rechercher les conditions de la connaissance,
l'origine et la valeur des éléments de nos représentations.
Windelband écrivait que le rationalisme de Kant est la concentration
en une unité vivante de tous les principes moteurs de la pensée
moderne. Et il est certain tout d'abord que la philosophie de Kant à
présidé jusqu'au XXe siècle
au développement de la philosophie allemande. De Fichte ou de Schelling
à Wundt ou à Riehl, il n'est pas de philosophe allemand qui
ne continue ou n'élabore les idées kantiennes. En dehors
de l'Allemagne, le kantisme à exercé une influence de plus
en plus forte, à mesure qu'il a été mieux connu. Réfuté
par les uns, accueilli par les autres, il est devenu un des facteurs essentiels
de la pensée philosophique. En France, en particulier, au vif intérêt
historique dont il a été l'objet (et qui n'est pas complètement
éteint) s'est joint un intérêt théorique
: non seulement il existe un néo-criticisme français qui
est très prospère, mais il ne paraît guère de
dissertation philosophique où ne soit discuté le point de
vue de Kant; et son influence se fait sentir jusque dans les domaines de
la littérature et de la vie sociale. Exposer le véritable
caractère d'une telle doctrine est chose difficile; le plus
sûr sera de faire abstraction des divers développements qu'elle
a pu recevoir, et de s'en tenir à une scrupuleuse analyse des propres
écrits du philosophe. (B. / E.B./ NLI).
 |
En
librairie - Parmi les éditions
récentes de Kant : Critique de la raison pratique, PUF, 2003.
- Pour la paix perpétuelle, Le Livre de Poche, 2002. - Critique
de la raison pure, PUF, 2001. - Sur le mal radical dans la nature humaine
(bilingue, prés. Frédéric Gain), Rue d'Ulm, 2001.
- Anthropologie, Flammarion, 2001. - Observations sur le sentiment
du beau et du sublime, Flammarion, 2001. - Géographie,
Aubier, 2001. - Critique de la faculté de juger, Aubier,
2001. - Opus Postumum, PUF, 2000.-
Le jugement esthétique,
PUF, 2000. - Recherches sur l'évidence des principes de théologie
naturelle et de la morale, Vrin, 2000. - Considérations sur
l'optimisme, Vrin 1999. - La fin de toutes choses, Actes Sud,
1999. - Prolégomènes à toute métaphysique
future qui pourra se présenter comme science, Vrin, 1994. -
Fondements
de la métaphysique des moeurs, Le Livre de Poche, 1993. - Théorie
et pratique d'un prétendu droit de mentir, Flammarion, 1993.
- Opuscules sur l'histoire, Flammarion, 1993. - Correspondance,
Gallimard, 1991. - Emmanuel Kant, Les progrès métaphysiques
en Allemagne depuis le temps de Leibniz et Wolff,
Vrin.
Parmi
les publications récentes sur Kant : F. Capeillieres, Kant philosophe,
Le Cerf, 2004. - Benjamin Delannoy, Burke et Kant, interprètes
de la révolution française, L'Harmattan, 2004. - Collectif,
De
Kant à la phénoménologie (Revue Kairos n°
22), Presses universitaires du Mirail, 2004. - A. Boyer, Kant et Epicure,
le corps, l'âme et l'esprit, PUF, 2004. - David Mavouangui, Emmanuel
Kant, introduction à sa philosophie critique, Paari, 2003. - Alain
Tirzi, Kant et la musique, L'Harmattan, 2003. - Dekens, Comprendre
Kant, Armand Colin, 2003. - Collectif, La philosophie de Kant,
PUF, 2003. - Xavier Zubiri, Cinq leçons de philosophie (Aristote,
Kant, Comte, Bergson, Husserl), Rééd.
L'Harmattan, 2003. - Christophe Bouriau, Kant, Hachette, 2003. -
Du même, Aspects de la finitude (Descartes
et Kant), Presses universitaires de Bordeaux, 2000. - Gérard Lebrun,
Kant
et la fin de la métaphysique, Le Livre de Poche, 2003. Alain
Renaut, Kant Aujourd'hui, Flammarion (Champs), 2001. - Jaakko Hintikka,
Philosophie
des mathématiques chez Kant, PUF, 2001. - Laurent van
Eynde, Goethe, lecteur de Kant, PUF, 1999.
- Jean Ferrari, Simone Goyard-Fabre et al., L'Année 1796, Sur
la paix perpétuelle, de Leibniz aux héritiers de Kant,
Vrin, 1998. Un peu plus anciens : - Elhanan Yakira, La Causalité,
de Galilée à Kant, PUF, 1993.
- Abdelkader Bachta, L'espace et le temps chez Newton
et chez Kant, L'Harmattan.
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