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Les
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Hume (David).
- Écrivain qui a brillé dans bien des genres, essayiste,
historien, économiste de renom, mais qui dut surtout à ses
écrits philosophiques de compter comme un des esprits les plus ingénieux
et les plus aiguisés des temps modernes. Né à Édimbourg« Ma paix spirituelle n'est pas suffisamment assurée par la philosophie pour soutenir les coups de la fortune. Cette grandeur et cette élévation de l'âme ne se peut trouver que dans l'étude et la contemplation. »Une autre lettre écrite quelques années plus tard à un médecin dont il réclamait les conseils est plus instructive encore. On ne peut imaginer une épreuve d'auto-anatomie (que l'on nous passe ce barbarisme), conduite avec plus de méthode, plus de sang-froid et mettant mieux à nu les dispositions et les contradictions d'une âme en quête de ses voies. L'auteur avoue concevoir de grandes ambitions littéraires, mais il se défie de ses talents. Il voudrait, déclare-t-il, « plutôt vivre et mourir dans l'obscurité que de faire paraître [ses] pensées dans un état de mutilation et d'inachèvement ».Même découragement, quand il songe à ses beaux projets de perfectionnement moral, De guerre lasse, et tout en se rendant compte qu'il ne saurait renoncer à toujours mieux s'instruire sans renoncer du même coup à l'existence, il a résolu d'interrompre momentanément cette vie de méditation et de s'essayer dans une carrière active et extérieure. Ce fut aux affaires commerciales que s'arrêta son choix. L'expérience qu'il fit à Bristol de cette profession fut de courte durée; elle lui suffit pour le désabuser. Quelques mois après, il partait pour la France Nous ne ferons que mentionner la position
qu'il occupa, peu de temps, auprès du bizarre marquis d'Annandale.
En 1746, il accompagne Saint-Clair, comme secrétaire, dans son incursion
sur la côte française. En 1748 paraissent ses Essais sur
l'Entendement humain, qui ne sont que la reprise comme pâlie
de son traité de jeunesse et auxquels s'attacha très promptement
la faveur du grand public. En 1751, il achève l'Enquête
sur les Principes de la morale, son livre de prédilection. Bientôt
il aborde un nouveau genre, qui devait lui valoir une grande célébrité,
en même temps qu'il lui apporterait la fortune. Il entreprend une
Histoire
d'Angleterre En 1763, après la conclusion du
traité de Paris
David Hume, par Allan Ramsay. Pour bien comprendre ce que fut la position philosophique originale de David Hume, il est indispensable de le rapprocher et de Locke, son devancier en empirisme, et de Berkeley, idéaliste comme lui. Au premier, il emprunte sa méthode, exclusivement d'analyse introspective, grâce à laquelle, écartant toute ingérence des facultés métaphysiques, l'observation par la conscience relève, aligne, classe, subordonne mutuellement les données mentales, exactement comme fait l'expérience sensible pour les phénomènes du monde physique : de la sorte, la première tâche du philosophe est de dresser en quelque sorte l'inventaire de ses états internes, idées, sentiments, volitions, sauf à les organiser ensuite, si faire se peut, selon les règles du procédé inductif. Au second (pour lequel nous voyons, par une note des Essais, combien était vive son admiration), il dut cette aversion, ce dédain systématique pour les idées abstraites qui avait fourni à l'auteur des Principes de la connaissance humaine son argument le plus péremptoire en faveur de l'immatérialisme. Ce point, qui trop souvent a passé inaperçu, demande à être mis en pleine lumière. Oui, Locke avait reconnu à l'esprit humain la faculté de forger des idées abstraites, ainsi, celle du triangle en général, triangle qui ne serait ni isocèle, ni scalène, ni équilatéral, précisément parce qu'il est à la fois tout cela. Or, c'est contre cette prétention que Berkeley s'inscrivit. D'idée semblable, je ne puis en imaginer d'aucune manière, déclare-t-il, et tout lecteur sincère devra s'en avouer tout aussi incapable que moi. Or, comme l'idée abstraite par excellence lui paraissait être l'idée de matière, il la rejeta ainsi qu'une entité sans valeur, sans consistance, simple nom qui synthétise des états de conscience déterminés. Il ne laisse subsister dans le monde qu'esprits et idées, l'esprit par excellence, créateur, moteur et Providence, étant Dieu lui-même. David Hume accepte, sans y rien changer, la théorie berkeleyenne de l'abstraction; il bannit, à son exemple, de la sphère de la réalité toute notion d'un abstrait et d'une généralité, quelle qu'elle soit; mais il prétend pousser plus avant encore que n'avait fait l'évêque de Cloyne et suivre jusqu'au bout les conséquences qui, selon lui, découlaient de cette négation des abstraits. La matière s'est dissipée, fort bien; mais il n'y a nulle raison, soutient l'auteur du traité de la Nature humaine, pour que l'esprit résiste mieux à l'analyse du nominaliste, car ce mot d'esprit, par lequel la philosophie régnante prétend nommer une substance simple, désigne un abstrait sans réalité. Même sort doit être réservé à cet abstrait supérieur, l'Esprit par excellence, c.-à-d. Dieu. Avec la croyance en la matière, la foi spiritualiste, la foi en Dieu doivent s'écrouler. Ces conclusions destructrices du dogmatisme séculaire qui, par une piquante ironie, se donnaient comme une simple extension des idées tenues par un philosophe religieux, s'appuyaient sur une théorie de la connaissance qui les rendrait singulièrement redoutables. Cette théorie célèbre qui, au témoignage renouvelé de Kant, devait réveiller de son sommeil dogmatique le futur auteur des trois Critiques, peut se résumer dans les articles suivants : tout ce qu'enferme soit notre conscience, soit notre réflexion, ne consiste qu'en impressions et en idées, ces dernières n'étant elles-mêmes que des impressions affaiblies et comme éteintes. A ces éléments derniers, il faut qu'en dernier ressort se réduisent nos pensées les plus complexes, comme nos conceptions les plus hautes, sous peine de constituer de purs abstraits, c.-à-d. de n'être rien du tout. Or, nos idées, qui sont toute la traîne de notre vie intellectuelle, sont à l'égard les unes des autres dans une condition d'absolue discontinuité. Nul lien ni interne ni externe ne les peut mutuellement unir, car que serait un tel lien et comment l'analyse en rendrait-elle compte? A fortiori, la prétendue nécessité, inventée par les métaphysiciens pour investir certaines idées d'un caractère privilégié, est-elle imaginaire et toute due à une illusion de la pensée. Les seuls rapports réels entre nos idées sont des rapports de concomitance et de succession; la seule union dont elles soient susceptibles résulte d'associations plus ou moins étroites, selon la fréquence des simultanéités et des répétitions. Une association constante, que l'observation n'a jamais démentie, la nécessité dite a priori n'a pas d'autre provenance. Enfin, concevons qu'entre d'innombrables conséquents et des antécédents déterminés le rapport de succession ne se soit jamais démenti; que de la constatation sans cesse renouvelée de ce rapport soit née en nous une tendance, dès qu'un nouveau fait se produira, à lui supposer un rapport semblable avec quelque fait passé; qu'enfin cette tendance ait toujours été confirmée par l'événement : cette tendance qui n'est en nous qu'une habitude, par conséquent, une disposition subjective, de valeur toute contingente, acquerra la force et comme la majesté d'un principe nécessaire. Ce principe est précisément celui de causalité. « Une cause, déclare-t-il en propres termes, est un objet antécédent et contigu à un autre et ainsi uni avec lui que l'idée de l'un détermine l'esprit à former l'idée de l'autre et l'impression de l'un à former une plus vive idée de l'autre. »Cette dissolvante théorie entraînait, non seulement l'idéalité du monde extérieur, mais la subjectivité et la relativité de toute science de la nature. Le principe causal, qui est comme le nerf de cette science, ne possédait plus dès lors qu'un caractère contingent et une essence composite. Le système des vérités dites établies ne demeure vrai que sous bénéfice d'inventaire et moyennant que nos associations coutumières tiennent bon. Enfin, le plus grave est que cette méthode d'émiettement n'épargne pas plus ce petit monde qui est nous-même que le monde extérieur en relation avec nous. Le moi, pas plus que le non-moi, n'a de continuité véritable ; la substantiabilité n'est pas moins proscrite de l'un que de l'autre. Et si l'on me demande ce qu'est ce je qui s'oppose à la multiplicité des choses, il faut répondre : un assemblage (a heap, a bundle), un faisceau de sensations. Telle est la négation dernière qui couronne cette dialectique pyrrhonienne ( « Quand nous ramenons l'entendement humain à ses premiers principes, nous trouvons qu'il nous conduit à des sentiments qui semblent tourner en ridicule toutes nos peines, toute notre industrie passée et nous découragent de futures recherches. »Pourtant, chose remarquable, ce ne sont ni les travaux historiques de David Hume, ni ses études morales, ingénieuses, certes, mais bien dépassées par l'utilitarisme de ses successeurs, qui ont fait durable sa renommée; ç'a été sa philosophie de la connaissance, en dépit de son scepticisme et des inquiétudes qu'elle provoque chez le savant. C'est qu'elle mit à nu les « points malades » des doctrines traditionnelles que transmettait, sans les raffermir, l'indolence des écoles. Elle porta à sa perfection la méthode de l'analyse intérieure et pénétra à des profondeurs que Locke n'avait pas soupçonnées. Elle devint le stimulant par excellence du génie métaphysique; elle interdit la douce torpeur de la croyance paresseuse et mit la pensée spéculative en demeure d'accomplir des prodiges sous peine de déchéance. (Georges Lyon).
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