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| Jean-Baptiste Colbert
est un ministre de Louis XIV, né à
Reims
le 29 août 1619, mort à Paris
le 6 septembre 1683, fils aîné de Nicolas Colbert et de Marie
Pussort. Après une jeunesse employée à d'obscurs travaux
de commerce, il servit comme commissaire des guerres, puis devint secrétaire
de Le Tellier qui, en 1649, lui fit donner le titre de conseiller du roi
et le fit connaître à Mazarin (1651).
Celui-ci l'apprécia et ne tarda pas à le charger de ses affaires
à titre d'intendant. Dans ces fonctions délicates, Colbert
fut économe et honnête en ce qui le concernait, tout en ne
se dissimulant pas la malhonnêteté des moyens employés
par le cardinal pour augmenter sa fortune; il multipliait envers Mazarin
les expressions du dévouement le plus absolu et rien n'autorise
à croire qu'il ne fut pas sincère; il lui prodiguait d'ailleurs
les bons conseils et ce ne fut pas toujours uniquement pour les affaires
privées du cardinal qu'il eut voix consultative. Il ne cessait,
d'ailleurs, de demander à Mazarin des faveurs, de celles qui rapportentt
un bénéfice pécuniaire; mais cela n'avait rien de
choquant dans un temps où tous les serviteurs de l'État pouvaient
presque, sans demander, prendre hardiment ce qui était à
leur convenance; du moins Colbert voyait-il le mal dont il ne tirait bénéfice
que très indirectement. Il avait demandé au cardinal sa confiance
absolue (1652) et il obtint la disposition sans réserve de sa fortune.
Le cardinal Mazarin, vers la fin de sa vie, le chargea de surveiller l'administration des finances de l'État; il lui répondit avec fermeté et liberté; en octobre 1659, il lui adressa un mémoire où il exposait les malversations de Fouquet, dont il convoitait le poste, et proposait l'établissement d'un ordre exact, d'une administration royale, et d'une chambre de justice qui punirait les prévaricateurs; il conviendrait ensuite, ajoutait-il, de porter remède aux souffrances. des pauvres, de mieux répartir la taille, de surveiller les collecteurs d'impôts, de retrancher une multitude d'offices inutiles, surtout des offices de justice et de favoriser le développement de la richesse publique par le rétablissement de la marine et du commerce. C'est le programme que deux ans plus tard il était appelé à appliquer; Mazarin était à la fois trop intelligent pour n'en pas voir la grandeur, trop fatigué, trop sceptique et trop malhonnête pour en entreprendre la réalisation. Il se contenta de faire quelques observations à Fouquet et lui fit promettre de l'informer de tout; il continua à soumettre le travail du surintendant à l'examen de Colbert. En mourant, le cardinal recommanda Colbert à Louis XIV. On raconte qu'il lui dit : Le roi avait apprécié depuis quelque temps l'honnêteté et l'esprit d'ordre de l'intendant de Mazarin; il lui donna d'autant plus volontiers sa confiance qu'il le voyait humble et soumis et qu'il était choqué de la vanité encombrante du surintendant. La lutte entre Colbert et Fouquet ne dura que quelques mois; chaque jour, Colbert démontrait au roi, avec une passion dont le bien de l'État n'était pas la seule cause, l'infidélité de Fouquet. La perte de celui-ci fut résolue, et, s'il méritait un châtiment exemplaire, l'acharnement avec lequel il fut poursuivi éveilla en sa faveur des sympathies qu'il ne méritait guère. Sa punition parut à une grande partie du public le résultat de la haine de Colbert et de Le Tellier désireux de se partager les dépouilles de leur rival, de Colbert surtout qui mena l'affaire et qui maintint pendant de longues années en disgrâce quelques-uns des juges du surintendant, trop indulgents à son gré. L'opinion publique était très complaisante pour les concussions dont Mazarin lui-même avait si largement profité.« Je vous dois tout et je crois m'acquitter en vous laissant Colbert. » -
Jean-Baptiste Colbert (1619-1683). Tableau de Claude Lefebvre (1666). Colbert était désormais en mesure d'appliquer ses plans. Il avait toute la confiance de Louis XIV, qui aimait la largeur de vues de son ministre et qui comprenait la grandeur et l'éclat des projets développés complaisamment devant lui par Colbert. Celui-ci fut le principal conseiller du roi pendant plusieurs années et il usa de cette situation au mieux des intérêts de l'État, sachant allier à la plus stricte économie un air de magnificence qui plaisait au souverain. D'abord simple intendant des finances (16 mars 1661), Colbert en devint l'administrateur unique sous l'ancien titre de contrôleur général dont les trois charges furent réunies en une seule entre ses mains (12 décembre 1656); il eut entrée et voix aux conseils d'État et des finances. Il ne devint secrétaire d'État qu'en 1669 (de la marine le 7 mars et de la maison du roi le 18 février); en 1669, il fut fait ministre d'État. Depuis 1661, il avait la direction des affaires de la marine, bien que M. de Lyonne eût la signature; il n'en fut chargé par commission qu'en 1666. Depuis 1664, il était surintendant des bâtiments et manufactures. En somme, il avait les attributions qui sont aujourd'hui réparties entre les ministres des finances, de la marine et des colonies, de l'agriculture, des travaux publics, du commerce, des beaux-arts, de l'instruction publique même, et jusqu'à un certain point de l'intérieur. Il fit confier à sa famille quelques-uns des plus grands emplois de l'État , dont elle était digne d'ailleurs, ne rougissant pas de demander au roi sans cesse de nouveaux bienfaits que ses services payèrent largement. Il touchait, comme surintendant des bâtiments, au moins 100,000 livres, comme contrôleur général, 200,000 livres par an et 50,000 livres en outre comme pot de vin des fermes générales, et ses filles eurent du roi un million de dot. On l'accusa d'avoir fait des spéculations sur les anciens billets de l'Épargne; il recevait, avec l'autorisation du roi, des gratifications des fermiers généraux, des États provinciaux, etc. Sa fortune était considérable; il était baron de Seignelay, de Sceaux, de Lignières; en 1681, il devint marquis de Châteauneuf; toutes ses terres étaient fort belles et bien entretenues. Sa vie était d'ailleurs magnifique, bien qu'il eût personnellement des goûts assez simples et se contentât de peu pour lui-même; il eut la faiblesse d'embellir sa généalogie par l'addition d'ancêtres de fantaisie auxquels personne ne crut. En 1665, il fut fait grand trésorier des ordres et, comme les autres officiers de l'ordre, porta les marques et insignes réservés aux chevaliers qui seuls faisaient les preuves de noblesse nécessaires; son frère, Maulévrier, fut même chevalier des ordres en 1688. Les principaux titres de gloire de Colbert sont le relèvement des finances et du commerce et l'impulsion donnée à l'établissement de la marine royale. Dans son oeuvre de restauration des finances, « les magnificences de Louis XIV contrarièrent toujours le système de Colbert [...]. Il travaillait pour des ingrats » (Voltaire). « Esprit solide mais pesant, né principalement pour le calcul, Colbert, dit l'abbé de Choisy, débrouilla tous les embarras que ses successeurs avaient mis exprès dans les affaires. Une application infinie lui tenait lieu de science. »Il commença par supprimer un grand nombre d'offices de finances et par déclarer les offices conservés « casuels », c.-à-d. viagers, ou même révocables à volonté (1661-1665). La comptabilité fuit réorganisée; l'État fut affranchi des avances que lui faisaient ses receveurs par un système qui consistait à leur faire souscrire des obligations à quinze mous. Une chambre de justice fut instituée pour la recherche des abus et malversations commis dans les finances depuis 1635, « pour punir exemplairement tous les auteurs et complices des crimes énormes de péculat qui ont épuisé nos finances et appauvri nos provinces » (novembre 1661). La chambre de justice déploya une rigueur extraordinaire; plusieurs traitants furent pendus ou envoyés aux galères; deux commis des finances, Gourville et Bruant, furent condamnés à mort par contumace (1664). La plupart des financiers furent frappés de taxes énormes. Un édit de juillet 1665 convertit les peines corporelles en peines pécuniaires; l'ensemble en atteignit 135 millions (chiffre calculé par H. Martin). La chambre de justice fut supprimée en 1669, par commisération pour les familles que « l'appréhension de ces recherches tenait dans une inquiétude continuelle ». L'État fut remis en possession d'une foule de droits et de revenus aliénés à vil prix (1662-1665). Une commission spéciale fut instituée en 1667 pour le recouvrement du domaine aliéné ou usurpé. Les rentes excessives furent réduites, au delà même de ce que permettait l'équité; l'édit de décembre 1663 abaissa l'intérêt légal du denier 18 au denier 20, c.-à-d. de 5,5 à 5. Pour les fermes, on reprit le système
des adjudications publiques. Les ordonnances de comptant furent réduites
à un chiffre relativement modéré. Les finances municipales
furent aussi réorganisées, les aliénations furent
interdites aux communes qui ne purent faire d'emprunts que dans des cas
fort rares et à charge de remboursement dans un délai fixé.
Il ne suffisait pas d'empêcher l'exploitation frauduleuse des ressources
de l'État, il fallait répartir l'impôt d'une manière
plus équitable et en augmenter le rendement. Colbert réduisit
à la fois la taille et les aides; mais, par suite de l'accroissement
de la richesse nationale et de la consommation ainsi que par la conclusion
de nouveaux baux avec les fermiers, les revenus montèrent en mène
temps que les dépenses diminuèrent. En 1663, l'assiette et
la perception des tailles furent réglées à nouveau
par une ordonnance; les exemptions injustes furent révoquées,
et même les privilèges de certains districts ou de certaines
villes. Les faux nobles furent poursuivis. Colbert eût voulu faire
plus encore, substituer la taille réelle à la taille personnelle,
comme cela existait en Languedoc
Colbert (Statue devant le Palais Bourbon, à Paris). © Photo : Serge Jodra, 2010. En 1681, dans une réunion des intendants
de Languedoc « Voilà donc, dit-il, la voie des emprunts ouverte! Quel moyen restera-t-il désormais d'arrêter le roi dans ses dépenses! Après les emprunts, il faudra les impôts pour les payer, et, si les emprunts n'ont point de bornes, les impôts n'en auront pas davantage. »En 1673, il dut, malgré sa résistance, assigner 60 millions au fonds de la guerre; il avait déclaré impossible de subvenir à cette dépense. « Songez-y, lui dit le roi; il se présente un homme qui entreprendra d'y suffire si vous ne voulez pas vous y engager. »On rétablit des offices de finances et de justice supprimés; on en créa de nouveaux, on vendit aux bas officiers des exemptions des tailles; divers droits royaux furent aliénés; la taille fut augmentée; un emprunt de 900,000 livres fut émis. A la paix de 1678, Colbert se reprit à espérer. On a raconté qu'il disait un jour : « Je voudrais que mes projets eussent une fin heureuse, que l'abondance régnât dans le royaume, que tout le monde y fût content, et que, sans emplois, sans dignités, éloigné de la cour et des affaires, l'herbe crût dans ma cour. »Dès 1678, il diminua de nouveau la gabelle, ramenée au taux de 1679; il recommença la réduction des tailles; un nouvel emprunt permit de racheter des domaines publics aliénés. En 1680, il put ramener au denier 20 l'intérêt qui s'était élevé beaucoup pendant la guerre. En 1680, deux nouveaux règlements confirmèrent et développèrent ceux de 1664 et de 1668 sur les gabelles et les aides. Les aides furent réunies en une même ferme générale. En 1682, il avait remboursé ou converti 90 millions d'emprunts. Malheureusement, malgré l'augmentation des baux des fermes, le déficit croissait par suite de l'exagération des dépenses. En 1683, il adressa encore au roi un mémoire sur les finances qui est son véritable testament, demandant la réduction des tailles et la diminution des dépenses, « en vue du soulagement du peuple. » Bien qu'il y ait eu des soulèvements
populaires durant l'administration de Colbert, s'occupa du développement
de l'agriculture, du commerce et de l'industrie. Jamais peut-être
les campagnes n'avaient été plus malheureuses que de 1650
à 1660. Le blé avait enchéri d'une manière
effrayante ( L'élévation des droits d'exportation
repoussa le bétail étranger. Les droits d'entrée et
de sortie sur le bétail de province à province furent supprimés.
Un arrêt du conseil rétablit les haras (1665); des étalons
furent achetés et distribués; des privilèges furent
accordés aux particuliers chargés du soin des étalons.
La conservation des forêts fut protégée. L'ordonnance
des eaux et forêts (août 1669) « eût suffi, dit
Clément, à illustrer un ministre ». Les moyens de transport
furent améliorés. Des routes nouvelles furent construites.
Colbert facilita à Riquet les moyens de démontrer la possibilité
de la jonction de la Méditerranée à l'Océan
(1665); un édit d'octobre 1666, après
le succès de l'expérience, lui concéda le droit de
créer le canal des Deux-Mers (canal du Midi) L'édit de septembre 1664 supprima
un grand nombre de droits intérieurs; les lignes des bureaux des
tarifs embrassèrent tout le centre de la France En ce qui concerne le commerce extérieur,
Colbert avait pris pour principe le protectionnisme; mais en somme il fit
preuve d'une certaine modération dans l'application de ce système.
La prohibition frappa seulement l'importation de quelques articles de luxe.
Le roi avait annoncé l'intention de mettre son royaume « en
état de se passer de recourir aux étrangers pour les choses
nécessaires à l'usage et à la commodité de
ses sujets ». Les droits de sortie furent augmentés sur les
matières premières; les droits d'entrée sur certains
objets fabriqués furent presque doublés (tarif de 1667);
les droits sur l'entrée des matières premières et
des denrées tropicales furent réduits. Colbert encouragea
les fondations de grandes compagnies pour le commerce du Nord et pour celui
du Levant. Les capitulations avec la Porte ottomane Les abus inséparables de ce système
ne peuvent faire oublier les succès réels de Colbert. Des
privilèges furent accordées à la manufacture de tapis
de Beauvais (1664) et à celle des
Gobelins (1667). La culture
de la garance fut rétablie (1671). La fabrication des draps fins
faut introduite à Abbeville Le système de réglementation intérieure du travail adopté par Colbert trouvera moins de défenseurs, bien qu'il ait en quelques avantages passagers. Il révisa les statuts des anciennes corporations et en créa de nouvelles (édits de 1666 et 1673). Une ordonnance de 1669 règle les longueur, largeur et qualité de toutes les étoffes de laine et de fil. La moindre infraction (arrêt du roi du 24 décembre 1670) exposait les contrevenants à des confiscations, parfois à des châtiments corporels. Le monopole des corporations amenait la cherté des produits. Tout au plus peut-on dire que les règlements de Colbert « érigèrent en lois générales les procédés les plus perfectionnés qu'eussent pu découvrir les premiers fabricants de l'Europe, procédés que la routine, toute-puissante encore, eût peut-être repoussés durant des générations entières; ils offraient, en même temps à l'acheteur les plus puissantes garanties de la loyauté du commerce et de la qualité du produit. C'était aux successeurs de Colbert de suivre l'esprit et non la lettre de ses lois et de les modifier suivant le besoin des temps » (Henri Martin).Il nous faut mentionner, pour terminer l'exposé de l'administration de Colbert en matière commerciale, le développement donné à la juridiction consulaire et la réforme de l'administration des monnaies. Les mesures prises en faveur du commerce se rattachent d'ailleurs, étroitement, à l'une des plus grandes oeuvres de ce ministère, la restauration de la marine. La marine avait été fort
négligée pendant une partie du ministère de Mazarin,
bien que celui-ci, comme Richelieu, en eût
compris toute l'importance. Colbert y donna tous ses soins; il imprima
une grande activité aux constructions de la flotte royale dans les
arsenaux; il fonda Rochefort, il agrandit
les ports de Brest La question du personnel était plus
difficile encore à résoudre que celle du matériel;
il fallait recruter les équipages. Colbert se proposa d'avoir des
équipages permanents; il est l'auteur du système de l'inscription
maritime; une ordonnance du 22 septembre 1668 prescrivit à tous
les gouverneurs des provinces maritimes de faire procéder au dénombrement
de la population pour la partager en trois classes; cette disposition avait
déjà été appliquée à La
Rochelle, à Brouage, et en Saintonge
Colbert, par Antoine Coysevox (musée du Louvre). Il créa une école d'hydrographie,
des écoles pour deux cents gardes-marine, etc., et tenta de répandre
le goût de la vie maritime et de faire entrer dans la marine des
officiers de haute naissance pour jeter sur le corps des officiers un éclat
de nature à attirer l'attention sur la marine. Des grades furent
conférés aussi aux capitaines marchands les plus habiles.
Des écoles furent fondées pour l'artillerie de marine. Des
ordonnances accordèrent aux matelots des privilèges et exemptions
en compensation de l'établissement de l'inscription maritime. Des
hôpitaux furent fondés dans les arsenaux de Toulon « L'accroissement de la flotte française en dix ans, dit H. Martin, fut quelque chose à confondre l'imagination. »En 1661, on n'avait, les galères à part, que 30 bâtiments de guerre. En 1671, on arriva à 196; et en 1683, à 276. L'inscription maritime fournit, en 1685, 78,000 matelots. Il convient de citer les ordonnances de 1674, 1673 et surtout le règlement du 6 octobre 1674 sur la police des arsenaux. Tous les approvisionnements durent être d'origine française, excepté le cuivre, le plomb, et partie des bois qu'on pouvait tirer du dehors par l'entremise des marchands français. Il dut y avoir toujours un approvisionnement double du nécessaire pour l'entretien des vaisseaux existants, et, dans chaque arsenal, toujours du bois pour bâtir six vaisseaux neufs. A Rochefort on construisit, en 1671, treize vaisseaux de haut bord et on en arma trente et un. Ce qui nous paraît étonnant, c'est la rapidité avec laquelle on construisait à cette époque; on en vint à monter en quelques heures un navire dont toutes les pièces avaient été préparées. Un conseil de construction fut établi dans chaque port. Il faut rappeler les noms des habiles constructeurs, les Hubac, et l'ingénieur Renau. Il ne convient pas moins de citer le nom des administrateurs qui se firent les collaborateurs du ministre, d'Infreville, Desclouzeaux, Colbert de Terron, Arnou, Matharel, de Seuil, etc. La compagnie des Indes orientales, fondée
par un édit d'août 1664, avait pour souscripteurs quelques-uns
des plus grands personnages de l'État. On avait pesé sur
nombre de magistrats, de communautés, etc., pour les décider
à souscrire, et l'académicien Charpentier avait rédigé
un appel au public. La compagnie n'avait pas seulement le privilège
du commerce des Indes; elle devait occuper et coloniser Madagascar La pêche de la morue fut réglementée
à Terre-Neuve. Le Portugal « Sa politique coloniale n'a pas été systématique, dit Pigeonneau; elle s'est inspirée avant tout des circonstances et des intérêts du pays. Le monopole n'a jamais été pour lui que le moyen et non le but; sauf l'exclusion des étrangers, il n'a été pour rien dans ce qu'on devait appeler plus tard le pacte colonial; il a eu sur le rôle des colonies, sur leur régime intérieur, sur leurs relations avec la métropole, des idées plus larges, plus élevées et plus justes que ceux qui l'avaient précédé et surtout que ceux qui lui succédèrent. Enfin, bonne ou mauvaise en théorie, conforme on non aux principes économiques, sa politique a eu un mérite qui en vaut bien un autre, elle a réussi. »Il a acquis Saint-Domingue En Afrique Colbert s'est montré aussi particulièrement attentif au développement des arts, des sciences et des lettres. On a sans doute exagéré l'influence que, dans cet ordre d'idées, purent avoir les bienfaits de Louis XIV. Un gouvernement cependant peut s'honorer par des encouragements donnés aux auteurs et aux artistes dont il facilite les travaux. Nommé surintendant des bâtiments
et des manufactures en 1664, il avait dans ses attributions les académies,
la bibliothèque royale, l'observatoire, l'imprimerie royale, le
Jardin
des Plantes, ainsi que la direction des travaux de tous les bâtiments
du roi, des ouvrages et des meubles destinés
à ses palais, des jardins, parcs et canaux, etc. Il fit venir Bernin
de Rome à Paris
(1665), attira en France Puget, protégea Coysevox
qui est l'auteur de son tombeau, Auguier qui a fait le buste actuellement
conservé au Louvre, Perrault qui construisit
la colonnade du Louvre, Le Vau qui travailla aux
châteaux de Seignelay et de Sceaux et bâtit en partie les édifices
de Rochetort Colbert considérait comme inutiles
toutes les dépenses qui n'avaient pas d'intérêt pratique
ou qui, tout au moins, ne tournaient pas à la gloire du roi... Plusieurs
artistes célèbres embellirent l'hôtel Colbert, célèbre
par la magnificence de son ameublement. Colbert faisait chercher partout,
sous la direction de Baluze, des livres précieux et des manuscrits
rares; il provoquait les dons pour sa riche bibliothèque et pour
celle du roi, qu'il administrait aussi. L'hôtel
des Invalides fut construit et achevé en 1674; l'Observatoire
fut fondé en 1667; Picard le dirigea et
y attira Cassini et Römer.
L'orientaliste d'Herbelot fut encouragé
par Colbert; l'enseignement du droit romain
fut réorganisé à Paris. Colbert a créé
encore l'enseignement du droit français. Il fonda en 1663 l'Académie
des inscriptions; en 1666, l'Académie des sciences; en 1671, l'Académie
d'architecture; il attira en France Huygens (1666),
et pensionna plusieurs savants étrangers. Le roi se déclara
le protecteur de l'Académie française;
Colbert en fut membre; il y fit apporter des fauteuils et créa les
jetons de présence. Il ne faut pas exagérer, comme l'a fait
Voltaire,
l'importance des libéralités répandues sur les savants
et les gens de lettres français et étrangers. La liste des
pensions qui
« rien de plus triste que ce monument. On imposa des tâches aux poètes ; on leur fit payer en compliments ce qu'on faisait pour eux.Comment oublier cependant que le roi et Colbert assurèrent des loisirs à d'illustres écrivains?Un Auguste aisément peut faire des Virgiles.Ces niaiseries plates et serviles doivent-elles être prises au sérieux? Le chiffre des pensions, d'ailleurs, a continuellement baissé, puis disparu. Une pension ne fait pas d'un littérateur médiocre un grand écrivain » (Paul Albert). Colbert s'est appliqué encore à la réforme des lois françaises. Son principal collaborateur, à cet égard, fut son oncle, Pussort (frère de sa mère), dont Saint-Simon dit : « M. Colbert l'avait fait ce qu'il était; son mérite l'avait bien soutenu. Il fut toute sa vie le dictateur et, pour ainsi dire, l'arbitre et le maître de toute cette famille si unie. »Colbert le fit conseiller d'État (il devint doyen du conseil en 1691), l'un des deux conseillers au conseil royal des finances et le mit à la tête de toutes les grandes commissions du conseil et de toutes les affaires importantes du dedans du royaume. Un conseil de justice, où Pussort jouait le principal rôle, fut formé en 1665 avec la mission de réduire en une sérié de codes toutes les lois du royaume. En 1667 parut l'ordonnance civile ou code Louis; en 1670, l'ordonnance criminelle; cette législation « accourcit les griffes de la chicane » (Boileau); en 1684 fut rendue l'ordonnance de la marine. Un édit de 1672 reconstitua le régime hypothécaire. Un édit de 1673 réduisit les épices des juges. Toutes ces lois se distinguent par l'ordre et la clarté. Les procédures pour sorcellerie furent suspendues; mais on maintint des mesures atroces contre les blasphémateurs. L'ordonnance criminelle fut la moins novatrice des réformes législatives du règne. Le Code noir En 1666, Colbert chargea Pussort de la police de Paris dont il prépara la réorganisation; le 12 mars 1667, M. de la Reynie fut nommé lieutenant général de police, charge nouvellement créée et détachée de celle de lieutenant-civil; ce devint une sorte de ministère, « fort important par la confiance directe du roi ». L'ordre fut rétabli dans la ville qui fut éclairée d'une manière régulière et où furent entrepris de grands travaux d'édilité, notamment de nombreux boulevards. Colbert, qui préférait Paris aux coûteuses constructions de Versailles, avait projeté d'achever le Louvre et les Tuileries, dont Lenôtre refit le jardin, d'élargir les rues, de reconstruire les quais, d'élever de superbes arcs de triomphe (Portes Saint-Denis et Saint-Marin), dont deux seulement ont subsisté. L'ordonnance de décembre 1672 régla ce qui concernait la juridiction du prévôt des marchands et l'approvisionnement de la capitale. Les justices seigneuriales furent supprimées à Paris (1674). Pour achever de peindre l'activité
de Colbert qui s'appliquait à tous les objets du gouvernement, il
ne nous reste plus qu'à montrer son attitude dans les questions
religieuses. Il a, dans une certaine mesure, ménagé les protestants;
il avait cependant décidé que les protestants ne pourraient
former que la moitié des corporations et même le tiers seulement
en Languedoc Colbert soutint énergiquement les théories gallicanes, soit dans l'affaire de la régale, soit lors de la déclaration de 1682. C'est seulement après la mort de Colbert que fut achevée l'oeuvre de révocation de l'édit de Nantes; mais les édits et les arrêts qui s'étaient multipliés en 1682 et 1683 n'avaient plus guère laissé aucun droit aux réformés; on sait que leur émigration porta un coup funeste à l'industrie française et par conséquent à la richesse publique qui avait été l'objet de toutes les préoccupations de Colbert. Les dernières années de Colbert furent affligées par sa lutte contre Le Tellier et Louvois, par l'ingratitude du roi, par le regret d'avoir dû créer des taxes onéreuses à la suite de la guerre et par l'inquiétude de l'avenir. Son oeuvre n'était pas achevée et déjà elle était menacée. « Ce qu'il y a de plus important, disait Colbert en 1684, c'est la misère très grande des peuples. » « La postérité, dit Voltaire, chérira cet homme dont le peuple insensé voulut déchirer le corps après sa mort. »La guerre de Hollande, qu'il eût voulu empêcher, ruina les finances de la France Colbert avait épousé le 14
décembre 1648 Marie Charon de Ménars (1630 - 16 août
1687), désignée sous le nom de la sage Mélinde dans
la Carte de la cour, de Guéret Jean-Baptiste Colbert, marquis de Seiguelay; Jacques-Nicolas, né le 14 février 1655, mort le 30 décembre 1707; Antoine-Martin, né le 2 octobre 1639, mort le 2 septembre. 1689 ; Jules-Armand, marquis d'Ormoy, né le 17 décembre 1663, mort le 17 août 1704; Louis, abbé de Bonport, puis comte de Linières; Charles-Edouard, comte de Sceaux, colonel du régiment de Champagne; les duchesses de Mortemart, de Chevreuse et de Beauvilliers. (L. Delavaud). |
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