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Abbaye

Abbaye, abbatia, bâtiments à l'usage d'une communauté monastique  (Monastère) régie par un abbé ou une abbesse. Les moines ne suivirent pas, dans la construction des abbayes, une règle fixe. De nombreux bâtiments, rangés généralement autour de deux cours quadrangulaires, servant de cloîtres, et entourés de murailles crénelées, en formaient l'ensemble, et, de loin, offraient l'aspect d'une petite ville. On y remarquait l'église et ses dépendances, la salle capitulaire et la maison de l'abbé souvent y attenantes et placées au midi, le réfectoire, la salle des distributions d'aumônes, l'hôtellerie ou pavillon des hôtes, divers ateliers, les dortoirs, l'infirmerie, la bibliothèque et les parloirs. 
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L'abbaye de Saint-Riquier.
L'ancienne abbaye de Saint-Riquier, avec son église et ses jardins.

La maison du portier avait souvent une grande importance et était flanquée de tours, comme on le voit encore aujourd'hui dans les restes des abbayes anglaises, à Saint-Albans, à Saint-Augustin de Canterbury, à Evesham. En outre, dans les riches abbayes, le clos ou enclos (clausum) comprenait des terres cultivées, avec des bâtiments d'exploitation, granges, moulins, écuries, etc.,  le tout entouré de murailles. Le  style des constructions abbatiales suivit celui des différentes époques pour les autres monuments. (E. L.)

L'organisation ecclésiatique des abbayes

Une abbaye est un couvent où résident des religieux ou des religieuses, vivant sous une règle monastique et sons la direction d'un abbé ou d'une abbesse; communauté formée par ces personnes; ensemble des biens et des droits appartenant à cette communauté. 

Sous diverses appellations, il a été fondé en France, du IVe à la fin du XVIIIe siècle, 2577 monastères.  Pour bien connaître les tendances d'un siècle, il n'est pas inutile de savoir combien il a été produit de ces fondations jusqu'à la Révolution :

IVe, 11; Ve, 40 ; VIe, 262; VIIe, 280; VIIIe, 107; IXe, 251; Xe, 157; XIe, 326; XIIe, 702; XIIIe, 287; XIVe, 53; XVe, 36; XVIe, 15.; XVIIe, 46 ; XVIIIe, 4.
Au Moyen âge, les abbés et les abbesses se partagent avec les seigneurs et les évêques le sol et la souveraineté de la France. Participant à la domination féodale, l'abbaye est alors une véritable seigneurie, vassale d'un suzerain, mais suzeraine en son rang, possédant elle-même des vassaux et des serfs, des hommes d'armes et des officiers militaires, judiciaires et civils, qui tiennent en fief leur office; elle guerroie par son avoué, qui commande sa milice et la représente partout où l'usage dus armes est nécessaire, elle bat monnaie, elle exerce toutes les juridictions, exige toutes les redevances et jouit de tous les privilèges attachés à la possession de la terre féodale. Non seulement elle cumule ce qui appartient au seigneur avec ce qui revient à l'église, mais elle y ajoute de grands profits, provenant du travail de ses serfs et de ses moines, d'une culture et d'une industrie opérant sur ses terres, dans des conditions de sécurité, d'indépendance, et de suite qui ne se trouvaient point ailleurs. De là, des richesses dont il est difficile aujourd'hui de se représenter toutes les provenances et toute l'étendue. L'abbaye de Saint-Riquier, qui n'était pas la plus riche, avait pour vassaux 117 nobles, tenant en fief ses terres; elle possédait en outre toutes les maisons de la ville où elle était établie, 2500 maisons, soumises chacune à une redevance en argent, et devant, de plus, fournir ensemble 10,000 poules, 10,000 chapons, 75,000 oeufs et 400 livres de cire.

Les derniers serfs, ceux qui ne furent affranchis qu'à l'époque de la Révolution, appartenaient à des abbayes. 

L'extension de l'autorité et de la juridiction royales, l'organisation des communes, l'affranchissement des serfs, le développement de l'industrie laïque diminuèrent de siècle en siècle les sources de la puissance et de l'opulence des abbayes; mais il leur resta leurs propriétés foncières privilégiées, les redevances inhérentes aux bénéfices ecclésiastiques, les produits des legs et des donations, parfois aussi des sanctuaires, centres de pèlerinages miraculeux, des reliques insignes et les offrandes qui leur étaient vouées. Cela suffisait pour constituer à certaines abbayes un domaine plus considérable que la dotation de la plupart des évêchés, très riches pourtant à cette époque.

Ce qui rapprochait encore les abbayes du rang des évêchés, c'était la disposition canonique qui place les abbés immédiatement après les évêques, et le privilège accordé à certains abbés de porter soit la mitre, soit la crosse, soit la mitre et la crosse ensemble, une crosse en bois ou même en or, mais dépourvue de pierreries. De là, les titres d'abbés mitrés, d'abbés crossés, d'abbés mitrés et crossés. Ils peuvent conférer la tonsure et les ordres mineurs. Quelques-uns même ont siège dans les conciles généraux. En certaines abbayes, l'autorité de l'abbé était tempérée par l'obligation, lorsqu'il s'agissait d'objets importants, de se faire assister des conseils du prieur ou du doyen, parfois même de demander l'avis de tous les frères. Mais en général cette autorité était absolue, celle d'un supérieur commandant à des personnes qui ont fait voeu d'obéissance, obéissance garantie, au besoin, par des moyens disciplinaires très énergiques et, dans les cas graves, par la mise in pace, emprisonnement perpétuel au pain et à l'eau dans les souterrains du monastère. 
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Abbaye de Lieu-Restauré.
 L'ancienne abbaye Royale Notre-Dame de Lieu-Restauré (Oise). © Photo : Serge Jodra, 2010.

L'abbé nommait tous les fonctionnaires du couvent : le doyen, qui surveillait les moines dans leurs exercices et leurs travaux; le cellerier, gardien des provisions; le pitancier, distributeur des portions données à chaque repas; le chambrier, qui administrait les dortoirs et les cellules; le trésorier; l'infirmier, le secrétaire, le chantre, le portier, le quêteur et le bouteiller, dont l'office était de grande importance en certaines abbayes, qui portèrent la culture des grands crus, la production et la conservation des vins à un degré qui n'a jamais été dépassé. En théorie, l'abbé n'avait en disposition personnelle que le tiers des revenus, il était chargé d'attribuer le reste aux frères, aux pauvres, à l'entretien et aux services religieux de l'abbaye; mais il ne devait de comptes qu'à sa propre conscience.

Un couvent se composant de personnes qui se séparent du siècle et se réunissent pour vivre ensemble, sous un régime particulier, il est conforme à la nature de cette institution que le supérieur de la communauté soit choisi par ceux qui la forment, et que lui-même vive dans l'établissement qu'il doit administrer et sous la règle qu'il doit faire observer. Quand ces dispositions normales étaient respectées, on disait de l'abbaye qu'elle était élective et en règle; et de l'abbé, qu'il était régulier. D'autre part, leur maison, se fondant sur un territoire soumis déjà à l'autorité d'un évêque, devait se soumettre à cette autorité, ainsi qu'à la juridiction de l'Ordinaire. Cependant ces deux principes reçurent plus d'infractions que d'applications. 

En la forme, les abbés restèrent toujours obligés de demander à l'évêque du diocèse où leur abbaye était située la bénédiction, qui constituait leur investiture spirituelle; mais ils s'affranchirent, autant qu'ils le purent, de la juridiction diocésaine. Entre deux maîtres préférant le plus éloigné, les grands, ordres et, après eux, des congrégations secondaires demandèrent et finiront par obtenir le privilège d'être placés sous la juridiction immé diate du pape. C'était presque l'indépendance. Les infrac. tions au principe relatif à l'élection, à la résidence et à la profession monastique de l'abbé furent beaucoup plus considérables encore et elles finirent par vicier presque complètement l'organisation des abbayes. Elles eurent pour cause l'opulence des monastères et elles en furent le châtiment et la rançon.

Au temps de Charles-Martel l'immensité des biens ecclésiastiques détermina une grande confiscation : les leudes du duc austrasien chassant les religieux et s'emparant de tous leurs biens Mais cela exposait à l'excommunication et ne pouvait se faire qu'en un temps où l'Eglise se trouvait momentanément impuissante contre les gens de guerre. Plus tard, on mitigea le procédé, on agit moins par force qu'à l'aide de la peur : on promit de défendre l'abbaye, on la respecta et on garda les moines, mais on prit le titre et les émoluments de l'abbé, tout en restant homme d'épée : abbas-miles, abbé chevalier; abbés-comes, abbé-comte. Il y eut ainsi des abbayes où le domaine et le titre d'abbé se trouvaient laïcisés, transmis héréditairement aux enfants, donnés en partage de famille ou en apport de mariage des abbayes d'hommes qui pouvaient être possédées par des femmes, et des abbayes de femmes, possédées par des hommes. 

Au contraire; les abbayes qu'on appelait sécularisées restaient généralement à des clercs; mais ces clercs étaient des chanoines formant une collégiale.

Un autre mode, beaucoup plus commun, de l'intrusion des laïques et du clergé séculier dans le domaine monastique était le droit de nomination. Pour certaines abbayes l'exercice de ce droit avait un titre incontesté, le patronage véritable : le fondateur ayant réservé pour lui et pour ses successeurs le droit de choisir l'abbé. Dans la plupart des cas, ce privilège était une usurpation, qui avait été favorisée par le régime féodal. L'abbaye, ayant nature de fief, était soumise à l'égard du suzerain à l'hommage, au serment de féauté et à l'investiture; or, comme la transmission du titre d'abbé n'était pas garantie par l'hérédité, il avait dû être facile au suzerain de profiter des mutations survenant en da personne des abbés, pour intervenir dans leur nomination et finalement se l'attribuer. 

Les rois durent opérer de même dans leurs domaines propres. Plus tard, ressaisissant les droits régaliens usurpés par la féodalité, ils invoquèrent un titre déjà invoqué sous les Mérovingiens, celui de Gardiens, Patrons, et Défenseurs de l'Eglise, pour réclamer toute nomination aux abbayes et aux prieurés. Cette prétention fut abandonnée dans la pragmatique sanction de Charles VII (1438); mais le Concordat conclu en 1516, entre Léon X et François Ier, la reprit et la consolida, tout en la soumettant à certaines restrictions, relatives notamment à quelques abbayes d'hommes, chefs d'ordre, lesquelles restèrent électives, par privilège, et en omettant les abbayes de femmes.

L'exercice du droit de nomination eût été peu profitable, si l'on eût dû nommer abbés ceux que les moines auraient désignés. Pour échapper aux restrictions résultant de la règle des monastères, on recourut à des expédients facilités par l'usage, déjà ancien, de la commende. Elle permettait, en attendant la nomination d'un titulaire régulier, de confier à une personne qui ne pouvait canoniquement les posséder, la garde et l'administration provisoire d'un bénéfice. Or, il était facile de rendre viagère cette commission provisoire, en s'abstenant de réaliser la condition qui devait y mettre fin : provisoire perpétué qui dispensait de rendre des comptes. Cela permit de conférer le titre et les émoluments d'abbé en une abbaye et parfois en plusieurs, à des membres du clergé séculier, affranchis de la règle du couvent et n'y résidant pas. Quand une abbaye était livrée à ce régime, on disait qu'elle était en commende; et de l'abbé, qu'il était commendataire. 

Après les clercs séculiers vinrent les laïques; on en fit des abbés commendataires, d'abord sans condition aucune; plus tard, on statua que les commendes ne seraient confiées qu'à des clercs ; mais pour être considéré comme clerc, en vue d'une commende, et recevoir une abbaye, il suffisait d'avoir été tonsuré et de promettre qu'on recevrait les ordres dans l'année promesse qui était rarement tenue et dont la réalisation n'était jamais exigée. Ces abbés vivaient ordinairement dans le monde et, s'ils le pouvaient, à la Cour, jouissant des revenus de leur abbaye, dont ils administraient les fonds, mais dont ils abandonnaient la direction spirituelle à un prieur claustral, qu'on appelait aussi abbé en second. Le régime de la commende n'était pas particulier à la France. On le retrouve en Italie où ses derniers vestiges n'ont disparu qu'en 1870, en Autriche et en Hongrie où il s'est perpétué jusqu'au début du XXe s.. 

Tout ce qui vient d'être dit des abbés s'applique aux abbesses; car ici la véritable personne, c'est l'abbaye. On voit de hautes et puissantes abbesses porter la crosse, nommer à des cures et exercer les prérogatives des plus hauts et plus puissants abbés : se faisant représenter par un vicaire dans toutes les fonctions que leur sexe ne leur permet pas de remplir en personne. Il n'y a guère entre les deux situations que trois différences notables : 

1° toutes les abbesses sont électives, mais par fiction : en réalité, elles sont nommées par le roi; seulement la bulle de leur institution suppose qu'elles ont été élues;

2° toutes les abbayes de femmes sont restées soumises à l'autorité de l'évêque de leur diocèse; 

3° huit ans de profession sont exigés pour être abbesse; mais on tourne cette règle en déclarant religieuses des filles au berceau.

En résumé : sous l'Ancien régime, où tant de choses disparates se rencontrent en union et en confusion, l'abbaye appartient au monde plus encore qu'à l'Eglise. C'est une combinaison où la royauté et la noblesse prennent la meilleure part : les revenus et l'exercice des prérogatives. Le reste seulement est laissé à la religion et à l'élément monastique. Indépendamment de la régale qui leur attribuait les revenus des bénéfices vacants, les rois de France possédaient dans le droit de nomination un trésor indestructible, parce qu'il comprenait un fonds inaliénable. Ils y trouvaient, pour récompenser des services ou accorder des faveurs, des ressources renouvelées à chaque vacance d'abbaye. Or, c'étaient les familles nobles qui recevaient la meilleure part de ce que le roi pouvait donner; elles en tiraient pour leurs cadets et pour leurs filles des abbayes qui leur assuraient une condition opulente et un titre permettant de faire grande figure dans le monde.

D'après des pouillés du milieu du XVIIIe siècle, on a dressé pour la France, l'état suivant : 625 abbayes d'hommes en commende, revenu : 5,100,000 livres; 115 abbayes d'hommes régulières : 1,410,000 livres; 15 abbayes, chefs d'ordre : 650,000 livres; 253 abbayes de filles : 2,654,000 livres. En totalité : 1008 abbayes; revenus : 9,823,100 livres. 

Cet état est incomplet : d'une part, il omet les abbayes et les chapitres nobles de femmes, ainsi que les abbayes annexées à d'autres établissements; d'autre part, les pouillés n'enregistraient pas tout ce qui revenait réellement au couvent; enfin il n'a jamais été tenu de comptes pour les sommes énormes d'argent et les valeurs de toute espèce recueillies par les ordres mendiants. 

Un décret de l'Assemblée nationale (2-4 novembre 1789) met à la disposition de la nation tous les biens ecclésiastiques. Un autre décret (13-19 février 1790) déclare que les voeux monastiques ne sont plus reconnus par la loi constitutionnelle du royaume; il supprime les ordres et les congrégations des deux sexes où l'on fait de pareils voeux; il autorise les religieux et les religieuses à quitter leurs couvents et il leur promet à leur sortie une pension convenable. (E.-H. Vollet).

Histoire des abbayes

La vie religieuse chrétienne commença en Orient, vers l'époque de Constantin; c'est alors que la Thébaïde et les bords du Jourdain se peuplèrent de solitaires. Saint Antoine, qui avait réuni autour de lui un grand nombre de disciples, est considéré comme le premier des abbés, et la première règle écrite eut pour auteur saint Pacôme, fondateur de Tabenne, un peu au-dessous d'Assouan, sur le Nil. Les moines étaient déjà répandus partout au IVe siècle, et saint Jean Chrysostôme, mort en 407, s'est cru obligé d'écrire un livre contre leurs détracteurs.

C'est saint Athanase, durant son exil à Trèves, en 333, qui introduisit la vie monastique en Occident. Son Histoire de saint Antoine dont l'influence fut si considérable en Italie, où elle contribua à la conversion de saint Augustin, donna à saint Martin l'idée de fonder, avec le concours de saint Hilaire (360), le monastère de Ligugé, près de Poitiers, que l'on désigne communément comme le plus ancien des Gaules. Puis le même saint, devenu évêque de Tours, réunit jusqu'à quatre vingts religieux sur la rive droite de la Loire, près de sa ville épiscopale, en un lieu appelé depuis Marmoutier. L'élan était donné et bientôt s'élevèrent les abbayes de Lérins (410), de Saint-Victor de Marseille (413), de Condat, aujourd'hui Saint-Claude (423), de Réôme, connu depuis sous le nom de Moutiers-Saint-Jean, en Bourgogne (450). Le célèbre monastère d'Agaune, dans le Valais (Saint-Maurice), est un peu plus récent; il ne date que des premières années du VIe siècle. 

En 423, saint Augustin avait bien rédigé une règle monastique, mais elle ne fut suivie, semble-t-il, que dans le nord de l'Afrique. C'est donc à bon droit que saint Benoît est regardé comme le premier législateur des moines d'Occident. Sa Règle, tant admirée par Bossuet, qui y voyait " un précis du christianisme, un docte et mystérieux abrégé de toute la doctrine de l'Évangile, de toutes les institutions des Pères, de tous les conseils de perfection ", eut une grande influence sur la civilisation de l'Europe au Moyen âge. La stricte obligation imposée aux religieux d'un travail extérieur, manuel ou littéraire, en même temps qu'elle provoquait les défrichements et favorisait l'agriculture, tendait à empêcher qu'une lacune ne se produisit dans les annales de l'esprit humain.

Nous ne suivrons pas dans ses développements l'institut fondé au Mont-Cassin en 520. Saint Grégoire le Grand, qui gouverna l'Eglise de 590 à 603, fut un de ses champions les plus ardents, et il ne tint pas à lui qu'il ne dominât seul dans toute l'Europe. Mais son influence fut un instant balancée par celle de la colonie irlandaise établie à Luxeuil, sous la conduite de saint Colomban. Ce dernier passa même les Alpes et vint créer à Bobbio un foyer de science et d'enseignement qui demeura durant longtemps comme le flambeau de l'Italie septentrionale. 

Les abbayes fondées durant les premiers siècles monastiques sont trop nombreuses pour qu'on puisse les citer toutes. Rien qu'en Normandie nous trouvons : Saint-Evroul, Fécamp, Fontenelle (Saint-Vandrille) et Jumièges; la Bretagne nous donne Saint-Gildas de Rhuys et Landévennec; l'Anjou, Glanfeuil (Saint-Maur-sur-Loire); l'Orléanais, Micy (Saint-Mesmin); le Poitou, Saint-Maixent; le Limousin, Saint-Junien; l'Ile-de-France, Saint-Germain des Prés et Saint-Médard de Soissons; la Picardie, Centule (Saint-Riquier); l'Artois, Saint-Bertin; la Bourgogne, Saint-Seine; la Champagne, Montiérender (Montier-en-Der) et Hauvillers. En Italie, il ne faut pas oublier Vivaria, Farfa, Novalese et Saint-Apollinaire in Classe; en Espagne, Agali; en Irlande, Bangor; en Allemagne, Fulda
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Des abbayes à découvrir

Voici la liste des abbayes qui, par leur bonne conservation relative, peuvent donner l'idée de leur ancienne grandeur : 

Notre-Dame de Souillac (Lot), Montmajour (Bouches-du-Rhône), Saint-Sever (Landes), La Réole (Gironde), Sordes (Landes), Saint-Savin de Lavedan (Hautes-Pyrénées), Sainte-Croix de Bordeaux, Brantôme (Dordogne), Saint-Maixent (DeuxSèvres), Nouaillé (Vienne), Saint-Savin (Vienne), la Chaise-Dieu (Haute-Loire), Solignac (Haute-Vienne), Saint-Bénigne de Dijon, Molesmes (Côte-d'Or), Aniane (Hérault), Saint-Laumer de Blois, Pontlevoy (Loir-et-Cher), la Trinité de Vendôme, Bonneval (Eure-et-Loir), Saint-Benoît-sur-Loire (Loiret), Saint-Denis (Seine-Saint-Denis), Lagny (Seine-et-Marne), Notre-Dame des Blancs-Manteaux (à Paris), Saint-Germain des Prés (Id.), Corbie (Somme), Saint-Riquier (Id.), Saint-Germer (Oise), Saint-Jean de Laon (Aisne), NotreDame de Nogent (Id.), Saint-Nicolas aux Bois (Id.), SaintVincent de Laon (Id.), Saint-Remi de Reims (Marne), Saint-Thierry (Id.), Saint-Jean des Vignes (à Soissons), le Mont Saint-Michel (Manche), Saint-Etienne de Caen (Calvados), Notre-Dame de Bernay (Eure), le Bec-Helluin (Id.), Sainte-Trinité de Fécamp (Seine-Maritime), Saint-Geors de Boscherville (Id.), Jumièges (Id.), Saint-Ouen de Rouen, Saint-Vandrille (Id.), Saint-Pierre-sur-Dives (Calvados), Saint-Pierre de Ferrières (Loiret), Sorèze (Tarn), Notre-Dame de la Daurade (à Toulouse), Saint-Aubin d'Angers (Maine-et-Loire), Bourgueil (Indre-et-Loire), Saint-Maur-sur-Loire (Maine-et-Loire), Saint-Pierre de la Couture (au Mans), Landévennec (Finistère), Saint-Melaine de Rennes, Cormery (Indre-et-Loire), Saint-Julien de Tours, Saint-Sauveur de Redon, Saint-Gildas de Rhuys (Morbihan), Fontgombaud (Indre), Clairvaux (Aube), Pontigny (Yonne), les Vaux de Cernay (Yvelines), Fontenay (Côte-d'Or), Ganagobie (Alpes-de-Haute-Provence), Fonfroide (Aude), Sainte-Croix de Quimperlé (Finistère), Le Thoronet (Var), Silvacane (Bouches-du-Rhône) et Sénanque (Vaucluse). 
Parmi les abbayes de femmes nous citetons :
la Trinité de Caen, Fontevrault (Maine-et-Loire) et Maubuisson (Val-d'Oise). 

Sous les premiers Carolingiens, le nombre des abbayes ne cessa de s'accroître. Rien qu'en Aquitaine, l'Astronome en compte vingt-six, qui ont été sinon toujours fondées, du moins réparées par Louis le Débonnaire. Les plus célèbres sont : Charroux, Conques, Ménat, Moissac, Nouaillé, Saint-Chafre, Solignac; Aniane et Saint-Guilhem du Désert. Mais bientôt les invasions des Vikings vinrent arrêter cet essor; dans certaines provinces, presque tous les monastères furent détruits, et sur les routes on ne vit plus que des gens essayant de sauver par la fuite ce qu'ils croyaient avoir de plus précieux, c.-à-d. les ossements de leurs saints. 

Le calme revenu, au commencement du Xe siècle, après l'abandon de la Neustrie, chacun se remit à l'oeuvre. Non seulement les anciennes abbayes furent en grande partie reconstruites, mais on en fonda encore de nouvelles.

Parmi ces dernières , la plus célèbre est celle de Cluny, dont la haute fortune dépassa promptement tout ce qu'on peut imaginer. Le duc d'Aquitaine, Guillaume le Pieux, en concédant à douze moines de Gigny, sous la conduite de l'abbé Bernon, des terres qu'il possédait dans une vallée du Mâconnais, n'avait voulu qu'offrir à des religieux bénédictins un asile comme il y en avait tant. Mais saint Odon, qui succéda à Bernon, élargit singulièrement le projet primitif. Cluny, après adoption d'une règle qui lui était propre, devint chef d'ordre et un grand nombre de monastères déjà existants depuis longtemps furent invités à le reconnaître comme tel. La proposition n'était pas toujours très tentante, car ceux d'entre eux qui avaient rang d'abbayes perdaient leurs prérogatives et se voyaient assimilés aux simples prieurés. C'est ce qui explique la résistance de Saint-Martial de Limoges, où il fallut employer la violence et la ruse pour arriver aux fins qu'on se proposait. Quant à l'abbé de Cluny, il prenait le titre d'abbé des abbés ou d'archi-abbé. Le nouvel ordre atteignit son apogée dans la seconde moitié du XIe siècle, sous le long gouvernement de saint Hugues (1049-1109), à qui sa haute naissance, - il descendait des anciens ducs de Bourgogne, - et son habileté diplomatique durent d'occuper une position exceptionnelle dans l'Eglise. Il traitait, en effet, avec le pape d'égal à égal et les plus puissants souverains, tels que l'empereur d'Allemagne, les rois de France et d'Espagne qui, de près ou de loin, sa rattachaient à sa famille, n'entamaient pas une négociation sans le consulter. A sa mort, grâce à cette influence extraordinaire, le chiffre des maisons soumises à la direction de Cluny était de plus de deux mille; on en comptait non seulement dans toute l'Europe, mais jusqu'en Orient. 

Pierre le Vénérable, qui fut abbé peu de temps après saint Hugues (1125-1156), ne laissa pas d'accroître cette prospérité inouïe. C'est lui qui acheva l'église de Cluny (1131), dont les dimensions colossales dépassaient de beaucoup celles des plus grandes cathédrales. Du reste, les bâtiments claustraux étaient à l'unisson; on en peut juger par ce fait qu'en 1245, le pape Innocent IV, une foule de prélats et leur maison, Louis IX et sa cour, l'empereur Baudouin et de nombreux seigneurs y trouvèrent à loger à la fois.

Le faste de Cluny n'était pas pour plaire à certains esprits amoureux de retraite et de silence. Aussi voyons-nous, en 1098, saint Robert, abbé de Molesmes, se retirer aux environs de Dijon, en un lieu nommé Cîteaux, pour mener, avec les vingt-deux compagnons qui l'avaient suivi, une vie plus régulière. Comme la nouvelle congrégation correspondait à un besoin, elle ne tarda pas, du reste, à devenir très prospère. En 1107, le troisième abbé, saint Etienne, avait déjà autour de lui un si grand nombre de religieux, qu'il se décida a fonder en même temps les abbayes de La Ferté, de Pontigny, de Clairvaux et de Morimond, connues sous le nom des Quatre filles de Cîteaux. Celles-ci, à leur tour, envoyèrent des colonies de moines de différents côtés, de sorte qu'un moment arriva oie la règle de Cîteaux ne fut pas suivie par moins de dix-huit cents monastères d'hommes et quatorze cents de femmes. 

La plus célèbre des filles de Cîteaux est l'abbaye de Clairvaux qui, peu après sa fondation, reçut une règle particulière et devint chef d'ordre. Saint Bernard, qui la gouverna pendant trente-huit ans (1115-1153), attira sur elle l'attention de toute l'Europe et lui fit partager sa gloire et sa renommée. Quant à celle de Morimond, elle ont surtout une grande réputation au-delà des Pyrénées où les ordres militaires de Calatrava, d'Alcantara et de Montesa, aussi bien que ceux du Christ et d'Avis, les premiers en Espagne et les seconds au Portugal, étaient sous sa dépendance.

Les cisterciens qui produisirent, en dehors de saint Bernard, un grand nombre d'hommes remarquables, tels que Othon de Freisingen, Pierre de Vaux-Cernay, les papes Eugène Ill, Grégoire VIII, Célestin IV et Benoît XII, avaient adopté l'habit blanc, tandis que les clunistes portaient un vétement noir; de là les noms de moines blancs et de moines noirs, qui servirent à distinguer, pendant leur longue rivalité, les deux principales congrégations de l'ordre de Saint-Benoît. Ajoutons que les cisterciens sont aussi connus sous les noms de bernardins en souvenir du grand abbé de Clairvaux; de feuillants, par suite de l'adoption de la première réforme au monastère de Feuillant, en Languedoc, en 1577; de trappistes, parce que la seconde réforme s'accomplit au monastère de la Trappe, dans le Perche, sous l'abbé de Rancé, en 1662.

Les célestins sont également une branche de l'ordre de Cîteaux, réformée par le pape Célestin V, qui lui donna son nom (1250). La congrégation avait sa principale maison en Italie, dans les Abruzzes, à San Pietro di Majelli. En France, on cite surtout celle de Paris, dont l'église était remarquable par le nombre des monuments funéraires et les richesses artistiques. Cet ordre, sécularisé par Clément XIV, a été définitivement supprimé par Pie VI. 

En dehors de la grande famille bénédictine, nous ne voyons guère d'abbés que chez les grandmontains et les prémontrés, les premiers fondés en 1070 par saint Etienne de Muret et les seconds en 1120 par saint Norbert. Quant aux chartreux (1084), le religieux placé à leur tête a toujours porté le titre de général et le supérieur de chaque monastère celui de prieur. Il en est de même dans les quatre ordres mendiants, dominicains ou jacobins, franciscains, carmes et augustins. Nous ne parlons pas des jésuites ni des oratoriens, qui ne se sont modelés en aucune façon sur les grandes institutions religieuses du Moyen âge. 

Le même ordre religieux comprenait généralement des monastères d'hommes et des monastères de femmes. Ces derniers étaient gouvernés par des abbesses qui se méprenaient souvent sur l'étendue de leur pouvoir. L'une d'elles, par exemple, à Las Huelgas, en Espagne, poussa, dit-on, un jour la témérité jusqu'à vouloir entre prendre sur les fonctions du sacerdoce. On la vit bénir les novices, expliquer l'Evangile, monter en chaire pour précher, et - ce qui est plus extraordinaire encore - entendre les confessions de ses religieuses. Pour empêcher de telles initiatives, il fallut l'intervention de deux évêques secondés par l'abbé de Morimond. Les principaux monastères de femmes étaient, en France : Sainte-Croix de Poitiers, Chelles, Faremoutier, Hières, Gif, Argenteuil, Poissy et le Paraclet. 

Il nous reste à parler des monastères doubles, dont l'origine est fort ancienne puisqu'il en est question dans Isidore de Séville (De Officiis eccelesiae, lib. Il, chap. XV). Ils réunissaient sous des toits contigus des religieux et des religieuses, qui vivaient ainsi côte à côte, et suivaient la même règle. C'est ce qui avait lieu à Jouarre et à Montmartre. Quant à Fontevrault, nous le plaçons dans une catégorie à part, la règle du célèbre institut fondé par Robert d'Arbrissel (1099) accordant la prééminence au monastère de femmes qui tenait celui occupé parles hommes sous sa dépendance.

Plusieurs années déjà avant la Révolution, un certain nombre d'abbayes, celle de Grandmont, par exemple, et celle de Montmajour, avaient été supprimées par l'autorité ecclésiastique. Il est probable que si les choses fussent restées sur le même pied, presque toutes eussent assez rapidement disparu. Le décret de 1790 ne fit donc que hâter une solution rendue nécessaire par la diminution constante du chiffre des religieux. La reconstruction de la plupart des abbayes qui eut lieu à grands frais, après la réforme de Saint-Maur (1627), ne suffisait pas pour faire naître des vocations. 

Cisterciens, bénédictins, prémontrés, etc., ont fondé des maisons plus ou moins prospères, presque toutes érigées en abbayes. Nous citerons, parmi celles qui appartiennent aux premiers : la Grande-Trappe, Septfonds, Bellefontaine, Aiguebelle, Port-Salut et Fontgombaud; aux seconds : Solesmes et Ligugé; aux derniers : Frigolet.

Les motifs qui ont déterminé l'emplacement des abbayes sont très divers. En même temps que des besoins de la communauté il fallait tenir compte souvent de la générosité des donateurs. Les bénédictins n'auraient certainement pas choisi d'eux-mêmes le terrain où s'éleva Cluny, mais comment refuser à un duc d'Aquitaine qui s'offre à doter magnifiquement la nouvelle fondation? Pais venait la nécessité de perpétuer quelque grand souvenir (le Sinaï, le Carmel), d'honorer le tombeau d'un saint (Saint-Benoît-sur-Loire, Saint-Bénigne de Dijon, Saint-Vannes de Verdun, Saint-Arnould de Metz, Saint-Maximin de Trèves), de rappeler certaines supposées apparitions (Mont Saint-Michel), ou de donner créance à certaine légende (la Trinité de Vendôme). A une époque où l'état de guerre était presque permanent, les intérêts d'une sécurité bien entendue avaient également une grande influence sur le choix de tel ou tel lieu. Un coup de main était toujours à craindre et il fallait pouvoir se défendre au besoin. Mais lorsque ces entraves n'existaient pas, on peut dire, dans un sens général, que les ordres adonnés soit aux travaux littéraires ou artistiques, soit à la vie contemplative, se sont installés, autant que possible, sur le penchant des coteaux, au milieu d'un paysage calme et riant, à une courte distance, sinon dans le voisinage immédiat des villes. Ceux, au contraire, qui se livraient aux travaux des champs ont recherché , de préférence, le fond des vallées, le voisinage des cours d'eau, les endroits écartés et d'un accès difficile. (Léon Palustre).

L'architectures des abbayes

Dans leur ensemble, les plus anciennes abbayes affectent la forme d'un carré ou d'un parallélogramme. C'est là, on peut le dire, un souvenir de l'art antique, une imitation des monuments romains où la ligne droite est seule employée extérieurement. Mais, par la suite, les plans devinrent assez irréguliers lorsqu'ils n'étaient pas bizarres, comme cela de Sainte-Marie de Souillac, qui figurait un cercle, ou celui de Saint-Riquier, décrivant un triangle en l'honneur de la sainte Trinité. Il fallait satisfaire aux services du dedans et du dehors, c.-à-d. à tout ce que réclamaient les besoins des moines, la réception des étrangers, l'exploitation des terres et la perception des dîmes. Aussi trouvait-on, dans une grande abbaye, telle que Clairvaux et Cluny, par exemple, une église principale, une ou plusieurs églises secondaires, des sacristies, un trésor, un ou plusieurs cloîtres, une salle capitulaire, un parloir, un réfectoire d'été et un d'hiver, des cuisines, un cellier, des chauffoirs, des dortoirs, des vestiaires, une salle de bains, nue bibliothèque, un ou plusieurs scriptoria (salle pour copier les manuscrits), un charnier, des écoles avec leurs dépendances, une maison abbatiale avec jardin, une infirmerie, un logement de médecin avec jardin de plantes médicinales, une salle pour opérations, une pharmacie, une maison de novices, une maison pour les hôtes de distinction, une autre pour les pèlerins et les pauvres, une aumônerie pour la distribution des vivres et de l'argent, une boulangerie générale avec magasin de farine, un moulin, une brasserie, un pressoir, un brûloir pour préparer les viandes sèches, un magasin pour conserver lesdites viandes, des greniers pour fruits et céréales, des réservoirs d'eau, des étables et des écuries, une basse-cour avec volière, un colombier, un jardin de plantes fourragères, un jardin fruitier, des viviers et piscines, des ateliers pour toutes les industries, une officialité ou tribunal, des prisons, un pilori ou poteau de justice, enfin une salle des morts. 

On ne connaît la disposition des abbayes antérieures au Xe siècle que par le plan conservé à Saint-Gall, en Suisse. Mais cela suffit pour montrer que les pièces principales dont se composent ces grands établissements sont toujours demeurées entre elles dans les mêmes relations.

Ainsi, lorsque rien ne vient y faire obstacle, le principal cloître est placé au midi de l'église; sa longueur est fixée par celle de la nef. L'aile de bâtiments en prolongement du transept, qui l'entoure à l'est, a son rez-de-chaussée occupé par la salle capitulaire, et son premier étage par le dortoir. Ce dernier est parfois en communication directe avec l'église au moyen d'un escalier, ce qui rend plus facile aux moines l'assistance aux offices de nuit. L'aile du midi, celle qui est parallèle à l'église, contient le réfectoire. A une des extrémités se trouve la cuisine dont le faite, en forme de pyramide ou de cône, présente une couronne de cheminées et un tuyau central pour laisser échapper la buée, ainsi qu'on peut le voir à Fontevrault et sur diverses planches du Monasticon gallicanum. A l'ouest, du côté de l'entrée, sont les bâtiments destinés aux approvisionnements, le parloir et le logement des hôtes. 

 L'abbé, surtout dans les derniers siècles, menait une existence séparée. En conséquence, il possédait dans le voisinage des autres constructions une habitation luxueuse, connue sous le nom de palais abbatial. Le plus beau du genre, malheureusement détruit, était celui de Saint-Ouen de Rouen.

 On trouve dans le Monasticon gallicanum (Paris, 1871, 2 vol. in-4) : 1° une carte géographique des abbayes et monastères de la congrégation de Saint-Maur, avec les archevêchés et évêchés de France, par frère François Le Chevalier, 1726 ; 2° une carte générale des abbayes et prieurés conventuels de l'ordre de Saint-Benoît, tant d'hommes que de filles, par le même. A la suite, sont données des vues perspectives des principales abbayes bénédictines au nombre de cent soixante-neuf. 

Malheureusement ces dessins ont été faits à une époque où les bâtiments claustraux avaient été presque partout renouvelés, à la suite de la réforme de 1627. Il existe pour l'Angleterre, sous le nom de Monastison anglicanum, un travail analogue à celui dont nous venons de parler.

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Dictionnaire Architecture, arts plastiques et arts divers
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