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| La Condamine
(Charles
Marie de). - Savant et voyageur né à Paris
le 28 janvier 1701, mort à Paris le 4 février 1774. Fils
d'un receveur général des finances, il fit ses études
au collège de Louis-le-Grand, s'engagea à dix-sept ans dans
la cavalerie et assista au siège de Rosas (1719), où il fit
preuve d'une rare intrépidité. La politique pacifique de
la Régence ne lui laissant entrevoir qu'un lent avancement, il quitta
bientôt l'état militaire pour l'étude des sciences
et entra à l'Académie, en 1730,
en qualité d'adjoint chimiste. Mais son esprit n'était pas
de ceux qui se renferment dans une spécialité. D'une curiosité
ardente, qui le poussait à tout connaître, à tout apprendre,
faisant montre en outre de grandes facultés d'assimilation, il s'appliqua,
avec une activité presque égale, aux mathématiques,
à la physique, à l'histoire
naturelle et à la médecine. Son goût pour les voyages
n'était pas moindre, et, en 1731, presque inopinément, il
s'embarqua sur l'escadre de Duguay-Trouin, qui allait croiser sur les côtes
de la Barbarie A Paris,
La Condamine trouva l'Académie des sciences
occupée de l'envoi de savants au Pérou pour y mesurer la
longueur à l'équateur Trois années furent consacrées
à la mesure de l'arc (1736-39) et une aux observations astronomiques
pour la mesure de l'angle (1740). Pendant tout ce temps, la plus fâcheuse
mésintelligence ne cessa de régner entre La Condamine et
Bouguer.
Ce dernier, savant mathématicien, avait conscience de sa supériorité
sur son collègue, qui, peu familiarisé au début avec
les méthodes employées, ne faisait
guère preuve que de zèle et d'infatigable activité.
Le tort de Bouguer fut de le lui faire sentir un peu brutalement dans plus
d'un cas. Or, au milieu des entraves de toutes sortes mises à l'expédition
par le mauvais vouloir de l'administration péruvienne et par l'hostilité
des habitants, il avait fallu entamer des négociations, soutenir
des procès, faire face à des émeutes, et, dans ces
circonstances difficiles, c'était La Condamine qui, par son attitude
énergique, par son langage ferme et adroit, avait chaque fois sauvé
le succès de l'entreprise et la vie de ses compagnons. On avait
aussi manqué d'argent ; il en avait trouvé à Lima
et avait dépensé, sans compter, près de 100000 livres
sur sa fortune personnelle. Il se considérait donc un peu comme
le chef de l'expédition et se croyait quelques titres à la
reconnaissance de ses collègues. Aussi souffrait-il difficilement
la conduite légèrement dédaigneuse de Bouguer qui,
entre autres rebuffades, s'était opposé à ce qu'on
mesurât, comme le demandaient La Condamine et Godin,
un degré de l'équateur.
La Condamine, d'après Cochin. Toutes ces querelles et les vexations des
autorités retinrent la mission à Quito jusqu'en 1742. Bouguer
partit directement; Godin, auquel le vice-roi avait
imposé une chaire de mathématiques
à Lima, dut demeurer dans cette ville jusqu'en 1751; le chirurgien
de l'expédition avait été assassiné à
Cuenca, en 1739, à la suite de démêlés avec
l'alcade de cette ville; les autres adjoints avaient succombé aux
maladies on s'étaient définitivement établis en Amérique.
Resté seul, La Condamine ne put résister à la tentation
de revenir par la route la plus longue et la plus périlleuse; il
traversa le Pérou (septembre 1742 - mai 1743), gagna l'Amazone,
suivit sur une longueur de plus de 500 lieues les rives à peu près
inexplorées du fleuve, dont il leva la carte, et atteignit Cayenne Pendant longtemps les séances de
l'Académie des sciences furent remplies
de leurs interminables discussions sur leur part respective de collaboration.
Aux récriminations et aux revendications passionnées de Bouguer,
La Condamine répondait par des ripostes spirituelles, par des anecdotes
plaisantes. il mit ainsi sans efforts les rieurs de son côté
et se vit attribuer par l'opinion publique incompétente la gloire
presque exclusive de cette expédition à laquelle son nom
seul devait demeurer attaché. Les résultats en furent d'ailleurs
assez peu concluants pour la science géodésique La Condamine fit encore deux autres voyages
: l'un en Italie En somme, La Condamine ne fit faire aucun progrès notable aux sciences. Avide de tout savoir, incapable d'une longue application, il effleura tout sans rien approfondir. Il jouit cependant de la plus grande célébrité. Il la dut évidemment à la multiplicité de ses connaissances, à ses lointaines aventures, à la chaleur communicative de sa parole, à son style agréable et simple, quoique un peu négligé et prolixe, à ses relations mondaines, enfin à une volumineuse correspondance avec les savants de tous les pays. L'Académie française l'élut membre en 1760, en remplacement de Vauréal. La Société royale de Londres (1748), les académies de Berlin et de Saint-Pétersbourg se l'étaient déjà attaché. Nous avons signalé sa grande curiosité. Elle le rendait souvent importun et touchait parfois à l'indiscrétion, voire à l'inconvenance. On en cite de nombreux traits. Un jour, il est surpris par Mme de Choiseul lisant par-dessus l'épaule de celle-ci une lettre qu'elle écrivait. Une autre fois, le duc de Choiseul le trouve dans son cabinet, occupé à fouiller fiévreusement dans sa correspondance. Au supplice de Damiens, il s'était mêlé aux valets du bourreau, « afin de mieux voir ». Il avait rapporté du Pérou une surdité complète et de son voyage en Angleterre une paralysie presque générale; il soufrait en outre d'une hernie. Il exigea que l'on tentât sur lui une opération très dangereuse, tout récemment imaginée par un jeune chirurgien, en suivit avidement les moindres détails et y succomba au bout de quelques jours. (Léon Sagnet).
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