Les gens

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Richelieu (Armand du Plessis, cardinal, duc de), célèbre ministre de Louis XIII, né à Paris en 1585, était d'une maison noble du Poitou, originaire du bourg de Richelieu, et avait pour père François du Plessis, capitaine des gardes de Henri IV. Il fut d'abord destiné aux armes puis reçut les ordres et fut sacré en 1607 évêque de Luçon, n'ayant que 22 ans. Député aux États généraux en 1614 par le clergé de Poitou, il s'y fit remarquer, sut plaire au maréchal d'Ancre, qui disposait de tout, et à Marie de Médicis, alors régente, fut nommé aumônier de cette princesse (1615), puis secrétaire d'État pour l'intérieur et la guerre (1616). Il suivit en 1617 à Blois la reine mère, alors en disgrâce, mais sans se brouiller avec Louis XIII : chargé de négocier un accommodement entre la mère et le fils, il réussit dans cette mission délicate et fit conclure les traités d'Angoulême (1620) et d'Angers (1621) : le chapeau de cardinal lui fut donné en récompense (1622). Il entra en 1623 au conseil par la protection de la reine et presque malgré Louis XIII, qui avait de la répugnance pour sa personne, et il y montra une telle supériorité qu'il fut bientôt nommé premier ministre.

Arrivé au souverain pouvoir, il forma trois entreprises qu'il ne perdit jamais de vue : détruire la puissance politique du protestantisme en France, abattre l'orgueil et l'esprit factieux de la noblesse, et abaisser la maison d'Autriche. Dirigeant d'abord ses efforts contre les Protestants, il leur reprit, en 1626, l'île de Ré, leur enleva, en 1628, leur dernier boulevard, La Rochelle, en fermant le port par un môle gigantesque, et anéantit leur puissance par la paix d'Alais et l'édit de Nîmes (1629), qui leur enlevaient leurs privilèges politiques. Dans le même temps, il replaçait sous la domination de la Suisse la Valteline, que l'Espagne lui disputait (1629), assurait au duc de Nevers le duché de Mantoue et le Montferrat en forçant le Pas de Suze (1629), s'emparait des États du duc de Savoie (1630), et se préparait à combattre l'Autriche. Prenant part dans ce but à la guerre de Trente ans, il ne craignit pas de soutenir le parti protestant en Allemagne, s'unit à Gustave-Adolphe, roi de Suède, qui était à la tête de ce parti (1630), seconda ce prince de tout son pouvoir dans ses efforts contre l'Autriche, et, après sa mort (1632), solda les troupes de Bernard de Weimar, qui l'avait remplacé; puis, combattant ouvertement l'Autriche (1634-41), il attaqua cette maison dans toutes ses possessions à la fois, dirigea des armées en Alsace dans les Pays-Bas, en Italie, en Catalogne, obtint partout des succès et prépara la prépondérance de la France qu'assurèrent après sa mort les traités de Westphalie (1648) et des Pyrénées (1659).
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Richelieu.
Richelieu, peint par Philippe de Champaigne.

Ce qui coûta le plus de peine à Richelieu ce furent ses luttes contre les grands : il eut, à déjouer mille cabales, et compta parmi ses principaux adversaires la reine mère, Marie de Médicis, devenue jalouse de l'ascendant qu'il exerçait sur le roi, la reine régnante, Anne d'Autriche, le frère du roi, Gaston d'Orléans, le duc de Bouillon, le comte de Soissons et tous les favoris de Louis XIII. Un jour, tous ses ennemis conjurés avaient déterminé le faible roi à l'éloigner; mais, averti à temps, il va le trouver à Versailles, reprend tout son pouvoir et fait subir à ses ennemis le sort qu'ils lui destinaient : à la suite de cette journée (11 novembre 1630), qui fut appelée la Journée des dupes, le garde des sceaux Marillac fut exilé; son frère, le maréchal de Marillac, condamné à mort comme coupable de péculat, le maréchal de Bassompierre envoyé à la Bastille. Ne pouvant réussir auprès du roi, les grands cherchèrent un appui chez l'étranger, et excitèrent plusieurs révoltes : toujours instruit à temps de leurs complots, Richelieu sut les faire échouer. Il exila la reine mère à Bruxelles (1631), réduisit à la soumission Gaston d'Orléans, qui avait pris les armes, vainquit à Castelnaudary le duc de Montmorency, qui avait trempé dans la révolte du prince, le fit condamner à mort et exécuter à Toulouse (1632); livra quelques années après au comte de Soissons et au duc de Bouillon, ligués avec l'Autriche, une bataille où le comte trouva la mort (bataille de la Marfée, 1641), fit trancher la tête à Cinq-Mars, favori de Louis XIII, qui traitait avec l'Espagne, et n'épargna pas même le jeune De Thou, coupable de n'avoir pas révélé le complot (1642). Richelieu mourut peu de temps après cette dernière exécution, le 4 décembre 1642. Il n'avait pu terminer les guerres qu'il avait entreprises, mais il avait déjà assuré partout le succès des armes françaises.

Ce ministre est incontestablement celui qui a le plus marqué de son empreinte personnelle le gouvernement de la France; il eut de grandes vues et en poursuivit l'exécution avec une persévérance, une fermeté inébranlables, mais on l'accuse de s'être montré implacable et d'avoir quelquefois exercé des vengeances personnelles sous le prétexte des intérêts de l'État. il s'occupa de l'administration intérieure aussi bien que de la direction politique; rétablit l'ordre dans les finances, réforma la législation, créa une marine, donna une grande extension aux établissements coloniaux, fit occuper le Canada, les Petites-Antilles, St-Domingue, la Guyane, le Sénégal etc.; en outre, il favorisa les lettres et créa l'Académie française (1635). Il est fâcheux qu'il ait voulu lui-même être auteur (il ne fit que des pièces médiocres, tragi-comédie, la Grande pastorale), et qu'il se soit montré jaloux du grand Corneille après avoir commencé par le protéger. On lui doit plusieurs établissements utiles : il construisit le collège du Plessis (attenant à celui de Louis le Grand), répara la Sorbonne et en rebâtit l'église (où l'on voit encore aujourd'hui son mausolée), agrandit la Bibliothèque et l'imprimerie royale, fonda le Jardin du Roi. Richelieu s'était fait construire au centre de Paris un palais magnifique qu'on nommait le Palais-Cardinal (aujourd'hui Palais-Royal); il le légua à Louis XIII. (A19).



En bibliothèque - Richelieu a laissé, outre quelques écrits théologiques, des mémoires fort curieux, publiés d'abord en partie sous les titres de : Histoire de la Mère et du Fils; puis, d'une manière plus complète, dans les Mémoires relatifs à l'histoire de France, de Petitot, 1823; un Testament politique, dont la meilleure édition est due à Foncemagne 1764, et qui renferme de précieuses leçons de politique : cette pièce, longtemps contestée, est aujourd'hui reconnue authentique. On lui attribue à tort le Journal de M. le cardinal de Richelieu durant le grand orage de la cour (1630 et 31), Amsterdam, 1664, écrit indigne de lui. Avenel a publié ses Lettres, instructions et papiers d'État, 1853-63 (dans les Documents inédits de l'histoire de France). Sa Vie a été écrite par Antoine Aubery, J. Leclerc. René Richard; A. Jay a donné l'Hist. du ministère de Richelieu, Paris, 1815, Capefigue, Richelieu et Mazarin, 1835, et Gaillet l'Administration de Richelieu (couronnée par l'Institut), 1858 et 1861.

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