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Superstition
(du latin superesse, être superflu, ou de superstare,
s'élever au-dessus, être au delà), mot par lequel les
Anciens entendaient en général une crainte vaine et excessive
des dieux, qui donnait naissance à des
pratiques étranges. II eut chez les Romains un sens restreint :
il désignait tous les rites étrangers à la religion
romaine, tout culte non autorisé. Quand le christianisme
se répandit, le titre méprisant de superstition fut appliqué
à toute pratique entachée de paganisme et qui tendait à
dénaturer la religion nouvelle.
Les théologiens catholiques définissent
ainsi la superstition : péché contraire à la vertu
de religion (chrétienne), par lequel on transporte à la créature
le culte qui n'appartient qu'à Dieu seul,
ou par lequel on rend à Dieu un culte défectueux, en faisant
entrer dans ce culte des manières qui ne lui conviennent pas. Dans
tout culte, il faut donc considérer deux choses :
1° l'objet auquel on le rend;
2° la manière dont il est rendu.
Lorsqu'on rend un culte au démon
ou à quelque autre créature, ce culte est superstitieux par
rapport à l'objet, parce qu'on met une créature à
la place de Dieu. Lorsqu'on fait entrer dans le culte rendu à Dieu
des pratiques on des intentions basses, indécentes, vaines, superflues,
le culte est superstitieux par rapport à la manière.
Par rapport à l'objet, il y a six
sortes de superstitions : l'idolâtrie, la magie, le maléfice,
le pacte, implicite ou explicite, avec les démons,
la divination et la vaine observance. Par
rapport à la manière, il y en a deux sortes :
1° le culte faux, qui consiste
à rendre à Dieu un honneur aboli ou spécieux, par
exemple, en observant, comme religieusement obligatoires, la loi de Moïse,
en vénérant de fausses reliques, ou en annonçant de
faux miracles;
2° le culte superflu, qui consiste
à employer dans l'exercice de la religion certaines choses dont
l'Église ne se sert point, et qui sont vaines et inutiles, comme
d'ajouter à la messe, ou à l'administration des sacrements,
des cérémonies autres que celles qui sont indiquées
dans les rubriques.
Les superstitions qui ont pour cause la simplicité
ou l'ignorance, continuent ces théologiens, et qui ne proviennent
que d'un culte superflu, qui n'est ni faux, ni indécent, ni injurieux
à Dieu ou à l'Église, ne
sont point mortelles de leur nature. Telle est celle qui fait rougir au
feu la clef d'une église dédiée à Saint-Pierre,
et l'applique sur la tête des boeufs, des
chiens
et d'autres animaux, pour les guérir
de la rage. Il était recommandé aux curés de travailler
à l'abolition des superstitions de ce genre, mais seulement de l'avis
et consentement de l'évêque, et lorsqu'ils pouvaient le faire
sans scandaliser la foi du peuple.
Cette lutte contre les superstitions n'a
pas été complètement heureuse, puisque, aujourd'hui
même, certains esprits croient encore aux songes,
aux présages, aux nombres et aux jours funestes, aux accidents qui
portent malheur, etc. Parmi les chrétiens aussi, il n'est pas rare
de trouver des superstitions d'un autre genre, et l'on peut consulter,
entre autres ouvrages sur ce sujet, ceux du P. Lebrun, Sur les pratiques
superstitieuses (Paris, 1732-1736, 4 vol. in-12),, et de J.-B. Thiers,
Traité
des superstitions selon l'Écriture sainte, 1769, in-12.
Les humains deviennent plus superstitieux
à mesure qu'ils éprouvent un plus grand nombre d'accidents
dans le cours de leur vie; les joueurs et les marins en sont la preuve
frappante. La superstition, étant le résultat d'un sentiment
mal raisonné, se fonde souvent sur des faits vrais; par exemple,
beaucoup de chrétiens regardent le vendredi
comme un jour funeste, parce que c'est ce jour-là qu'est mort Jésus,
et elles n'entreprendraient rien un vendredi. D'autres ont une crainte
superstitieuse pour le nombre 13, probablement parce que Judas était
le 13e apôtre de Jésus. (A19
/ E.-H. Vollet.).
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14, mieux
que 13!
A la
vérité, il y a mieux que le chiffre treize, pour distraire
un superstitieu, c'est le chiffre... quatorze. Voici un calcul qui a été
fait, d'après le Journal des règnes de Henri III et Henri
IV, par L'Estoile, sur le nombre 14; nous livrons donc ce calcul
aux gens qui ont la superstition du 13...
Henri
IV naquit 14 siècles, 14 décades et 14 ans après la
nativité de Jésus; il vit le jour un 14 décembre,
et mourut un 14 mai, il y avait 14 lettres dans son nom (Henri de Bourbon);
il vécut quatre fois 14 ans, quatre fois 14 jours et 14 semaines;
il fut roi, tant de France que de Navarre, 14 triétérides
(période de 3 ans); il fut blessé par Jean Châtel 14
jours après le 14 décembre, en l'année 1594, entre
lequel temps et celui de sa mort il n'y a que 14 ans, 14 mois et 14 fois
cinq jours; il gagna la bataille d'Ivry
le 14 mars; le dauphin naquit 14 jours après le 14 septembre, et
fut baptisé le 14 août; le roi fut tué le 14 mai, 14
siècles et 14 olympiades après l'Incarnation; l'assassinat
eut lieu deux fois 14 heures après que la reine était entrée
en pompe dans l'église de St Denis pour y être couronnée;
Ravaillac fut
exécuté 14 jours après la mort du roi, en l'année
1610, laquelle se divise justement par 14, car 115 fois 14 font 1610.
Sous
la Restauration, le gouvernement fit fondre d'un seul jet, dans les ateliers
du Roule, à Paris ,
une statue colossale, haute de 8 m, de l'infortuné roi Louis
XVI. Au moment où l'on voulut la retirer du moule, on s'aperçut
d'un singulier accident : la tête était séparée
du corps, et la statue sortit décapitée. C'était l'effet
d'un bouillon produit par le refroidissement de la matière.
L'explication put être donnée sur-le-champ; mais les témoins
du fait n'y virent pas moins un funeste présage pour la royauté. |
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En
bibliothèque - Fr. Bernard,
Superstitions
anciennes et modernes, Amsterdam, 1733-36, 2 vol. in-fol.; Pluquet,
De la Superstition, 1804; J.-B. Thiers, Traité des superstitions
selon l'Ecriture sainte; Paris, 1679, in-12. |
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