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La
souveraineté temporelle des papes ne remonte pas à une époque
précise, et leur domaine territorial ne s'est formé que très
lentement. La prétendue donation de Constantin,
inventée à la fin du VIIIe
siècle par le prêtre espagnol
Isidore Mercator, déjà contestée au commencement du
XIIe
par les bénédictins de la
Sabine,
et démontrée fausse vers le milieu du XVe
par Laurent Valla, n'est plus soutenue depuis longtemps
par personne, même parmi les auteurs ecclésiastiques. Les
donations de Pépin le Bref et de Charlemagne,
qui ne sont établies par aucun titre authentique, paraissent avoir
été de simples concessions verbales. Si les rois francs gratifièrent
les papes d'une autorité temporelle qui fut généralement
reconnue, ils ne leur attribuèrent pas une véritable souveraineté.
Celle-ci fut le résultat d'un long travail d'influence et d'usurpation
qui occupa tout le Moyen âge .
C'est seulement à l'ouverture des temps modernes qu'on voit le souverain
pontife exercer son autorité au même titre que les souverains
laïques et qu'on trouve les États de l'Église
constitués.
Moyen âge.
Le titre de pape
( = père) n'impliquait d'abord aucune supériorité
: il était commun à tous les évêques, voire
à tous les prêtres. Mais, capitale de l'Empire, la ville de
Rome devait assurer une certaine prééminence à l'évêque
dont elle était le siège, lors même qu'il n'eût
pas été considéré comme le successeur de saint
Pierre, qui, d'après une tradition au moins douteuse, serait venu
à Rome et y aurait subi le martyre, et dont on admettait la primauté
entre les apôtres .
En 381,
l'empereur Gratien donna à l'évêque
de Rome le droit de juger les différends survenus entre les autres
évêques; la même année, le concile
de Constantinople reconnut implicitement
la suprématie de celui qu'on appelait le patriarche d'Occident :
elle fut admise aussi par le concile de Chalcédoine .
Les invasions des barbares, favorables à l'accroissement de l'autorité
morale de l'épiscopat, grandirent particulièrement celle
des pontifes de Rome. Élus par les fidèles comme par le clergé,
ils devinrent naturellement les défenseurs du peuple dans ces temps
de confusion. Le pape Léon Ier,
envoyé par l'empereur Valentinien III
auprès d'Attila qui menaçait Rome,
parvint à l'éloigner par la promesse d'un tribut (452).
Après la disparition
des empereurs d'Occident (476),
les papes servirent d'intermédiaires entre la population et les
rois barbares revêtus par les empereurs d'Orient de dignités
romaines. Quand Justinien eut rattaché
de nouveau l'Italie
à l'Empire
(554),
enrichis par les vastes possessions qu'ils devaient à la piété
des fidèles, ils prirent, sous les patrices ou exarques byzantins,
une importance encore plus considérable. Le siège de l'exarchat
ayant été transféré à Ravenne au moment
de la conquête lombarde (568),
le prestige du pape éclipsa bientôt celui du duc impérial
qui régissait Rome avec le territoire s'étendant de Viterbe
à Terracine et de Narni à la mer. C'est ce que l'on appela
plus tard le Patrimoine de saint Pierre. Grégoire
Ier,
dit le Grand (590-604),
qui fut le véritable organisateur de l'Église romaine, traitait
directement avec les Lombards.
L'édit iconoclaste de l'empereur Léon l'Isaurien (726),
repoussé par le pape Grégoire II,
fut l'occasion de la révolte qui détacha de l'empire la plupart
des dernières provinces italiennes. Rome fit revivre ses anciennes
institutions républicaines et décerna au pape le titre de
Père de la République romaine.
Menacés sans
cesse par les Lombards, les papes recherchèrent l'appui des Francs.
Pépin
le Bref, sacré roi des Francs par Étienne II et institué
par lui patrice de Rome, dignité déjà offerte par
Grégoire
III à Charles Martel, passa
deux fois les Alpes pour réprimer les tentatives des rois lombards.
Usant de son droit de conquête, il abandonna au saint-siège
apostolique et à la république romaine vingt-deux cités
de l'exarchat de Ravenne et de la Pentapole, mais en conservant comme patrice
la principauté politique (756).
De nouvelles entreprises des Lombards amenèrent en Italie -Charlemagne,
qui mit fin à leur domination, joignit à son titre de roi
des Francs celui de roi des Lombards, et, revêtu aussi par le pape
Adrien
Ier
de la dignité de patrice, renouvela l'abandon fait par son père
au saint siège, sans renoncer non plus à ses droits de souveraineté
(774).
Ravenne et Rome figuraient au nombre de ses villes métropolitaines
: il examinait et confirmait l'élection des papes. En 781,
il fit sacrer son second fils, Pépin,
roi d'Italie. Enfin, le jour de Noël
de l'an 800,
dans la basilique
de Saint-Pierre, le pape Léon III couronna Charlemagne empereur
des Romains. Le nouvel empereur d'Occident, tout en augmentant l'autorité
du chef de l'ÉgIise, garda le gouvernement réel de la chrétienté.
La puissance temporelle
des papes, mal définie, ne résista pas à l'anarchie
qui entraîna la dissolution de l'empire carolingien .
Leur élection, à partir d'Adrien II
(867),
fut réservée au clergé : le peuple, qui ne faisait
plus que l'agréer, ne montra plus le même dévouement.
L'archevêque de Milan, rival du pontife
romain, s'arrogeait le droit de conférer la couronne d'Italie .
L'archevêque de Ravenne, méconnaissant les fameuses donations,
prétendait jouir en Romagne du même pouvoir que le pape à
Rome. Les seigneurs italiens, dans leurs guerres incessantes, agrandissaient
leurs possessions, aux dépens de celles de l'Église. Au siège
même de la papauté, les barons romains se disputaient violemment
la prépondérance. Le saint-siège devint la proie des
factions. Le pape Étienne VI (896),
qui fit exhumer le pape Formose pour lui faire son procès, périt
lui-même étranglé dans un cachot. Des femmes, les deux
Théodora et Marosie, disposèrent à leur gré
du pontificat (903-931).
En 962,
la restauration de l'Empire au profit d'Othon le Grand, roi de Germanie,
que le pape Jean XII avait appelé contre Bérenger
II, roi d'Italie ,
fit passer le saint-siège et l'Italie presque entière sous
la domination allemande .
Rome essaya vainement de faire revivre la république : le consul
Crescentius paya de sa vie cette tentative (998).
Le moine Hildebrand (le futur Grégoire
VII), tout-puissant à la cour pontificale dès 1049,
entreprit d'abord la réforme ecclésiastique pour affranchir
ensuite l'Église de sa sujétion à l'Empire. Entre-temps,
les chefs normands de l'Italie méridionale consentaient à
tenir leurs possessions comme des fiefs de saint Pierre; ils aidaient le
pape à s'emparer de Bénévent ,
que l'empereur Henri III voulut bien échanger
contre quelques domaines ou redevances au delà des Alpes (1053).
En 1059,
Nicolas Il décida que le pape serait élu par les cardinaux ,
c.-à.-d. par les titulaires des évêchés suburbicaires
et des paroisses principales de Rome, et que le clergé inférieur
donnerait seulement son approbation comme le peuple.
Élu pape en
1073
sous le nom de Grégoire VII, Hildebrand
poursuivit sa réforme, anathématisa les prêtres mariés
et les simoniaques, interdit à tout laïque de donner l'investiture
de biens ou de dignités ecclésiastiques, et à tout
clerc de la recevoir d'un laïque. C'était abolir le droit de
confirmer l'élection des papes exercé jusque-là par
l'empereur, confirmation que Grégoire VII avait pourtant demandée
pour lui-même. La querelle des investitures fut le signal de la lutte
entre le sacerdoce et l'Empire .
Le pape, au nom de l'autorité spirituelle, s'érigea en juge
souverain des puissances temporelles. L'humiliation de l'empereur Henri
IV à Canossa porta le pouvoir du saint-siège à
son apogée (1077).
Mais, malgré l'appui de la comtesse Mathilde,
maîtresse de l'Italie
centrale, Grégoire VII, combattu par les seigneurs voisins et par
ses propres sujets, assiégé dans Rome par l'empereur, sauvé
par les Normands pour devenir leur proie, mourut en exil à Salerne,
victime de son rêve de théocratie (1085).
La donation que la comtesse Mathilde avait faite au saint-siège
de tous ses États n'eut aucun effet à sa mort (1115).
Les transactions qui mirent fin à l'affaire des investitures et
à celle de l'héritage de Mathilde ne profitèrent au
fond qu'aux villes italiennes, qui à la faveur de ces querelles
féodales, purent conquérir leurs libertés. Arnaud
de Brescia porta la révolution jusque dans l'enceinte de Rome.
La république
romaine, rétablie en 1141,
ne fut étouffée que par les Allemands
de Frédéric Barberousse, qui, après le supplice d'Arnaud,
reçut la couronne impériale (1155).
Le pape Alexandre lII enleva au pontificat
toute trace de son origine populaire en supprimant l'intervention du clergé
inférieur et des fidèles dans l'élection des papes
(1159).
La lutte recommença bientôt entre le saint siège et
l'Empire, mais dominée, cette fois, par des vues politiques plutôt
que religieuses. Alexandre III se proclama le protecteur de la Ligue lombarde
contre Frédéric Barberousse (1168-1177).
Innocent
III (1198)
reprit les traditions théocratiques de Grégoire
VII. Il employa les armes spirituelles pour s'imposer en maître
aux royaumes, s'immisça en Allemagne dans les querelles de succession
à l'Empire, se déclara d'abord en faveur des Guelfes, recouvra
avec leur appui une partie des domaines du saint-siège, puis releva
la fortune des Gibelins, et mourut en laissant la chrétienté
livrée aux plus grandes agitations (1216),
La lutte continua avec violence entre son successeur Grégoire
IX et l'empereur Frédéric II. L'extinction de la maison
de Souabe
amena enfin la chute de la domination allemande (1254).
La papauté
avait usé ses forces à vouloir établir sa suprématie.
Urbain IV crut la raffermir en l'appuyant de nouveau sur l'étranger.
La maison d'Anjou ,
appelée par lui à Naples et
en Sicile (1263),
consomma au contraire l'affaiblissement du saint-siège. Grégoire
X, l'organisateur des conclaves ,
reçut en France
le Comtat-Venaissin
(1274),
mais Boniface VIII eut à subir les
outrages de Philippe le Bel. En 1305,
le roi de France fit élire pape l'archevêque de Bordeaux,
qui fut Clément V. Celui-ci fixa son séjour
à Avignon (1309), que Clément
VI acheta plus tard à Jeanne de Naples (1348).
Sept papes légitimes y résidèrent, tous Français.
Rome, abandonnée par les papes, tomba dans l'anarchie. Le tribun
Nicola Rienzi tenta vainement de la relever en lui restituant les vieilles
formes du gouvernement républicain sous le nom de Bon-Etat (1347-1354).
Urbain V fit une courte apparition à Rome (1368).
Grégoire
XI vint seulement y mourir (1378).
Sa mort amena le grand schisme d'Occident. Rome eut son pape et Avignon
le sien. La supériorité des conciles généraux
sur les papes, proclamée par les conciles de Constance et de Bâle ,
facilita le rétablissement de l'unité, effectué en
1449
par Nicolas V au profit de Rome. La nouvelle tentative républicaine
de Porcari n'aboutit qu'au supplice de son auteur (1453).
Temps modernes.
L'ascendant des
papes, si grand pendant certaines périodes du Moyen âge ,
alors que leur puissance temporelle était encore précaire,
ne fit que s'amoindrir dans les temps modernes, quand leur principauté
politique fut définitivement assise. Le souverain pontife, toujours
Italien à partir du XVIe
siècle, sembla perdre de son caractère
universel en devenant le chef d'un État qui avait ses intérêts
particuliers. Les États de l'Église se composaient alors
du Patrimoine de saint Pierre, d'une partie du duché de Spolète,
des Marches et de la Romagne, et des dépendances de Bénévent
et d'Avignon. Avec Sixte IV (1471)
commencent le népotisme et la préoccupation presque exclusive
des intérêts temporels. Alexandre
VI avait acheté les suffrages des cardinaux
(1492)
: puissamment secondé par son fils César
Borgia, qui détruisit les seigneuries indépendantes de
la Romagne, il s'agrandit par la conquête, l'intrigue et la terreur.
Jules II (1503),
qui réunit Pérouse et Bologne
à ses États, joua un rôle considérable dans
la politique européenne. Léon X (1513) s'empara du duché
d'Urbin, de Pesaro,
de Sinigaglia, s'unit à Charles-Quint
contre François Ier,
mais s'illustra surtout comme protecteur des lettres et des arts.
Par la vente des
indulgences, Léon X donna lieu au mouvement de la Réforme,
qui finit par détacher de l'Église romaine une partie de
l'Europe. Le Hollandais -Adrien
VI (1522),
ancien précepteur de Charles-Quint,
fut le dernier pape étranger, Clément
VII (1523)
se tourna contre Charles-Quint, vit Rome assiégée et pillée
par les bandes du connétable de Bourbon
(1527),
dut consentir à la restauration du pouvoir impérial en Italie ,
et couronna Charles-Quint à Bologne
(1529).
Sous la domination espagnole, les questions religieuses reprirent le dessus
pour quelque temps. Paul III (1534),
effrayé des progrès de la Réforme, s'efforça
de relever la papauté spirituelle, approuva l'institution de l'ordre
des jésuites
(1540),
et réunit le concile de Trente (1545),
qui, à travers diverses péripéties, se prolongea sous
ses successeurs jusqu'en 1563.
Grégoire
XIII (1572)
approuva la Saint-Barthélemy et soutint les princes ennemis du protestantisme .
Il réveilla les anciennes factions dans ses États par les
mesures violentes qu'il prit pour se procurer de l'argent. C'est à
lui qu'on doit la réforme grégorienne du calendrier
(1582).
Sixte-Quint (1585),
plus soucieux de ses devoirs envers ses sujets, prit à tâche
de réprimer le brigandage et d'améliorer l'administration.
Clément
VIII (1592)
réunit Ferrare aux domaines du saint-siège
(1598).
Urbain VIII (1623)
compléta la formation du territoire pontifical en prenant définitivement
possession du duché d'Urbin
(1633).
Les États
de l'Église, à peine complétés, étaient
déjà dans des conditions bien inférieures à
celles des autres États italiens .
Rome, centre du catholicisme ,
avait sans doute la pompe du culte, l'éclat de ses souvenirs et
de ses monuments; Bologne, plus rapprochée des États modernes,
devait un certain lustre à sa vieille université; Ancône
conservait quelque commerce avec l'Orient, mais les autres villes étaient
ruinées, les campagnes négligées, les populations
écrasées
d'impôts, la dette du trésor papal
considérable, et l'ignorance, la misère, l'insécurité
devenaient générales. Depuis lors, la décadence ne
s'arrêta plus. Dans l'ordre temporel, la papauté dut, sous
Alexandre
VII, faire humblement amende honorable à Louis
XIV (1664),
et, sous lnnocent XI, subir un nouvel affront
du roi très chrétien (1687).
Dans l'ordre spirituel, elle fut occupée pendant près d'un
siècle de l'interminable affaire du jansénisme .
Vint ensuite celle des jésuites ,
dont Clément XIV, cédant aux
instances des puissances catholiques, se décida à prononcer
la suppression (1773).
Pie VI (1775),
qui avait eu déjà à lutter, sur le terrain spirituel,
contre les empiétements du ministre Tanucci à Naples, de
l'empereur Joseph Il dans les États autrichiens ,
du grand-duc Léopold Ier, en Toscane,
se trouva enfin aux prises avec la Révolution française (1789).
La confiscation des
biens ecclésiastiques, la constitution civile du clergé,
l'occupation d'Avignon et du Comtat-Venaissin
(1791),
déterminèrent le pape à se joindre aux ennemis de
la France .
Les États de l'Église, travaillés par les idées
nouvelles, s'agitèrent à l'approche des armées françaises.
Les légations de Bologne, de Ferrare
et de Ravenne, qui s'en étaient détachées en 1796
furent cédées par le pape, obligé de souscrire au
traite de Tolentino, et réunies à la République cisalpine
(1797).
La République romaine, établie en 1798,
fut de courte durée. Pie VII (1800),
qui conclut le concordat avec Bonaparte (1801),
et le sacra empereur (1804),
ne tarda pas à se brouiller avec lui. En 1806,
il perdit Bénévent et Porto
Corvo; en 1808,
les provinces des Marches, rattachées au royaume d'Italie ;
en 1809,
le reste du territoire pontifical, converti en départements français.
Rome fut déclarée la seconde ville de l'Empire.
Exilé à
Savone, Pie VII rentra à Rome après la chute de Napoléon
(1814).
Le congrès de Vienne lui rendit tous ses États, moins la
partie du Ferrarais située sur la
rive gauche du Pô, que l'Autriche
s'attribua avec le droit d'entretenir des garnisons à Ferrare et
à Comacchio. Le pouvoir temporel des papes, restauré dans
toute son intégrité, s'exerça dans des conditions
encore plus déplorables qu'auparavant. Le cardinal
Consalvi, secrétaire d'État, eut grand-peine à modérer
la réaction. Léon XII (1823)
la déchaîna. Le sanfédisme, secte austro-papaline,
se livra impunément à d'abominables excès. Le Carbonarisme,
société secrète libérale, s'exaspéra
de son côté. Les confiscations, les incarcérations,
les supplices étaient les seuls moyens de gouvernement. Sous Pie
VIII (1829),
le mal ne fit qu'empirer. Les conspirations devinrent permanentes. Le saint-siège
ne se soutenait qu'en s'inféodant à l'Autriche. A l'avènement
de Grégoire XVI (1831),
la révolution éclata à Bologne,
dans les Romagnes, dans les Marches et dans l'Ombrie. Elle fut étouffée
par l'Autriche. En vain la France
essaya de faire contrepoids à l'Autriche en occupant Ancône
(1832).
Quand les deux puissances évacuèrent le territoire pontifical
(1838),
Ia situation morale et matérielle était toujours la même.
En 1843
et 1844,
il y eut dans les Romagnes des mouvements après lesquels le pape
sévit plus que jamais. On sait quelles espérances fit naître
l'exaltation de Pie IX (1846),
et comment elles furent déçues.
Après les
événements de 1848
et la chute de la République romaine de 1849,
en dépit des promesses du pape restauré et protégé
par Louis Bonaparte, rien ne fut changé
au régime. C'est à propos de la situation politique des États
de l'Église que la question italienne fut posée officiellement
au congrès de Paris (1856).
En 1859,
l'alliance franco-sarde et la défaite de l'Autriche
à Magenta eurent pour conséquence l'affranchissement de Bolognet
et des Romagnes.
Le mouvement gagna
les Marches. Il atteignait l'Ombrie, quand les gardes suisses du pape l'arrêtèrent
à Pérouse par d'horribles massacres (20 et 21 juin). Le 22
mars 1860,
Bologne et les Romagnes, après un vote populaire presque unanime,
furent annexées au royaume de Victor-Emmanuel. La même année
(4 novembre), les Marches et l'Ombrie, soulevées lors de la campagne
de Castelfidardo, votaient aussi leur annexion. Rome, évacuée
par les troupes françaises après la convention du 15 septembre
1864,
les vit revenir pour protéger le pape contre l'expédition
garibaldienne
qui échoua à Mentana (3 novembre 1867).
Les garnisons laissées par le gouvernement impérial à
Civittavecchia,
à Viterbe, et sur quelques autres points, ayant été
rappelées en France
au début de la guerre avec la Prusse ,
les troupes italiennes
passèrent la frontière pontificale et entrèrent à
Rome après une courte canonnade, le 20 septembre 1870. Le 2 octobre,
les populations votèrent leur annexion, au royaume d'Italie, dont
la capitale fut transférée à Rome au commencement
de 1871.
Ainsi finit la souveraineté temporelle des papes, du moins telle
qu'on l'avait connue depuis près de mille ans. Elle ne renaîtra,
sous une forme nouvelle, qu'à partir du 11 février 1929,
à la suite d'un concordat (les accords de Latran) entre le saint-siège
(représenté par le pape Pie XI) et l'Italie (représentée
par Mussolini), mais cette fois, en ne s'appuyant plus que sur un État
pontifical indépendant, mais réduit à la simple cité
du Vatican
: 44 hectares enclavées dans Rome (plus quelques annexes, tel le
palais d'été du Pape, à Castelgandolfo). (Félix
Henneguy).
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Peter
Godman (trad. Cécile Deniard), Hitler
et le Vatican, Librairie Académique Perrin, 2010.
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On
a longtemps reproché à l'Eglise catholique
son attitude face au nazisme. Pie XII, surnommé par ses adversaires
le "pape de Hitler", n'aurait pas encouragé les catholiques
à se rebeller, tout comme une partie des prélats, obsédés
par leur haine du communisme. Jusqu'à
présent, ces accusations ne se basaient sur aucune preuve concrète.
Or, en février 2003, le Vatican a enfin
ouvert ses archives sur la période nazie. Peter Godman a été
l'un des premiers historiens à explorer ce nouveau fonds et ses
révélations sont troublantes, parfois surprenantes. A la
suite du rapprochement entre Mussolini et Hitler, Pie XII a choisi de reléguer
la morale derrière la diplomatie. Alors
que l'écho des horribles persécutions pratiquées par
les nazis commence à retentir au Vatican, la voix du Saint-Siège
reste faible. Après la guerre, alors qu'il n'est plus possible de
nier l'évidence des crimes nazis, Pie XII n'aura qu'une seule explication
à offrir : "Dieu tout-puissant a Ses raisons. C'est Lui qui a souhaité
ce qui est arrivé." Par l'abondance et l'originalité de ses
sources, Hitler et le Vatican se pose comme une étude majeure, une
oeuvre palpitante sur les secrets les mieux gardés du Saint-Siège.
(couv.). |
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