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Sorbonne.
- Monument parisien .
Le nom de Sorbonne n'a été d'abord que celui du collège
fondé au XIIIe siècle par
Robert
de Sorbon. C'est en février 1257 (nouveau style) que Robert
obtint de saint Louis une maison sise devant
les Thermes, dans la rue Coupe-Gorge ou Coupe-Gueule, où il se proposait
de faire vivre côte à côte un certain nombre de maîtres
et d'étudiants. Il appelait sa fondation : la Communauté
des pauvres maîtres étudiant en théologie ;
avant la fin du XIIIe siècle, on
la nommait déjà, à cause de son fondateur, la Sorbonne.
Elle reçut dès l'origine diverses libéralités;
une, entre autres, de Hugues, évêque d'Apros, qui lui donna
deux maisons. Des maîtres réputés se chargèrent
de l'enseignement : Guillaume de Saint-Amour, Henri
de Gand, etc. Deux ans après, des agrandissements étaient
devenus nécessaires; Robert de Sorbon fit dans ce but plusieurs
échanges, notamment avec le roi; avant sa mort, il avait mis la
société de Sorbonne en possession de tout le domaine qu'elle
devait occuper. La rue Coupe-Gueule prit le nom de rue des Deux-Portes,
lorsqu'il eut obtenu le droit de la fermer à ses deux extrémités
de clôtures qui subsistèrent jusqu'à la Révolution.
Il faut bien se rendre compte que la Sorbonne,
bien qu'elle ait participé du même mouvement qui a donné
naissance au Moyen âge
aux universités
n'était ni une faculté, ni un collège, au sens actuel
du mot, ni une congrégation religieuse, mais qu'elle resta jusqu'à
la fin une maison d'étude et un hôtel où
vivaient les pauvres étudiants ou maîtres en théologie
. En somme, le règlement fait par Robert demeura même toujours
intact. Les cadres de la communauté comprenaient : les bénéficiaires,
étrangers de passage ou étudiants peu fortunés, les
hôtes, qui n'avaient aucune part dans l'administration, et les associés,
ne résidant pas tous nécessairement dans la Maison; hôtes
et associés n'étaient reçus qu'après enquête
et examen, par vote ayant lieu au scrutin secret, à quelques jours
d'intervalle. Pour l'administrer, la Sorbonne eut ses officiers, tous élus,
proviseur, prieur, procureur, bibliothécaire, ses conseils permanents
et ses assemblées; les assemblées générales
avaient lieu quatre fois par an. Tous les membres de la communauté
étaient d'ailleurs considérés comme égaux;
le cachet de la Sorbonne, qui représentait une roue à dents
égales engrenées les unes dans les autres et mues par un
même ressort, était l'emblème de cet esprit d'égalité;
aussi était-ce un usage de prendre le prieur parmi les plus jeunes
associés. Ce titre d'associé fut parfois décerné
par honneur; il le fut ainsi à Ulrich Gering, quoique laïque.
Comme l'avait désiré Robert
de Sorbon, la théologie scolastique
fut effectivement restaurée grâce au collège de Sorbonne.
Au début, les sorbonistes eurent à soutenir toute une polémique
contre les ordres mendiants auxquels ils faisaient concurrence. Cependant,
du XIIIe au XVe
siècle, cinquante collèges furent fondés sur le modèle
de celui de Sorbonne. Comme on admettait dans cette Maison des étudiants
de tous pays, elle était, disait-on, un abrégé de
l'univers; les étrangers s'y trouvèrent même, dans
les premiers temps, plus nombreux que les Français; à partir
du XVe siècle, elle fut ouverte
aux Français seuls. La spécialité de l'étude
des cas de conscience contribua beaucoup à donner à la Sorbonne
une très grande réputation. La bibliothèque, à
laquelle les sorbonistes avaient l'habitude de léguer leurs livres,
y était l'objet de tant de soins qu'elle devint célèbre
par sa richesse dès le règne de Philippe
le Bel et qu'un édifice spécial fut construit pour elle
en 1481.
Ce fut sur l'initiative de deux sorbonistes,
Jean de La Pierre et Guillaume Fichet, qu'en 1470 la Maison de Sorbonne
logea les trois premiers imprimeurs qu'ait possédés la France.
La Société voulait que dans son voisinage les locataires
des maisons dont elle était propriétaire fussent des hommes
adonnés à l'étude. Les sorbonistes jouissaient d'un
grand respect. On s'habitua vite à dire Messieurs de Sorbonne. Pendant
le XVIe le XVIIe
siècle, des fondations spéciales les chargèrent d'assister
les condamnés, de visiter les prisonniers, de catéchiser
les pauvres dans les paroisses. De tout temps on fit profession parmi eux
d'une estime particulière pour l'instruction générale,
et la Sorbonne fut influencée fortement par la Renaissance .
Au XVIe siècle, plusieurs chaires
y furent fondées, et un certain nombre s'appliquèrent à
d'autres matières que les matières théologiques, ainsi
à la philosophie grecque. Luther
a fait un grand éloge de ce collège. Depuis le milieu du
XIVe siècle, la troisième
épreuve pour la licence en théologie fut passée à
la Sorbonne et appelée la Sorbonique. Mais c'est seulement à
partir de 1554 que la faculté de théologie y tint ses séances
de délibération générale. Il devait arriver
que le nom de Sorbonne fût pris pour celui de la Faculté,
et cette confusion se produisit en effet dès 1516.
Dans l'histoire de la Sorbonne, l'événement
principal du XVIIe siècle fut la
reconstruction de ses bâtiments que Richelieu,
proviseur, entreprit à ses frais avec la plus grande ardeur (1626),
méritant ainsi d'être considéré comme le second
fondateur de cette Maison où ses restes furent d'ailleurs transportés.
En moins de deux ans, malgré bien des difficultés dont il
eut à triompher, une transformation des plus importantes était
accomplie et une rue nouvelle mettait la Sorbonne en communication avec
l'hôtel d'Harcourt. Il y eut dans la Sorbonne de Richelieu, tout
autour de la salle des Actes, des galeries grillées dites écoutes,
d'où l'on pouvait entendre sans être vu, ce qui permettait
aux femmes elles-mêmes d'assister aux thèses. Les Sorbonistes,
dont le collège appelé la Pauvre maison avait justifié
cette appellation durant tout le Moyen Âge ,
s'étonnèrent presque de pareils changements. C'est là
que Gondi et Bossuet soutinrent leurs thèses,
que Condé vint argumenter, qu'Arnauld se vit condamner, là
que, plus tard, Turgot, nommé prieur, prononça
son fameux discours sur les progrès de
l'esprit humain. Très célèbre, choisissant ses proviseurs
parmi de hauts personnages, la Sorbonne (qui était chargée
depuis 1646 de l'administration du collège du Plessis en vint ainsi
à offusquer l'Université qui essaya de rétablir vis-à-vis
d'elle son autorité; elle avait la prétention d'obliger les
rois eux-mêmes à compter avec son influence. Bien qu'elle
ne se confondit pas avec la Faculté, comme les séances de
censure y avaient lieu, il en rejaillissait sur elle une certaine impopularité.
Le Maison, qui avait déjà fait une énergique opposition
aux doctrines de la Réforme, était profondément janséniste
et gallicane.
Elle n'en était pas moins, au XVIIIe
siècle, animée de l'esprit de libre examen. Il est remarquable
également qu'à la suite de la visite de Pierre
le Grand (1717) les docteurs de Sorbonne aient tenté la réunion
des Églises russe et catholique A la fin de l'ancien régime,
les sociétaires n'étaient que 160 au plus, car on visait
alors à former seulement une élite de vrais sorbonistes.
La Société fut supprimée définitivement par
le décret du 18 août 1792. Pendant la Révolution, on
aménagea dans une partie de ses bâtiments soixante petits
logements, on y tint des assemblées de section, on eut quelque temps
l'idée d'y placer l'École normale, puis un établissement
de chalcographie ,
puis un dépositoire, puis un musée et une salle de réunion,
enfin, en 1813, un séminaire national. En fait, de 1801 à
1821, sous le nom de Musée des arts, la Sorbonne reçut plus
de cent familles d'artistes; Hittorf, Cartellier,
Stouf, Pajou, Prud'hon, David
d'Angers ,
y demeurèrent et Bernardin de Saint-Pierre
également, et jamais le vieil édifice, où avaient
lieu très fréquemment des réunions de famille, des
concerts et des danses, ne fut plus animé.
En 1819, l'église
de la Sorbonne ,
qui fut rendue au culte en 1825, se transforma provisoirement en une annexe
de l'École de droit. La Sorbonne redevint tout entière un
établissement d'enseignement en 1821, lorsque trois des facultés,
celles de théologie, des sciences et des lettres, s'y installèrent
comme aussi l'administration académique. La bibliothèque
de l'Université qu'on y transféra (1823) fut longtemps appelée
Bibliothèque de la Sorbonne, bien qu'elle n'eût rien de commun
avec l'ancienne, dont les collections étaient entrées à
la Bibliothèque nationale; elle ne reprit qu'en 1860 son titre exact
de bibliothèque de l'Université. La renaissance véritable
de la Sorbonne date de 1828. L'annexe de l'ancienne rue Gerson était
de cette époque. C'est le temps du trio célèbre formé
par Cousin, Guizot et
Villemain,
le temps des cours dits cours oratoires. Par décret du 8 février
1852, la Sorbonne a été cédée à la Ville
de Paris ,
à la condition d'y conserver le chef-lieu de l'Académie de
Paris et les facultés qui s'y trouvaient. Trois ans après,
on posait la première pierre de sa reconstruction, mais les travaux
s'arrêtèrent là. Ils ne furent repris qu'en 1885. A
la même époque, la Sorbonne perdait la faculté de théologie
qui cessait son enseignement, mais elle possédait depuis 1868 la
nouvelle École pratique des Hautes-Études. Les nouveaux bâtiments
furent inaugurés en 1889. Si l'on a pu être surpris que le
collège de Sorbonne n'ait pas véritablement produit un homme
d'une grande personnalité, on doit rappeler, par contre, qu'au XIXe
siècle les professeurs qui ont enseigné dans ses murs se
sont appelés Biot, Milne-Edwards,
Haüy,
Brongniart,
Thénard,
Geoffroy-Saint-Hilaire,
Dumas,
Claude
Bernard,
Le Verrier, puis, avec Cousin,
Guizot
et Villemain;
Jouffroy,
Nisard, Saint-Marc Girardin, Egger,
Fustel de Coulanges, La Sorbonne nouvelle possède à cette
époque cent et quelques chaires; presque autant de cours accessoires,
plus de 10 000 étudiants. On y a transféré l'École
des chartes en 1897. Cet édifice, aux vastes proportions, où
il ne subsiste plus rien d'ancien que la chapelle et qui possède
jusqu'à un observatoire, devient dans les dernières années
du XIXe siècle plus que jamais le
centre de l'enseignement en France. (M. Barroux). |
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