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L'histoire des États-Unis
L'époque coloniale
  Les premiers établissements
  Les treize colonies
  Français et Anglais

La Révolution américaine
  La rupture avec l'Angleterre
  La guerre d'Indépendance
  La Constitution de 1787/ 89

Au temps des « Pères fondateurs »
  La présidence de Washington
  Adams et Jefferson
  De Madison à Monroe

La nouvelle démocratie américaine
  Les règles du jeu changent
  Le Nord et le Sud

La guerre de Sécession
  Les premiers affrontements
  L'encerclement du Sud
  Les grandes batailles
  Grant et Sherman

L'Empire américain 
  Reconstruction et impérialisme
  D'une guerre mondiale à l'autre
  Après 1945 

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L'époque coloniale

L'existence des États-Unis comme État indépendant ne date que de 1776 : mais l'histoire des Européens dans ce pays remonte plus haut. Rapidement après les premières explorations, Français et Espagnols revendiquèrent les territoires nouvellement découverts. Ainsi, par exemple, de 1562 à 1565 les Français essayèrent-ils vainement de coloniser la Floride. Mais ce sont les Britanniques, puis les Hollandais, qui fondèrent les établissements durables. En 1584 des Anglais s'établirent en Virginie. Gosnold en 1602, Hudsonen 1607, John Smith en 1614, firent d'importantes découvertes dans le nord. 

Les Hollandais, marchant sur leurs traces, colonisèrent en 1614 l'État de New York, auquel ils donnèrent le nom de Nouveaux Pays-Bas. Des Puritains, émigrés de la Grande-Bretagne, vinrent en 1620 s''établir dans le Massachusetts. Le New Hampshire fut colonisé en 1621. En 1627 le Delaware reçut une colonie suédoise; le Maryland fut colonisé en 1632, le Connecticut en 1635, le Rhode Island en 1638 : tous ces pays durent leurs premiers habitants aux persécutions religieuses. Charles Il, roi d'Angleterre, donna en 1662 au comte Clarendon et à sept autres seigneurs le pays qui forma depuis les deux Carolines, et en 1681 au quaker William Penn la contrée appelée de son nom Pennsylvanie. 

L'Angleterre n'était pas la seule puissance européenne présente en Amérique du Nord à cette époque. L'Espagne et la France avaient leurs propres colonies sur le continent. Les colons de Caroline entrèrent ainsi plus d'une fois en conflit avec les Espagnols installés en Floride. Mais ce sont surtout les conflits permanents qui opposaient la France à l'Angleterre qui allaient s'exprimer ici.  En 1717, la compagnie française d'Occident avait fondé la Nouvelle-Orléans; en 1735, elle avait élevé la ville de Vincennes, dans ce qui deviendra l'État de l'Indiana. Un territoire ainsi partagé entre nations rivales ne pouvait tarder à devenir le théâtre de guerres sanglantes : en 1754 la guerre éclata entre les Français et les Anglais. Elle dura sept ans et vit la défaite des Français.

La Révolution américaine

Après la guerre que s'étaient livrés en Amérique du Nord Français et Anglais (et Anglo-américains), les treize colonies anglaises, délivrées d'un voisinage dangereux, se trouvaient en tête à tête avec leur métropole. Le désaccord éclata presque aussitôt. La faute en fut à la fois aux humains et aux circonstances. Les gouvernants d'Angleterre nourrissaient des projets attestant une médiocre intelligence des conditions nouvelles où la guerre soutenue en commun contre le Canada venait de placer les possessions américaines de la couronne. Le plan d'union de 1754, élaboré par Franklin, n'avait pu les rapprocher les unes des autres, mais la guerre, les efforts qu'elle avait coûtés, les périls partagés avaient opéré ce rapprochement. Elles avaient appris à se connaître, acquis la conscience de leurs forces. Montcalm, dit-on, avait prédit que, si la France perdait le Canada, dix ans plus tard, l'Amérique serait en révolte contre l'Angleterre; la prédiction allait se réaliser.

L'indépendance n'était pourtant pas le but premier de ce conflit, que les Américains qualifient de Révolution. Il s'agissait au départ, pour les riches propriétaires coloniaux d'échapper à la pression fiscale de l'Angleterre, l'indépendance, acquise au terme d'une guerre opiniâtre, ne fut pour eux que le moyen qui s'offrit, au terme diverses luttes juridiques, afin de préserver leur prospérité. Après cette guerre qui offrit des chances diverses, la victoire de Saratoga (1777) et la reddition du général Burgoyne donnèrent aux insurgés une supériorité décidée. En 1778, la France, poussée par son hostilité à l'Angleterre, fit un traité d'alliance avec les États-Unis, et les aida tant sur mer que sur terre, à combattre les Anglais : Lafayette, Rochambeau et une foule d'autres officiers français s'illustrèrent dans ces combats. Un traité fut également conclu par les insurgés avec l'Espagne en 1779. Enfin la capitulation de Cornwallis, en 1781, força l'Angleterre à reconnaître l'indépendance des États-Unis, et à accepter la paix, qui fut signée à Paris, le 3 septembre 1783. L'indépendance acquise, la révolution américaine n'en était pas pour autant terminée : une nouvelle entité politique restait à bâtir, et il fallait encore jeter les bases de ce que serait le nouvel État. La constitution des États-Unis, adoptée en 1789, sera le symbole de ce nouvel édifice.
 

Au temps des « Pères fondateurs »

La guerre d'indépendance terminée, le Congrès s'était occupé d'établir une constitution qui fut acceptée par tous les États en 1787, et en 1789 Washington avait été appelé à la présidence. Pendant la guerre qui éclata peu après entre la France et l'Angleterre, le président s'empressa de déclarer la neutralité des États-Unis. Il maintint ainsi la paix avec l'Europeque la Révolution française mettait en feu et resta neutre pendant la guerre de la France et de l'Angleterre (1793). Il fut  renommé cette même année à la même unanimité pour quatre nouvelles années, mais il perdit un peu de sa popularité en s'opposant aux doctrines démagogiques. Il renonça en 1797 à un troisième mandat et mourut deux ans après.

A l'abri de sa neutralité le pays continua de prospérer sous la présidence de ses successeurs. Adams, puis Jefferson, qui avaient été les ministres de Washington, furent successivement présidents. Le territoire s'agrandit par l'achat de vastes terres prises aux tribus indiennes, que l'on commença dès cette époque à parquer dans des réserves, ainsi par l'acquisition, sous Jefferson, de la Louisiane (1803). Mais Madison, élu à la présidence en 1808 fut confronté rapidement à de nouvelles difficultés, qui s'élevèrent entre l'Angleterre et les États-Unis, surtout à l'occasion de la question de la liberté des mers, et la guerre fut déclarée en 1812 : elle dura jusqu'en 1815, et se termina encore à l'avantage de la République. 

La paix revenue, semble se replier sur lui-même, l'armée est réduite - elle est surtout requise pour mener des "opérations de police" contre les Indiens. Les États-Unis, sous les présidences de Madison (1809) et Monroe (1817), s'engagent de fait dans la prise de possession leur propre territoire, symbolisée par la Frontière, un front de colonisation qui s'avance progressivement vers l'Ouest. En même temps, s'installe un débat autour de l'esclavage qui polarisera la vie politique pendant plusieurs décennies. Au Nord, on le refuse, au Sud ont bâti sur lui toute l'économie. Le compromis du Missouri, en 1920, qui établit le partage entre les États esclavagistes et les États abolitionnistes ne réglera aucune tension. 

Après Washington, qui invitait les États-Unis à ne pas se mêler des affaires de l'Europe, Monroe avertit l'Europe de ne pas se mêler des affaires de l'Amérique. La "doctrine Monroe" (1823), comme on désignera cette option, parfaitement en phase avec les tendances traditionnellement isolationnistes de l'opinion publique, dominera dans une large mesure la politique extérieure des États-Unis jusqu'à la fin du XIXe siècle.

La nouvelle démocratie américaine

A partir des années 1820 et pendant près de quatre décennies, les États-Unis se sont principalement occupés de leur consolidation. Cela est passé par des transformations dans les règles du jeu politique et plus spécialement à une modification du mode d'élection présidentielle, évoluant ainsi vers le régime présidentiel actuel. La forte personnalité d'Andrew Jackson, président entre et 1829 et 1836, contribuera amplement à cette évolution des moeurs politique. Un autre point crucial aura été pendant cette période la croissance démographique exceptionnelle du pays, devenu une terre d'immigrants (près de cinq millions d'Européens viennent s'installer aux États-Unis entre 1830 et 1860). 

Le territoire a été investi peu à peu sous la poussée de cette affluence de populations nouvelles. La Frontière a progressivement reculé, en même temps que se perpétrait le génocide des Indiens, qui ne sont plus seulement spoliés de leurs territoires, mais aussi exterminés physiquement. Les États-Unis s'agrandiront par ailleurs au détriment du Mexique, auxquels ils enlèvent le Texas, le Nouveau-Mexique, et la Californie (1845-1848), destination, au cours de la décennie suivante de la "ruée vers l'or". En même temps de nombreux problèmes doivent être surmontés. La crise économique a frappé le pays à la fin des années 1830, et si elle est surmonté, la question de l'esclavage, elle, devient de plus en plus aiguë, surtout après l'admission de la Californie comme État libre (sans esclaves).

Et, contrairement à ce que l'on pourrait imaginer aujourd'hui, le débat  revêt alors moins un caractère moral qu'économique. Les États du Nord ont bâti leur économie sur l'industrie et sont riches; ceux du Sud, sur l'agriculture et sont nettement plus pauvres. Sans leurs esclaves, ils le seraient encore davantage. Ce constat, cynique, allait conduire à un compromis, en 1850,  selon lequel les deux grands partis, whig et démocrate, s'entendirent  pour faire passer leur réticences sur la question de l'esclavage après ce qu'ils considéraient comme l'intérêt supérieur de l'Union.

La guerre de Sécession

Depuis le compromis de 1850 qui avait apaisé pour un temps les luttes violentes à propos de l'esclavage au sein du Congrès, dans la presse et dans toutes les manifestations de la vie politique et sociale entre les adversaires et les défenseurs de l'esclavage, la lutte avait repris, plus ardente que jamais, aux élections de 1856, où un président démocrate, Buchanan, fut nommé, et elle atteignit son maximum d'acuité en 1860, lorsque le parti républicain du Nord triompha avec son candidat, Abraham Lincoln, pour la présidence.  Le 10 novembre 1860, lorsque le résultat de l'élection fut connu, la législature de la Caroline du Sud ordonna l'élection d'une Convention chargée de considérer la question de la sortie de l'Union. Elle fit le choix de la scission entre les États du Sud, partisans de l'esclavage, et les États du Nord, opposés à cette institution. Dix États les deux Carolines, la Floride, la Géorgie, l'Alabama, le Mississippi, la Louisiane, le Texas, l'Arkansas, le Tennessee, et une partie de la Virginie, déclarèrent successivement (20 décembre 1860-12 juin 1861) se détacher de l'union, se constituèrent en gouvernement séparé : la  Confédération sudiste. Une constitution fut adoptée, et on nomma  Jefferson Davis comme président et Alexander Stephens comme vice-président. Les Sudistes adoptèrent une nouvelle capitale (Richmond), et opposèrent une armée à celle de l'Union. 

A Washington, le Congrès, pendant les dernières semaines de la présidence de Buchanan, tenta quelques mesures de conciliation qui ne purent aboutir.  Il quitta la Maison-Blanche le 4 mars 1861, léguant à son successeur et à son pays ce qui allait être une effroyable guerre civile. La guerre fut engagée à partir du bombardement du fort Sumter, 12 avril. Au cours de ce mois, la Virginie et le Tennessee, en mai l'Arkansas et la Caroline du Nord, se joignirent aux autres États déjà confédérés, ce qui en porta le nombre à onze. Le Congrès confédéré s'ajourna à Montgomery, le 21 mai, et se réunit le 20 juin à Richmond. La constitution définitive était à ce moment ratifiée par tous les États. Ayant désormais les mains libres, le gouvernement confédéré, sous la direction omnipotente de Jefferson Davis, mena à partir de là les opérations de guerre avec une extrême énergie et délivra des lettres de marque et de représailles. Il ne réussit pas cependant à faire reconnaître en Europe la Confédération comme puissance indépendante, malgré les sympathies qu'ils trouva de la part de la France et de l'Angleterre. 

Pendant quatre ans, les Confédérés, commandés par Beauregard, Jackson et Lee, livrèrent aux Fédéraux, commandés par Scott, Mac Clellan, Burnside, Sherman et Grant, une suite de  batailles meurtrières, où les succès et les revers se balancèrent longtemps. La résistance du Sud contre les masses sans cesse renouvelées du Nord commença à cependant s'épuiser après la bataille de Gettysburg et la prise de Vicksburg (1863). L'expédition de Sherman dans le Sud et les victoires répétées de Grant autour de Richmond eurent enfin raison du courage désespéré des derniers régiments levés par Jefferson Davis et commandés par Lee. Dans les premiers mois de 1865 la prise de Richmond amena la reddition de Lee et la chute définitive du gouvernement confédéré. Les États qui avaient fait sécession en 1860 et 1861 furent tour à tour réintroduits dans l'Union entre 1865 et 1870.
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La Maison Blanche.
La Maison Blanche, à Washington.

L'Empire américain

La fin de la Guerre de sécession, les États-Unis connaissent une période cataclysmique. L'assassinat du président Lincoln, qui plonge la classe politique dans le chaos apparaît presque comme une péripétie au regard de la situation apocalyptique dans laquelle est plongée la société civile pendant encore près d'une décennie. Le XIIIe amendement de la constitution abolit certes l'esclavage dès 1865. Mais aucune place n'a été faite à cette nouvelle population libre, et même après que le droit de vote leur soit accordé par le XVe amendement, ils resteront des citoyens de seconde zone. De plus, l'attitude revancharde du Congrès, rend pratiquement impossible toute reconstruction dans le Sud, occupé militairement par les troupes de l'Union. Sur ce Sud dévasté vont rapidement faire main-basse des crapules venues du Nord (Carpetbaggers), suscitant à leur tour des réactions extrémistes, dont la formation de cliques racistes comme le Ku-klux-klan ne sont que la manifestation la plus spectaculaire. Une société ségrégationniste, dans laquelle racisme est érigé en valeur, se met durablement en place.

La situation chaotique est progressivement contenue à partir du début des années 1870, et la priorité pour tout le pays consiste bientôt à se bâtir une nouvelle prospérité.  L'espace compris entre la côte atlantique et la côte pacifique aura été maillé par de nouveaux États (seuls l'Arizona et le Nouveau-Mexique conserveront jusqu'en 1912 le statut de territoires). La Frontière disparaît ainsi en 1890, en même temps que sont vaincues les dernières résistances indiennes (Sitting Bull, Géronimo, Chief Joseph, etc.). Quatre lignes de chemin de fer transcontinentales drainent les populations vers la Californie, nouveau pôle de développement, tandis qu'on assiste à une vague d'immigration sans précédent. Quinze millions de nouveaux venus, d'ici la fin du siècle. L'exploitation sans frein de cette main-d'oeuvre en situation précaire, et dont les soulèvements sont matés dans le sang, va être la clé de l'extraordinaire développement économique que connaissent alors les États industriels du Nord-Est. Elle constitue dans une très large mesure la source de la puissance économique de la puissance mondiale que sont déjà les États-Unis au tournant du XXe siècle.

L'isolationniste prôné par la doctrine Monroe n'a sans doute jamais été absolu (Coup de force du commodore Perry au Japon en 1853). Et d'ailleurs il y a Amérique et Amérique, il y a États-Unis et continent américain, et les les États-Unis ne se sont jamais privés d'intervenir à l'occasion dans les autres pays du continent (Guerre avec le Mexique, par exemple). Avec le temps,  La doctrine de Monroe «-transformée en remède préventif contre une l'immixtion de l'Europe », selon l'expression de P. Fauchille, a engendré une politique d'hégémonie et d'impérialisme. En 1895, le président Cleveland alla jusqu'à affirmer la souveraineté de fait des États-Unis sur tout le continent, et obtint  par ses menaces qu'un litige de frontières entre le Venezuela et l'Angleterre fût soumis à un arbitrage. Mais l'exagération même de cette doctrine éveilla les susceptibilités des Républiques latines, jalouses de conserver leur indépendance et l'originalité de leur civilisation.

Aussi les Congrès panaméricains qui se réunirent à partir de 1889 déçurent-ils les espérances des États-Unis : ils n'aboutirent ni à la création d'une union douanière, ni à la construction d'un Transcontinental qui relierait New-York au Rio de la Plata. Le patriotisme mexicain s'insurgeait à la pensée d'une annexion possible. Les États de l'Amérique centrale créèrent, pour régler leurs différends, une Cour centrale d'arbitrage, et en 1925 les États-Unis allaient juger utile de donner une satisfaction à l'opinion publique en retirant la garnison qu'ils entretenaient dans le Nicaragua depuis 1912. Mais, d'autre part, un facteur nouveau s'était affirmé : la création d'une Ligue des nations américaines telle que l'avait conçue Bolivar; elle soutiendrait le prestige américain en face de l'ancien monde et resserrerait les liens de solidarité entre les républiques. C'est dans cet esprit que se réunit le Congrès de Panama en juin 1926.
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L'Oncle Sam (= les Etats-Unis) se prépare à intervenir 
dans le conflit mettant aux prises l'Espagne et Cuba.
"Pour la cause de l'humanité, dit-il, il est de mon devoir de les séparer." 
Gravure humoristique parue dans le Puck, le 20 avril 1898.

Les États-Unis n'ont pas moins poursuivi depuis la fin du XIXe siècle une politique qui leur a conféré dans les Antilles et sur tout le pourtour du golfe du Mexique une situation prépondérante. Une insurrection des Cubains contre leurs maîtres espagnols leur fournit un prétexte d'intervention. Le président Cleveland, puis son successeur Mac Kinley, protestèrent au nom de l'humanité contre les excès des gouverneurs espagnols : l'explosion fortuite d'un cuirassé américain, le Maine, dans la rade de La Havane, déchaîna la guerre (avril-août 1898). Deux escadres espagnoles furent anéanties : l'une dans la baie de Manille, par l'amiral Dewey (2 mai); la seconde par l'amiral Sampson, lorsqu'elle essaya de s'échapper de la rade de Santiago-de-Cuba, où elle se trouvait embouteillée (3 juillet). Quelques jours après, la place de Santiago capitulait, après avoir vaillamment résisté aux efforts des volontaires et soldats américains (16 juillet). A bout de souffle, l'Espagne demanda la paix, par l'intermédiaire de la France. Le traité de Paris (10 décembre 1898) assura aux États-Unis Porto-Rico, Cuba, bientôt érigée en République vassale (1902), les Philippines et l'île de Guam, dans l'archipel des Mariannes.

Ensuite, les États-Unis ont mis fin à l'anarchie des deux Républiques de l'île de Haïti en leur imposant leur protectorat (1905 et 1915); ils ont acheté les Antilles danoises (1916); leur puissance financière s'est appesantie sur le Mexique et sur les petits États de l'Amérique centrale. Enfin et surtout, ils ont provoqué la création, aux dépens de la Colombie, d'une République de Panama, qu'ils contrôlèrent, et finirent de creuser à travers l'isthme le canal transocéanique commencé par les  Français, et dont ils possédaient désormais les rives et surveillaient les issues. Ce canal, inauguré en 1914, leur permit à la fois d'améliorer les relations maritimes entre Atlantique et Pacifique, d'accentuer leur pression économique sur l'Amérique latine et de répandre les produits de leurs industries dans tous les pays riverains du Grand Océan.

Hors du continent, les États-Unis imposèrent à Bismarck un condominium sur les îles Samoa (1889), puis partagèrent l'archipel avec l'Allemagne (1895). En 1898, ils annexèrent les îles Hawaii en plus des Philippines. En 1900, ils aidèrent l'Europe à réprimer en Chine le mouvement des Boxers, s'opposèrent à un démembrement de l'Empire du Milieu et, pour sauvegarder leurs intérêts commerciaux, firent prévaloir le principe de la « porte ouverte ». Depuis lors, ils observèrent avec inquiétude la rapide croissance du Japon; Roosevelt intervint pour arrêter ses progrès pendant la guerre de Mandchourie et ménager la paix de Portsmouth (1905). L'attitude hostile des Californiens vis-à-vis des Asiatique envenima les relations des deux puissances.
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Théodore Roosevelt.
Statue de Theodore Roosevelt (Oyster Bay Hamlet, NY).
Photo : David Cooper.

Enfin, les États-Unis se sont intéressés, non sans quelque répugnance, à la politique européenne. Ils ont pris part en 1906 à la Conférence d'Algésiras qui essaya de régler le problème marocain. En 1917, au cours de la Grande Guerre, après de longues hésitations, les États-Unis ont jeté dans la balance tout le poids de leur force et précipité la défaite des Empires centraux. Leur président, Wilson, fut pendant cette période tragique l'animateur de ses concitoyens et l'un des principaux artisans du traité de Versailles (1919). Ses compatriotes, le désavouant en partie, se sont tenus à l'écart de la Société des Nations dont il avait été le protagoniste, mais non des affaires de l'Ancien monde : ils ont des « observateurs  » dans les grandes conférences internationales et c'est sur leur initiative que se réunit la Conférence de Washington. L'entrée en guerre aux côtés des Alliés n'avait rien eu d'idéologique. Il s'était d'abord agi pour le pays de faire respecter son droit au commerce. Mais la révolution soviétique qui avait éclate quelques mois plus tard changea  la donne pour soixante-dix ans au moins.



Pierre Gervais, Les Etats-Unis de 1860 à nos jours, Hachette Education, 2005.
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