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La première
mention historique de la contrée appelée plus tard la Prusse
est celle vers 320 av. J.-C.
du géographe marseillais Pythéas
qui, sur l'Aestuarium Oceani Mentononion qu'on identifie avec le
Frische Haff, signale le peuple des Guttones (Guqwnes).
On a proposé de les identifier avec des Goths; d'autres les regardent
comme une population lituanienne .
Tacite
décrit sous le nom d'Aestui les populations riveraines de
la Baltique, disant que leur langue est analogue à celle des Bretons
et leurs moeurs voisines de celles des Suèves, c'étaient
de meilleurs agriculteurs que les autres Germains; la grande richesse locale
était l'ambre
qui, depuis une antiquité reculée, a créé des
relations commerciales entre la région prussienne, la Méditerranée
et l'Asie. Les habitants ne jouent aucun rôle historique connu durant
les dix premiers siècles de l'ère chrétienne. On signale
vers 500
une ambassade qui fit hommage d'ambre au grand roi des Ostrogoths, Théodoric.
Peu à peu le nom d'Aestes fut reculé et appliqué seulement
aux populations plus orientales de langue finnoise qui l'ont conservé
( Estonie ).
Les habitants de la zone littorale (Koures, Lettes, Semigalles, Sameites,
Prussiens) paraissent avoir été, dans une certaine mesure,
composés d'éléments finnois et lituaniens, ces derniers
dominant chez les plus occidentaux, les Pruzzes ou Prussiens, établis
entre le Niémen et la Vistule, la mer Baltique et la Narev. Ils
se répartissaient en onze cantons : Kulm et Poméranie, le
long de la Vistule; Pogésanie, Warmie, Natange, au Sud du Frische
Half; Samland, Nadrauen, Schalauen, vers le Kurische Haff; Barten, Sudauen,
Galinden, dans l'intérieur. La langue prussienne, éteinte
au XVIIe
siècle, était un dialecte
lituanien. Les Prussiens étaient un peuple de cultivateurs, vivant
dans des villages ouverts et dans des fermes, au milieu de leurs champs
et de leurs pâturages. Ils étaient libres et égaux,
avec une organisation patriarcale, sous la direction des Anciens de chaque
clan familial, pratiquaient le mariage par achat. Chaque canton avait un
chef de guerre, prince héréditaire, et un chef religieux,
juge suprême. Leur culte s'adressait aux forces naturelles; leurs
autels
de pierre s'abritaient dans les forêts ,
au bord des sources ou des lacs.
Le
Moyen âge.
Longtemps les Prussiens
résistèrent à la propagande chrétienne
des Germains, puis des Slaves. Les Polonais
étaient trop divisés et anarchiques pour les soumettre et
s'assurer ainsi l'accès de la mer. Ce fut chez les Prussiens qu'Adalbert
de Prague
vint chercher le martyre; il fut immolé le 23 avril 997
pour avoir pénétré dans le bois sacré
de Romova; son corps, racheté par le prince polonais Boleslav,
fut déposé à Gnesen, où l'on vénère
encore « l'apôtre des Polonais ». Son souvenir sera évoqué
plus tard pour prêcher la croisade contre les païens de la Baltique.
Les marais de la Vistule, les forêts qui couvraient le dédale
des lacs du plateau prussien furent longtemps une barrière infranchissable.
Mais, à la suite des commerçants qui s'implantaient en Poméranie ,
puis sur les rivales de Prusse, de Livonie ,
les guerriers et les missionnaires allemands tournèrent leur effort
de ce côté. Après l'échec des premières
croisades et l'arrêt résultant de la mésintelligence
entre l'empereur et le pape, ils eurent l'idée de s'attaquer à
des païens plus voisins. Albert d'Apeldern, chanoine de Brême ,
fonde l'ordre des Porte-Glaives sur le modèle de celui des Templiers ;
Innocent
III le régularise (1202), et la nouvelle milice religieuse conquiert
la Livonie, l'Estonie ,
la Courlande .
Le moine cistercien
Christian, du couvent d'Oliva, près de Gdansk (Dantzig), tente un
effort analogue sur la Prusse. Les Polonais
l'avaient entamée en soumettant le district de Kulm. Avec l'appui
du duc Conrad de Mazovie
qui y commandait, et du pape Innocent III,
Christian commence sa prédication (1209).
En 1211,
il retourne à Rome annoncer ses premiers succès; en 1215,
il y conduit les deux chefs prussiens de Lausonie et Loebau et reçoit
le titre d'évêque de Prusse. Le pape espérait fonder
sur les rives de la Baltique l'État ecclésiastique vainement
espéré en Palestine ( Les
Croisades )
qui lui fournirait un point d'appui durable; il soutient Christian contre
les supérieurs de son couvent et le duc Conrad, qui voulait asservir
les Prussiens convertis; l'évêque se fait reconnaître
par les chefs locaux la suzeraineté territoriale. Pour agrandir
sa principauté, il fait prêcher la croisade; le pape Honorius
III accorde aux croisés les mêmes faveurs que s'ils allaient
en Terre Sainte. Il donne à Christian pleins pouvoirs pour diviser
la Prusse en diocèses, y instituer des évêques (5 mai
1218).
Enfin le duc de Silésie
conduit une croisade avec le concours des ducs de Poméranie .
Mais les Prussiens repoussent l'assaut; ils enlèvent Dantzig, saccagent
Oliva et supplicient les moines, dévastent la Mazovie, incendiant
églises
et monastères; seule Kulm résiste
(1224).
Christian essaie alors de fonder un ordre de chevalerie religieux et, à
Dobrin, sur la Drewenz, crée sur le modèle des Porte-Glaives,
les chevaliers du Christ. Mais ils succombent dans la lutte contre les
Prussiens, et c'est alors que Christian et Conrad de Mazovie s'adressent
à l'ordre déjà existant des chevaliers Teutoniques ,
qu'ils appellent à la conquête de la Prusse.
Les Chevaliers teutoniques ,
sous leur grand maître Hermann de Salza (1230),
entamèrent la conquête de ces contrées; elle ne fut
achevée qu'en 1283.
Forcé en 1290
de quitter la Terre-Sainte, l'Ordre finit par établir son siège
principal et sa grande maîtrise en Prusse, à Marienbourg (1309).
Sous sa domination, la Prusse prospéra quel que temps. Mais dans
la suite l'Ordre fut affaibli par des guerres perpétuelles avec
la Lituanie ,
la Pologne ,
la Brandebourg ;
puis le faste, les rapines et les cruautés des chevaliers exaspérèrent
le pays contre eux, et il en résulta, sous le grand maître
Louis d'Erlischhausen, une insurrection terrible (1454)
: la noblesse et les villes coalisées, secouant le joug de l'Ordre,
se placèrent sous la protection de la Pologne. La paix de Thorn
(1466)
mit fin à la guerre, en faisant de la Prusse deux parts : l'une,
à l'Ouest (Prusse royale), devint partie du royaume de Pologne;
l'autre, à l'Est (Prusse teutonique), restait à l'Ordre,
mais sous la suzeraineté polonaise. Afin d'échapper à
ce joug, l'Ordre choisit pour grand maître en 1511
le margrave Albert de Brandebourg.
Celui-ci conclut avec le roi Sigismond de
Pologne la paix de Cracovie ,
1525,
en vertu de laquelle il convertit la Prusse en un duché séculier,
qu'il garda comme fief de la Pologne et qu'il rendit héréditaire
dans sa propre famille. Albert-Frédéric (ou Albert II), son
fils, lui succéda; mais, ce prince étant tombé dans
un état d'imbécillité en 1573,
ses États furent administrés par Jean-George, puis par Joachim-Frédéric
et par Jean-Sigismond, ses parents. Ce dernier fut investi du duché
en 1618,
à la mort d'Albert II, et, ayant fait épouser une des filles
d'Albert par son fils, il fixa dans la ligne à laquelle il appartenait
la couronne ducale de Prusse. Depuis cette époque, la Prusse est
restée à la maison électorale de Brandebourg, d'abord
comme fief polonais et plus tard comme possession indépendante.
Les
XVIIe et XVIIIe
siècles.
Lorsque le margrave électeur de
Brandebourg ,
Frédéric III, obtint de l'empereur Léopold Ier
le titre de roi de Prusse, sous le nom de Frédéric Ier,
le nouveau royaume, formé de la réunion du duché de
Prusse et du Brandebourg, possédait en outre l'archevêché
sécularisé de Magdebourg, et les évêchés
également sécularisés de Halberstadt, de Minden et
de Camin. Frédéric Ier ajouta
à ces possessions le comté de Tecklenbourg et la principauté
suisse de Neufchâtel. Son fils, Frédéric-Guillaume
Ier, y ajouta le duché de Gueldre,
Stettin et la Poméranie
comprise entre l'Oder et la Peene. Ce prince économe amassa un trésor
et disciplina une armée qui fournirent à son fils, Frédéric
Il, les moyens d'élever la Prusse au rang des puissances du premier
ordre. Elle acquit sous le règne de ce grand capitaine la Silésie ,
la Frise orientale ,
le comté de Mansfeld, plusieurs principautés en Franconie ,
et la Prusse royale par le premier partage de la Prusse, en 1772.
Le créateur de la grandeur politique
et matérielle de la Prusse y introduisit aussi l'esprit de Lumières,
qui ajouta encore au rayonnement du pays. Il rompit cependant l'unité
et l'équilibre de l'Allemagne
en constituant la monarchie prussienne rivale de la puissance impériale.
Frédéric-Guillaume Il signala son règne par des erreurs
qui affaiblirent la Prusse et par des prodigalités qui l'endettèrent.
Il réunit à sa couronne les principautés d'Anspach
et de Bayreuth ,
et la Grande-Pologne par le deuxième partage de la Pologne .
Il céda à la République française, par le traité
de Bâle
en 1795, les possessions de la Prusse
sur la rive gauche du Rhin, et reçut les évêchés
de Wurzbourg et de Bamberg .
Il promulgua en 1794 un code, Preussischer
Landrecht.
Frédéric-Guillaume III, fils
de Frédéric-Guillaume II releva la Prusse de sa ruine financière,
se maintint en paix avec la France ,
et obtint en 1805 la partie orientale
de l'évêché de Munster, les principautés de
Hildesheim, Paderborn, Eichsfeld, Erfurt avec son territoire, Untergleichen,
Treffurt, Dorla, les villes libres de Goslar, Muhlhausen et Nordhausen,
et plusieurs abbayes. Mais il voulut opposer
une confédération du nord de l'Allemagne
à la Confédération du Rhin, et provoqua une guerre
avec la France. Défait à léna
et à Auerstaedt
en 1806, et à Eylau
et à Friedland
en 1807, il perdit la moitié
de son royaume à la paix de Tilsit .
Le
XIXe siècle.
Le désastre
était complet, et cependant, la Prusse devait, sept ans plus tard,
sortir régénérée de cette crise. Elle dut son
relèvement à l'excès même de ses malheurs, aux
réformes sociales et militaires de Stein et de Hardenberg, qui abolirent
le servage, simplifièrent le régime des corporations, améliorèrent
l'administration, reconstituèrent l'armée par la création
de troupes de réserve; elle le dut surtout à l'élan
de nationalisme dont les grands écrivains donnèrent le signal
: Schiller, Fichte,
Schleiermacher,
entraînant par leur exemple la jeunesse des universités. En
1812,
à la suite des désastres de Napoléon
en Russie ,
la Prusse faisait nettement défection et prenait la tête de
la coalition contre la France .
Ses armées parurent à Leipzig ,
et Blücher fut le vainqueur de Waterloo .
Au congrès de Vienne, l'unité territoriale de la Prusse était
à nouveau réalisée, et le royaume, perdant du côté
de l'Est, quelques terres slaves, acquérait une partie de la Saxe
et le noyau de la province du Rhin. L'administration était reconstituée,
un Zollverein en 1834,
avec les Etats de l'Allemagne ,
et les Eglises protestantes
unifiées sous la direction du pouvoir temporel (1823).
Le tort de la monarchie prussienne, à ce moment, fut de se laisser
gagner à la politique de réaction de la Sainte-Alliance.
Bien que Frédéric-Guillaume IV (1810-1861),
ait accusé des intentions plus libérales que son prédécesseur,
il refusa dans un premier temps de promulguer une constitution. A la suite
d'une sanglante insurrection à Berlin
en 1848,
il autorisa l'élection d'une assemblée constituante, qui
manifesta des dispositions révolutionnaires, et qu'il fut obligé
de dissoudre en décembre suivant. Il promulgua finalement en même
temps une constitution, qui fut révisée et définitivement
adoptée en 1850.
Cette constitution, successivement modifiée en 1851,
1852,
1853,
1854,
1855
et
1857,
établissait deux chambres, la chambre des Seigneurs et la chambre
des Députés.
A partir de 1848
la Prusse a disputé à l'Autriche ,
dans toutes les circonstances, la prépondérance en Allemagne .
Pendant la lutte de la France
et de l'Angleterre
contre la Russie ,
en 1854 et 1855,
la Prusse inclina du côté de l'empereur Nicolas, qui avait
épousé la soeur du roi Frédéric-Guillaume IV,
sans oser toutefois se prononcer contre les puissances occidentales. Atteint
d'une maladie qui le rendait incapable de diriger les affaires, Frédéric-Guillaume
IV confia, en 1857, l'exercice de l'autorité
royale à son frère, le prince de Prusse, qui lui succéda,
après sa mort en 1861, sous
le nom de Guillaume Ier. Le nouveau roi
échappa à Bade ,
cette même année, à un attentat dirigé contre
sa vie par un étudiant appelé Becker. Le rêve de l'unité
allemande parut avoir inspiré la pensée de cet acte. La Prusse,
stipulant au nom du Zollverein, conclut, en 1862,
avec la France un traité de commerce, auquel plusieurs autres Etats
de l'Allemagne ont ensuite adhéré. D'accord avec la diète
germanique et, avec l'Autriche, la Prusse força, dans cette même
année 1862, l'électeur
de la Hesse-Cassel, par la pression militaire qu'elle exerça sur
lui, de rétablir dans son électorat la constitution de 1851.
Un désaccord; qui s'aggrava en 1863
et 1864, éclata en 1862
entre la couronne et la chambre des Députés, où dominaient
les idées révolutionnaires, professées par la majorité,
protestante .
Les frais d'entretien de l'armée furent le prétexte dont
on se servit pour accuser le roi de vouloir imposer au pays des charges
inutiles. Le roi lutta avec fermeté pour le maintien de l'autorité
royale. Les chambres ayant été closes en 1862,
la même opposition se reproduisit à leur ouverture en janvier
1863,
et le roi refusa de recevoir l'adresse votée par la chambre des
Députés.
Sur le conseil de Bismark,
ministre des affaires étrangères et président du ministère,
le roi prononça, en septembre 1863,
la dissolution de cette chambre; mais la majorité demeura à
l'opposition démocratique dans les élections qui eurent lieu
à la fin de 1865. Après
l'ouverture de la session, en janvier 1864,
le roi la prorogea avant le vote du budget, et supprima la liberté
de la presse par une ordonnance. Voyant avec un sentiment de jalousie la
prépondérance reprise en Allemagne
par l'Autriche ,
le roi de Prusse avait refusé obstinément, en 1865,
sa participation à un congrès des souverains allemands assemblés
à Francfort, sur l'invitation de l'empereur François-Joseph.
La Prusse subit, depuis le règne de Frédéric Il, l'influence
russe, et la connivence entre elle et la Russie ,
pour la répression du soulèvement polonais, se manifesta
clairement dans cette même année 1865.
Dans le différend entre la Confédération germanique
et le Danemark ,
la Prusse s'entendit avec l'Autriche pour contraindre par les armes le
Danemark à donner satisfaction à la Confédération.
D'accord au point de vue militaire, les deux puissances se séparaient
sensiblement sur la solution ultérieure à donner à
la question.
L'Autriche
n'était pas sans inquiétude sur les desseins ambitieux de
la Prusse, qui s'est constamment montrée disposée à
tirer avantage, au profit de son agrandissement, de la guerre commencée
au début de l'année 1864.
Les Danois
furent forcés, malgré une énergique résistance,
de reculer devant les troupes de l'Autriche et de la Prusse. Le Holstein,
le Schleswig et une partie du Jutland furent envahis. La diplomatie intervint
alors, une conférence s'assembla à Londres ,
et une suspension d'armes fut prononcée. Finalement, par des préliminaires
de paix conclus à Vienne, le 1er
août 1864, le roi de Danemark
renonça à tous ses droits sur les duchés de Schleswig-Holstein
et Lauenbourg en faveur du roi de Prusse et de l'empereur
d'Autriche. Deux nouvelles guerres furent encore nécessaires à
Bismarck
d'accomplir ses desseins : guerre austro-prussienne en 1866,
puis guerre franco-allemande (1870).
Le 18 janvier 1871,
à Versailles ,
le roi de Prusse était proclamé chef héréditaire
de l'empire allemand.
L'histoire ultérieure
de la Prusse se confond avec celle de l'Allemagne ,
à laquelle le royaume avait transmis son organisme militaire avec
tous ses biens immobiliers et
mobiliers. Toutefois,
la constitution prussienne demeura moins libérale que celle de l'empire,
en particulier pour l'élection de la chambre basse. Le Kulturkampf,
conflit avec l'Eglise catholique ,
malgré ses conséquences dans l'Allemagne entière,
fut surtout un fait prussien. Bismarck était
à la fois chancelier de l'empire et premier ministre de Prusse;
mais ces fonctions ont été séparées en 1892
lorsque Caprivi, demeurant chancelier, céda la présidence
du ministère prussien au comte Eulenburg. Le prince de Hohenlohe-Schillingfürst
les réunit de nouveau en ses mains en octobre 1894.
Néanmoins et quoique on puisse, signaler un certain particularisme
prussien, d'année en année l'unification législative
et administrative de l'Allemagne progressa au détriment des distinctions
d'un Etat à l'autre. En Prusse, les faits les plus marquants furent
ceux qui concernaient la gestion financière, signalée par
la grande réforme des impôts directs opérée
par Miquel (1890-1892).
Jusqu'à la disparition de l'Empire allemand au lendemain de la Première
guerre mondiale, ce fut le personnel prussien qui dirigea l'empire et l'organisa
conformément à sa tradition centraliste. (NLI
/ A19 ). |
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